‹ Les aventures de Mandrin mélodrame en cinq actes, et dix tableauxChapitre 72 sur 78 · AU G U S T INE · texte numérisé non relu

AU G U S T INE

Je n'aime pas les petits gâteaux aux amandes.

ROUSSILLON

Alors tu ne refuseras pas ce biscuit au chocolat, et tu diras... AUGUSTINE.

Ah çà ! me prenez-vous pour une perruche ? Croyez-vous qu’on me fait parler en me donnant îles sucreries?

ROUSSILLON

Faut-il que je t’embrasse pour que tu dises...

AUGUSTINE

Quel enlèté vous faites !

ROUSSILLON

Et toi?

Moi, j’ai raison.

ROUSSILLON

Ce n’est pas la cuisinière de Madame qui serait aussi revêche.

AUGUSTINE, sèchement.

Adressez-vous à elle. (Elle s'assied à droite, • l'angle de U table.) ROUSSILLON.

Ni sa couturière.

AUGUSTINE, plus sèchement.

Qu’est-ce que cela me fait ?

ROUSSILLON

Tu parlais tout à l'heure du ton que j’avais; le tien, il me semble...

AUGUSTINE

Le mien est ce qu’il doit être...

ROUSSILLON

Si, quand tu seras ma femme, tu doi9 prendre souvent ce ton-

là... (il i'iuM i l'angle gauche de la laMe.)

AUGUSTINE

Je le baisserai encore moins.

ROUSSILLON, en colère.

Si tu étais ma femme... (s* levant.)

AUGUSTINE, de même.

Si j’étais votre femme...

ROUSSILLON, prenant la chais* placée à l’angle de U table et la lançant de eAté.

Vous vous soumettriez!

AUGUSTINE, même jeu.

Peut-être !

ROUSSILLON, tout en remoutaut, lançant une autre chaise.

Je vous dis que vous vous soumettriez!

AUGUSTINE, lançant un* autre chaise.

Eh bien ! non !

ROUSSILLON, lançant une chaise.

Je vous y forcerais.

AUGUSTINE, lançant une chaise.

Vous!

ROLSSILLON, laoçact une chatte.

Moi!

AUGUSTINE, lançant une chaise.

Nous verrions cela !

ROUSSILLON, lançant use chaise.

Vous diriez, toutes les fois que cela me plairait (Frappant sur la uhie) : Dieu merci ! le couvert est mis !

Et moi, je ne le dirais pas. Au reste, je tic suis pas... je no serai pas... je ne veux pas être votre femme!

ROUSSILLON, Jetant 1a citai m qui rente.

Tant mieux !

AUGUSTINE, bousculant l'autre.

Tant mieux!

StfÊNli II.

LES MÊMES, HERMANCE, en toilette de mariee, LOMBARD, pareille meut en habite de noce».

MERMANCE, tombant au milieu du désordre.

Ah ! mon Dieu !

LOMBARD

Que veut dire?..,

ROUSSILLON

Nous mettions te couvert.

DIEU MERCI! LE COUVERT EST MIS

A maïunu.

On ne le dirait pas. (a taccad u

BERMANCE, de même.

Un pareil désordre ! quand mon père et ma mère vont venir!

Avec tous nos témoins réunis au salon.

HfcHWANCE.

Je veux savoir...

AUGUSTINE, b*lbuti«n!.

Cent que... Madame...

, lombard , k RmumUos.

Parleras-tu , toi ?

Riil'SSILLON.

Cest que... Monsieur.;.

AUGUSTINE

Il a tort!

Oscs-lu bien I C’est un grossier!...

C'est une...

Cest un liourrul Cctf une...

ROUSSILLON

AUCCSTJNE.

ROUSSILLON

AUGUSTINE

ROUSSILLON

Quoi?

ROUSSILLON

Eh bien!... tu es une... tu es une...

BERMANCE.

Assez!... je vous renvoie sur-le-champ ions les deux, si vous ne nous dites» l’un ou l’autre, pour quel motif, quand nous vous avions confié le soin de mettre le couvert de noces et de tout disposer pour notre retour, vous vous ôtes livrés à un combat qui annonce clairement une dispute, une querelle.

LOMBARD, à RoukIUoh.

Eh bien! voyons!...

