MÉTAMORPHOSES
Terminons cette longue nomenclature en mentionnant Hamateuctli {vieille dame), prolectrice des femmes âgées; puis les Téopiclons, dieux domestiques que l'on représentait par des figurines. Les rois devaient posséder six de ces idoles dans leur demeure, les nobles quatre et les plébéiens deux. Sur les routes et dans les rues des villes, ces images se voyaient par centaines. Outre les dieux que nous venons d'énumérer, la mythologie mexicaine en comptait deux cent soixante autres auxquels étaient consacrés autant de jours de Tannée. Les noms des jours des treize premiers mois du calendrier aztèque sont aussi ceux de divinités secondaires.
Les autres nations de TAnabuac vénéraient à peu près les mêmes dieux que les Mexicains, seulement, elles ne les adoraient pas toujours de la même façon. Si, à Mexico, le dieu principal était Huitzilipochtli, c'était Quétzacoatl à Cholula, Centéotl cbez les Totonaques, Mixcoatl cbez les Otomites. Les Tlaxcaltèques, rivaux des Aztèques, adoraient néanmoins les mêmes dieux ; mais cbez eux Huitzilipocbtli portait le nom de Camaxtlé.
Il y a, dans la mythologie mexicaine, quelques exemples de métamorphoses. Ainsi l'on racontait qu'un nommé Xapan, ayant résolu de faire pénitence sur une montagne, fut tenté par une femme et commit un adultère. Il fut aussitôt décapité par Xaotl, que les dieux avaient chargé de veiller sur sa conduite. Non content de ce châtiment, Xaotl poursuivit la femme, qui fut transformée en scorpion. Les dieux, considérant alors que leur mandataire avait outrepassé sa mission, le métamorphosèrent à son tour en sauterelle. C'est à la honte du délit qui lui avait valu sa transformation que les Aztèques attribuaient la coutume, bien connue des naturalistes, qu'a le scorpion de se cacher sous les pierres et de fuir la lumière.
Les divinités grecques, selon la juste remarque du licencié
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Orozco, laissaient admirer à leurs dévots leurs formes correctes, caressées avec amour par le pinceau des peintres ou le ciseau des sculpteurs, et les déesses montraient avec une impudique placidité leure grâces plastiques. Chez les Aztèques, les images des dieux sont laides, et le plus souvent défigurées par un symbolisme fantastique, destiné à produire une impression d'épouvante. Œuvre d'un peuple moralisé, mais encore barbare au point de vue artistique, les statues des dieux aztèques sont chastes d'attitude et toujours couvertes de vêtements. Elles portent l'empreinte d'imaginations sév^ères, rudes, mélancoliques, qui ne sacrifient pas encore aux raffinements sensuels qu'amène la civilisation, et cherchent le respect dans la terreur.
Le nom; le culte des dieux dont nous venons de secouer la poussière ont-ils complètement disparu de la mémoire des Aztèques modernes ? Nul d'entre eux ne se souvient-il plus du sang versé par ses ancêtres devant les images grimaçantes dont les débris peuplent aujourd'hui nos musées? En un mot, le passé estil mort dans leur souvenir, et la nouvelle religion qui leur a été imposée par la main vigoureuse des Espagnols a-t-elle complètement effacé de leur esprit les divinités redoutables autrefois si vénérées ? Pour ceux qui ont vécu parmi eux, tout semble le faire croire. Téotihuacan est désert, et ses forêts, déjà séculaires, couvrent les monts aux sommets desquels se dressaient jadis les statues orgueilleuses de Tlaloc, de Tezcatlipoca, de Centéotl. Et pourtant, dans des grottes découvertes à l'improviste, je me suis tj'ouvé plusieurs fois en présence d'une figure de Mictlanteuctli,au pied de laquelle était déposée une récente offrande de vivres. Ces offrandes étaient-elles un hommage au dieu proscrit, ou celles d'un moderne sorcier au diable des chrétiens? L'Indien est muet lorsqu'on l'interroge sur ces matières, et l'imagination a libre carrière pour adopter l'une ou l'autre interprétation.
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Les idoles. — Culte. — Le grand temple de Mexico. — Temples secondaires. Prêtres et prêtresses. — Ordres religieux.
Le nombre des idoles révérées dans les temples, dans les maisons, sur les chemins et dans les forêts de TAnabuac était si considérable que Zumarraga, le premier évéque de Mexico, affirme que les seuls moines de Saint-François en détruisirent plus de vingt mille dans l'espace de huit ans. La plupart de ces idoles étaient en terre cuite, en bois, en granit, parfois en or, ou môme taillées dans des pierres précieuses. Bcnedito Fcrnandez, célèbre dominicain, trouva, sur une montagne d'Achiotla, dans la Mistèque, une petite idole désignée sous le nom de cœur du peuple. C'était une magnifique émeraude longue de quatre doigts, large de deux, portant l'image d'un oiseau enlacé par un serpent. Les Espagnols offrirent mille cinq cents piastres pour ce joyau au zélé missionnaire, qui, ne voyant là qu'une œuvre du démon, refusa de le vendre et le brisa devant les Indiens. Nous avons, en énumérant les principaux dieux, décrit la façon dont on les représentait. La Mort {Miquiztli)^ qui ne paraît pas avoir été divinisée chez les Aztèques, était pourtant adorée et figurée par un monstre prêt à saisir une invisible proie (fig. 44).
Tous les peuples de l'Anahuac adoraient leurs dieux en touchant le sol du doigt médium de la main droite, en portant à leur bouche la poussière qui y restait attachée, puis par des prosterna-^ lions, des jeûnes et autres macérations. Ils leur adressaient leurs
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prières accroupis, le visage tourné vers le levant ; aussi la porte
des temples faisait-elle toujours face au couchant. Les Aztèques prenaient les dieux à témoin de leur véracité, et
la formule de leur serment était : Par hasard^ Dieu ne ine voit-il
/?fl5?Dans ce cas, ils touchaient la terre de leur main droite et la baisaient ensuite.
Le serment avaitune grande valeur devant les tribunaux lorsqu'il s'agissait de se justifier d'un délit, car on ne croyait pas qu'un homme fût assez téméraire pour invoquer à faux le nom des dieux.
Les Aztèques, durant leurs longues pérégrinations, construisaient, dans tous les lieux où ils séjournaient, une cabane sacrée pour abriter et adorer leur dieu tutélaire, Iluitzilipochtli, et nous avons vu que ce fut un de leurs premiers soins dès qu'ils eurent fondé Mexico. L'humble cabane de roseaux qu'ils élevèrent devint peu à peu un édifice important, autour duquel ils en groupèrent d'autres destinés aux dieux qu'ils considéraient comme secondaires. Les temples étaient désignés
FiG. 14. - Miquiztii. Statue par Ics uoms géuériqucs de Téopan et de
.trouvée près de Téhuacan de rnjc n* / • j j* \
las Granadas, dont un mou- Téocalli {maisoïts de diBu), uoms qui scrlage existe au Musée d'eUi- yent de nos jours à Icurs descendants
nographie du Trocadéro. *
pour qualifier les églises catholiques.
Itzacoatl, durant son règne, transforma le rustique abri en un édifice imposant que son successeur, Moteuczoma Ilhuicamina, modifia, embellit et agi-andil à son tour. Enfin Ahuitzotl construisit le vaste monument que son prédécesseur, Tizoc, avait com-
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