SCÈNE
FRANCINE, LUCIE, puis CHARLOTTE.
(Lrui, iwh à caucbc, pri a de II ftrtlr» ou*ertr, itnuiuc une tue. Ft iwm, Mita de TlutR eili , n»lil tir* tin icilre rl »p contenir à peine. C* il LO Tl* rnlre du fond, partliit dnaisirtld, dnfiuiU, rtc.
FRANCINE , à part.
Le monstre !
U CIE, tournant la tête.
Hein? tu dis!
FRANCINE
Rien... rien... continue ton dessin... Avances-
tu?
LUCIE
Je suis arrivée au sommet de la montagne...
je commence les neiges. (Elle dessine.)
FRANCINE, sc levant.
L'infâme!...
LUCIE, se retournant de nouveau.
Encore!.. Ah! ça , qu’as-tu donc depuis ce matin?... Déjà, en t’éveillant, tu étais d’une humeur!... Tu as voulu quitter cette auberge au point du jour... nous sommes venues dans ce rhâlet , pour dessiner ce beau point de vue qui va enrichir mon album... et depois que nous sommes ici, tu ne tiens pas en place... tu parles toute seule... tu te lèves... tu t’assieds... Tiens! tu vois, encore... Voyons, ma chère Francine, il faut m’expliquer...
CHARLOTTE, entrant.
Pardon, excuse, mesdames... votre servante... J'apporte ce qu’il faut pour votre déjeîluer... et Zurich va venir m'aider.
FRANCINE
Yousétcs la jeune fille de l'auberge de la Croixdc- Malte?
CHARLOTTE
Oui, madame... Est-ce que c'est pour ces dames qu'on nous a délogés cette nuit ?..
FRANCINE, vivement.
Non, non... nous ne sommes arrivées que ce matin. (Lucie se retourne tout-à-coup et regarde Francine en souriant)
CHARLOTTE
Ah ! (Regardant le dessin de Lucie.) Dieu ! nue c'est joli !.. comme ça ressemble à la montagne!... et puis, là, le chalet du père Fritz... et la fumée, et la neige, et tout... Pardon, excuse, madame, c’est pas pour vous offenser... Je vas mettre deux couverts.
LUCIE
C’est cela... je meurs de faim... Etmon frère, va-t-il venir nous rejoindre?
CHARLOTTE
Votre?... Ah! oui, l’Anglais du hamac... Je l'ai laissé, qui mettait dans un grand carton des crayons, du papier blanc... j'ai deviné tout do suite qu’il vous apportait ça pour dessiner... C’est drOlc, moi qui ue sais pas l'anglais... (S’cn allant.) Je vas mettre trois couverts.
(Elle sort & droite.)
LUCIE
A nous deux, maintenant!.. Vous allez me dire, madame, de quel droit vous avez toutà-coup cessé d’étre gaie cl rieuse, comme une folle que vous êtes... et d’où vient cet air distrait, cette préoccupation ?... Car, enfin, depuis que nous sommes parties du Havre comme deux fugitives, pour retrouver ici , moi, mon frère qui nfaltenduit, toi, une autre personne qui ne t'attend pas , et que nous ne tarderons pas sans doute à rencontrer... C'est la première fois que je te vois ainsi... c'est ta première heure de silence et de mélancolie...
* Au- «le madame Fitul.
Quoi ! dans cc lit simple et modeste Qui seul garnissait ton réduit.
Aurais-tu fait... tout me l'atteste...
In mauvais rêve, cette nuit ?
C’est jouer de malheur, ma chère :
Or dans ce Ht tu viens, je croi.
D’en laisser de plus doux à faire A ceux qui viendront après toi.
FRANCINE
Eh ! mon Dieu ! je n’ai pas fermé l’œil.
LUCIE
Moi, j'ai dormi du plus profond sommeil, dans ce cabinet qui m'est tombé en partage... Je crois que la montagne se serait écrotllée sans m'éveiller... Ah ! mon Dieu! serait-ce le visage froid et flegmatique de mon frère qui aurait paralysé la gai té?.. Visage anglais, ma chère amie... figure-toi que tu es en face d'un de ces glaciers que nous voyons là-bas.
FRANCINE
Le fait est qu'il a l’air un peu original, ton frère.
LUCIE
Sauvagerie anglaise... mais un cœur d’or!
FRANCINE, lui tendant la main.
Il est de la famille.
LUCIE
Allons ! voilà un mot qui prépare les confidences... Et d'abord, pourquoi as-tu dit à cette jeuue fille que nous étions arrivées de malin ?
FRANGINE, embarrassée.
Oh ! je ne sais... Mais n’est-cc pas une idée de ton frère? ne nous a-t-il pas fait entrer dans cet auberge presqu’en secret ? ne nous en a-t-il pas (ait sortir cc matin, avant qu'on ne fût levé ?
