‹ Les Aztèques; histoire, mœurs, coutumesChapitre 22 sur 57 · SACRIFICES HUMAINS. H · texte numérisé non relu

SACRIFICES HUMAINS. H

six, qui tous possédaient leur charge par héritage. Le premier d'entre eux se nommait TopUtzin; mais, à l'heure où il accomplissait ses terribles fonctions, il prenait le nom du dieu auquel il sacrifiait. En outre, il endossait un vêtement rouge, rappelant la foime d'un scapulaire, et garni de franges de coton. Sur sa

FiG. 14. — Sacrifice, d'après Clavigéro.

tête, se balançait un panache de plumes vertes et jaunes; à ses oreilles étaient suspendues des émeraudes, et à sa lèvre inférieure une plume ou un lenlell de couleur bleue. Les autres sacrificateurs s'affublaient de robes blanches bordées de noir. Leurs cheveux flottaient libres, hérissés, et ils se ceignaient le front de bandelettes ornées de rondelles de papyrus de diverses couleurs. Tout leur corps était peint en noir, saui le tour de leurs bouches, qu'ils barbouillaient de blanc.

Ces bourreaux, une fois en possession de la victime, la por-

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laient nue jusqu'au grand autel {téchcatl)^ sur lequel ils retendaient après avoir indiqué aux assistants l'idole à laquelle on allait offrir le sacrifice, afin qu'ils l'adorassent. Quatre des prêtres maintenaient alors le malheureux patient par les jambes et les bras, tandis qu'un autre, à l'aide d'un instrument de pierre ou de bois taillé en forme de fer à cheval et représentant parfois un serpent recourbé, l'empêchait de remuer la tête. La pierre de l'autel étant convexe, le corps se trouvait arqué, la poitrine et le ventre saillaient, et la victime ne pouvait opposer aucune résistance. Le Topiltzin s'approchait alors et, avec un couteau de jaspe ou de calcédoine, conformément au rite, il ouvrait la poitrine du prisonnier, lui arrachait le cœur, offrait ce trophée palpitant au soleil, puis le jetait ensuite au pied de l'idole pour le brûler et contempler sa cendre avec vénération (fig. 14). Si l'idole était grande et creuse, on lui plaçait le cœur tout sanglant dans la bouche à l'aide d'une cuiller d'or, et on lui enduisait les lèvres de sang. Lorsque le patient était un prisonnier de guerre, on lui coupait la tête afin de la conserver pour le Tzompatli, puis on précipitait son corps sur l'assise inférieure du temple. Là, l'officier ou le soldat qui l'avait capturé s'emparait de cette proie, l'emportait, la faisait cuire et la servait à ses amis dans un banquet. On mangeait seulement les jambes, les cuisses et les bras. Quant au tronc, il était réduit en cendres ou jeté en pâture aux fauves de la ménagerie royale. Les Otomites coupaient la victime par quartiers et vendaient ces débris au marché. Chez les Zapotèques, on sacrifiait des hommes aux dieux, des femmes aux déesses et des enfants aux divinités inférieures. Hâtons-nous d'ajouter que, bien qu'anthropophages par sentiment religieux et non par goût, les Aztèques ne furent jamais cannibales.

Nous venons de décrire le mode le plus ordinaire des sacrifices ; mais on y apportait des raffinements encore plus bai^bares.

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COMBAT DE GLADIATEURS. il7

Ainsi, à la fêle de Téotéoïnan, la femme qui représentait cette déesse était décapitée, tandis qu'une autre femme la portait sur ses épaules. A la fête dite de Varrivée des dieux, les victimes étaient brûlées. Lors de l'une des fêtes de Tlaloc, on noyait deux enfants de chaque sexe ; dans une autre, on achetait deux enfants de six à sept ans, puis, supplice affreux, on enfermait ces innocents dans une grotte où on les laissait mourir de frayeur ou de faim.

