‹ Les Aztèques; histoire, mœurs, coutumesChapitre 34 sur 57 · ARMES OFFENSIVES. ÉTENDARDS · texte numérisé non relu

ARMES OFFENSIVES. ÉTENDARDS

gomme laque. Ces plaques, larges de quatre doigts et longues de deux, avaient l'épaisseur des anciennes lames d'épée. Elles coupaient si bien que le Conquérant anonyme raconte avoir vu un Aztèque ouvrir la poitrine d*un cheval d'un seul coup de son épée. Mais cette arme s'émoussait vite et devenait inutile. Les soldats la portaient attachée au bras, afin qu'elle ne leur échappât pas lorsqu'ils frappaient (fig. 16).

Les piques mexicaines, au lieu de pointes enfer, étaient armées de pointes en pierre ou en cuivre. Les Chinantèques et plusieurs autres peuples de la contrée de Chiapan se servaient de piques d'une longueur de 18 pieds, dont Cortez fit usage contre la cavalerie de son rival, Panfilo Narvaez.

Le llacochtlij dard ou javelot, était un pieu dont la pointe, durcie au feu, se terminait parfois par une pierre, un os ou une pointe de cuivre. Le dard se divisait souvent à son extrémité en trois crans, ce qui le rendait très meurtrier. On le lançait à l'aide d'une corde, afin de pouvoir le ramener à soi lorsqu'il avait frappé l'ennemi. C'est l'arme que les Espagnols redoutaient le plus, car elle était souvent projetée avec une telle force qu'elle traversait le corps d'un homme (fig. 16). En guerre, les soldats portaient d'ordinaire une épée, un arc, un dard et une fronde. Il est à remarquer qu'aucun des peuples de TÂnahuac ne faisait usage de la hache comme arme de guerre.

Les Aztèques possédaient des étendards plus semblables au signum des Romains qu'à nos drapeaux. C'étaient des hampes hautes de 8 ou 10 pieds, couronnées par les armes ou les insignes de l'État, figurées à l'aide de plumes. L*insigne de l'empire mexicain était un aigle prêt à fondre sur un oiseau. L'étendard pris pai* Cortez lui-même, dans la bataille lameuse d'Otompan, représentait un filet d'or, insigne probable d'une des villes construites sur les bords du lac de Texcoco.

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Outre rétendard principal de l'armée, chaque compagnie en possédait un qui, en même temps que la couleur des plumes dont se paraient ses chefs, servait à la faire reconnaître. L'étendard de l'armée était porté par le général , ceux des compagnies par un officier. Ce dernier s'attachait si fortement la hampe à l'épaule que l'on ne pouvait s'en emparer qu'en massacrant le porteur. Les Aztèques plaçaient toujours l'étendard principal au milieu des soldats ; quant aux Tlaxcaltèques, ils le faisaient porter à l'avantgarde dans les marches, à l'arrière-garde à l'heure du combat.

La musique militaire des Aztèques, plus bruyante qu'harmonieuse, se composait de tambours, de trompettes et de conques qui, sous le souffle, rendaient des sons aigus. Bernai Diaz, longtemps après le siège de Mexico, se souvenait encore avec terreur des sons lugubres de la trompe de Cuautémotzin.

Avant toute déclaration de guerre, le conseil du roi en examinait la cause, qui d'ordinaire était la rébellion d'une ville ou d'une province, la vengeance à tirer de l'assassinat d'un courrier ou d'un sujet de l'empereur, ou d'une insulte faite à un ambassadeur. Si l'on avait à se plaindre du gouverneur d'une province, onTamenait à Mexico pour le châtier. Si le peuple prenait part à la révolte, on lui demandait satisfaction au nom du roi, et, s'il s'humiliait, on lui pardonnait. Si, au contraire, il répondait avec arrogance, refusait de se soumettre et insultait les messagers qu'on lui envoyait, le conseil délibérait; puis, la guerre décidée, on prévenait les généraux. Parfois le roi, afin de mieux justifier sa conduite, dépêchait successivement trois ambassadeurs aux dissidents. Le premier s'adressait au chef de la ville ou de la nation coupable, réclamait une satisfaction acceptable, et fixait l'époque à laquelle on devait répondre, sous peine d'être traité en ennemi. Le deuxième ambassadeur s'adressait à la noblesse, la priant de convaincre son chef d'éviter par sa soumission le châtiment qui l'attendait. Enfin,

