ALIMENTS
et se préparait de vingt façons. Mais, outre le vin do palmier, difficile à se procurer, et les boissons obtenues par la fermentation des fruits sucrés et connues sous le nom générique de tépac/ies, le breuvage favori des Aztèques était et est encore le pulqué, dont nous avons déjà parlé.
Les peuples de l'Anahuac ont-ils connu la canne à sucre? Plusieurs indices permettent de le croire. Le fait que Colomb se soit approvisionné de tiges de cette plante lors de son passage aux îles Canaries ne saurait prouver qu'elle ne fut pas cultivée dans les pays où il aborda.
Les Aztèques mangeaient sur des nattes, assis sur de petits bancs en bois ou en jonc. Ils faisaient usage de serviettes, d'assiettes, mais ne connaissaient ni les cuillers ni les fourchettes ; ils dédaignent encore de s'en servir. Les verres et les bouteilles leur étaient fournis par les fruits de plusieurs espèces de calebassiers, fruits qu'ils peignaient très artistement. Leurs repas étaient réglés. Le matin, après quelques heures de travail, ils déjeunaient de bouillie d'atoUi, et dînaient vers midi. On ne sait rien de leur souper.
Après leur dîner, les dignitaires fumaient et faisaient la sieste. Ils ne fumaient pas exclusivement du tabac, mais d'autres plantes aromatiques dont ils remplissaient de simples roseaux. Ils aspiraient avec force la fumée, afin qu'elle pénétrât dans les poumons. Un fait curieux, c'est que les descendants des inventeurs de cette coutume singulière, adoptée par tous les peuples, l'aient abandonnée. Peu d'Indiens fument, et aucun ne prise.
Le vêtement ordinaire des Aztèques était des plus élémentaires; il consistait, pour les hommes, en une large ceinture nommée maxatl, puis en une pièce d'étoffe longue de quatre pieds qui enveloppait le corps et dont deux coins se nouaient sur
la poitrine ou sur l'épaule. Ce timatli (manteau) est devenu le fameux sarapé qui complète aujourd'hui la toilette des modernes Mexicains. Le costume des femmes était presque aussi simple, car il se composait d'une pièce d'étoffe, ciieitl, qu'elles enroulaient autour de leur taille et qui leur descendait à mi-jambes; pardessus ce jupon, elles endossaient une chemise sans manches nommée huépilll. Ces vêtements primitifs sont encore portés par les Indiens et les Indiennes ; ils sont plus variés de couleurs que de forme (voir fig. 4).
Les étoffes employées par les gens du peuple pour la confection de leurs vêtements étaient en fil d'agavé ou de palmier, ou d'un grossier tissu de coton. Pour les riches, on fabriquait des étoffes plus fines, teintes de différentes couleurs, souvent ornées de fleurs ou d'images d'animaux, souvent aussi entre-croisées de plumes et garnies de glands en or. Les nobles portaient volontiers deux ou trois manteaux, et leurs femmes autant de jupes d'une longueur et d'une couleur différentes. En outre, elles s'affublaient d'une sorte de surplis semblable à celui de nos prêtres, mais aux manches plus larges. La chaussure, pour les deux sexes, se réduisait à des sandales de cuir ou en fd d'agavé, dont les riches ornaient les courroies de ganses d'or ou de pierres précieuses.
Tous les Aztèques laissaient croître leurs cheveux, car ils considéraient comme un déshonneur de les couper, excepté chez les jeunes filles qui se consacraient au culte. Les femmes portaient leur chevelure flottante, ou la disposaient en nattes dont elles s'entouraient le front, mode qu'elles n'ont pas abandonnée. Quant aux hommes, ils tressaient leurs cheveux de différentes façons, et, à la guerre ou dans les danses, ils les surmontaient de panaches. Les deux sexes aimaient à se peindre le visage, la poitrine, les bras, les pieds, les cheveux, et se servaient de fards rouges, jaunes
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OU noirs. D'après Sahagun, les dames nobles se teignaient les dents en rouge à l'aide d'un carmin lire de la cochenille.
Si leurs vêtements étaient d'une grande simplicité, les Aztèques en revanche se montraient amoureux des bijoux. Outre les plumes, les figurines d'or, les pierres précieuses qu'ils suspendaient à leurs manteaux, ils en ornaient leurs oreilles, leur lèvre inférieure, et se chargeaient le cou, les bras, les jambes, de colliers, de bracelets, d'anneaux. Les gens pauvres faisaient usage, pour leurs pendants d'oreilles, de nacre, de cristal, d'ambre ou de pierres brillantes ; les gens riches, de perles, d'émeraudes, de turquoises, d'améthystes montées en or.
Les meubles, pas plus que les vêtements, ne répondaient par leur luxe au goût prononcé des Aztèques pour les bijoux. Leurs lits se composaient d'une natte de jonc plus ou moins fine, que les riches recouvraient d'un drap, les rois d'une étoffe de plumes. L'oreiller des pauvres, alors comme aujourd'hui, consistait en une pierre ou un morceau de bois. Leurs manteaux servaient de couvertures aux hommes ; nous avons vu que les riches en possédaient en tissus de plumes ou de coton.