Le sacrifice dit des gladiateurs était très honorable, mais les prisonniers célèbres par leur valeur y avaient seuls droit. Il existait, près du temple des grandes villes, une vaste place au milieu de laquelle se dressait un terre-plein de forme ronde, haut de 8 pieds, et sur lequel était posée une pierre semblable à une meule de moulin. Sur cette pierre, nommée témalacatl et que nous avons déjà mentionnée, on plaçait le prisonnier armé d'un bouclier et d'une courte épée, puis on l'attachait par un pied. Un officier ou un soldat, parfaitement équipé, montait alors sur la pierre pour combattre avec le prisonnier. On peut s'imaginer les efforts désespérés de ce malheureux pour éviter la morl, et ceux de son adversaire pour ne pas perdre sa réputation militaire devant ses compatriotes assemblés. Si le prisonnier était vaincu, un sacrificateur accourait et, mort ou vif, le portait sur la pierre des sacrifices pour lui ouvrir la poitrine et lui arracher le cœur. Le vainqueur, applaudi par la foule, était récompensé par un insigne militaire. Si, au contmre, le captif triomphait non seulement de cet antagoniste, mais de six autres, on lui rendait la liberté, ses armes, et il retournait glorieux dans son pays. Le Conquérant anonyme, qui fournit ce détail, raconte que, dans une bataille que livrèrent les Cholultèques à leurs voisins les Huéxotzincos, le principal seigneur de Gholula se lança si avant dans la mêlée que, séparé des siens, il fut fait prisonnier. Placé

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sur le témalacatl, il vainquit les sept combattants qui lui furent opposés. Les Huéxotzincos, redoutant le mal que pourrait leur causer un si vaillant ennemi, s'ils le laissaient libre, lui donnèrent la mort, action qui les couvrit d'infamie aux yeux des peuples voisins.

Dans ces combats, il faut bien le dire, le prisonnier échappait rarement à la mort, car lorsqu'il résistait avec trop de courage on lui opposait un soldat qui, accoutumé à manier ses armes de la main gauche, le déroutait et avait promplement raison de lui. Aussi, pour échapper aux angoisses d'une lutte qu'ils savaient d'avance être inutile, nombre de prisonniers refusaient de se défendre, et présentaient leurs poitrines aux sacrificateurs. Les combats de gladiateurs, on le devine, attiraient toujours la foule et la passionnaient. Des repas et des danses terminaient d'ordinaire ces sanglantes journées.

Touchant le nombre des victimes annuellement sacrifiées dans l'Anahuac, les historiens sont d'opinions très diverses. Néanmoins, sans trop s'éloigner de la vérité, on peut l'évaluer à vingt mille. Du reste, le nombre des sacrifices dépendait de celui des prisonniers faits à la guerre ; dans les combats, les soldats mexicains se préoccupaient bien moins de tuer leurs ennemis que de les prendre vivants.

Le plus souvent, les victimes étaient affublées des vêtements et des insignes de l'idole à laquelle on devait les offrir. Une escorte de soldats les promenait ainsi parées dans la ville, et recueillait des aumônes pour le temple. Si le prisonnier s'échappait, on immolait à sa place le chef de l'escorte.

Outre des hommes, les Mexicains sacrifiaient aussi des animaux. Ils offraient des perdrix et des faucons à Huitzilipochtli ; des lièvres, des lapins et des renards à Mixcoall. Chaque matin, un certain nombre de prêtres, tenant à la main une perdrix, épiaient

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FÊTE DE LA RÉNOVATIOiN DU FEU. H9

le lever du soleil. A peine apparu^ l'aslre était salué par les sons de bruyants instruments de musique, et les perdrix, aussitôt décapitées, lui étaient offertes.

Les plantes, les pierres fines, Tencens servaient aussi d'offrandes. On présentait à Tlaloc et à Coatlicué les premières fleurs, à Centéotl les premiers épis de maïs. Les offrandes de comestibles, nous l'avons vu, étaient assez considérables pour suffire à la nourriture des prêtres, car chaque matin les autels étaient encombrés par les fidèles de mets brûlants, afin que leur vapeur, montant jusqu'aux narines des idoles, allât nourrir les dieux qu'elles représentaient.

Toulefois, l'offrande la plus fréquente était celle de l'encens, et chaque demeure possédait un encensoir. Les Aztèques encensaient les idoles, les prêtres, les quatre points cardinaux, les pères de famille, les juges dans les tribunaux, surtout lorsqu'ils se disposaient à prononcer une sentence. C'était là, on le comprend, un hommage rendu aux puissants plutôt qu'un acte religieux.

