CHAPITRE I
L'auteur accompagne le roi D. Sébastien dans son expédition d'Afrique.
eroi D» Sébastien,- alors âgé de yiBgt-deux ans, était également re* marquable par sa force et par sa valeur, il pouvait être considéré comme le plus parfait cavalier de son royaume. On ne pouvait lui reprocher d^autre défaut que le désir si naturel à son âge de courir les aveotores ; il y était secrètement encouragé; par le roi D. Philippe^ son oncle, qui, le voyant encore sans enflants, n^aurait pas été ^ché de le voir périr pour profiter de sa succession. Mais ce sont là de ces matières d'état dont les homp mes prudents font mieux de ne pas parler.
Muley-Mohamed, roi de Maroc, chassé de son
royaume, était venu le trouver et lui avait pro-
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mis de se reconnaître pour son yassa] s'il voulait d'aider à rentrer dans ses états . D. Sébastien avait réuni dans ce bot une nombreuse armée, dans laquelle je parvins à obtenir une enseigne. C'était peu pour un ancien capitaine, mais beaneoup pour un fugitif.
Une flotte de plus de cent vaisseaux nous transporta en Afrique. Le jeune roi , sans vouloir écouter Favis de ses officiers les plus expé^ rimentés, s'avança rapidement dans l'intérieur, et bientôt nous nous trouvâmes en présence d'une armée de plus de cent mille Maures, qui, se déployant en croissant, nous enveloppèrent t^mplétement. Le roi essaya vainement de percer l'armée ennemie , à la tête de ses plus braves chevaliers. Nous fumes "mis dans une déroute complète. Le roi eut trois chevaux tués sous hd. Les Maures ne voulaient pas le tuer; ils ne le connaissaient cependant pas, mais le voyant couvert d'une brillante armiure, ils le regardaient comme un prisonnier d'importance, et qui pouvait payer une riche rançon. Hs allaient même en venir aux mains en- 'tre eux, quand un chef lui fendit la teleenleur criant : « Comment 1 chiens que vous êtes, quand Dieu vous accorde une si brillante victoire sur les ennemis de notre foi, vous allez ~vous égorgerpour la rançon d'un prisonnier ! »
DE Don Jfan de Vaugas. «St
Tous les sdgttMirs portugais qui ne périrent pas dans la l»ataiUe tombirent emtre les mains des Maures, et ceux-ci exigèrent d^eux une rançM exoil>itante. Un des plus heureux fîit D. Antoine, prieur de Grato , qui, depuis, se fit prodamer roi de Portugal, Pris par un Maurisqoe renégat , il parvint k lui persuader que HiaJbtt de cheyalier de Saint-Jean était un habit monastique, et qu*il était tris pauvre. Il s^enlendit arec un juif, qui le racheta pour quelques ducats, et dont il fit ensuite la fortune. Les autres seigneurs furent obligés de payer cinq mille crusades par tête. Quant à nous autres, nous fE^es rachetés en masse par le roi D. Henri , successeur de D. Sébastien , non sans avoir souffert toutes les misères imaginables , car on faisait si peu de cas de nous qu*on ne prenait pas la peine de nous nourrir. On nous jouait pour quelques maravedis , ou Ton nous échangeait contre les objets les plus vils. Qui m'eût dit que je vivrais assez pour voir échanger dix gentilshommes de nom et d*armes contre un porc ou un baudet?
Peu de temps après mon retour à Lisbonne, le roi cardinal Henri mourut, et, malgré les efforts de D. Antoine de Grato, le duc d'Albe, à la tête d'une armée de nos invincibles Castillans , prit possession du royaume au nom de
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S. M» Philippe U. J'étab fi^ de voir mon 400* vvrain ajouter me nouvelle couronne a celleè tpà ornaient son front , mais je n'étais pas pressé 4e retourner au château d'Âyi^nonte , en at-r imdant qu'il plut à la cbanoell^e de -Grenade aie juger mon procès; je profitai donc de Tofr fre d'un marchand portugais, nommé Mendra de SiiVa , qui retournait à Goa et qui m'ofirait im passage à hord de. son vais^pau. Je n'avais ^as prospéré dans le métier des armes. Je con^ mençab à être d'un âge où Ton estime la rir chessè et la gloire pour ce qu'elles valent, et, n'espérant pas pouvoir retourner au Pérou , }fi résolus de tenter lia fortune en me livrant au commerce des Indes >, qui enrichit le Portugal ■et qui fait de^ Lisbonne la seule rivale de Séville.