Les athéniennes au théatre
Les femmes assistaient-elles aux représentations des comédies d'Aristophane, ou, si l'on veut généraliser, les Athéniennes au temps d'Aristophane allaient-elles au théâtre? Voilà un siècle que cette piquante question est agitée entre les savants, et malgré toute l'encre répandue elle en est à peu près au même point et attend encore sa solution ^ Non pas du moins qu'elle offre d'exceptionnelles difficultés. Les difficultés proviennent presque uniquement de ce qu'on l'a mal délimitée. Car il ne suffit pas d'accumuler les témoignages, il importe de les peser attentivement et surtout de les classer suivant leur date, et c'est ce qu'en général on a négligé de faire. Qu'on ne s'étonne donc point si nous passons sous silence des textes partout invoqués de Plutarque, d'Alciphron et même d'Aristote. Us se rapportent non seulement à des époques, mais à des civilisations très différentes. Que Glycère prit plaisir à voir jouer les pièces de Ménandre, son amant, ou que l'épouse de Plutarque poussât la réserve jusqu'à s'abstenir de se montrer au théâtre, cela importe au fond assez peu. Une comédie de Ménandre n'est pas plus indécente qu'une comédie de Molière, et l'on ne voit pas ce qui pouvait empêcher une hoimête femme d'y assister. Tout autre est le cas des comédies d'Aristophane. On aura beau faire valoir
1 On abuse aujourd'hui de la bibliographie. Quand je citerais ici les titres d'une trentaine de traités et d'opuscules ayant trait à la question, le lecteur en serait-il plus avancé? Il faut laisser aux pédants ce frivole et facile étalage. Je me borne à noter que tout ce qu'on a pu imaginer de raisons pour justifier la présence des femmes au théâtre a été développé par Edélestnnd du Méril, dans une dissertation mise à la suite de son Hisfoîre de la Comédie, t. 1, pp. 475 à 488. C'est surtout ce mémoire que je me suis attaché à réfuter. Car il est écrit avec savoir et conviction, et l'auteur de The Attic théâtre, M. Ilaigh, n'a ftiit que le résumer.
que la moralité des Athéniens différait de la nôtre et qu'ils entendaient autrement que nous la pudeur ', sur ce point tout le monde s'accorde; mais qu'ils allassent jusqu'à autoriser leurs épouses et leurs mères à écouter des heures durant des impuretés que l'on n'essayait même pas de voiler, à assister à des spectacles d'une licence à faire rougir la plus éhontoe des courtisanes, c'est là ce qu'on a soutenu, ce qu'on soutient encore, et ce qu'il importe d'examiner. Car pareil laisser faire accuserait chez les contemporains de Socrate une telle déchéance du sens moral, un tel mépris des vertus domestiques, qu'on ne citerait rien d'équivalent, non pas même chez les peuples les plus barbares. Heureusement il n'en est rien, et, comme nous Talions voir, les témoignages sont si concordants et si clairs, qu'ils ne laissent pas subsister l'ombre d'un doute.
Il y a d'abord un argument, négatif, il est vrai, mais valant toutes les raisons du monde. Si les femmes avaient assisté aux représentations, les pièces elles-mêmes en feraient foi, et les preuves abonderaient à ce point que l'embarras serait de choisir. On sait combien les poètes comiques aimaient à associer le public à ce qui se passait sur la scène. Il n'est pas une de leurs pièces où les spectateurs ne soient pris à témoin ou à partie, tantôt en masse, tantôt individuellement. C'est
1 Laissons de côté les pratiques, cérémonies et emblèmes du culte. Tout ce qui touche à la religion revêt un caractère sacré et s'enveloppe d'un mystère que les croyants ne cherchent point à approfondir. L'Eglise catholique, qu'on n'accusera pas d'outrager gratuitement la pudeur, solennise telle fête (1" janvier), vénère telle relique dont on évitera entre gens bien élevés de prononcer le nom; comme il est telle prière, ['Are par exemple, qu'enfants, jeunes filles et nonnettes récitent journellement, sans se mettre en peine du sens littéral. De même le protestant lisant sa Bible ne voit dans les récits les plus scabreux que sujets d'édification. .Je suis convaincu, pour ma part, que la vue des Hermès, non plus que les processions où l'on promenait solennellement le phallus, n'offensaient guère la modestie des femmes. Celles qui aui'aient été tentées de s'en offusquer en étaient quittes pour détourner les yeux. 11 est bon de noter d'ailleurs que ces fiimeux Hermès scandalisaient si peu les Athéniens, que le tyran Hipparqu'j n'avait pas ci scrupule de faire graver sur les faces latérales des sentences et maximes pour morigéner les passants. Le fait nous est attesté par Platon {Hipparchus, 229 A).
