‹ Les AztèquesChapitre 1 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Si le Mexique moderne et ses habitants sont aujourd'hui bien connus, en revanche, hors du monde des savants, le Mexique du passé, c'est-à-dire celui des Aztèques, est presque complètement ig^noré. Les g^ens instruits savent vag^uement que les Espag^nols, en 1519, trouvèrent sur le nouveau continent un vaste empire civilisé, g^ouverné par un roi nommé Montézume qu'ils détrônèrent — puis rien de plus.

Or, après avoir contribué à faire connaître le Mexique contemporain, je voudrais révéler — le mot n'a, je crois, rien d'ambitieux — ce qu'il a été dans le passé, ce qu'il était lorsque les Espag*nols en firent la conquête. M'appuyant sur le témoig^nag*e de ceux qui l'ont vu dans sa splendeur, tels que Gortez, Bernai Diaz, Ojéda, le Conquérant anonyme ; puis sur les travaux postérieurs de Tézozomoc, Duran, Acosta, Gomara, Olmos, Herréra, Sahag'un, Torquémada, Glavig^éro, Ramirez, Orozco, etc., j'essaye donc de faire revivre un peuple dont les descendants, courbés sous l'autorité des fils de ses anciens vainqueurs, ont eux-mêmes oublié non seulement l'histoire, mais le nom.

Bien que les savants spéciaux puissent trouver dans ce livre un résumé de leurs études, et peut-être quelques aperçus nouveaux, c'est surtout pour les personnes étrangères à l'histoire des peuples primitifs de l'Amérique que j'ai entrepris de l'écrire. J'aurais pu — je vais au-devant

vm PRÉFACE.

d'une objection — répéter au bas de nombre des pages de ce volume les noms des guides que j'invoquais tout à l'heure, et plus particulièrement ceux de Tézozomoc, de Sahagun, de Torquémada, de Clavigéro, d'Orozco, auteurs dont les ouvrages, ceux des deux premiers exceptés, n'ont pas été traduits dans notre langue. Mais, je le sais par expérience, ces notes multipliées impatientent les simples curieux, et les américanistes connaissent trop bien les sources auxquelles il m'a forcément fallu puiser pour qu'il soit besoin de les leur rappeler sans cesse. Toutefois, comme Âcosta a été accusé — non sans raison il est vrai — d'avoir tranquillement copié Duran et Tézozomoc, lesquels avaient eux-mêmes copié l'auteur anonyme du manuscrit aujourd'hui connu sous le nom de « Codex Ramirez »; puis, comme, d'autre part, on a reproché à Torquémada de s'être inspiré de Sahagun, et à Clavigéro de s'être modelé sur Torquémada, je veux aller au-devant de toute accusation de cette nature.

Je préviens donc mes lecteurs que j'ai dû à mon tour — nécessité à laquelle ne peuvent échapper, je crois, les historiens qui ont à parler du passé — imiter, amplifier, réduire, commenter, traduire, fondre, pour les ajouter à ce que j'ai moi-même vu ou découvert, tous les passages qui, dans les écrits des pères de l'histoire de la Nouvelle- Espagne, pouvaient m'aider dans mon entreprise. J'aurais pu inventer, cela est certain, car rien ne prête mieux que l'histoire aux fantaisies de l'imagination. Je ne l'ai pas fait, nie souvenant qu'un roi des Colhuas voulait que les historiens inexacts fussent punis de mort, et peut-être les esprits sérieux me sauront-ils gré de ma réserve.

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