A MES DEUX MÈRES
J'ai vanté les splendeurs de la rive natale, Que ton âme d'artiste aimait avec fierté ; J'ai dit de ses forêts la sombre majesté, Et de ses ciels d'hiver la froideur idéale.
J'ai loué les vaincus non moins que les vainqueurs; J'ai fai, parfois pleurer, bien rarement sourire;
Pour aider les souffrants, souvent avec ma lyre
Je suis allé frapper à la porte des c :1rs.
Dans mon livre j'ai mis ce qui pouvait te plaire ; Baise-le maintenant! Oui, daigne le bénir, Pour qu’il vive à jamais, et dise à l’avenir
. Que ton fils l'adorait, à ma mère! ô ma mère!
Et toi, mère patrie, entends-tu mes accents
À travers l'Océan que le printemps caresse ?.… J'irai bientôt fouler ta rive enchanteresse, Boire aux flots de ton art aux jets éblouissants.
4 LES ASPIRATIONS a ——— en
France que je chéris, dont le nom seul m’enivre,
M'entends-tu te parler, malgré l’éloignement?.… Sans cesse fasciné par ton rayonnement, Je franchirai la mer pour te porter mon livre.
J'ai voulu dans mes chants célébrer ta fierté, Exalter les combats qui t’ont faite immortelle, Les saints devoirs remplis par ta force ou ton zèle A la gloire du Christ et de l'humanité.
Je n’ai pas le luth d’or de tes bardes, à France, Je n’ai pas leur parler si sonore et si doux; Je suis un peu sauvage, ct te prie à genoux De jeter sur mon livre un regard d’indulgence.
J'ai chanté comme chante, à l'ombre du saint lieu, Le lévite naïf à la voix indécise,
Comme chante le flot, comme chante la brise, Comme chante l'oiseau des bois tourné vers Dieu.