même un des traits caractéristiques du théâtre antique. Or ce qui frappe tout d'abord, quand on lit Aristophane, c'est que jamai's les femmes n'y sont interpellées, même dans les comédies où elles jouent le principal rôle. Jamais, ni Lysistrata, dans la pièce qui porte son nom, ni les Athéniennes formant le chœur des Thesjnophories, encore qu'elles s'adressent directement à l'auditoire dans la parabase, ni Praxagora dans VEcclésie, n'en appellent à leurs souvenirs ou à leur témoignage. Jamais elles ne réclament leur appui ou leur approbation. Si l'on veut bien y réfléchir, cette preuve suffirait à elle seule et suppléerait au défaut d'autres.
Mais les preuves positives ne manquent pas. Il en est, pour commencer, qu'on aurait tort d'omettre, bien qu'on ait essayé d'en contester la portée. Ainsi ce passage des ThesmopJwries oîi une femme se plaint qu'en rentrant du théâtre le mari furète des yeux dans tous les coins, pour s'assurer s'il n'y a pas quelque galant caché '. Ainsi cet autre endroit des Oiseaux où le chœur allègue que l'amant d'une femme, apercevant le mari sur les bancs des boul eûtes, pourrait au moyen d'ailes aller la trouver puis venir reprendre sa place avant la fin du spectacle ^ On a soutenu, disions-nous, que ces passages ne sont pas concluants, vu qu'ils peuvent ne s'appliquer qu'à certaine catégorie de femmes. Ce n'est là, faut-il le dire ? qu'une pure échappatoire : à quelle catégorie serait-il fait all'ision? Mais il ne nous en coûte pas de nous montrer accommodant et de tenir l'objection pour valable. Car il est d'autres témoignages bien plus décisifs et ne prêtant à aucune ambiguïté.
Par deux fois, et à trente ans d'intervalle, le poète s'est trouvé amené à énumérer les différentes classes de spectateurs. La première dans la Paix, en une tirade de quatre vers, oïl il s'attache visiblement à n'omettre personne ^; la seconde dans VEcclésie, d'une façon plus sommaire, il est vrai, mais non moins précise ^ Ici il n'y a plus de subtilité qui tienne. Si
1 Thesmophories, v. 395 et ss.
2 Oiseaux, v. 793 et as.
3 Paix, vv. 50 à 54.
4 EccUsie, V. 1146.
l'esclave, dans la Paix, se croit tenu d'expliquer le sujet à n'importe qui des spectateurs, pour quel motif donnerait-il l'exclusion aux femmes, s'il y en avait dans l'auditoire? Et pareillement dans VEcclésie, si Blépyros insiste pour que tous ceux qui ont assisté à la pièce, vieillards, hommes faits, éphèbes, prennent part au festin qui la termine, pourquoi n'excepterait-il de cette invitation que les femmes? Dîner d'honunes, direz- vous ? Erreur : ce sont les femmes du chœur qu'on va mener dîner; c'est pour elles, pour elles seules, que le banquet est préparé. Si donc il y avait lieu de choisir, ce sont les citoyennes d'Athènes, nullement leurs maris, leurs pères ou leurs frères, qu'il fallait convier. C'eût été le dénouement logique d'une comédie consacrée à la glorification de leur sexe.
