‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 18 sur 82 · SOUS LA STATUE DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

SOUS LA STATUE DE CHAMPLAIN

Ils rêvent d'agrandir la terre des aïeux.

Pour les guider, sans fin brille un but radieux.

Ils vont le front toujours tourné vers quelque cime, Ils marchent, et l’erreur devant eux disparait,

Ils parlent, et l'on voit s’incliner la forêt, S’entr’ouvrir la montagne et frissonner l’abime.

Ils tiennent des lambeaux que rien ne fait palir. Ils ne soupçonnent Pas ce que c’est que fléchir. En vain la mort les guette et la faim les torture, Ils combattent sans trêve, enchainés au devoir ; Et ces nobles vaillants semblent parfois avoir

Le culte du haïllon, l’amour de la blessure,

Nul ne peut conquérir de pareils Conquérants ;

Et, comme à l'horizon quelques chênes géants Dominent de leur cime ondoyante et sereine Une futaie ombreuse et pleine de verdeur,

Les vrais héros chrétiens dépassent en splendeur Les arbres les Plus fiers de la forèt humaine,

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LE VINGT-QUATRE JUIN

C'est un de ces grands jours où les bannières sortent

Victor Huço

C’est le vingt-quatre juin! c’est l'été qui commence

Et verse à flots ses feux à l’étendue immense.

Sous nos cieux tout est joie, harmonie et clarté, Partout brille au soleil la splendeur de l’érable.

C’est le vingt-quatre juin! c’est l’aube incomparable. C’est la fête du peuple et de la Liberté.

LE VINGT-QUATRE JUIN

C’est la fête du peuple et le jour de la gloire.

L'air est plein de parfums et de chants de victoire ; Les échos ont partout de doux tressaillements; Partout flottent au vent les couleurs de la France, Et le penseur croit voir, enivré d'espérance,

Un nimbe d’or au front de tous nos monuments.

Les villes et les champs rayonnent d’allégresse;

Des souffles d’épopée et d'ineffable ivresse

Font battre à l’unisson tous les cœurs canadiens. Mais, malgré la gaité sans bornes qui le grise,

Le peuple, en déployant sa bannière à la brise,

Par moments se recueille, et dit : — Je me souviens!

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Oui, nous nous souvenons, en chômant notre fête, A l’heure où nos drapeaux flottent sur chaque faite, A l'heure où tout sourit sous le soleil d’été,

Nous nous souvenons tous, sur nos plages prospères,

Des immortels travaux accomplis par nos pères

Pour la France chrétienne et pour l'humanité.

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Ils avaient, ces héros, la démence sublime Qui fait narguer la foudre et défier l’abime. Ils rêvaient d'agrandir le royaume des lis, Et, nés sous le soleil de la vieille Armorique, Voulaient renouveler sur le sol d'Amérique Les glorieux exploits des soldats de Clovis.

Animés d’un espoir que la valeur inspire, Ils rêvaient de fonder sur nos bords un empire,

Et, pour sacrer le sol qu’ombrageaient nos grands bois,

Pour le sacrer d’un sceau que nul vainqueur n’efface, Ces fiers Bretons, aussi croyants que pleins d’audace,

Brûlaient d’y planter l'arbre immortel de la croix.

Le grand souffle du large en leur large poitrine, Ils se sentaient poussés par une main divine.

Un jour, à la Bretagne ils firent leur adieu,

Et, sur des flots que seuls sillonnaient les orages, Ils vinrent apporter à des rives sauvages

Le verbe de la Gaule et le verbe de Dieu,

LE VINGT-QUATRE JUIN

Ce double verbe émut la fauve solitude ;

Et dès lors commença la lutte la plus rude Qu’ait dù subir jamais un peuple à son berceau; Et, pour la raconter, à cette heure choisie,

Il me faudrait le luth altier de Crémazie

Ou bien la grande voix mâle de Papineau.

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Nul obstacle ne peut faire pâlir le zèle

De ceux qui vont créer une France nouv .i,

La croix sur la poitrine et l'épée à la main. Aventuriers sur qui l'ombre des Croisés plane,

A travers le grand lac, le grand mont, la savane, Ils veulent à tout prix se frayer un chemin.

Ils luttent hardir. -, Sans trêve et sans relâche.

Ils veulent jusqu’au bout remplir leur noble tâche,

Et rien ne les arrête, et rien ne les abat.

La barbarie en vain veut leur barrer la voie ; Ils marchent vers le but où le ciel les envoie Avec toute l’ardeur du prètre et du soldat.