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le troisième ambassadeur s'adressait au peuple et lui expliquait les causes de la guerre. Les raisons mises en avant par les ambassadeurs étaient souvent efficaces, et ils faisaient si bien ressortir les avantages de la paix et les désavantages de la guerre qu'une réconciliation s'opérait. Souvent les ambassadeurs emportaient une idole de Huilzilipotchtli et exigeaient qu'elle fût admise par les rebelles au nombre de leurs dieux. Si les dissidents se croyaient capables dfe résister, ils repoussaient cette exigence et renvoyaient l'idole étrangère. Mais, s'ils se considéraient comme trop faibles, ils rangeaient l'image parmi celles des dieux étrangers, faisaient aux ambassadeurs des dons de plumes, d'or et de bijoux, puis se soumettaient.

La guerre résolue, on le faisait aussitôt savoir à l'ennemi, afin qu'il se préparât, car les Aztèques regardaient comme une lâcheté indigne d'hommes vaillants d'attaquer par surprise. Néanmoins, on envoyait chez les ennemis des espions désignés sous le nom de souriSj afin qu'ils rendissent compte du nombre, de la qualité et des mouvements des troupes. Lorsque ces espions fournissaient d'utiles rapports, on les récompensait généreusement.

Enfin , après avoir offert plusieurs sacrifices au dieu de la guerre et aux divinités de l'État ou de la ville que Ton allait combattre, afin de se ménager leur bon vouloir, l'armée se mettait en marche par compagnies. Si elle était nombreuse, elle se divisait en corps de huit mille hommes commandés par un général.

o C'est une des plus belles choses du monde que de les voir partir pour la guerre, a dit le Conquérant anonyme en parlant des Aztèques ; ils marchent admirablement, leur tenue est magnifique, et ils font la meilleure figure qu'il soit possible de voir. Ils ont des soldats d'une bravoure extraordinaire, qui meurent avec la plus grande intrépidité. En combattant, ils chantent, dansent, sifflent et jettent des cris qui inspirent la terreur. »

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Le lieu où se livrait la première bataille était un champ réservé dans chaque province pour celte fin. Le combat, ainsi que nous venons de le voir, commençait par un brait d'instruments, de clameurs et de sifflements. Dans Tarmée de Texcoco, le roi ou le général donnait le signal de la lutte en frappant sur un petit tambour suspendu à son épaule. Le premier choc était furieux, mais toute l'armée n'y prenait pas part ; des corps se tenaient en réserve pour les cas urgents. Quelquefois la bataille commençait par une grêle de flèches, de dards et de pierres ; puis, les armes de jet épuisées, on se servait des casse-tête, des piques et des épées. Les chefs s'occupaient de maintenir leur troupe en ordre, de défendre l'étendard, de faire enlever les blessés et les morts, afin de les dérober à la vue de l'ennemi. Il y avait des soldats affectés à ce soin.

Quelquefois les Aztèques usaient de stratagèmes et d'embuscades.Ils se cachaient dans des fossés creusés à la hâte, ainsi que les Espagnols eurent occasion de l'apprendre à leurs dépens. Souvent aussi ils feignaient débattre en retraite pour attirer l'ennemi vers un lieu périlleux et assaillaient son arrière-garde avec des troupes fraîches. Nous l'avons dit: dans les combats, ils s'occupaient moins de tuer que de capturer des prisonniers; aussi la valeur des soldats ne se mesurait pas au nombre d'ennemis qu'ils tuaient sur le champ de bataille, mais au nombre des prisonniers qu'ils ramenaient. Cette coutume servit beaucoup les Espagnols durant la nuit célèbre et terrible où il leur fallut abandonner Mexico. Lorsque leur général était tué ou leur étendard pris, les Mexicains, saisis d'une panique superstitieuse, fuyaient sans qu'aucune force humaine pût les retenir.

La bataille terminée, les vainqueurs célébraient leur triomphe par des cris d'allégresse, et le général récompensait les officiers et les soldats qui lui présentaient des prisonniers. Lorsque le roi

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