Un troisième texte, moins explicite à première vue, est tout aussi probant, pourvu qu'on l'interprète, comme il convient en bonne critique, à la lumière des deux précédents. C'est encore la Paix qui nous le fournira. Après avoir dégagé la déesse de l'antre oii Polémos l'avait reléguée, Trygée a résolu de lui offrir un sacrifice. Comme il tient, et pour cause, à y associer toute la population d'Athènes, il charge, suivant l'usage, son esclave de jeter de l'orge aux spectateurs. Celui-ci fait ainsi qu'il est dit, et de plus prend plaisir à constater qu'il n'est personne qui n'ait reçu son grain : détail bien oiseux, si le mot n'était à double entente, et ne procurait au poète l'occasion d'un de ces jeux d'esprit que sans doute il ne prisait pas plus que nous, mais que lui imposait çà et là la partie la plus grossière et la plus nombreuse de son auditoire : « Les femmes n'ont pas reçu », remarque Trygée. — € Les maris leur donneront ce soir », répond l'autre K Cela s'entend : les femmes n'ont point reçu pour l'excellente raison qu'elles sont absentes; mais comme il importe qu'elles participent au sacrifice, les maris ce soir feront le nécessaire.
Des éditeurs l'ont compris autrement : elles n'ont pas reçu, vu qu'elles sont trop loin, prétendent-ils, sans faire réflexion qu'à prendre ainsi les choses les neuf dixièmes au moins des
I Paix, vv. 962 à 967.
assistants se trouveraient dans le même cas. Car, de quelque manière qu'il ait procédé, le serviteur faisant le tour de l'orchestre n'a pu atteindre que les gens assis à proximité. La question de distance doit donc être écartée.
Elle le doit d'autant plus que l'explication proposée porte à faux. Ces éditeurs ont eu tort de soutenir, sur la foi des traités spéciaux, que les femmes au théâtre occupaient les gradins supérieurs. Cette assertion, si invraisemblable en elle-même et si contraire à tout ce que nous savons des habitudes d'esprit et des mœurs des Athéniens, est sans nulle valeur. Car elle n'a d'autre fondement qu'une glose en l'air d'un Byzantin, cherchant à expliquer par une hypothèse gratuite un texte d'Aristophane auquel il ne comprenait rien '. La partie supérieure des sections théâtrales, en admettant qu'elle eût une destination spéciale, devait, nous l'avons dit ailleurs ^ être réservée aux métèques, qui, eux, ne pouvaient être confondus avec les citoyens. Cela me parait ressortir clairement d'un endroit des Acharniens (v. 508), qu'on ne tire au clair que moyennant cette hypothèse.
Nous avons passé en revue tous les passages d'Aristophane d'où l'on peut tirer quelque lumière '. Il en reste un toutefois
1 Je ne puis que renvoyer à ma note sur le v. 23 de VEcclésie, dans V Album grattdatorium in hon. H. van Herwerden, Utrecht, 1902, p. 255.
2 De la répartition des places au théâtre, dans les Bulletins de l'Académie, 1901, p. 1094.
3 En négligeant toutefois les raisonnements qui ne reposent que sur des contresens. Ainsi dans les Thesmophories, Mnésiloque à qui l'on montre du doigt Agathon sortant de chez lui, s'écrie, par allusion aux mœurs vraies ou supposées du poète : « Suis-je aveugle ? Je ne vois pas d'homme ici, c'est Oyrène que je vois > (v. 97). Du Méril traduit : < Mais j'aperçois dans la salle la tille publique Cyrène », et cette cruelle bévue constitue pour lui une preuve positive.
