‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 78 sur 82 · A MADELEINE · texte numérisé non relu

A MADELEINE

Or, pendant que Jésus soupait, à Béthanie, Entouré de fervents, chez Simon le lépreux, Madeleine franchit le seuil du malheureux,

Et, souriant avec une grâce infinie

Au Christ qui lui montrait de son regard les cieux, Elle baigna son front d’un parfum précieux.

Cette profusion indigna les apôtres.

— Nous pouvions, disaient-ils, vendre cher ce parfum

Répandu follement et perdu pour chacun, En partager le prix aux plus pauvres des nôtres. — Et le Sauveur, lisant dans le fond de leur cœur,

Très pâle, demanda : — Pourquoi donc cette aigreur?

Pourquoi donc avez-vous contristé cette femme ? Vous aurez constamment des pauvres parmi vous, Mais il faudra bientôt que je vous quitte tous. Celle qui répandit sur moi ce pur dictame

Songe à ma sépulture, et son nom répété

Brillera dans le temps et dans l’éternité. —

Ainsi que La patronne au fond de la Judée,

Tu portes, Madeleine, un vase de grand prix,

Et, souriant avec amour à ton pays,

Tu baignes son front nu du parfum de l’idée,

De ton grand cœur penché tu fais couler sans fin

À nos foyers ravis le flot de l’art divin.

Tu fais couler sans fin dans les âmes l’ivresse

D'un dictame subtil et doux comme un baiser.

Sans trêve, sans repos, sans peur de l’épuiser,

Avec l’enthousiasme ardent de la jeunesse,

Aux humbles, aux obscurs, aux riches, aux puissants,

Tu verses ta pensée en jets éblouissants.

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