Les cruautés et les superstitions des Mexicains furent imitées non seulement par toutes les nations qu'ils soumirent, mais aussi par leurs voisins, qui pourtant les pratiquaient moins fréquemment. Les Tlaxcaltèques, dans une de leurs fêtes, attachaient un prisonnier à une haute croix et le tuaient à coups de flèche; parfois, la croix était basse et l'on massacrait la victime à coups de bâton.

La grande fête de la « rénovation du feu » commençait le dernier jour du siècle, qui, nous le savons, se composait de cinquantedeux ans. Le soir venu, on éteignait le feu dans les temples, dans les maisons, puis on brisait tous les ustensiles de terre, se préparant ainsi à la fin du monde. A dater de cet instant, chacun vivait avec le terrible doute de savoir s'il avait vu le jour pour la dernière fois, si le soleil se lèverait le lendemain, s'il laisserait le

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ciel perdu dans les ténèbres. Tout l'empire était en proie à cette anxiété, et, posté sur les tours des temples, sur le toit des maisons, on se tenait silencieux, les regards tournés vers les sommets où devaient s'allumer d'immenses bûchers, si les dieux se montraient cléments,

A une heure marquée, les prêtres, revêtus des ornements du dieu qu'ils servaient, chargés, en outre, d'une de ses images, se dirigeaient, suivis d'une multitude à la fois fiévreuse et consternée, verslemontHuitzachtla, distant de Mexico d'une lieue environ. Ils avançaient en mesurant leurs pas sur la marche des étoiles, de façon à n'arriver près de la montagne qu'un peu avant minuit. L'un d'eux, appartenant au faubourg de Capulco, possédait le privilège de produire le feu nouveau ; aussi marchait-il pourvu d'un instrument composé de deux morceaux de bois sec emboîtés, instrument nommé tlétaxoni. L'heure solennelle arrivée, ce prêtre s'approchait d'une victime de noble origine, dont on venait d'arracher le cœur, posait son briquet sur la blessure, et imprimait à l'une de ses branches un rapide mouvement de rotation. Bientôt des étincelles jaillissaient, et un immense cri de joie s'échappait de toutes les poitrines, car la vue des étincelles annonçait que le jour reparaîtrait, que le soleil éclairerait encore la terre pendant cinquante-deux ans.

Aussitôt le feu produit, on incendiait un immense bûcher sur lequel on jetait la victime sacrifiée. Une activité extraordinaire succédait alors à l'abattement des dernières heures. Chacun se hâtait d'enflammer la torche dont il s'était pourvu, puis de regagner sa demeure. Des courriers, portant le feu sacré, s'éloignaient dans toutes les directions, allumaient le flambeau de ceux qui les attendaient sur les routes, et ceux-ci rendaient le même service aux personnes qu'ils rencontraient à leur tour. C'étaient, dans toutes les directions, des courees affolées et partout s'allu-

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maîent des torches et des bûchers. Ce feu nouveau, communiqué de proche en proche, allait ranimer les foyers jusqu'aux confins de Tempire.

Pendant ce temps, les prêtres retournaient au grand temple, disposaient un brasier devant l'autel de Huitzilipochtli, brasier auquel tous les habitants de la ville venaient allumer des branches de pins. On riait, on chantait, on se félicitait, on avait cinquante-deux ans de plus à vivre ! Aussi, les treize jours complémentaires du siècle, jours destinés à remettre d'accord l'année solaire et l'année civile, étaient-ils employés à réparer les édifices, à blanchir les maisons, à renouveler les meubles, les vêtements afin que tout fût neuf, ou du moins en eût l'apparence, le jour où le nouveau siècle commencerait. Ce jour-là, des illuminations, des danses, des banquets venaient consoler des heures amères que l'on avait passées, et de nombreuses victimes couvraient de leur sang les degrés des temples.

Notons, comme une singulière superstition, que, dans la dernière nuit du siècle, les femmes en état de grossesse étaient enfermées par leurs maris dans les greniers, et qu'on leur couvrait le visage de feuilles d'agave. Par ce soin, on voulait éviter qu'elles fussent transformées en fauves. On couvrait aussi d'un masque le visage des enfants, et on les empêchait à tout prix de s'endormir, dans la crainte qu'ils fussent métamorphosés en souris.

