Les attitudes des Hippocampes
J’ai déjà traité ce sujet dans mes Ltudes ichthyologiques (Les Poissons et le monde vivant des eaux , T. I, pages 202 et suivantes). J’ai continué à m’en occuper par la suite, grâce à l’installation et aux ressources de l’aquarium de la station biologique d’Arcachon, et de l’aquarium du Muséum. Je conserve en bon état, depuis trois mois, dans plusieurs bacs de ce dernier, une centaine d’Hippocampes envoyés d’Arcachon ; ces bacs sont emplis d’eau de mer artificielle, renouvelée par intervalles, et aérée avec continuité par de l’air comprimé. Les Hippocampes appartiennent aux deux formes communes d’Arcachon : H. guttulatus Guv. et H. brevirostris Cuv.
Les attitudes montrées par ces êtres, différentes de celles que l’on voit d’ordinaire chez les poissons, peuvent être groupées sous quatre rubriques : celles de la natation, celles du repos, celles de la préhension alimentaire, celles de la reproduction.
Natation. — Les Hippocampes, d’habitude, nagent debout, dans uiie attitude verticale ou proche de la verticale. Leur tronc post-anal (tronc caudal, ou queue), est tantôt étalé, tantôt plus ou moins recourbé. Les membres chargés de produire le déplacement dans l’eau sont les nageoires pectorales et la nageoire dorsale, tantôt isolément, tantôt agissant ensemble. Les premières battent avec activité lorsqu’elles fonctionnent, en ondulant de manière à donner l’apparence d’un mouvement hélicoïdal. La seconde oscille à plat autour de sa base.
Repos. — Les attitudes du repos, fréquentes d’ordinaire et gardées pendant de longues périodes de temps, diffèrent selon que les individus se cramponnent à un support par leur queue préhensile, ou qu’ils se posent directement sur le fond. Dans le premier cas, ils se tiennent debout, la tête en haut, en station verticale ou proche de la verticale, ainsi qu’ils sont pendant la natation. Dans le second, ils s’associent souvent à plusieurs, et enroulent ensemble leurs queues de manière à former un support d'où se dressent les têtes et le haut des troncs, dans l’attitude copiée d’après eux, depuis les sculpteurs de l’antiquité, pour représenter les chevaux attelés aux chars des divinités de la mer et des rivières. Parfois quelques individus se posent isolément, et prennent la même posture, la queue étalée ou bien enroulée.
Préhension alimentaire. —La bouche, petite, étant percée sur le sommet libre du tube buccal constitué par les os de la face étirés en longueur, les proies sont nécessairement de faibles dimensions, et consistent en menus Crustacés ou en Alevins. La mandibule, dans la préhension, fonctionne à la façon d’un clapet qui, en se rabattant ou se relevant, ouvre ou ferme l’ouverture buccale. Son jeu s’accorde avec celui d’une aspiration par le tube buccal, aidée par un bref soulèvement de la tête, qui entraîne la déglutition de la proie. La préhension est parfois opérée en pleine eau. Elle l’est plus fréquemment sur le fond lui-même, ou à son voisinage. L’individu prend alors une attitude curieuse et caractéristique; il incline en avant le haut du tronc pour rendre la tête verticale et rapprocher la bouche du fond, dans une pose semblable à celle d’un oiseau qui picore.
Autant qu’il est permis de le présumer d’après l’observation en aquarium, ce picorage sur le fond représenterait, chez les Hippocampes, l’un des modes les plus habituels de la préhension alimentaire.
Reproduction. — Dès le début d’avril, les pêches effectuées à Arcachon ramenaient des individus en élaboration sexuelle, et même des mâles contenant des embryons dans leur poche incubatrice. La fécondation est précédée de poursuites entre reproducteurs des deux sexes, et de manèges particuliers. Les individus génétiques se rassemblent en nageant, et s’apparient. Ils vont et viennent dans l’eau en tournant l’un autour de l’autre, se rapprochent ou s’éloignent, se joignent par leurs queues enlacées ou se séparent. Parfois cet assemblage se fait à trois ou davantage, mais il se fait le plus souvent h deux, de sexes différents. Il peut arriver que, après une séparation, l’un des géniteurs s’éloigne délîniliveinent pour aller trouver un autre partenaire. Ces allées et venues dans l’eau, qui se prolongent pendant des heures et même des journées, composent une véritable danse nuptiale, au cours de laquelle les glandes sexuelles en élaboration arrivent à leur maturité.
