SACRIFICES HUMAINS. H
six, qui tous possédaient leur charge par héritage. Le premier d'entre eux se nommait Topillzin; mais, à l'heure où il accomplissait ses terribles fonctions, il prenait le nom du dieu auquel il sacrifiait. En outre, il endossait un vêtement rouge, rappelant la forme d'un scapulaire, et garni de franges de coton. Sur sa
FiG. 14. — Saciilice, d'après Cluvigôro.
tète, se balançait un panache de plumes vertes et jaunes; à ses oreilles étaient suspendues des émeraudes, et à sa lèvre inférieure une plume ou un tentell de couleur bleue. Les autres sacrificateurs s'affublaient de robes blanches bordées de noir. Leurs cheveux flottaient libres, hérissés, et ils se ceignaient le front de bandelettes ornées de rondelles de papyinis de diverses couleurs. Tout leur corps était peint en noir, saut le tour de leurs bouches, qu'ils barbouillaient de blanc.
Ces bourreaux, une fois en possession de la victime, la por-
talent nue jusqu'au grand autel (téchcatl\ sur lequel ils retendaient après avoir indiqué aux assistants l'idole à laquelle on allait offrir le sacrifice, afin qu'ils l'adorassent. Quatre des prêtres maintenaient alors le malheureux patient par les jambes et les bras, tandis qu'un autre, à l'aide d'un instrument de pierre ou de bois taillé en forme de fer à cheval el représentant parfois un serpent recourbé, l'empêchait de remuer la tête. La pierre de l'autel étant convexe, le corps se trouvait arqué, la poitrine et le ventre saillaient, et la victime ne pouvait opposer aucune résistance. Le Topiltzin s'approchait alors et, avec un couteau de jaspe ou de calcédoine, conformément au rite, il ouvrait la poitrine du prisonnier, lui arrachait le cœur, offrait ce trophée palpitant au soleil, puis le jetait ensuite au pied de l'idole pour le brûler et contempler sa cendre avec vénération (fig. 14). Si l'idole était grande et creuse, on lui plaçait le cœur tout sanglant dans la bouche à l'aide d'une cuiller d'or, et on lui enduisait les lèvres de sang. Lorsque le patient était un prisonnier de guerre, on lui coupait la tête afin de la conserver pour le Tzompatli, puis on précipitait son corps sur l'assise inférieure du temple. Là, l'officier ou le soldat qui l'avait capturé s'emparait de cette proie, l'emportait, la faisait cuire et la servait à ses amis dans un banquet. On mangeait seulement les jambes, les cuisses et les bras. Quant au tronc, il était réduit en cendres ou jeté en pâture aux fauves de la ménagerie royale. Les Otomites coupaient la victime par quartiers et vendaient ces débris au marché. Chez les Zapotèques, on sacrifiait des hommes aux dieux, des femmes aux déesses et des enfants aux divinités inférieures. Hâtons-nous d'ajouter que, bien qu'anthropophages par sentiment religieux et non par goût, les Aztèques ne furent jamais cannibales.
Nous venons de décrire le mode le plus ordinaire des sacrifices ; mais on y apportait des raffinements encore plus barbares.
COMBAT DE GLADIATEURS. Ml
Ainsi, à la fêle de Téoléoïnan, la femme qui représentait celte déesse était décapitée, tandis qu'une autre femme la portait sur ses épaules. A la fête dite de Varrivée des dieuxy les victimes étaient brûlées. Lors de l'une des fêtes de Tlaloc, on noyait deux enfants de chaque sexe ; dans une autre, on achetait deux enfants de six à sept ans, puis, supplice affreux, on enfermait ces innocents dans une grotte où on les laissait mourir de frayeur ou de faim.
Le sacrifice dit des gladiateurs était très honorable, mais les prisonniers célèbres par leur valeur y avaient seuls droit. Il existait, près du temple des grandes villes, une vaste place au milieu de laquelle se dressait un terre-plein de forme ronde, haut de 8 pieds, et sur lequel était posée une pierre semblable à une meule de moulin. Sur cette pierre, nommée témalacatl et que nous avons déjà mentionnée, on plaçait le prisonnier armé d'un bouclier et d'une courte épée, puis on l'attachait par un pied. Un officier ou un soldat, parfaitement équipé, montait alors sur la pierre pour combattre avec le prisonnier. On peut s'imaginer les efforts désespérés de ce malheureux pour éviter la mort, et ceux de son adversaire pour ne pas perdre sa réputation militaire devant ses compatriotes assemblés. Si le prisonnier était vaincu, un sacrificateur accourait et, mort ou vif, le portait sur la pierre des sacrifices pour lui ouvrir la poitrine et lui arracher le cœur. Le vainqueur, applaudi par la foule, était récompensé par un insigne militaire. Si, au contraire, le captif triomphait non seulement de cet antagoniste, mais de six autres, on lui rendait la liberté, ses armes, et il retournait glorieux dans son pays. Le Conquérant anonyme, qui fournit ce détail, raconte que, dans une bataille que livrèrent les Cholultèques à leurs voisins les Huéxotzincos, le principal seigneur de Cholula se lança si avant dans la mêlée que, séparé des siens, il fut fait prisonnier. Placé
sur le témalacatl, il vainquit les sept combattants qui lui furent opposés. Les Huéxotzincos, redoutant le mal que pourrait leur causer un si vaillant ennemi, s'ils le laissaient libre, lui donnèrent la mort, action qui les couvrit d'infamie aux yeux des peuples voisins.
Dans ces combats, il faut bien le dire, le prisonnier échappait rarement à la mort, car lorsqu'il résistait avec trop de courage on lui opposait un soldat qui, accoutumé à manier ses armes de la main gauche, le déroutait et avait promptement raison de lui. Aussi, pour échapper aux angoisses d'une lutte qu'ils savaient d'avance être inutile, nombre de prisonniers refusaient de se défendre, et présentaient leurs poitrines aux sacrificateui^. Les combats de gladiateurs, on le devine, attiraient toujours la foule et la passionnaient. Des repas et des danses terminaient d'ordinaire ces sanglantes journées.
Touchant le nombre des victimes annuellement sacrifiées dans l'Anahuac, les historiens sont d'opinions très diverses. Néanmoins, sans trop s'éloigner de la vérité, on peut l'évaluer à vingt mille. Du reste, le nombre des sacrifices dépendait de celui des prisonniers faits à la guerre ; dans les combats, les soldats mexicains se préoccupaient bien moins de tuer leurs ennemis que de les prendre vivants.
Le plus souvent, les victimes étaient affublées des vêtements et des insignes de l'idole à laquelle on devait les offrir. Une escorte de soldats les promenait ainsi parées dans la ville, et recueillait des aumônes pour le temple. Si le prisonnier s'échappait, on immolait à sa place le chef de l'escorte.
Outre des hommes, les Mexicains sacrifiaient aussi des animaux. Ils offraient des perdrix et des faucons à Huitzilipochtli ; des lièvres^ des lapins et des renards à Mixcoatl. Chaque matin, un certain nombre de prêtres, tenant à la main une perdrix, épiaient