Les sacrifices que les habitants de Cuauhtitlan offraient tous les quatre ans au dieu du feu étaient célèbres. Le jour terrible arrivé, ils plantaient six grands arbres au pied de l'autel, tuaient deux femmes, leur aiTachaient la peau et leur retiraient les os des cuisses. Le jour suivant, deux prêtres se paraient de ces dépouilles.

Portant les os à la main, ils descendaient à pas lents les degrés du temple, poussant des cris aigus auxquels le peuple répon-

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dait : <( Voici que nos dieux approchent. » Parvenus à la dernière assise, les prêtres, tandis que les tambours résonnaient, étaient parés d'ailes en papier, puis on leur plaçait dans la bouche une perdrix sans tête. Ils commençaient alors une danse qui ne se terminait qu'à la nuit, durant laquelle le peuple égorgeait parfois jusqu'à huit mille perdrix. Ces cérémonies terminées, les prêtres suspendaient six prisonniers au sommet des arbres, et ces malheureux devenaient le but de milliers de flèches. Ces prisonniers morts, les prêtres détachaient leurs cadavres, les laissaient choir, puis leur arrachaient le cœur. Les restes de ces victimes, de même que les corps des perdrix, se partageaient entre les prêtres et les nobles, et formaient un des plats du banquet qui terminait la fête.

Du reste, les peuples de l'Anahuac se traitaient eux-mêmes avec une cruelle rudesse ; accoutumés dès leur enfance à voir verser le sang, ils répandaient le leur avec profusion. Les pénitences qu'ils s'imposaient, soit pour l'expiation d'une faute, soit pour se préparer à célébrer la fête de leurs dieux, font frémir. Ils martyrisaient leur chair comme si elle eût été insensible, dit Clavigéro, et versaient leur sang comme un liquide superflu.

Quelques prêtres se saignaient journellement. A l'aide d'épines d'agave, ils se perçaient les lèvres, la langue, les bras et les mollets. Dans les blessures produites par ces piqûres, ils introduisaient des tiges de bambou dont ils augmentaient peu à peu la taille. Le sang de ces blessures était recueilli sur les feuilles d'une espèce de palmier, et l'on plantait les épines sur des boules de foin que l'on exposait dans le temple. Ceux qui se livraient à ces macérations se baignaient dans un bassin nommé Ezapan, parce que ses eaux étaient toujours teintes de sang.

Les jeûnes étaient fréquents chez les Mexicains; ils s'abstenaient alors de boissons fermentées, de viande, et ne mangeaient qu'une

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fois dans les vingt-quatre heures. Parmi ces jeûnes, il en était d'obligatoires pour le peuple, comme celui des cinq jours qui précédaient la fête de Tezcatlipoca, et celui de la fête du soleil. A ces époques, le roi se retirait dans le temple pour se saigner, selon l'usage national.

D'autres jeûnes étaient particuliers, comme celui des propriétaires des victimes, la veille du jour où celles-ci devaient être immolées. Les maîtres des prisonniers de guerre que l'on sacrifiait à Xipé jeûnaient pendant quarante jours. Les nobles, de même que le roi, avaient dans le temple des appartements spéciaux pour faire pénitence, et, certains jours de fête, tous les employés publics devaient, après leur travail, passer la nuit dans une de ces retraites.

Dans le temple principal de Téotihuacan, habitaient quatre prêtres célèbres par l'austérité de leur vie. Vêtus comme les pauvres gens, ils se nourrissaient d'un pain de maïs de deux onces, et leur boisson se composait d'une tasse à'atolliy sorte de bouillie de maïs encore en usage aujourd'hui. Chaque nuit, deux d'entre eux veillaient, chantaient des hymnes, encensaient les idoles et versaient un peu de leur sang sur les autels. Ils menaient cette vie de jeûne pendant quatre ans, sans autre répit qu'un jour de fête qui revenait tous les mois, et durant lequel ils pouvaient manger ce qui leur plaisait. La veille d'une cérémonie religieuse, ces fanatiques se perforaient les oreilles à l'aide d'épines d'agave, et introduisaient des morceaux de bambou dans la blessure. Si l'un d'eux moumit, un postulant prenait sa place. Enfin, le temps de la pénitence écoulé, quatre nouveaux prêtres recommençaient aussitôt la même vie. La renommée de ces ascètes était si grande que les rois eux-mêmes les respectaient. Mais malheur à celui d'entre eux qui manquait à ses devoirs : on le tuait à coups de bâton; son corps était brûlé, et Ton jetait ses cendres au vent.