ROUSSILLON

Quand j’ai eu fini de mettre le couvert, je me suis dit en me détirant : Dieu merci ! le couvert est mis.

Cest là tout?

t est mis.

LOMBARD

ROUSSILLON

Non , Monsieur : j*ai voulu faire dire à Augustine la même chose...

LOMBARD, vivement.

Quelle chose?

ROUSS1LI.ON

Dieu merci! le couvert est mis.

AUGUSTINE

Et moi, je ne l’ai pas voulu.

ROUSSILLON

De parole en parole, nous en sommes venus aux gros mots, des grands mots aux grands gestes, enfin à nous envoyer quelques chaises h U tète.

LOMBARD

En vérité! on ne saurait dire lequel est le plus stupide de vous deux. Où donc avez-vous servi? — Qui vous a élevés? — Dans quel monde avez-vous vécu, pour en venir si grossièrement aux mains à propos d’une pareille niaiserie?

AUGUSTINE, prcMitanl une rhaice i Hermaoce.

Vous en parlez bien à votre aise. Monsieur; mais si...

LOMBARD

Allons donc!

AUGUSTINE

Tiens! une. femme a sa volonté. { hoitmiu* »u&ied.)

LOMBARD

Sa volonté... sa volonté...

AUGUSTINE

Oui, Monsieur, sa volonté.

ROUSSILLON

Mais l’homme a ses droits aussi...

Sans doute... «

ROUSSILLON, à AuraUûw.

Tu vois?...

LOMBARD

Allez-vous recommencer? Mais prenez donc exemple sur nous; cro) ez-voua que si je disais, moi, qui ne suis pas autrement fait | que votre Roussillon, ix ma chère Hcrmancc que voilà, une 1 femme comme vous, Augustine: — Ma chère auiic, dites, je ! vous prie : « Dieu merci! le couvert est mis. » *

U ERRANCE, te tout.

Je nu le dirais pas. {

LOMBARD, étoaoA

Vous ne le diriez pas !

BERMANCE , !»»tur«ll«ni*nt.

Non.

AUGUSTINE, regardant Roimitlou.

Entcnds-tll ? (RoikiîUo» et Auguttine un peu es arrière, faïufetl not aorpriae et riant «oui cape.)

LOMBARD

Et pourquoi ?

BERMANCE.

Vous avez parlé des droits qu’a l'homme sur la femme, et, par conséquent, des droits que vous avez sur moi; or...

LOMUAKD.

^ Vous exagérez ma pensée... J’ai dit que nous devions servir d’exemple à nos gens; mais...

UËRMANCE.

C’est cela : vous l'exemple de l’autorité; moi l’exemple de l'obéissance absolue.

LOMBARD

Absolue... non ! D’ailleurs, je fonde ce droit, zmn sur le caprice, mais sur 1’afFectiou ; je l’exprime par la prière. Ainsi, ma chère, n’cst-il pas vrai que si je vous priais de dire?..

BERMANCE.

Je connais votre manière de prier. Ce malin, je voulais aller à la mairie avec un mantclct de salin blanc; vous vouliez, vous, que je misse une mantille de soie rose.

LOMBARD

Et c’est vous qui l’avez emporté.

BERMANCE.

Après une heure de discussion.

LOMBARD

Amicale. Enfin , vous n’avez pas cédé.

BERMANCE.

Non. Je n’ai pas cru devoir céder.

LOMBARD

Vous avez peut-être bien fait. Il s’agissait tantôt d’une chose de goût, et le vôtre, qui vaut assurément mieux que le mien, devait triompher. Mais il sVtgit, en ce uniment, d’une chose d’ordre. Qu’csl-ce que je demande.? Que vous fassiez sentir à nos gens que nous avons un peu plus de bon sons qu’ils n'en ont montré dans leur très-sotte querelle , et que vous ayez lo mérite de le leur prouver en disant le plus simplement du monde : Dieu merci ! le couvert est mis.

BERMANCE.

Je ne vous ai pas cédé ce matin ; si je vous cédais maintenant, vous me croiriez une femme sans caractère.

LOMBARD, froidement.

Je n’insiste pas; mais il est fâcheux, en vérité, que cet exemple de résistance de votre part se produise devant nos gens, juste le premier jour, la première heure de noire mariage.

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