A M. LE MARQUIS DE NICOLAY
Depuis longtemps, épris des choses du passé,
Dans votre noble cœur vous aviez caressé L’espoir de contempler les forêts et les grèves Où, poursuivant toujours son rôle glorieux,
Durant un siècle entier, la France des aïeux,
Pour fonder un empire, a combattu sans trêves.
Vous rêviez d’aborder aux rivages ombreux Arrosés tant de fois par le sang de nos preux;
Et quand notre œil, perdu dans l’immensité vague, A cru vous voir cingler vers notre Saint-Laurent, Aussitôt d’un vivat immense et délirant Nous vous avons de loin salués sur la vague.
De loin nous vous tendions les bras avec amour, Et nous soupirions tous, amis, après le jour Où votre nef enfin toucherait notre terre,
Car vos noms, évoquant un immortel succès,
Nous rappelaient, à nous restés toujours français, Que le sang d’un héros battait dans votre artère.
Nous brûlions, croyez-nous, de vous serrer la main, Nous brûlions de joncher de fleurs votre chemin,
Et, depuis qu’en ces murs dressés par la vaillance Vous êtes descendus pour baiser le linceul Recouvrant le passé qu’illustra votre aïeul,
Nous palpitons de joie et de reconnaissance.
Oh ! les heureux moments ! oh ! les jours radieux Que nous avons donnés au culte des aïeux!
Entre nos cœurs vibrant du même écho sonore Un lien s’est formé que rien ne brisera;
Et de votre séjour parmi nous survivra Un souvenir brillant comme un lever d’aurore.