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Dans les calamités publiques, le grand prêtre de Mexico se condamnait à un jeûne extraordinaire. Il se retirait au fond d'un bois, dans une cabane de verdure dont on renouvelait les rameaux à mesure qu'ils se flétrissaient. Privé de toute communication avec ses semblables, sans autre aliment que du maïs cru et de Teau, il passait là une année en prière, répandant de temps à autre son sang.

Une des quatre grandes fêtes aztèques était celle de Tezcatlipoca. Dix jours avant sa date, un prêtre, paré des vêtements de l'idole, sortait du temple, un bouquet à la main, soufflant dans un flageolet de terre cuite moulée, qui rendait des sons aigus. Après avoir salué les quatre points cardinaux, en commençant par le levant, le prêtre soufflait avec plus de violence dans son instrument, puis il ramassait un peu de terre qu'il se mettait dans la bouche et Tavalait. Chacun s'agenouillait en entendant les sons de la flûte, et, pleins de terreur, ceux qui avaient commis un crime priaient le dieu de leur pardonner leur faute, de ne pas permettre qu'elle fût découverte, et leur zèle, leur trouble, les trahissaient. En même temps, les soldats demandaient force et valeur pour combattre victorieusement l'ennemi et faire de nombreux prisonniers. A une heure donnée, tout le peuple répétait l'action d'avaler de la terre et implorait la protection des dieux.

Les sons du flageolet se faisaient entendre chaque jour, jusqu'à l'heure où commençait enfin la fête. La veille, les nobles portaient à l'idole un nouvel habillement, dont les prêtres la revêtaient aussitôt; l'ancien, placé dans un coff'ret, était conservé comme une relique. Outre ce vêlement neuf, on parait le dieu d'insignes d'or, d'argent et de plumes, et l'on soulevait les draperies qui fermaient d'ordinaire l'entrée du temple, afin que tous les fidèles pussent voir et adorer le dieu.

FÊTE DE TEZCATLIPOCA. 125

Le jour de la fôle, non seulement les esclaves recouvraient momentanément leur liberté; mais, dans la cminte de déplaire au dieu, leurs maîtres s'abstenaient de les maltraiter, même en parole. Le soleil levé, le peuple s assemblait sur l'assise inférieure du temple. Plusieurs prêtres, peints en noir, vêtus de la même façon que l'idole, la portaient sur une litière. Les jeunes gens des deux sexes lui entouraient le cou d'une longue corde garnie de grains de maïs grillés, puis enfilés et formant une guirlande. Cette guirlande, symbole de la sécheresse, si redoutée des Mexicains, se nommait Toxcatly nom qui devint celui du mois durant lequel la fête se célébrait.

Portant de ces chapelets à la main et autour du cou, les jeunes gens et les nobles marchaient en procession autour du temple, dont le pavé était semé de fleurs et d'herbes odoriférantes. On replaçait alors la statue sur l'autel, puis on lui ofl^rait de l'or, des joyaux, des fleurs, des plumes, des animaux et des comestibles préparés par les femmes ou les jeunes filles qui, par suite de vœux, remplissaient, ce jour-là, l'oflice de servantes du dieu. Les jeunes filles, guidées par un prêtre vêtu d'une façon bizarre, portaient les vivres que les jeunes gens distribuaient. Enfin, on procédait au sacrifice de la victime qui représentait le dieu Tezcatlipoca, victime choisie parmi les prisonniers les plus jeunes et les plus remarquables par leurs qualités physiques. Désigné pour mourir une année à l'avance, ce jeune homme, à dater de ce jour, portait les mêmes vêtements que l'idole. 11 parcourait la ville à son gré, mais toujours escorté de gardes, et on l'adorait comme l'image de la divinité suprême. Vingt jours avant la fête, on mariait ce malheureux à quatre jeunes filles et, durant les cinq derniers jours, on lui procurait tous les plaisirs possibles.