Je n’ai pu observer encore, ni à Arcachon, ni dans l’aquarium du Muséum,l’acte de la fécondation, qui, d’après diverses indications, paraît devoir s’effectuer pendant la nuit. Mais j’ai pu examiner des couples qui s’apprêtaient à l’accomplir. Les deux géniteurs se tiennent enlacés par leurs queues, et pivotent autour de leur zone d’attache de manière à mettre leurs ventres en contact. Le mâle, par intervalles, recourbe le haut de sa queue, et fait ainsi bailler l’orifice de sa poche incubatrice. Dans cette posture, l’orifice, par moments, se place droit au-dessous de l’ouverture sexuelle de la femelle; les œufs, s’ils sortaient alors, tomberaient directement dans la poche incubatrice du mâle, et seraient fécondés pendant cette pénétration. C’est cet acte final que je n’ai pu voir, bien qu’ayant assisté à la suite de ses préludes, étayant étudié ses conséquences par l’examen des embryons incubés dans la poche du mâle après la fécondation. Les œufs,
allongés en ovales courts, et non pas sphériques, sont, dans chaque poche, selon les individus, au nombre de deux ou de trois centaines. Le deutolécithe, d’abord réparti dans la masse entière de l’œuf, ne tarde pas à se collecter en une vésicule vitelline globuleuse, qui u’est point entièrement résorbée lorsque les embryons éclosent, encore contenus dans la cavité de la pocheincubatrice. Mais, plus tard, lors de leur émission finale hors de la poche, et de leur mise en liberté, la vésicule vitelline a disparu.
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Musbdm. — XXXIT.
Sur les Poissons du lac Baïkal appartenant au genre Cottus, par MM. le D r Jacques Pellegrin et V. Vladikov.
Le genre Cottus ou Chabot, tel qu’on le comprend généralement aujourd’hui ;i) n’est représenté au dire de M. Berg (2) dans le lac Baïkal que par deux espèces le Cottus Kneri Dybowski et le Cottus Kessîeri Dybowski. L’étude des riches matériaux ichtyologiques rapportés au Muséum en 1897, par MM. Chaffanjon et L. Mangîni et qui a fourni déjà à l’un de nous la description du remarquable Cottocomephorus megalops Pellegrinpermet de faire quelques remarques nouvelles concernant les deux espèces de Chabots précitées et d’en ajouter une troisième le Cottus sibiricus Kessler, qui n’était connu jusqu’ici que des grands fleuves sibériens, se jetant dans l’océan Glacial Arctique.
Nous croyons utile de redonner ici la description de ces trois espèces du lac Baïkal, d’après les spécimens conservés au Muséum de Paris.
Cottus Kessleri Dvbowski.
La plus grande hauteur du corps est comprise 5 fois 3/4 à 7 fois dans la longueur, sans la caudale, la longueur de la tête 3 fois i/4 à 3 fois 3 / 4 . L’épine préoperculaire est bien développée ; au-dessous, se trouvent 3 petites pointes. La ligne latérale est complète. Le corps, très aminci en arrière, est recouvert sur le dos et lies côtés de très petits tubercules. Les deux dorsales sont nettement séparées par un étroit espace. L’anale est fort longue. La pectorale, à rayons simples, atteint ou dépasse légèrement le niveau de l’origine de la seconde dorsale. La ventrale est formée de 5 rayons, l’interne égal au second externe ou un peu plus long ; elle n’atteint pas l’anus ; sa longueur est comprise 1,1 à 1, 3 dans la distance de sa base à l’anus. Le pédicule caudal est 1 fois 1/2 à 2 fois aussi long que haut, sa hauteur est comprise 16 fois 1/2 à 20 fois dans la longueur sans la caudale, 2 4,2 à 3 o ,8 y compris cette nageoire.
La coloration est brun foncé en dessus, blanche ou jaunâtre en dessous, avec sur les côtés des traces de 5 ou 6 fasciatures sombres.. La première
W L. S. Berc, Les Poissons des eaux douces de Russie, Édition d’État (en russe), 1923, p. 4 oo.
W L. S. Berg, Climat et vie, Édition d’Etat (en russe), Moscou, 1922, p. 29.
W D r J. Pem.egrin, Bull. Mus. Ilist. nat. 1900, p. 354 , et Ibid. 1906, p. 89.
dorsale, de couleur foncée, est bordée de blanc, les autres nageoires sont plus ou moins grisâtres, les ventrales uniformément claires.
D. vin 18-20 ; A. 20-22 ; P. 17-19 ; Y. I 4 .
N° 6 o 5 à 609. Coll. Mus. 5 exemplaires &. — Lac Baïkal : Chaffanjon et