‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 7 sur 82 · LUCE SUB IPSA · texte numérisé non relu

LUCE SUB IPSA

Bien qu'il eût près d’un quart du globe entre les bras, L'immortel Magellan ne l’entrevoyait pas.

Il était né le jour où l'Amérique blonde

Sortit, comme Cypris, du sein fumant de l'onde,

Et vivait ombragé des palmes de la paix.

Aucun bronze tonnant ne l’éveillait jamais.

Les longs rugissements des fauves en délire

Pour lui vibraient ainsi que les sons d’une lyre,

Et l'échevèlement du nuage irrilé

Versait une ombre douce à son front indompté.

Il reposait avec toute la quiétude Que donne à l’Ignoré l'immense solitude, Et ne redoutait rien que les feux du soleil.

Un jour, l'Esprit des Bois, sortant d'un long sommeil, Frissonna tout à Coup dans son antre farouche.

Il en sortit, hagard et l’écume à la bouche,

Poussant un cri qui fit tressaillir le rocher :

Des rayons inconnus venaient de le toucher,

Et ces rayons faisaient clignoter sa paupière,

Il se sentit saisi par l'angoisse dernière.

Alors, se roidissant, il marcha vers des flots

Qui roulaient sourdement de sinistres sanglots… Tremblant comme Satan poursuivi par le Glaive, TL gravit un rocher dominant une grève,

Et, s’arrêtant, tourna les yeux vers le Levant.

À cet instant, des bruits, apportés par le vent, Firent dresser d'horreur les plumes de son aile.

E! les rayons toujours aveuglaient sa prunelle.

Bientôt il aperçut sous le dôme des bois Des hommes qui plantaient dans le sol une croix

Auprès d’un drapeau blanc déroulé par la brise ;

Et, malgré les clameurs du flot voisin qui brise, Malgré les mille bruits des sauvages déserts,

Il entendit deux voix tressaillir dans les airs.

L'une balbutia ce grand mot : Délivrance !

Et l'autre, plus distincte et plus mâle, dit : France!

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