‹ Les associations ouvrières au XVIIIe siècleChapitre 68 sur 119 · Idem., vol. 37, fol · texte numérisé non relu

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forain ou domicilié ». Se réclamant de dispositions semblables les maîtres qui ne profitent pas du compagnonnage attaquent leurs collègues devant les juridictions compétentes ; ce qui contribue à diminuer l'autorité des corporations et à augmenter le pouvoir des compagnons '. Grâce à ce mode de lutte aboutissant au monopole du pla-

1. Voici à titre d'exemple deux documents relatifs à ce point.

15 octobre 1746.

Les jurés serruriers ayant donne avis que les compagnons tenoient des assemblées nocturnes et qu'ils estoient soutenus par })lusieurs maistres et notamment par un nommé Fontaine qui travaille pour le roy, le commissaire de la Vergée à la réquisition des jurés s'est transporté accompagné du sieur Poussot inspecteur de Police chez ledit Fontaine i)our se faire représenter son registre. Il s'y est trouvé huit garçons qui n'étaient pas enregistrés et desquels nommés Lagueau dit Haynault et Georges Sommerel dit Lorrain ont répondu insolemment au commissaire et il s'est trouvé des quittances par lesquelles Lagueau dit Haynault reconnaît avoir reçu des journées sur le pied de 50 sols pour avertir les compagnons du lieu des assemblées. Dans le mesme temps Fontaine leur maître est survenu qui a parlé avec la même insolence de sorte que les garçons se sentant soutenus ont fait une rébellion. Le maître, sa femme et sa flUe ont appelé leurs voisins au secours et un des jurés a été mordu considérablement à la main.

Le commissaire a dressé du tout procès-verbal et il a fait conduire au grand Chastelet de l'ordre du roy Lagueau et Sommerel comme les plus séditieux ».

Ils furent relâchés parce qu'il y avait à Versailles des « ouvrages très pressés à cause du retour du Roi ». Arch. de la Bastille, 11596.

23 mars 1723.

Les maîtres se débauchent leurs ouvriers « ce qui altère l'union des maîtres et met le désordre et confusion entre eux tant par l'animosité et jalousie de quelques-uns que par l'insolence et le peu de considération des compagnons pour les maîtres et veuves, lesquels à peine ont-ils appris à bien fabriquer couvertures, qu'ils s'assemblent les uns avec les autres pour cabaler entre eux et faire la loi à leurs maîtres en exigeant pour leurs salaires un prix au-delà de l'ordre et de ce que sous (?) leur paye de tous temps quittent et abandonnent le travail dans le temps qu'ils voyent leurs maîtres chargés d'ouvrir et pressés de fabriquer des couvertures tant pour les troupes de Sa Majesté, l'hôtel des invalides et des hôpitaux... et on leur entend dire des mauvais conseils et qu'ils délibèrent dans des assemblées où ils font des projets qu'ils s'imaginent et concertent... par ce moyen empêchent les maîtres de pouvoir tenir les marchés dont ils sont chargés et même les marchandises de couvertures se trouvent échauffées et pourissentpar leur négligence et débauche.

Les compagnons qui s'attrouperont seront punis de 50 livres d'amende envers le Roi. Fonds Lamoignon, vol. 27, folio 749.

cernent des ouvriers, les garçons fariniers de La Rochelle ont troublé complètement rcntente entre leurs patrons. Les violences et les voies de fait qu'ils exercent contre les nouveaux venus ne voulant pas les suivre dans leur résistance obligent ces renégats à abandonner la province ce qui <r met les maîtres hors d'état de pouvoir servir convenablement le public, ou pour le faire ils se voient contraints de payer des gages beaucoup plus forts qu'ils ne devroient, surtout le besoin qu'ils en ont quelquefois les engagent par un abus également condamnable à soutirer les garçons des uns chez les autres ce qui a fait qu'à raison de ces dépenses extraordinaires quelques maîtres se sont persuadés faussement être autorisés à exiger des droits de mouture arbitraires ou excessifs ' ». A Moulins, en 1764, le lieutenant de pohce rédige une ordonnance « concernant l'embauche des compagnons » , car les anciens compagnons s'emparant des arrivants les placent chez les maîtres qui leur agréent lesquels pour avoir lesdits compagnons sont obligés de leur avancer de quoi satisfaire aux dépenses qu'ils font entre eux ce qui renchérit l'ouvrage et par une suite nécessaire tourne à la charge du pubHc Qu'ils leur interdisent

les boutiques qui ne leur plaisent point en sorte que les uns en ont autant qu'ils peuvent en tenir, tandis que les autres n'en peuvent avoir ^ » . Les maréchaux d'Orléans exposent que lorsqu'il « vient des compagnons étrangers en cette ville les anciens les empêchent d'entrer chez les maîtres prétendant qu'on leur devra augmenter leurs gages sinon ils refuseront tout travail. « Par ce procédé ils sont arrivés à faire payer dans Orléans le prix de Paris », mais que de plus on n'est pas nourri à Paris comme à Orléans ; « qu'à Paris on leur déduit même une demi-heure perdue tandis qu'à Orléans on ne leur tient pas compte d'une journée entière de débauches ».

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