Le matia de la fête, on le conduisait au temple en grande pompe, et, un instant avant d'y arriver, il adressait ses adieux à

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ses femmes. Il accompagnait l'idole dans la procession que nous venons de décrire; puis, l'heure du sacrifice venue, on retendait devant l'autel, où le grand prêtre, avec des façons respectueuses, lui ouvrait la poitrine et lui arrachait le cœur. Son cadavre n'était pas jeté du haut des degrés comme celui des autres victimes, mais porté jusqu'au temple et décapité. Le crâne se plaçait dans le Tzompatli, où se conservaient tous ceux des malheureux qui l'avaient précédé. Ses bras et ses cuisses, cuits et condimentés, figuraient sur la table des nobles.

Après le sacrifice, les séminaristes et les prêtres se livraient à la danse jusqu'au coucher du soleil, et les jeunes filles portaient à l'idole des fraits ornés de crânes et du pain de maïs pétri avec du miel. Ce pain et ces fruits, placés devant l'autel, servaient de prix aux jeunes gens qui sortaient victorieux d'une course entreprise sur les escaliers du temple. Du reste, ce n'était pas là leur seule récompense, on les parait de riches vêtements, et ils étaient acclamés par les prêlres et par le peuple. La fête se terminait par la mise en liberté des séminaristes des deux sexes en âge de se marier. Ceux qui restaient au séminaire accablaient alors leurs anciens compagnons de railleries outrageantes et les criblaient de flèches de jonc, leur reprochant d'abandonner le service des dieux pour les plaisirs du mariage. Les prêtres permettaient ces excès comme un soulagement à l'effervescence naturelle à la jeunesse.

Dans le cours du même mois, on célébrait la première fête de Huitzilipochtli, dont les prêtres fabriquaient d'abord une statue de la taille d'un homme. Ils figuraient les os par du bois d'acacia, et simulaient les chairs à l'aide d'une pâte composée des semences dont ils faisaient usage dans leur cuisine, semences broyées et mêlées de sang. Aussitôt achevée, la statue était revêtue d'habits en étoffe de coton ou de fil d'agave, et couverte d'un manteau de

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FÊTE DE HUITZILIPOCHTLI. i27

plumes. On lui posait sur la tète un parasol de papier orné de plumes, surmonté d'un couteau de silex ensanglanté, et on lui plaçait une plaque d'or sur la poitrine. Tous les vêtements de l'image étaient semés de dessins représentant des os et diverses parties du corps humain, soit pour rendre hommage au pouvoir du dieu dans les batailles, soit pour rappeler la terrible vengeance tirée par lui de ceux qui avaient conspiré contre l'honneur et la vie de sa mère.

La statue, posée ensuite sur une litière soutenue par quatre serpents en bois, était portée, de l'endroit où elle avait été fabriquée jusqu'à l'autel, par les quatre officiers les plus renommés de l'armée. Des jeunes gens, formant un cercle à l'aide de flèches que les uns tenaient par la pointe et les autres par la baguette, précédaient la litière, chargés d'une sorte de pancarte sur laquelle étaient représentées les actions glorieuses du dieu, actions que l'on célébrait en même temps par des hymnes.

Le jour de la fête, on décapitait le matin nombre de perdrix, dont on jetait les corps au pied de l'autel. Le premier qui sacrifiait un de ces oiseaux était le roi, bientôt imité par les prêtres et le peuple. Tout ce gibier garnissait ensuite la table royale et celle des prêtres. Les fidèles, armés d'encensoirs en terre, brûlaient des parfums en l'honneur du dieu, et recueillaient les braises dans un foyer nommé Tlexictlù

Après cette cérémonie, qui valait à la fête le nom d' « Encensement de Huitzilipochtli », les jeunes filles et les prêtres dansaient. Les premières se peignaient le visage, ornaient leurs bras de plumes, se couronnaient de chapelets de maïs et portaient à la main des bambous surmontés de banderoles en coton ou en papier. Les prêtres, le visage noirci, le front couvert de rondelles de papyrus, les lèvres enduites de miel, étaient armés d'un sceptre terminé par un globe de plumes surmonté d'une fleur. Sur le

bord du foyer où brûlait le feu sacré, deux hommes, chargés d'une cage en sapin, dansaient, tandis que les prêtres s'appuyaient sur leurs sceptres, cérémonies qui avaient toutes une signification. Dans un lieu séparé, les courtisans et les officiers se livraient également à la danse; mais les musiciens, au lieu d'occuper le centre du bal, se postaient de façon qu'on entendît le son des instruments sans voir ceux qui en jouaient.