Le même savant invoque à l'appui de sa thèse l'anecdote suivante, conservée par Athénée (p. 534 c) : < Alcibiade faisant fonction de chorège menait sa troupe au théâtre, drapé dans une robe de pourpre, et son entrée faisait l'admiration tant des femmes que des hommes. > Cette historiette a pour garant un certain Satyros, écrivain de maigre autorité, car il vivait deux cents ans après Alcibiade. Mais en l'admettant comme authentique, qu'y a-t-il à tirer de là ? Ne dirait-on pas que la chorégie avait été instituée pour les seuls concours dramatiques? Que fait-on des concours dithyrambiques, et qui prétend qu'il fût interdit aux femmes d'y assister? D'ailleurs,
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qui à première vue paraît assez embarrassant. Dans les Grenouilles, Eschj'le reproche à Euripide d'avoir favorisé l'adultère en l'idéalisant, au point que d'honnêtes femmes et bien nées, prises à ses sophismes, se soat rachetées du déshonneur en buvant la ciguë ^. Voilà, a-t-on dit, qui décide la question. Si les drames d'Euripide exerçaient sur d'honnêtes femmes une telle action, c'est donc qu'elles les connaissaient et les avaient vus. Et la raison a paru si forte à nombre de critiques, à Egger par exemple ^ qu'ils ont cru devoir adopter un terme moyen, en restreignant l'exclusion des femmes à la ^ seule comédie. J'avoue que pareille distinction me parait
insoutenable, et ne puis que me rallier sur ce point aux objections d'Edél. du Méril : « D'abord c'est oublier qu'on représentait habituellement à la suite des trois tragédies réglementaires un drame satyrique dont le personnage capital devait, par la grossièreté des paroles et l'obscénité des gestes^ égaler, sinon surpasser, la licence des comédies les plus osées, et aucun témoignage direct ou indirect n'autorise à croire que les officiers de police aient veillé à la pudeur des femmes et les aient forcées pendant l'entr'acte à sortir de la salle. »
On peut donc tenir pour établi que des Athéniennes, et des plus huppées, connaissaient certaines tragédies d'Euripide. Mais ne les connaissaient-elles que pour y avoir assisté? C'est une première question. Les représentations, comme on sait, étaient fort suivies. Chez ce peuple épris d'art et de beau langage, une œuvre nouvelle du puissant dramaturge était un événement dont tout le monde s'entretenait : sujet, caractères, situations, maximes, conduite de l'action, tout ce qui prêtait à la controverse, était minutieusement épluché,
à supposer qu'il soit question des premiers, il n'y aurait pas de quoi s'embarrasser. Les représentations commençant avec l'aube, il va de soi que le chorège et sa troupe ne s'y rendaient pas en pompeux appareil; mais l'avant-veille des concours il y avait le Jlçoayojy, où chorège, acteurs et chœurs se présentaient devant le public à visage découvert et en toilette de fête. C'est à cette occasion, dit-on, que Sophocle se montra en habits de deuil pour honorer son rival Euripide récemment décédé. Pourquoi ne serait-ce pas à cette cérémonie que Satyros ferait allusion ?
1 Grenouilles, v. 1050.
2 Essai sur Vhistoire de la critique chez les Grecs, Paris, 1849, p. 506.
discuté^ jugé avec passion, sévèrement critiqué par les uns, proposé pour modèle par les autres; bien plus, on apprenait par cœur les principales scènes, on les récitait, on les chantait à la fin des repas K Les femmes, quoi qu'on en ait dit, ne vivaient pas en recluses, et il ne tenait qu'à elles d'être bien informées. Si certaines se piquaient d'être au courant de ce qui se passait à l'Ecclésie *, pourquoi d'autres n'auraient-elles pas pris le même intérêt à ce qui se passait au théâtre ? Dès lors Eschyle n'était-il pas fondé à prétendre que tel drame de son rival aurait eu sur la moralité du sexe une influence funeste ?
Ces considérations me paraissent sans réplique et on pourrait s'y tenir. Mais je n'en ai que faire, et si je les mets ici, c'est qu'il m'étonne qu'elles ne soient venues à l'esprit d'aucun des érudits qui se sont occupés de la question. Pour ma part, j'admets sans difficulté que des Athéniennes aient vu jouer la tragédie.
