JIM. — LA BANDE DE TO.M SAWYEK
Ben Uogers déclara que c'était un très beau serment et demanda si Tom l'avait inventé d'un bout à l'autre. Tom reconnut avoir presque tout copié dans des histoires de chefs de voleurs ou de pirates, qui savaient mieux que lui ce qu'il fallait faire jurer à leurs hommes.
Quelqu'un opina qu'il serait peut-être bon de tuer aussi les familles de ceux qui trahiraient les secrets de la bande. Tom, ayant approuvé cette idée, prit son crayon et griffonna une ligne sur le papier qu'il venait de lire.
— C'est fort bien, dit alors Ben Rogers j mais voilà Huck Finn, qui n"a pas de famille.
— Est-ce qu'il n'a pas son père? demanda Tom.
— Oui, un père que nous ne saurons jamais où trouver; il y a plus d'un an qu'on ne l'a pas revu. Ça ne serait pas juste envers les autres, qui ont des familles à tuer.
Le cas était embarrassant ; mais, grâce à Tom, on finit par consentir à ne pas rayer mon nom de la liste. En somme, chacun de nous se piqua le doigt avec une épingle et signa le serment avec son sang.
— A présent, dit Tom, il est bien entendu que notre bande est une bande de voleurs de grand chemin, pas autre chose. Nous nous mettrons en embuscade pour arrêter les voitures ou les voyageurs.
— Et s'ils ne veulent pas s'arrêter? demanda un sceptique.
— Oh ! dans les livres ils ne manquent jamais de s'arrêter lorsque des gens masqués leur crient : « La bourse ou la vie ! » Les chevaliers du grand chemin portent toujours un masque — autrement ils ne pourraient pas aller dans le monde sans être reconnus.
— Nous n'avons pas de masques !
Tom paraissait avoir prévu l'objection. Il jeta à terre sa casquette, lira de sa poche un foulard de sa tante Polly — un beau foulard tout neuf dans lequel il avait taillé deux trous ronds à l'aide d'une paire de ciseaux, et dont il se coitla en un clin d'œil.
— La bourse ou la vie I cria-t-il... Que penses-tu de ce masque-là, Jack?
LES AVENTURES DE ilLCK FL\X.
— C'est vrai que ça doit effrayer les gens, dit Jack, qui venait de faire un bond en arrière.
— Rien de plus facile à fabriquer, reprit Tom en retirant son masque. Il n'y a qu'à bien marquer la place des yeux.
Très facile, en effet! ainsi que l'apprirent bientôt douze ou quinze
L'expéJilioQ de la veille avait bien ai-rangé mes habits.
ménagères de Saint-Pétersbourg, qui ne connurent que beaucoup plus tard l'utilité des mouchoirs troués. En attendant, le coup de théâtre imaginé par Tom lui valut un plein succès, et son plan de campagne fut adopté sans hésitation ni nouvelle discussion. 11 fut nommé capitaine à l'unanimité des voix, et on m'accepta pour lieutenant. Lorsque je regagnai ma chambre, au point du jour, j'étais aussi heureux que fatigué.
Le lendemain, j'osai à peine descendre à l'heure du déjeuner, tant l'expédition de la veille avait bien arrangé mes habits. J'eus beau