Une année avant la fête, en même temps que la victime destinée à Tezcatlipoca, on choisissait celle qui devait être offerte à Huitzilipochtli. Cette nouvelle victime était désignée sous le nom dUxtéocalé (savant seigneur du ciel). Les deux captifs se promenaient ensemble; toutefois, on n'adorait pas le représentant de Huitzilipochtli. Le jour du sacrifice, la victime était vêtue d'un habit de papier peint et on la couronnait d'une sorte de mitre fabriquée de plumes d'aigle. Sur l'épaule, on lui plaçait un filet et un sac, et, avec cette charge, elle prenait part aux danses. La coutume permettait à ce malheureux de fixer luimême l'heure de son supplice. Aussi, une fois résolu à mourir, il se présentait aux sacrificateurs qui, au lieu de l'étendre sur l'autel, lui arrachaient le cœur en le soutenant sur leurs bras. Leur tâche accomplie, ils reprenaient leurs danses jusqu'à la nuit, ne s'inteirompant que pour encenser l'idole. C'est dans cette fêle que les prêtres pratiquaient une incision sur le ventre, la poitrine et les poignets des enfants nés une année auparavant; cette opération les consacrait au dieu protecteur de la nation, et c'est elle qui a dû faire croire que la circoncision se pratiquait chez les Aztèques. Cependant, Torquémada affirme qu'elle faisait partie des coutumes totonaques.

Chaque dieu avait donc ses fêtes, toujours terminées par des sacrifices humains, et le temps devait à peine suffire aux Aztèques pour accomplir les devoirs réclamés par leur religion. Selon toute

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probabilité, en dehors des fêtes de Tlaloc, de Quétzacoatl, de Tezcatlipoca et de Huilzilipochtli, chacun n'était tenu de manifester son zèle que pour le dieu protecteur de sa caste ou de son métier. Mais nous croyons en avoir dit assez sur ce sujet; il devient fastidieux, écœurant de décrire sans cesse des cérémonies sanglantes, à peu près identiques et sans enseignement; aussi n*ironsnous pas plus loin. C'est dans les rites observés pour les naissances, les mariages et les enterrements, que nous étudierons de nouveau les superstitions du peuple étrange dont nous écrivons l'histoire.

BiBL. ETHN. — Lcs Àztèques.

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Election des rois. — Couronnement. — Conseillers royaux. — Ambassadeurs. Courriers. — La noblesse. — Le peuple. — Impôts et tributs.

Le jour où les Aztèques placèrent à leur tête Acamapiclli, en lui conférant le pouvoir, les honneurs et les prérogatives de la royauU3, ils semblent avoir établi du même coup que dorénavant les rois seraient toujours élus. Aussi, quelque temps après, on nomma quatre électeurs chargés, à Theure voulue, de résumer les votes de la nation. Ces électeurs, choisis parmi les principaux nobles et appartenant même à la race royale, étaient en outre des hommes d'une sagesse renommée. Leur mandat cessait après l'élection, et ils ne pouvaient être réélus qu'avec l'assentiment général de la noblesse. Si un des électeurs mourait avant le roi, on le remplaçait aussitôt. A dater du règne d'Itzacoatl, les rois d'Alcolhuacan et de Tacuba firent partie des électeurs; mais leur titre paraît avoir été purement honorifique, car aucun fait ne démontre qu'ils aient jamais pris une part directe à l'élection.

Afin de ne pas donner aux électeui^ un pouvoir trop absolu ou pour éviter autant que possible les luttes de partis, on rendit la couronne héréditaire dans la famille d'Acamapictli. Par la suite, il fut décidé qu'au roi mort succéderait non un de ses fils, mais un de ses frères. A défaut de frère, on devait élire un neveu ou un cousin du défunt, en laissant aux électeurs le soin de choisir le plus digne. Il est à remarquer qu'au Mexique la priraogéniture, à ce point de vue, ne conférait aucune prérogative ;

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