CHAPITRE II
Séjour de l'auteur en Allemagne,
!e qui m'étonnait surtout, c'est que, , parmi les soldats allemands de l'empereur, il n'existait pas plus de foi que parmi les luthériens. Jamais ili^iTemploy aient la moindre partie de leur bu<tin à faire dire des messes ou à fai^e des offrandes à la vierge ou aux saints. Cependant personne, ne savait mieux qu'eux moissonner dans le champ d'autrui et découvrir les cachet-
DE Dov JuAir DE Vargàs. 8i tes. le CEoyais qu'aux Indes nous avions trouyé tous les tnoyëns de faire parler les .prisonniers, mais j^6tte/qu:''à cet égard ils pouvaient nous en remontrer.- Je les ansaismême Uâmés s'il ne se fut. agi dliérétiqiiss, race déyotiàe à tons les tourments. » ;
; Quand ils jetaient esaparés dW paysan^ ils loi serraioutle £nmt avec une «orde*, lui:écra-^ saient les doigts ayec la- vis dun mousquet, ou lui mettaient les pieds sur des charbons ardents^ nprèsJes lui avoir frottés de lard. Nous avions ^mploi^é tous ces mo^f^ns aux Indes; mais ils arvaient. «encore d'autres inventions i ils étem* diiieiit; quetquefiais le patient là fate sur un banc, et, preaant une corddette garnie de nœuds, ils la<tiraien( «flOBome une scie siirUtichair nue, de sorte qu'elle parvenait enfin jusqu'aux os ; ils appelaient éette opéradonjoùer de la contrebasse, et il étaitirâreqt^elle nefît pas avouer au patient où il avait caché son argent. Ces AUe^ mands avaient encore une inventioii assez plai- •suite etdaiit«oitt nous sommessouventamusés : «aprèiiavoir'frotté les pieds de l'hérétique avec du^el moinUéi'ils lesfîûsaîeiitlécherpar iniedi^ me. Le chatouSlement produit par ce mojen jes faisait éclater d'un rire inextmg^ible, et qui aurait fini par les tuer s'ils' n'eussent terminé la plaisaotérie d'une manifere iion moins agréable
82 Les âtèntures
pour nous, c*est-à-diré en nous livrant ce qu'ils voulaient nous dérober. Cette méthode est très bonne et n*a quW inconvénient': c'est qu'on n'a pas toujours une chèvre sous la main^ et' qu'il est très dif&cile de prendre ces animaux une fois qu'ils sont sortis de leur étable.
Je ne dois pasoublierUnequércâle que j'eus avec un capitaine allemand nommé Wolff. Cet homme, sans éducation, était d'une force pro* digieuse. On racontait qu'il était autrefois col* porteur, employé par un marchand de Cologne pour aller vendre de la verrerie dans les villages.' Un jour il fut rencontré par trois soldats qui voulaient le dépoufller. Il les supplia de lui permettre de poser son paquet par terre , et quand il en fot débarrassé il les assomma tous trois avec son bâton de voyage. N'osant plus rentrer chez lui après ce bel exploit , il prit parti dans les troupes et parvint au grade de capitaine.
Bien qu'il ne crut guère ni k Dmu ni à ses saints, ce Wolff, aalieudelesinvoquer, avaitrecours à toutes sortes de sorcelleries ; il portsdt des amulettes et autres inventions du démon, pour se mettre à l'abri des blessures . Il avait surtout la manie d'apprendre à connaître l'avenir, et ses camarades avaient abusé plus d'une fois àt cette manie et de sa simplicité pour lui jouer des
DE Don Juan de Vargas. , B%
tours. Un joamous étions logés dans unyillage et touchés dans le m^eiit ; il remit la* conversation sur la devinaille, et je finis par loi dire <pi^en Espagne nous avions des moyens de deviner qu^il ne connaissait pas. G^étaitle gratter où il lui démangeait, et il me supplia de les lui enseigner. Après m^étre long-temps fait prier je feignis d^y consentir, et je lui dis de mettre la tête sous la couverture, en prononçant certaines paroles. Il n^ manqua pas, et je laissai échapper ce que je ne tenais pas avec les mains. Il sauta en bas du lit en me disant un torrent d^injures, pendant que je lui répétais, en éclatant de rire: Capitaine, vous avez deviné. Celte aventure amusa toute la ville, et fut même racontée â la table du général. Mais il fallut join* dre un coup d'épée à cette pointe d'esprit pour que Wolff fut complètement satb&it. Quoique gentilhomme, je ne crus pas devoir lui refuser la satisfaction qu'il demandait. Ptous nous bâtjîmes dans un' petit bois près de la ville, et je lui passai mon épée au travers du corps. Heureusement le général avait trop ri delà plaisanlerie pour me tourmenter à cause de cette affaire, ,
&I . Les ÀVKifTûRBS