LUCIE
C’est vrai... mais je croisen savoir la raison... je l'ai devinée, à quelques mots qu'il m'a dits... Mon frère se doute, je crois, de la présence, dans ce canton, d’un jeune liemme que j’ai rencontré hier au soir.
FRANCINE
Ali ! oui... le jeune homme au parapluie... l’astre errant, qui reparaît périodiquement...
• d’abord, au Havre... puis, au lac de Ccnt'C...
la . LES AVOUES EN VACANCES.
puis, ici... enfin, on ne sait où... Car il te suii*fe>* i.rciE.
continuellement, et, si tu voyages toujours , il Ah! c’est juste, j’oubliais!.. J'emporte ma mon-
n y a pas de raison pour qu il s'arrête... A moins que... licin?... eh! bien?
LUCIE
Eh ! bien, je serai moins dissimulée que toi.
FRANCINE
Tu l’aimes?
LUCIE
Je n’ai pas dît cela!.. Mais «îfin... (Naïvement.) s’il faut te l’avouer, et tu sais bien que je n’ai pas de secret pour toi... jene suis pasfûchee de l’avoir revu... vrai!.. Si c’est le hasard qui le conduit sans cesse sur mon chemin... je suis heureuse de ce hasard... si c’est l'amour qui l'attache à ma poursuite, je suis lièrede cet amour... De toute façon, ces rencontres, fortuites ou cherchées, ont quelque chose de romanesque, d'imprévu , qui me plaît, parce que cela ne ressemble pas à tout... Ce n’est plus l’éternel monsieur qu’on vous présente par la main, dans un salon, accompagné de quelque phrase banale :
M. le comte de... sollicite la faveur de vous faire sa cour... ou bien : voici M. Vincent, notaire, qui serait bien aise de vous épouser... lia ! ha ! ha !
FRANCINE
Comme cela vous monte la tète !
I tagne.
I (Elle va prendre l'album, ramasser les crayons, etc.; pendant ce mouvement, Francine s’approche vivement de Charlotte.)
FRANCINE, baissant la voix.
Vous êtes bien étourdie, ou bien négligente, : mon enfant
CHARLOTTE
Phîl-il, Madame?
FRANCINE, de même.
On vous donne des rendez-vous...
CHARLOTTE, vivement.
Je n’y vais pas.
FRANCINE, de même.
On vous écrit des billets doux...
CHARLOTTE
La belle avance!., je ne sais pas lire.
FRANCINE
Ah !... Et vous les laissez sur votre cheminée...
CH ARLOTTE , avec exclamation.
Comment! vous...
LUCIE, se retournant.
| Hein?
FRANCINE, bas à Charlotte.
I Chut!
LUCIE
Et puis, sais tu qu’il est fort bien... Des manières douces, polies... et un son de voix si touchant! FRANCINE.
1) t’a parlé?
LUCIE
Autrefois... mais pas hier... (a part.) Jene suis même pas silre qu’il m’ait reconnue... mais, moi, j’ai eu un tremblement... un éblouissement !.. je ne sais... oh ! j’ai failli lui dire : c’est vous!...
FRANCINE
Ah ! ra... etqu’ost-re qtic cela fait à ton frère, puisque lu es veuve et libre ?.. ce que je t’envie de toute mon âme !... je ne vois pas pourquoi..
LUCIE
Tu ne vois pas que mon frère aura découvert iri, par quelque indiscrétion... les hommes sont si bavards !... la passion de ton jeune compatriote pour moi... et il me rarhe à ses yeux, il m’éloigne de lui... comme un mari jaloux...
comme un frère espagnol... Mais il a bien tort : car enfin , ce jeune homme , je ne sais, ni son nom, ni son état... il ne pense peut-être plus à moi... je ne le reverrai plus... Ah! c’est un l>eau roman, qui n’attra eu que trois chapitres et s’arrêtera au premier volume.
FRANCINE
C’est fort bien... ton frère va nous enlever... et si celui que je cherche, se trouvait près d’ici... par hasard...
LUCIE, vivement.
Hein? comment? tu aurais des nouvelles?., charlotte, reparaissant.
Mesdames, votre déjeuner est prêt...
LUCIE
Ah! quel dommage!., tu allais me dire...
FRANCINE
Allons , Mens. . . Prends ton album.
LUCIE
Qu’y a-t-il?..
FRANCINE
Rien, rien...
ZURICH, en dehors.
Par ici, Monsieur, par ici!
FRANCINE
Du monde!..
francixe et i.tC’F , ensemble.
Au : Ou D> m'iionoi .
Quelqu’un vers nous s’avance!
Avec prudence, f.vitons bien les indiscrets.
Craignons une surprise :
Mon . .
Ton entreprise
N’auralt alors aucun succès.
•TU.M'irtenl idro'li’.)