‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 59 sur 82 · LE FORGERON · texte numérisé non relu

LE FORGERON

Sous un abri grossier que le charbon enfume,

Dans un recoin rougi d’une chaude lueur,

La manche retroussée et le front en sueur,

Le vaillant forgeron frappe sur son enclume.

Comme le fer qu’il bat, solide est son grand cœur Que n’amollit jamais la peur ou l’amertume. Devant l’objet qui naît de son effort vainqueur,

Au feu de la fierté souvent son œil s’allume.

Il aime son métier, parce qu’il est viril,

Et, loin de l’atelier, l’homme semble en exil,

Et, comme quelque oiseau blessé, traîne les ailes.

Mais il est rayonnant, il est superbe à voir, Lorsque dans la pénombre, à l’approche du soir, Il fait sous le marteau voler les étincelles.

LES DEUX DRAPEAUX

C’était le soir d’un jour de fête,

La fête du Saint-Sacrement.

Sur chaque toit, sur chaque faite Des drapeaux flottaient mollement.

Plus d’une avenue était pleine Des fleurs de la procession.

I^e vent retenait son haleine, Le flot sa modulation.

Le couchant, beau comme l’aurore, Empourprait les saints reposoirs, Dont les cintres gardaient encore De vagues parfums d’encensoirs.

Des femmes et des enfants roses, Épanchant l’encens de leur cœur, Foulaient les lilas et les roses Qu’avait semés l’enfant de chœur.

En foule les anges terrestres, Sous les feux du couchant doré, Visitaient les réduits agrestes Où le ciel même était entré.

Et la pieuse théorie S’enflammait devant des monceaux De bouquets et d’argenterie Rayonnant dans les verts berceaux.

LES DEUX DRAPEAUX

Avec plus d’un groupe adorable, Admirant chaque reposoir Festonné de feuilles d’érable, J’errais dans les rougeurs du soir.

Distrait, l’esprit hanté d’un rêve, Je m’arrêtai sous un arceau De feuillage encor plein de sève, Encore ému d’un chant d’oiseau.

Au fond de la voûte de branches,

Sur un autel orné de lis,

De violettes, de pervenches,

Deux longs drapeaux mêlaient leurs plis.

C’étaient l’étendard de la France Et la bannière d’Albion :

La grandeur avec la puissance, L’aigle veillant près du lion.

Or, pendant que dans des extases Qui faisaient taire tout propos,

Les femmes contemplaient des vases, Moi je regardais les drapeaux.

Je fixais les deux oriflammes Près desquels avait reposé Le pain mystérieux des âmes,

Dans l’ostensoir d’or enchâssé.

En face des nobles bannières Formant le fond du saint tableau, Je croyais ouïr les tonnerres De Fontenoy, de Waterloo!

Cependant les ombres noyèrent Du reposoir le frais arceau...

Les charmants essaims s’envolèrent, Et je restai seul au berceau.

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