INTRODUCTION
Toute cardiopathie, toute défaillance cardiaque peuvent retentir sur le poumon; c’est là une notion classique, banale, vérifiée chaque jour en clinique. Mais les différentes modalités du « poumon cardiaque », assez mal classées, posent parfois des problèmes de diagnostic épineux, notamment avec la tuberculose pulmonaire. En vérité ce diagnostic, à l’heure actuelle, ne devrait pas souffrir de grandes difficultés, grâce aux examens bactériologiques et radiologiques. En effet, si le moindre doute s'élevait à propos de la nature d’une hémoptysie, de l’origine d’un foyer de râles ou d’une pleurésie, l’examen radiologique n'’estil pas appelé à trancher la question ?
Or, dans ces dernières années, on a, de divers côtés, attiré l’attention sur des faits curieux et trompeurs : chez les cardiaques, le retentissement pulmonaire de la cardiopathie est capable de provoquer la formation d'images radiologiques persistantes, exactement semblables aux images de tuberculose pulmonaire.
Il n’y a là rien qui doive nous étonner, les phtisio-
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logues insistent tous, dans leur enseignement, sur ce que les images radiologiques pulmonaires n'ont rien de pathognomonique : il n’y a pas d'images spéciales à la tuberculose, et l’on peut voir des lésions cancéreuses ou gangréneuses du poumon donnant des images semblables.
En tout cas, si la radiologie elle-même peut être trompeuse dans les cas de « poumon cardiaque », on conçoit que des erreurs aient pu être commises et des cardiopathies à retentissement pulmonaire prises pour des bacilloses du poumon.
Nous avons eu la bonne fortune de recueillir des observations de cas de cette sorte. Après avoir, plusieurs années durant, acquis la pratique des examens radiologiques du poumon à l'hôpital Laënnec, dans le service de notre Maître, M. le Docteur RIST, nous avons été frappés de la similitude, sous l’écran et sur le film, de ces aspects du poumon cardiaque avec certaines images de tuberculose.
Aussi avons-nous consacré ce modeste travail à ces faits. Certes, il ne s’agit pas là de l’un de ces grands problèmes médicaux occupant le premier plan de l’actualité scientifique, mais l'intérêt pratique de la question est certain, puisque des erreurs sont commises, et nos observations en seront le plus bel exemple.
Nous ne manquerons pas d'envisager d’abord, dans un chapitre d'introduction, de rapide esquisse et de
court historique, les différents syndromes pulmonaires
pouvant survenir au cours des cardiopathies et pouvant poser chaque fois le diagnostic avec la tuberculose. Nous verrons ainsi, qu'en pratique, se pose surtout le diagnostic d’une hémoptysie d’étiologie imprécise, d'une pleurésie de cause douteuse, En fait, c’est surtout le rétrécissement mitral pur d’une pat, l'insuffisance cardiaque avérée d'autre part, que l’on retrouve à la base de ces accidents pleuro-pulmonaires trompeurs. Aujourd'hui, l'acquisition si importante, capitale même, de la stase et de l’artérite pulmonaires a changé la face du problème. En effet, à l’époque où l’on parle si souvent — et si souvent à tort — de hiles chargés, de hiles arborescents, il est intéressant de savoir que stase pulmonaire et artérite pulmonaire donnent des aspects radiologiques du hile qu on serait tenté d'attribuer à la sclérose ou même à l’essaimage tuberculeux. Il conviendra donc, chemin faisant, de rappeler les travaux récents sur les aspects radiologiques du hile normal, car tous les auteurs sont d'accord à ce sujet : c’est un des points les plus délicats de la radiologie que de savoir interpréter les particularités d’un hile. Nous aurons aussi à montrer que c'est une acquisition également importante de savoir qu'il existe, loin du hile, en plein parenchyme, des images sous forme de taches, de nodules, de plages, qui sont liées à l'existence d’une cardiopathie et non d’une tuberculose pulmonaire.
Un deuxième chapitre sera consacré à la synthèse de ces formes de poumon cardiaque pseudo-tubercu-
leux, à l’aide des données cliniques et radiologiques.