AÏFUL
Qui est-ce qui marche ainsi, autour de nous?
l'oxcle.
C'est moi, c'est moi, n'ayez pas peur.
J'éprouve le besoin de marcher un peu.
[Silence.) — Mais je vais me rasseoir; — je ne vois pas où je vais.
{Sile7ice.)
64 l'intruse
l'aïeul.
Je voudrais être ailleurs!
LA FILLE
Où voudriez vous aller, grand-père?
l'aïeul.
Je ne sais pas où — dans une autre chambre, n'importe où! n'importe où!...
LE PÈRE
Où irions-nous ?
l'oncle.
Il est trop tard pour aller ailleurs.
{Silence. Ils sont assis, itnmobiles, autoiu de la table.)
l'aïeul.
Qu'est-ce que j'entends, Ursule?
Rien, grand-père, ce sont des feuilles qui tombent: — oui, ce sont des feuilles qui tombent sur la terrasse.
l'intruse 65
l'aïeul.
Va fermer la lenètre, Ursule.
LA FILLE
Oui, grand-père.
[Elle ferme la fenêtre et revient s asseoir.)
l'aïeul.
J'ai froid. {Silence. Les trois sœurs s'embrassent.) Qu'est-ce que j'entends maintenant?
LE PÈRE
Ce sont les trois sœurs qui s'embrassent. l'oncle.
Il me semble qu'elles sont bien pâles, ce soir.
{Silence.)
L aïeul.
Qu'est-ce que j'entends maintenant, Ursule?
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LA FILLE
Rien, grand-père ; ce sont mes mains que j'ai jointes.
{Sile7ice.) l'aïeul.
Qu'est-ce que j'entends, qu'est-ce que j'entends, Ursule?
LA FILLE
Je ne sais pas, grand-père... peut-être mes sœurs qui tremblent un peu?
l'aïeul.
J'ai peur aussi, mes filles.
{Ici lin rayon de lune pénètre par un coin des vitraux et répand, çà et là, quelques lueurs étranges dans la chambre.
Minuit sonne et, au dernier coup, il semble, à certains, qu'on entende, très vaguement, un bruit comme de quelqu'un qui se lèverait en toute hâte.)
l'intruse 67
L AÏEUL [tressaillant d ime épouvante spéciale.)
Qui est-ce qui s'est levé?
l'oncle.
On ne s'est pas levé !
LE PÈRE
Je ne me suis pas levé !
LES TROIS FILLES
Moi non plus! — Moi non plus! — Moi non plus !
L AÏEUL
Il y a quelqu'un qui s'est levé de table ! l'oncle.
Allumez la lumière!
[Ici on entend tout à coup un vagissement d épouvante, à droite, dans la chambre de l enfant : et ce vagissement continue avec des gradations de terreur, jusqu à la Jin de la scène.)
LE PERE
Ecoutez! l'enfant!
l'oncle.
Il n'a'jamais pleuré!
LE PÈRE
Allons voir !
l'oncle.
La lumière! la lumière!
[En ce moment, on entend courir àpas précipités et sourds, dans la chambre à gauche. — Ensuite, un silejice de mort. — Ils écoutent dans ime muette terreur, jusqu'à ce que la porte de celte chambre s'ouvre lentement, la clarté de la pièce voisine s irrue dans la salle, et la Sœur de Charité paraît sur le seuil, en ses vêtements fioirs, et s incline en faisant le signe de la croix, pour annoncer la f7îort de la femme. Ils comprennent, et, après un moment
l'ixtruse 69
d indécision et d effroi, entrent en silence dans la chaînbre mortuaire, tandis que V Oncle, sur le pas de la f>orte, s efface ■poliment, pour laisser passer les trois jeunes filles . L'Aveugle, resté seul , se lève et s" agite , à tâtons, autour de la table, da7is les ténèbres.)
l'aïeul.
Où allez-vous? — Où allez-vous?" — Elles m'ont laissé tout seul !