MANDRIN, MARGARITA
MARGARITA
Tu m’as oubliée dans tes projets d’avenir... Celle à qui, hier encore, tu faisais de si beaux serments d'amour, celle qui depuis deux ans a partagé tous tes périls, qui a veillé sur toutes te9 ; nuits, qui a détourné le poignard ou la trahison de ton sein; j celle-là tu l’abandonneras, n’est-ce pas? ., tu la jetteras aux bras de quelque bandit obscur, en lui disant : « Voici ma maîtresse, j
• je le la donne... il me faut, à moi, une femme légitime, la ( « paix du ménage, les joies domestiques, toutes les vertus et j
• tous les bonheurs de l’homme, du père et de l’époux! » In- j sensé! qui n’as pas compris qu'une seule femme pouvait aimer j Mandrin! et que cette femme, c'est moi!.. Va donc, entre deux i baisers, jeter ton nom à la jeune Tille innocente et pure, et lu I terras ses lèves iiàlir, ses veux se détourner avec horreur, ses • bras te repousser loin d’elle!
MANDRIN
Margarita!...
MARC A an A.
Moi, je t'aime, pourquoi?... je ne sais... Elevée parmi des bandits, eu lutte depuis mou enfance avec tes lois de la société... je n’ai qu'une notion vague du juste et de l’injuste... que m’importe ce qu’on appelle les crimes!,., je t'aime!... Mais la jeune fille, habituée aux saintes vertus du foyer, crois-tu qu’elle pourra ! mettre sa main tremblante dam ta main rouge de sang?...
MANDRIN
Assez!...
MARGARITA
Ah!...
MANDRIN
Margarita... tout est fini entre nous... tu peux, si bon te semble, retourner en Italie avec Piélio... je t’ai aimée, Margarita!... Aujourd’hui, une passion nouvelle s’e>t emparée de mon cœur... D’ailleurs, à ce projet de mariage, se rattache tout un vaste plan d’avenir!... Il me faut une position solide dans le monde... cette alliance avec une famille riche, considérée, me la donnera.
MARGARITA
Tiens... dis-moi que ce mariage n'est que le résultat d’un calcul, dis-moi que tu n'aimes pas celle jeune fille, el j’oublie tout...
MANDRIN
Je ne veux pas te tromper, Margarita... Je l’aime!
Prends garde. Mandrin, je suis Italienne... je suis jalouse... je puis me venger!
MANDRIN
Soit! tes foreur* me mettent à l’aise... Tu sais que je n’ai jamais reculé devant une menace...
MARGARITA
J’ai tort... il faut me pardonner; vois-tu t j’ai la tète pci'- | duc !... Tu sais bien aussi que je ne pourrais me venger sans te perdre, et que ta vie m’est plus précieuse que mon amour!...
MANDRIN
Alors, résigne-toi!
MARGARITA
Jamais!... non! c’est au-dessus de mes forces... Tiens, voici un poignard , frappe-moi! Je souffrirai moins mourant do U main que trahie par ton cœur!...
MANDRIN
(Test de la démence!... Le terr ps calmera ce désespoir, trop violent pour èlrc durable...
MARGARITA
Il raille jusqu'à ma douleur!... Ab! puisscs-tu trouver un cœur implacable dans celle pour qui tu m’abandonnes!
MANDRIN
Celle-là ne sait qu'aimer, elle ne sait pas maudire!... D’ailjours, que m importe!... mon amour est de ceux qu'on accepte ou qui donnent la mort!...
MANDRIN
Qu’y a-t-il?
DB BOISSEC
Le stupide domestique laissé par nous en liberté là-haut, a été tout raconter à Ponclc Lambert. Celui-ci a couru au prochain village; il a rassemblé tous les paysans, il s’est mis à leur tête, et voilà qu’il revient comme uii forcené sur le château... Faut-il les saluer d’une fusillade?..,
MANDRIN
Garde-t’en bien... Baissez le pont-levis... ouvrez tontes les portes... laUsez-les arriver jusqu'à cet appartement .. Qu’on respecte surtout l’entreposeur de la ferme... jusqu’à nouvel ordre,., c’est mon oncle futur...
DR BOISSEC
Je ne te reconnais plus...
MARGARITA , à Mandrin.
Cet amour te perdra, Mandrin!
MANDRIN, écoutant.
Ils s’arrêtent... ils approchent...
METRO, entrant, à mit b»»e, A Margarita.
J’ai tout entendu... (iMùpunt Mandria.) veux-tu que je poignarde cet homme?...
MARGARITA
Non, j’ai un projet.
PIÉTRO
Ahl...
MANDRIN , A dt Boiwrr.
Ah ça!... comment expliquer la disparition de M. de Simiane?
RE BOISSEC
J’y ai songé ! . . une histoire romanesque. ■ un acte de dévouement!
MANDRIN
On n’y croira pas....
DK BOISSEC.
Ah ! si nous pouvions montrer quelque blessure reçue en défendant M. de Simiane...
MANDRIN, Urul wi poignard.
N’est-ce que cela?... attends... (u k trappe au bru,)
DE BOISSEC
Que fais-tu?...
MANDRIN
Bah! une égratignure... Les voici... à nos rôles!... (a ro*u*i-
rol qui vient d'entrer a*ee dent homme*.) Toi, Roquairol, fais di-paraîlrc l'officier.... Tu m’entends ., je le veux! (Roquairoi, aidé d«
deux Afigaud* , délie M. de Simiaue el l'enl raine hors du tooterraiu.j MARGARITA.
J’ai pitié de toi. Mandrin; je te laisse aux joies de la famille... Moi, je vais songer à ma vengeance. (eu* son «m piètre.)
MANDRIN
Se venger!... Bah! elle n’osera pas! (u tort pricipitammut, wM
de Boietee.)