Ils pénètrent, émus, la prière à la bouche,

Des grands bois ténébreux le mystère farouche; Ils versent la lumière aux incivilisés,

Et, peuplant le désert, fondant la métropole, Des pampas du Midi jusqu'aux glaces du pôle

Promènent l’étendard aux plis fleurdelisés.

Immortels pionniers de l’immortelle France, Ils marchent appuyés au bras de l’espérance, Et, les yeux vers le ciel, gardant le souvenir Du grain de sénevé dont parle l'Évangile,

Ils jettent, en passant, dans un sillon fertile Le blé miraculeux d’où naîtra l'avenir.

Mais pendant que ces preux, âpres à la corvée, Se hâtent d'accomplir l'œuvre qu’ils ont rêvée, Accourus sur leurs pas, les enfants d’Albion

— Les éternels rivaux des ancêtres sublimes — Brûlent de leur ravir les richesses opimes Qu’enfantera bientôt le merveilleux sillon.

LE VINGT-QUATRE JUIN

Sur le pays naissant déchainant leur colère,

Ils tentent d’étouffer le fier aiglon dans l'aire,

Et, pour en triompher, font mille efforts sans nom. Notre race déploie une ardeur toujours neuve,

Et cent ans les échos éplorés du grand fleuve Redirent les clameurs farouches du canon.

Cent ans le Sang rougit coteaux, vallons et plaines,

Cent ans on vit, au bord de nos ondes sereines, Le noble acharnement de l'aigle et du lion,

Et Monongahéla, Carillon, Sainte-Fove,

Sont des noms dont l'éclat superbement flamboie À la voûte d’azur de notre Panthéon.

Mais le nombre devait écraser la vaillance,

Et nos remparts croulants subirent l’insolence

Des drapeaux arborés par la main des vainqueurs. Lévis avait en vain montré tous les courages,

Et le vieux drapeau blanc disparut de nos plages, Emportant dans ses plis des lambeaux de nos cœurs,

92 LES ASPIRATIONS a ———————————-—

La jeune nation, victime expiatoire

Des hontes dont un roi devait souiller l'Histoire, Amèrement pleura les lis d’or envolés;

Mais il vint une époque où la sainte espérance, Chassée un jour des bords de la Nouvelle-France,

Revint bercer nos preux à demi consolés.

La lutte cependant n’était pas terminée;

Elle reprit bientôt, fanatique, acharnée.

L’échafaud se dressa sur un sol frémissant, Et, pour te conquérir, à liberté si chère!

Nos pères, révoltés qu’aurait chantés Homère, Répandirent encor le plus pur de leur sang.

Ge sang noble et fécond fit germer nos franchises, Et, grâce à nos martyrs, le doux souffle des brises Aujourd’hui fait flotter au front de chaque tour, Dans un vaste concert de clameurs triomphales, Les drapeaux glorieux de deux races rivales Jurant de se garder un éternel amour.

LE VINGT-QUATRE JUIN 93 a —————

Désormais la concorde unit comme des frères

Ceux qui, pleins de rancœur, se combattaient naguères. Ils sont liés d’un nœud infrangible et loyal,

Et tous les Canadiens, en ce jour mémorable,

Ont le même respect pour la feuille d'érable,

Aiment d’un même cœur le vieux terroir natal.

Et nous rivalisons dans l'arène choisie

Où brille la science avec la pnésie.

Nous sommes des égaux, nul ne peut le nier,

Et, si nos alliés exaltent leurs grands hommes,

Nous nommons, pour montrer quelle race nous sommes : Cartier, Laval, Dollard, Montcalm, Lévis, Chénier.….

Nos pères par la croix, la charrue et l'épée,

Ont été sur nos bords des héros d'épopée.

Les reflets de leur œuvre éblouissent notre œil,

Et, lorsque nous songeons à la trace féconde

Que la France a laissée aux bords du nouveau monde,

Nous tressaillons d’émoi, nous tressaillons d'orgueil.

Nous tressaillons d’orgueil en lisant notre histoire.

Notre histoire! Jamais le Temple de Mémoire

Dans ses fastes n’a vu briller plus fiers succès;

Jamais n’ont retenti sous sa voûte sonore

Noms plus grands et plus beaux que les noms dont s'honore, Avec tant de fierté, le Canada français.

Comme des diamants divins ces noms rayonnent ; Dans le ciel étoilé de la gloire ils foisonnent,

Et, sans craindre jamais l’éclipse ou le déclin, La constellation grandit, grandit encore,

Mêlant son flamboiement à cette double aurore :

Les jours de Maisonneuve et les jours de Champlain.

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