‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 80 sur 82 · PRO VICTIS · texte numérisé non relu

PRO VICTIS

Je fais vibrer mon luth pour les silencieux

Qui peineni sans repos, sans espoir, sans promesse,

Pour les humbles qui n’ont d'autre but que les cieux, Pour les souffrants à qui l’arbre de la jeunesse Hélas ! a refusé ses fruits délicieux.

de fais vibrer mon luth pour tous ceux dont la tête Blanchit dans des combats toujours infructueux. J’admire ces vaincus, et, pendant que l’on fête Les puissants, les cruels et les ambitieux,

Debout sur des débris, je chante leur défaite.

Pendant qu’un peuple acclame un fier triomphateur, Pour ces blessés du sort tombés sur des ruines

Où n’arrive jamais un mot consolateur,

Agenouillé près d’eux, la main sur leurs poitrines,

J'entonne un requiem où frémit Lout mon cœur.

Pendant que cent drapeaux, que la lumière inonde, Font claquer dans le vent leurs larges plis soyeux, A leur côté, perdu dans une nuit profonde,

Je leur dis : — Ceux-là seuls seront victorieux Qui sauront triompher toujours du vice immonde.

Je leur répète : — Heureux les humbles, les déçus,

Qui des vertus ont pu se faire des refuges. —

Et puis je leur demande : — Où sont les vrais vaincus ? Qui done sont les vainqueurs ? Socrate ou bien ses juges ? Les martyrs où Néron ? Pilate ou bien Jésus ?

Non, je n’exalte pas le puissant à cette heure ; Je chante pour celui que la vie a blessé,

Pour le déshérité que nul plaisir n’effleure ;

Je chante pour i’obscur et pour le délaissé, Pour le conscrit qui tombe et l’exilé qui pleure.

Oui, je dis les douleurs, les deuils et les effrois.

Je chante pour tous ceux dont les mains sont sans tache, Pour les peup'es râlant sous le genou des rois,

Pour Colomb dans les fers, pour Chénier sous la hache,

Pour Jeanne à son bûcher, pour le Christ sur sa croix.

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