COMBAT DE GLADIATEURS
Ainsi, à la fête de Téotéoïnan, la femme qui représentait cette déesse était décapitée, tandis qu'une autre femme la portait sur ses épaules. A la fête dite de Varrivée des dieux, les victimes étaient brûlées. Lors de l'une des fêtes de Tlaloc, on noyait deux enfants de chaque sexe ; dans une autre, on achetait deux enfants de six à sept ans, puis, supplice affreux, on enfermait ces innocents dans une grotte où on les laissait mourir de frayeur ou de faim.
Le sacrifice dit des gladiateurs était très honorable, mais les prisonniers célèbres par leur valeur y avaient seuls droit. Il existait, près du temple des grandes villes, une vaste place au milieu de laquelle se dressait un terre-plein de forme ronde, haut de 8 pieds, et sur lequel était posée une pierre semblable à une meule de moulin. Sur cette pierre, nommée témalacatl et que nous avons déjà mentionnée, on plaçait le prisonnier armé d'un bouclier et d'une courte épée, puis on l'attachait par un pied. Un officier ou un soldat, parfaitement équipé, montait alors sur la pierre pour combattre avec le prisonnier. On peut s'imaginer les efforts désespérés de ce malheureux pour éviter la mort, et ceux de son adversaire pour ne pas perdre sa réputation militaire devant ses compatriotes assemblés. Si le prisonnier était vaincu, un sacrificateur accourait et, mort ou vif, le portait sur la pierre des sacrifices pour lui ouvrir la poitrine et lui arracher le cœur. Le vainqueur, applaudi par la foule, était récompensé par un insigne militaire. Si, au contraire, le captif triomphait non seulement de cet antagoniste, mais de six autres, on lui rendait la liberté, ses armes, et il retournait glorieux dans son pays. Le Conquérant anonyme, qui fournit ce détail, raconte que, dans une bataille que livrèrent les Gholultèques à leurs voisins les Huéxotzincos, le principal seigneur de Cholula se lança si avant dans la mêlée que, séparé des siens, il fut fait prisonnier. Placé
sur le témalacatl, il vainquit les sept combattants qui lui furent opposés. Les Huéxotzincos, redoutant le mal que pourrait leur causer un si vaillant ennemi, s'ils le laissaient libre, lui donnèrent la mort, action qui les couvrit d'infamie aux yeux des peuples voisins.
Dans ces combats, il fout bien le dire, le prisonnier échappait rarement à la mort, car lorsqu'il résistait avec trop de courage on lui opposait un soldat qui, accoutumé à manier ses armes de la main gauche, le déroutait et avait promptement raison de lui. Aussi, pour échapper aux angoisses d'une lutte qu'ils savaient d'avance être inutile, nombre de prisonniers refusaient de se défendre, et présentaient leurs poitrines aux sacrificateurs. Les combats de gladiateurs, on le devine, attiraient toujours la foule et la passionnaient. Des repas et des danses terminaient d'ordinaire ces sanglantes journées.
Touchant le nombre des victimes annuellement sacrifiées dans l'Anahuac, les historiens sont d'opinions très diverses. Néanmoins, sans trop s'éloigner de la vérité, on peut l'évaluer à vingt mille. Du reste, le nombre des sacrifices dépendait de celui des prisonniers faits à la guerre ; dans les combats, les soldats mexicains se préoccupaient bien moins de tuer leurs ennemis que de les prendre vivants.
Le plus souvent, les victimes étaient affublées des vêtements et des insignes de l'idole à laquelle on devait les offrir. Une escorte de soldats les promenait ainsi parées dans la ville, et recueillait des aumônes pour le temple. Si le prisonnier s'échappait, on immolait place le chef de l'escorte.
Outre des hommes, les Mexicains sacrifiaient aussi des animaux. Ils offraient des perdrix et des faucons à Huitzilipochtli ; des lièvres, des lapins et des renards à Mixcoatl. Chaque matin, un certain nombre de prêtres, tenant à la main une perdrix, épiaient
FÊTE DE LA RÉNOVATION DU FEU. il9
le lever du soleil. A peine apparu, l'astre était salué par les sons de bruyants instruments de musique, et les perdrix, aussitôt décapitées, lui étaient offertes.
