‹ Les avoués en vacancesChapitre 41 sur 53 · ERNEST, LUCIE · texte numérisé non relu

ERNEST, LUCIE

LUCIE, entrant par la droite et parlant à la cantonnade.

Oui... une entêtée, une dissimulée, qui ne veut rien me dire... (a part.) A qui écrit-elle? ernest, s’arrêtant au fond.

Ah!., une dame.

LUCIE , à part.

Et mon frère, qui veut partir d’ici à l’instant!.. Conçoit-on...

ERNEST

Eh ! mais !.. est-ce encore une illusion?

LUCIE

Soit !.. il faut obéir et je vais..,

ernest, sc trouvant eu face d'elle.

Grand Dieu!

LUCIE

C’est lui! (Voulant se retirer.) Pardon, monsieur... ERNEST.

Oh! de grâce... ne me fuyez pas!., prenez pitié de moi!.. Espérer, attendre toute une année cct instant de joie , ce bonheur si rare... et me le voir disputer encore, quand je crois le saisir!.. Oh! madame, est-ce là de la bonté?.. Est-ce même de la justice?..

LUCIE , gâtaient.

Je ne savais pas, monsieur, que le hasard méritât récompense.

ERNEST, avec feu. .

Le hasard!.. Oui, auHàvre, peut-être . quand je vous vis pour la première fois... Mais, plus tord, à Genève, ce fut mon bon ange... et aujourd’hui, l’amour le plus vrai et le plus profond!.. (Mouvement de Lucie.) Oui, madame, oui, c’est cette pensée constante qui, depuis deu\ ans, m’entraîne partout à votre poursuite et uie fait deviner la trace de vos pas... Gela, du moins, mérite récompense... et la mienne est dans un seul mot : Restez.

LUCIE

Eh bien! vous le voyez, monsieur... je reste... Mais pour vous dire que cet amour lie peut faire qu’un malheureux... deux, peut-être!., pour vous prier de cesser des poursuites, au moins imprudentes... J’ai un frère... un frère, dont la volonté est sacrée pour moi, ctqui ne consentira jamais... ernest.

N’achevez pas!.. Pourquoi donc s’opposeraitt-il à mes projets de bonheur , si vous les approuvez?.. Oh!., dites un mot, madame, ctjecours le trouver , à Londres , s’il le faut...

LUCIE, gatment.

Eh! mon Dieu! vous n’irez pas si loin... il est

ERNEST

Ici, madame?.. Oh! tant mieux, je le verrai..,* je serai son guide , sonCiceroac da is ce pays, que j’ai déjà parcouru... je le conduirai partout, madame... avec vous!., vous me permettrez d’être votre chevalier... Quelles délicieuses promenades !.. votre bras que je presse doucement, tandis que voire frère admire...

LUCIE, riant.

Ah ! comme vous arrangez cela !

ERNEST

Sa demeure, madame?.. Sans doute, dans quelque hôleldu voisinage...

LUCIE

Eh ! mais, dans le même que moi,

ERNET.

Ici près?..

LUCIE

A la Croix de Malte.

ERNEST

A la Croix de Malle !.. Permettez... à rentrée du village, à droite?..

LUCIE

C’est cela même.

ERNEST

C’est précisément là que je suis descendu...

(A part) Ah ! mon Dieu ! pourvu qu’elle ne sache pas... qu’on ne lui parle pas... Maudite aventure !

LUCIE

Que dites- vous, monsieur?

Rien, rien, madame... Je dis seulement qu’il est singulier... je ne comprends pas que...

LUCIE

Que vous ne m’ayez pas aperçue?., c’est tout simple... lorsque j’v suis descendue hier, la soirée, la nuit même était déjà fort avancée, et...

ERNEST , un peu troublé.

Ah!.. Mais... pardon de ces détails... mais je crois que tous les appartenons de cet hôtel étaient occupés...

LUCIE

Oh ! mon frère m’attendait...

ERNEST

Comment! votre frère... cet anglais que j’ai vu, là-bas, dans un hamac!., et ici, tout à l’heure encore !..

LUCIE

C’est lui... J’ai su ce matin qu’il a fallu déloger, pour avoir un appartement , quelques personnes de la maison... une fille d’auberge, je crois... ernest, a part.

Ah! mon Dieu!.. (Haut, avec agitation.) Mais vous ne m’aviez pas vu dans la montagne?

LUCIE

Si fait, monsieur.

ERNEST, plus troublé.

Vous ne me saviez pas dans cette maison ?

LUCIE

Peut-être.

ERNEST , hors de lui.

Mais alors , cette chambre !..

LUCIE

En voyage, comme à la guerre... Oh! moi, d’abord, je me trouve bien partout... jugez, quand je me trouve près de mes amis... (Ernest la regarde, elle change de ton et baisse les yeux.) », ’e mon frère, veux-je dire!..

ERNÇST , jetant un cri.

Alt !.. elle s’est trahie !.. (Courant a clic.) Alt ! grâce , madame , grâce pour moi !.. J’avais perdu la raison î j’étais dans le délire... votre froideur m'avait fait si malheureux !.. moi qui vous aime tant, et depuis si long-temps!., moi, qui n’ai qu’un vœu , qu’un espoir , qu’une ambition , D’étrc un jour... Ah! pardon, pardon!

LUCIE, très étonnée.

Vous pardonner?.,, mais quoi donc, monsieur?..

ERNEST

An : Faut Poubkte*

Oui, je mérite votre blâme...

Mais vous devez roc pardonner:

Mon coeur semblait vous deviner.

Quand j'ai lui... par respect, madame.

De tout ce monde, un mot , un rien , Pourrait éveiller ia malice I..

J'eus tous les torts, je le sens bien...

Ce secret, dont je fus complice.

Je le tairai... ne craignez rien !

Cet hôtel est plein de gens indiscrets, bavards. . . on saurait bientôt... on sait déjà peut-être!..

LUCIE , plus sérieusement.

Mais, quoi donc?., monsieur? quoi donc!., expliquez-vous...

ERNEST

Que cette chambre , cédée par la fille d'auberge... cette chambre , ou vous avez passé la nuit...

LUCIE, vivement.

Mais pas du tout!

ERNEST

Comment?

LUCIE

Je ne vous comprends pas, je ne sais tont ce que cela veut dire... mais, cette chambre , monsieur , ce n’est pas moi qui l'ai occupée.

ERNEST, interdit.

Pas vous ! pas vous !.. Mais, madame...

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