‹ Les aveuglesChapitre 2 sur 10 · I. AÏEUL · texte numérisé non relu

I. AÏEUL

Il me semble qu il ne fait pas très clair

LE PÈRE

Allons-nous sur la terrasse, ou restonsnous dans cette chambre?

L ONCLE

Ne vaudrait-il pas mieux rester ici? Il a plu toute la semaine et ces nuits sont humides et froides.

LA FILLE AÎNÉE

Il y a des étoiles cependant.

l'oncle.

Oh ! les étoiles, ça ne prouve rien.

l'aïeul.

Il vaut mieux rester ici, on ne sait pas ce qui peut arriver.

le père.

Il ne faut plus avoir d inquiétudes. Il n'y a plus de danger, elle est sauvée...

Je crois qu'elle ne va pas bien...

le père.

Pourquoi dites-vous cela?

l'aïeul.

l'ai entendu sa voix.

LE PERE

Mais puisque les médecins affirment que nous pouvons être tranquilles...

l'oncle.

Vous savez bien que votre beau-père aime à nous inquiéter inutilement.

L AÏEUL

Je n'y vois pas comme vous autres.

l'oncle.

Il faut vous en rapporter alors à nous autres, qui voyons. Elle avait très bonne mine cette après-midi. Elle dort profondément maintenant, et nous n'allons pas empoisonner inutilement la première bonne soirée que le hasard nous donne... Il me semble que nous avons le droit de nous reposer, et même de rn'e un peu, sans avoir peur, ce son\

LE l'ÈKE.

C'est vrai, c est la première fois que je me sens chez moi, au milieu des miens depuis cet accouchement terrible.

L ONCLE

Une fois que la maladie est entrée clans une maison, on dirait qu il y a un étranger dans la famille.

LE PÈRE

Mais alors, on voit aussi qu en dehors de la famille, il ne faut compter sur personne.

l'oncle.

Vous avez bien raison.

l'aïeul.

Pourquoi n'ai-je pu voir ma pauvre fille aujourd hui?

l'oncle.

Vous savez bien que le médecin Ta défendu.

l'aïeul.

Je ne sais pas ce qu'il faut que je pense...

l'oncle.

Il est inutile de vous inquiéter.

l"intruse 15

l'aïeul [mdiquant la Pqrte à gauche).

Elle ne peut pas nous entendre?

Nous ne parlerons pas trop haut; d'ailleurs la porte est très épaisse, et puis la sœur de charité est avec elle, et nous avertirait si nous taisions trop de bruit.

l'aïeul {indiquant la porte à droite).

Il ne peut pas nous entendre.^

LE PÈRE

Non, non.

L AÏEUL

Il dort?

LE PÈRE

Je suppose que oui.

l'aïeul, 11 laudrait aller voir.

l'oncle.

Il m inquiéterait plus que votre femme, ce petit. Voilà plusieurs semaines qu'il est

i6 l'intruse

né, et il a l'emué à peine ; il n'a pas poussé un seul en jusqu ici ; on dirait un enfant de cire.

L AÏEUL

Je crois qu'il sera sourd, et peut-être muet. . Voilà ce que c est que les mariages consanguins...

{Silence réprobateur.)

Je lui en veux presque du mal qu'il a fait à sa mère.

l'oncle.

Il faut être raisonnable ; ce n'est pas sa faute au paiivre petit. — Il est tout seul dans cette chambre?

LE PÈRE

Oui, le médecin ne veut plus qu'il reste dans la chambre de sa mère.

l'oncle.

-Mais la nourrice est avec lui ?

le père.

Non, elle est allée se reposer un moment;

l'intruse 17

elle la bien gagné depuis ces jours derniers. — Ursule, va voir un peu s'il dort.

LA FILLE AÎNÉE

Oui, mon père.

[Les trois sœurs se lèvent, et, se tenant par la main, entrent dans la chambre, à droite.)

LE PÈRE

X quelle heure notre sœur viendra-t-elle?

L ONCLE

Je crois qu elle viendra vers neuf heures.

Il est neut heures passées. Je voudrais quelle vienne ce soir; ma femme tient beaucoup à la voir.

l'oncle.

11 est certain c]u elle viendra. C'est la première fois qu'elle vienne ici ?

le père.

Elle n'est jamais entrée dans la maison.

L ONCLE

Il lui est très difficile de quitter son couvent.

LE PÈRE

Elle sera seule ?

l'oncle.

Je pense qu'une des nonnes l'accompagnera. Elles ne peuvent pas sortir seules.

LE PÈRE

Elle est la supérieure cependant.

l'oncle.

La règle est la même pour toutes.

L AÏEUL

Vous n'avez plus d'inquiétudes?

l'oncle.

Pourquoi donc aurions-nous des inquiétudes? 11 ne faut plus revenir là-dessus. Il n'y a plus rien à craindre.

Votre sœur est plus âgée que vous ?

l'intruse 19

l'oncle.

Elle est l'ainée de nous tous.

l'aïeul.

Je ne sais pas ce que j'ai ; Je ne suis pas tranquille. Je voudrais que votre sœur fût ici.

L ONCLE

Elle viendra: elle la promis.

L AÏEUL

Je voudrais que cette soirée lût passée!

[Rentrent les trois Jïlles.)

LE PÈRE

Il dort?

LA FILLE AÎNÉE

Oui, mon père, très profondément.

L ONCLE

Qu'allons-nous laire en attendant?

L AÏEUL

lui attendant quoi ?

LOXCLE.

En attendant notre sœur.

LE PÈRE

Tu ne vois rien venir, Ursule }

LA FILLE AÎNÉE [à la fenêtre) .

Non, mon père.

LE PÈRE

Et dans l'avenue? — Tu vois 1 avenue?

LA FILLE

Oui, mon père; il y a clair de lune, et je vois l'avenue jusqu'aux bois de cyprès.

L AÏEUL

Et tu ne vois personne. Ursule?

LA FILLE

Personne, g-rand-père.

L ONCLE

Quel temps lait-il ?

LA FILLE

Il lait très beau; entendez-vous les rossignols?

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