On oublie trop souvent qu'il n'y avait pas qu'un théâtre en Attique, et qu'à côté des Lénéennes et des Grandes Dionysiaques, spéciales à la cité, il y avait les Dionysiaques rustiques qui se célébraient partout ^. Si Athènes avait son
1 Nuées, V. 1371 ; Cavaliers, v. 529; Guêpes, w. 220 et 462.
2 Lysistrata, v. 513.
3 fei l'on s'en était souvenu, on n'aurait pas suspecté le vers 523 de la parabase des Nuées : nçairovg tj^ioja' ctvayEia' v^ùç, « c'est à vous, spectateurs intelligents, à vous les premiers que j'ai voulu faire redéguster ma pièce >. Les éditeurs ont tripatouillé ce passage, suivant leur ordinaire quand ils ne comprennent pas, ce qui ne laisse pas que d'arriver souvent. M. van Leeuwen cite neuf conjectures, sans compter la sienne. On pouvait pourtant deviner sans trop d'eftort qu'une comédie s'attaquant à un personnage aussi en vue que Socrate, n'avait pu manquer d'être reprise dans les dèmes. Et l'on conçoit sans plus de peine que, frustré du prix auquel il croyait avoir droit, Aristophane se soit décidé quelques années plus lard à remettre sa pièce à la scène avec une parabase nouvelle, non plus devant des spectateurs de rencontre, au Pirée, par exemple, comme on dit qu'avait fait Euripide (Elien, Var. hist., II, 18), mais, en saisissant l'occasion d'un nouveau concours, devant le seul public compétent. Voilà ce que signifie nqwxovç. Cet4e interprétation, déjà soupçonnée par G. Dindorf, Fe trouve confirmée par une phrase de V Apolojie do Platon : raira yào étoçÙTs xal avtoi èv z^ ^Aqiatocpdt^ovç xwfj.wdict (19 (J). L'imparfait éwQtère marque une action souvent répétée. La correction de M. Naber, ttjqâxurs, n'a pas de
théâtre, où les femmes ne se montraient pas, quantité de dèmes (une dizaine au moins) avaient le leur, où les femmes, et même les enfants, avaient accès. Les drames qui avaient réussi y étaient rejoués, souvent par les mêmes acteurs et les mêmes choreutes; de plus une place y était faite aux chefsd'œuvre de l'ancien répertoire. Qu'on se figure quelque chose d'analogue à ces troupes de comédiens de Paris faisant une tournée en province sous la conduite d'un imprésario. Je rappellerai à ce sujet que l'orateur Eschine fit un temps partie d'une de ces troupes ambulantes *. Ici plus de concours, de programme réglé par la loi, de pièces imposées par le choix de l'archonte. On annonçait tel drame d'Euripide ou d'Eschyle; tout le monde, même, j'en suis convaincu, les esclaves, avait droit en payant sa place d'aller s'asseoir sur les gradins. S'il plaisait à un Athénien d'amener avec lui sa femme, ses enfants ou petits-enfants, il n'y avait ni règlement, ni usage pour l'en empêcher. Ce que nous disons ici n'est pas une hypothèse plus ou moins ingénieuse pour éclairer un fait obscur, nous pouvons citer un texte formel d'Isée. Les petitsfils de Kiron, se présentant comme légitimes héritiers de leur aïeul, invoquent comme preuve que non seulement celui-ci n'a jamais fait un sacrifice sans eux, « mais toujours il nous menait à la cajnpagne pour les Dionysîes; nous assistions au spectacle assis à ses côtés, et à ses côtés nous célébrions toutes les fêtes ^. »
Voilà de toutes les objections la seule sérieuse définitivement écartée. C'est à quoi l'on ne pouvait manquer d'aboutir, eu égard aux documents positifs qu'on tire d'Aristophane. La question de la présence des femmes au théâtre de Bacchus se résout donc par la négative, contrairement à l'avis, je ne dis pas unanime, mais de beaucoup le plus répandu. Il y a plaisir de constater que cette solution est aussi celle qu'à défaut de tout témoignage le seul bon sens aurait suggérée
Bruxelles. ALPHONSE WlLLEMS.
raison d'être. Comment, en effet, parlant d'une pièce une seule fois jouée, quelque vingl-cinq ans auparavant, Socrate aurait-il pu dire à ses cinq cent cinquante juges : « Vous l'avez tous vue » ?
1 Démostliène, de Corona, 180; Escliine, cont. Timarchum, 157.
2 laée, VllI, 16.