Aucun des peuples de l'Anahuac ne connaissait ni les lampes, ni les bougies, ni les chandelles; ces moyens d'éclairage, importés d'Espagne, furent pour eux une cause d'admiration. Sur les côtes, les habitants s'éclairaient à l'aide d'un insecte phosphorescent, nommé cucullo, Pijropkorus angiistipennis. Toutefois, le luminaire le plus usuel se réduisait k des torches, et plus simplement encore à des branches de pin. Du reste, ces peuples ne veillaient pas; très adonnés au travail, les fatigues de la journée les obligeaient et les obligent encore au repos, aussitôt la nuit venue.
Pour se procurer du feu, les Aztèques frottaient l'une contre l'autre deux branches sèches de rocouyer; on prétend, sans preuve, qu'ils connaissaient le briquet. De même que les Ro-
mains et nombre d'autres nations, ils entretenaient dans leurs temples un feu perpétuel.
Ils ne connaissaient pas le savon, auquel ils suppléaient par un fruit et une racine. Le fruit, encore usité, est celui du copaxocoll, sous l'enveloppe duquel se trouve une pulpe qui, dissoute dans l'eau, la rend écumeuse. La racine est celle de Yi!iïno\\i,Saponaria americana, assez semblable dans ses effets à notre saponaire. Le fruit du copaxocotl servait au nettoyage des vêlements; l'amolli s'employait poui' la toilette.
Langue. — Poésie. — Éloquence. — Théâtre. ~ Musique. — Danse. — Jeux
et divertissements.
Les nombreux idiomes en usage sur la superficie de l'Analiuac — on en compte encore aujourd'liui près de vingt — n'étaient pas un obstacle pour le commerce des Aztèques. Leur langue, qu'avaient parlée les Toltèques, que parlaient encore les Alcolhuas, toutes les tribus d'origine chichimèque, était en outre généralement apprise par les autres nations soumises à leur
joug-
L'alphabet de la langue aztèque compte sept consonnes de moins que le nôtre, ce sont : b, d, f, g, j, r et s. Quant aux autres, à l'exception du v, elles se prononcent de même qu'en Irançais. L'articulation ambiguë du v espagnol a été une cause de souci pour les premiers écrivains en langue aztèque, et il en est résulté, dans l'orthographe des mots où se trouve cette consonne, une déplorable anarchie. Ainsi, le mot Tambour est tantôt écrit vévétl, néuetl ou huéhuétl, et un Français qui voudrait à son tour reproduire la prononciation mexicaine devrait écrire : Jiouéhouétl.
Parmi les voyelles, il n'y a que le son de Yo qui soit mal défini; il rappelle notre diphtongue eu, qui n'a pas d'équivalent en espagnol. Le père Carochi, auteur d'une grammaire qui fait autorité, veut que l'on écrive Téotl, Dieu, et non TeiUl; ichpotli, jeune fille, et non ichpiUU. Si nous n'avons pas toujours respecté cette
règle, c'est que nous avons dû obéir à l'usage, ce despote qui brave si souvent la raison.
Du reste, ce n'est pas un médiocre embarras que celui de choisir, parmi l'orthographe adoptée par chaque écrivain espagnol de la première heure, celle qui doit être la vraie. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, le nom du premier roi mexicain est Imtoi écr'ûAcamapich, Acamapichi, AcamapUziu, Acamapixtli, Acamapitz, Acamapic, etc. Nous avons toujours, dans ces occasions, adopté la forme orthographique la plus moderne : d'abord parce qu'elle reproduit avec plus d'exactitude la prononciation des indigènes de l'Analiuac, puis parce qu'elle s'appuie sur l'étymologie.
Comparé à ceux des nations européennes, l'alphabet de la langue aztèque, nous l'avons vu, est relativement pauvre. Les consonnes les plus employées sont : /, t, x, z, puis les sons // et tz. Bien que la consonne / soit la plus usuelle, il est curieux de remarquer qu'elle ne se trouve au commencement d'aucun mot.
La langue aztèque, douce et harmonieuse à entendre parler, ne possède aucun son aigu ni nasal, et l'avant-dernière sylkbe de presque tous ses mots est longue.
Le pluriel, dans les mots aztèques, se marque par un changement de terminaison. Ainsi, dans les substantifs terminés par cette dernière syllabe se remplace par mé ; exemple : pùzoll, le \)Ovc, pi (zomc, les porcs; cuiciiitzcatl, l'hirondelle, cuicuitzamé, les hirondelles. Celte règle, bien entendu, n'est applicable qu'aux mots terminés par tl; pour les mots dont la finale est en /ma on emploie qué, etc., etc.
Les genres n'existent pas dans la langue mexicaine, et mixtli, le lion, désigne aussi la lionne. Pour spécifier, les Aztèques se servaient des mots oquichtli, màle, et ci/iuatl, femelle, dont ils re-