SCÈNE VI
ERNEST , POMARD, SPENCER, prenant du
tbé et lisant son journal.
Des bouts-rimés!.. Ah ! ah ! ah !
ERNEST
El tu t’amuses de toutes ses folies, toi ?
POMMARD
Tiens! oui... il est très amusant, mon sher, il zouc des bons tours à tous les voyazeurs... ça me fait rire beaucoup.
ERNEST
Oui, jusqu’à ce .qu’il t’en joue un bon, à toimême... Alors, lu ne riras plus.
• POMARD
A moi, son ami !.. Zaïnais !
ERNEST
C'est peut-être lui qui t’a conseillé de laisser ta pauvre petite femme en France... seule... et pendant que tu t'amuses à voyager...
POMARD
Mais c’est là le bonheur, mon sher... les femmes, c’est la mort aux farces !.. Aussi, moi, sournois que ze suis...
Au : Ce uugtilral irréprochable.
Lorsque ze pars, la zolc au fond de l’ame.
Mon sher, en taisant mes paquets,
7/ai bien soin d’oublier ma femme,
Çtue zc laisse avec les procès...
ERNEST , Murinui.
Je comprends tes calculs secrets :
Ce doux ménage, aisément on le quitte;
Car d’y rentrer on aura le plaisir.
POMARD
Oui ,’oul, plus tard. . . mais d’abord, tout de suite, On a l’agrément d’en sortir.
ERNEST
Mais, maladroit... tu n’es donc pas jaloux?
POMARD
Moi?.. Oh! Dieu!., zalonx comme un tigre du désert !.. Si t’avais un rival!., te le massacrerais , au pistolet... Ze suis très fort... ze suis le plus fort de la compagnie !
ERNEST
Oui... au pistolet.
POMARD
Va donc, méshant!.. Entre nous, t’ai eu des soldeurs... Figure-toi un élève de l’Ecole Polytechnique,. . un petit cousin, qui faisait des yeux très dauzereux à Franchie... c’est ma femme... mais elle, ni vu, ni romiu !.. C’est égal, pour être enc ore plus tranquille, ze l'ai menée au Havre, slicz sa mère... quez’ai constituée duègne... Ah ça! mais toi, ze te trouve le regard mélancolique... ce n’esl pas là le regard de l'avoué en vacances... Vois le mien, z'ai l’œil shatoyant.
ERNEST
Oh ! moi, mon cher, je suis amoureux !
, Bah !.. d’une femme?
F.nN EST , le regardant. •<
Bon !.. c'est de toi peut-être ?
POMARD
Que non !.. ze veux dire : de la femme d’un autre.
ERN EST
Non... d'une veuve, d’une Anglaise !
(Sir Spencer lèvela tête et écoute.)
POMARD
Ah ! une femme exotique !.. merci !
ERNEST
Une femme charmante!., que j’avais vue au Havre, mariée à un Français... (Spencer pose son journal.) Du moins , on me le dit au spectacle, où je la vis pour la première fois... Ses jolis yeux s'arrêtaient souvent de mon côté.
POMARD
Tu es un gueux de fat !.. va toujours.
J’eus le bonheur, le soir même, de lui rendre un léger service... 11 pleuvait à verse... et moi, qui l'avais suivie , je lui offris .mon bras et mon parapluie jusqu a une voiture, où elle monta avec son mari, qui était vieux et fort malade.
POMARD
Ah ! il était fort malade, le vieux?..
ERNEST
Heureusement !
POMARD
Pas pour elle ... Ah ! ait ! ah !.. Et tu l’as revue, hein!., tu lui as incendié le cœur, grand brigand!
(Sir Spencer donne des marques d’attention et d'inquiétude.)
ERNEST
Ah ! mon dieu, non, rien de tout cela... Je retournai au spectacle... elle n’y revint pas... Je ne la revis plus, et j’appris qu’elle était partie pour le midi de la France, (sir Spencer reprend son Journal,) Je retournai à Paris, avec mon amour et son image qui ne me quittait plus... C’est alors que je traitai d’une charge d’avoué... et aux vacances, pour me mettre a la hauteur de mes confrères, je fis un voyage en Suisse.
POMART.
Forcé !
ERNEST
Je tâchais de me distraire de ma grande passion, qui était toujours la, par quelques amourettes... Ici même, cette petite Charlotte...
Ah! ze lui faisla cour... pas de bêtises!.. Zc lui ai écrit ce matin, pour un rendez-vous.
ERNEST
Prends-la donc; car moi!., juge de ma surprise ! de mon bonheur !.. lorsque sur le lac de Genève... je retrouvai...
POMARD
Ton Anglaise ?
ERNEST
Plus jolie que jamais... et veuve!
(Ici Spencer pose son journal et rcdoublcd’atlention.)
POMARD
Ah bah! le vieux?
ERNEST
Veuve, mon cher!.. Elle avait perdu son mari à Nice, et attendait à Genève que son frère vînt la chercher... une espèce d’ours... un original,
à ce qu’il parait... qui ne lui pardonnait son mariage avec un Français, qu’à condition qu’elle n’en épouserait pas un autre... J’appris cela de sa femme de chambre que je fis causer... et qui causait beaucoup.
POMMARD
Oh ! les femmes de shambre !.. ça cause \ ça cause comme des pies borgnes !.. La pic borgne est zénéralemcnt connue pour ce aéfaut-là.
Sans égard pour l'anathème prononcé par le frère contre les Français, je cherchais toutes les occasions de me rapprocher de ma belle étrangère... Elle m’avait aussi reconnu... et toutes les fois que je lui adressais la parole, je voyais qu'elle m’écoutait avec plaisir... Enfin, un jour, j'osai lui parler de mon amour... (Sir Spencer se lève très agité.) Elle baissa les yeux... et comme on était venu nous interrompre, elle rentra dans sa chambre... Le lendemain, j'appris que, sur une lettre qu’elle avait reçue, elle était partie dans la nuit!., sans qu'on pût me dire quelle route elle avait prise... Nous étions à la fin des vacances, et je retournai à mon étude, plus amoureux que jamais!
POMARD
En voilà un roman !.. Continue donc... Z’adorc les romans... ceux que ze ne lis pas.
ERNEST
Que te dirai-je!.. Je voulais partir, ces vacances, pour l’Angleterre... Mais comme j’allais m'embarquer, j’ai retrouvé sa femme de chambre de i’an passé... qui n'était plus à son service... mais qui m’apprit que mon Anglaise, toujours veuve, devait voyager en Suisse, cette année.
POMARD
Et c’est pour ça que tu viens ?.. Ah ! z’y suis !.. z’y suis !
(Ou entend rire Baguenaudler aux éclats.)
ERNEST, vivement.
Et surtout, pas un mot de cela à ce mauvais plaisant de Baguenaudicr !
Tu lui en veux... tuas tort... il est drôle... zc l’aime bien !
ERNEST
Chut!