Les plantes, les pierres fines, l'encens servaient aussi d'offrandes. On présentait à Tlaloc et à Coatlicué les premières fleurs, à Centéotl les premiers épis de maïs. Les offrandes de comestibles, nous l'avons vu, étaient assez considérables pour suffire à la nourriture des prêtres, car chaque malin les autels étaient encombrés par les fidèles de mets brûlants, afin que leur vapeur, montant jusqu'aux narines des idoles, allât nourrir les dieux qu'elles représentaient.
Toutefois, l'offrande la plus fréquente était celle de l'encens, et chaque demeure possédait un encensoir. Les Aztèques encensaient les idoles, les prêtres, les quatre points cardinaux, les pères de famille, les juges dans les tribunaux, surtout lorsqu'ils se disposaient à prononcer une sentence. C'était là, on le comprend, un hommage rendu aux puissants plutôt qu'un acte religieux.
Les cruautés et les superstitions des Mexicains furent imitées non seulement par toutes les nations qu'ils soumirent, mais aussi par leurs voisins, qui pourtant les pratiquaient moins fréquemment. Les Tlaxcaltèques, dans une de leurs fêtes, attachaient un prisonnier à une haute croix et le tuaient à coups de flèche ; parfois, la croix était basse et l'on massacrait la victime à coups de bâton.
La grande fête de la « rénovation du feu » commençait le dernier jour du siècle, qui, nous le savons, se composait de cinquantedeux ans. Le soir venu, on éteignait le feu dans les temples, dans les maisons, puis on brisait tous les ustensiles de terre, se préparant ainsi à la fin du monde. A dater de cet instant, chacun vivait avec le terrible doute de savoir s'il avait vu le jour pour la dernière fois, si le soleil se lèverait le lendemain, s'il laisserait le
ciel perdu dans les ténèbres. Tout l'empire était en proie à cette anxiété, et, posté sur les tours des temples, sur le toit des maisons, on se tenait silencieux, les regards tournés vers les sommets où devaient s'allumer d'immenses bûchers, si les dieux se montraient cléments.
A une heure marquée, les prêtres, revêtus des ornements du dieu qu'ils servaient, chargés, en outre, d'une de ses images, se dirigeaient, suivis d'une multitude à la fois fiévreuse et consternée, vers le montHuitzachtla, distant de Mexico d'une lieue environ. Ils avançaient en mesurant leurs pas sur la marche des étoiles, de façon à n'arriver près de la montagne qu'un peu avant minuit. L'un d'eux, appartenant au faubourg de Capulco, possédait le privilège de produire le feu nouveau ; aussi marchait-il pourvu d'un instrument composé de deux morceaux de bois sec emboîtés, instrument nommé tlétaxoni. L'heure solennelle arrivée, ce prêtre s'approchait d'une victime de noble origine, dont on venait d'arracher le cœur, posait son briquet sur la blessure, et imprimait à l'une de ses branches un rapide mouvement de rotation. Bientôt des étincelles jaillissaient, et un immense cri de joie s'échappait de toutes les poitrines, car la vue des étincelles annonçait que le jour reparaîtrait, que le soleil éclairerait encore la terre pendant cinquante-deux ans.
Aussitôt le feu produit, on incendiait un immense bûcher sur lequel on jetait la victime sacrifiée. Une activité extraordinaire succédait alors à l'abattement des dernières heures. Chacun se hâtait d'enflammer la torche dont il s'était pourvu, puis de regagner sa demeure. Des courriers, portant le feu sacré, s'éloignaient dans toutes les directions, allumaient le flambeau de ceux qui les attendaient sur les routes, et ceux-ci rendaient le même service aux personnes qu'ils rencontraient à leuç^ tour. C'étaient, dans toutes les directions, des courses affolées et ^rtout s'allu-