‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 68 sur 82 · LA GRANDE NUIT · texte numérisé non relu

LA GRANDE NUIT

Le regard à la fois surpris et fasciné,

On voit dans une étable où le givre s’attache Le charpentier Joseph et sa femme sans tache Contempler à genoux un enfant nouveau-né.

On voit ce frêle enfant réchauffé par l’haleine Des deux seuls animaux qu’abrite le réduit;

On voit un ange aller, dans l’ombre de la nuit, Parler à des bergers au milieu d’une plaine.

On entend palpiter dans le lointain des voix Qui de l’hymne sans fin sont les échos fidèles,

On entend par moments des bruissements d’ailes Mêlés à des accords de luth et de hautbois.

On entend proclamer l’ineffable mystère Du Verbe qui s’est fait chair pour nous racheter;

On entend dans les airs des chérubins chanter :

Gloire à Dieu dans le ciel ! paix aux hommes sur terre

Entre les bras du rêve on monte jusqu’au ciel, Et, le cœur palpitant, les prunelles voilées,

On s’enivre du chant des harpes étoilées Qui célèbrent celui qu’attendait Israël.

Puis on écoute encore en son âme attendrie Vibrer sur Bethléem l’hosanna triomphant; On revoit, inclinés sur un petit enfant,

Dans leur réduit glacé, Joseph avec Marie.

Et quand pâlit l’ardeur des cierges de l’autel,

Par des chemins où l’aube a mis ses reflets roses Les croyants, tout joyeux, à leurs maisons bien closes S’en vont faire flamber la bûche de Noël.

Ce feu nouveau proclame aussi le doux mystère Du Verbe qui voulut parmi nous habiter,

Et son pétillement semble nous répéter :

— Gloire à Dieu dans le ciel ! paix aux hommes sur terre

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