FÊTE DE LA RÉNOVATION DU FEU
maient des torches et des bûchers. Ce feu nouveau, communiqué de proche en proche, allait ranimer les foyers jusqu'aux confins de l'empire.
Pendant ce temps, les prêlres retournaient au grand temple, disposaient un brasier devant l'autel de Huitzilipochlli, brasier auquel tous les habitants de la ville venaient allumer des branches de pins. On riait, on chantait, on se félicitait, on avait cinquante-deux ans de plus à vivre ! Aussi, les treize jours complémentaires du siècle, jours destinés à remettre d'accord Tannée solaire et l'année civile, étaient-ils employés à réparer les édifices, à blanchir les maisons, à renouveler les meubles, les vêtements afin que tout fût neuf, ou du moins en eût l'apparence, le jour où le nouveau siècle commencerait. Ce jour-là, des illuminations, des danses, des banquets venaient consoler des heures amères que l'on avait passées, et de nombreuses victimes couvraient de leur sang les degrés des temples.
Notons, comme une singulière superstition, que, dans la dernière nuit du siècle, les femmes en état de grossesse étaient enfermées par leurs maris dans les greniers, et qu'on leur couvrait le visage de feuilles d'agave. Par ce soin, on voulait éviter qu'elles fussent transformées en fauves. On couvrait aussi d'un masque le visage des enfants, et on les empêchait à tout prix de s'endormir, dans la crainte qu'ils fussent métamorphosés en souris.
Les sacrifices que les habitants de Cuauhtitlan offraient tous les quatre ans au dieu du feu étaient célèbres. Le jour terrible arrivé, ils plantaient six grands arbres au pied de l'autel, tuaient deux femmes, leur arrachaient la peau et leur retiraient les os des cuisses. Le jour suivant, deux prêtres se paraient de ces dépouilles.
Portant les os à la main, ils descendaient à pas lents les degrés du temple, poussant des cris aigus auxquels le peuple répon-
dait : a Voici que nos dieux approchent. » Parvenus à la dernière assise, les prêtres, tandis que les tambours résonnaient, étaient parés d'ailes en papier, puis on leur plaçait dans la bouche une perdrix sans tête. Ils commençaient alors une danse qui ne se terminait qu'à la nuit, durant laquelle le peuple égorgeait parfois jusqu'à huit mille perdrix. Ces cérémonies terminées, les prêtres suspendaient six prisonniers au sommet des arbres, et ces malheureux devenaient le but de milliers de flèches. Ces prisonniers morts, les prêtres détachaient leurs cadavres, les laissaient choir, puis leur arrachaient le cœur. Les restes de ces victimes, de même que les corps des perdrix, se partageaient entre les prêtres et les nobles, et formaient un des plats du banquet qui terminait la fête.
Du reste, les peuples de TAnahuac se traitaient eux-mêmes avec une cruelle rudesse ; accoutumés dès leur enfance à voir verser le sang, ils répandaient le leur avec profusion. Les pénitences qu'ils s'imposaient, soit pour l'expiation d'une faute, soit pour se préparer à célébrer la fête de leurs dieux, font frémir. Ils martyrisaient leur chair comme si elle eût été insensible, dit Clavigéro, et versaient leur sang comme un liquide superflu.
Quelques prêtres se saignaient journellement. A l'aide d'épines d'agave, ils se perçaient les lèvres, la langue, les bras et les mollets. Dans les blessures produites par ces piqûres, ils introduisaient des tiges de bambou dont ils augmentaient peu à peu la taille. Le sang de ces blessures était recueilli sur les feuilles d'une espèce de palmier, et l'on plantait les épines sur des boules de foin que l'on exposait dans le temple. Ceux qui se livraient à ces macérations se baignaient dans un bassin nommé Ezapan, parce que ses eaux étaient toujours teintes de sang.
Les jeûnes étaient fréquents chez les Mexicains; ils s'abstenaient alors de boissons fermentées, de viande, et ne mangeaient qu'une
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fois dans les vingt-quatre heures. Parmi ces jeûnes, il en était d'obligatoires pour le peuple, comme celui des cinq jours qui précédaient la fête de Tezcatlipoca, et celui de la fête du soleil. A ces époques, le roi se retirait dans le temple pour se saigner, selon Tusage national.
D'autres jeûnes étaient particuliers, comme celui des propriétaires des victimes, la veille du jour où celles-ci devaient être immolées. Les maîtres des prisonniers de guerre que l'on sacrifiait à Xipé jeûnaient pendant quarante jours. Les nobles, de même que le roi, avaient dans le temple des appartements spéciaux pour faire pénitence, et, certains jours de fête, tous les employés publics devaient, après leur travail, passer la nuit dans une de ces retraites.
Dans le temple principal de Téotihuacan, habitaient quatre prêtres C/élèbres par l'austérité de leur vie. Vêtus comme les pauvres gens, ils se nourrissaient d'un pain de maïs de deux onces, et leur boisson se composait d'une tasse d'atolliy sorte de bouillie de maïs encore en usage aujourd'hui. Chaque nuit, deux d'entre eux veillaient, chantaient des hymnes, encensaient les idoles et versaient un peu de leur sang sur les autels. Ils menaient cette vie de jeûne pendant quatre ans, sans autre répit qu'un jour de fête qui revenait tous les mois, et durant lequel ils pouvaient manger ce qui leur plaisait. La veille d'une cérémonie religieuse, ces fanatiques se perforaient les oreilles à l'aide d'épines d'agave, et introduisaient des morceaux de bambou dans la blessure. Si l'un d'eux mourait, un postulant prenait sa place. Enfin, le temps de la pénitence écoulé, quatre nouveaux prêtres recommençaient aussitôt la même vie. La renommée de ces ascètes était si grande que les rois eux-mêmes les respectaient. Mais malheur à celui d'entre eux qui manquait à ses devoirs : on le tuait à coups de bâton; son corps était brûlé, et Ton jetait ses cendres au vent.
Dans les calamités publiques, le grand prêtre de Mexico se condamnait à un jeûne extraordinaire. Il se relirait au fond d'un bois, dans une cabane de verdure dont on renouvelait les rameaux à mesure qu'ils se flétrissaient. Privé de toute communication avec ses semblables, sans autre aliment que du maïs cru et de Teau, il passait là une année en prière, répandant de temps à autre son sang.
Une des quatre grandes fêtes aztèques était celle de Tezcatlipoca. Dix jours avant sa date, un prêtre, paré des vêtements de l'idole, sortait du temple, un bouquet à la main, soufflant dans un flageolet de terre cuite moulée, qui rendait des sons aigus. Après avoir salué les quatre points cardinaux, en commençant par le levant, le prêtre soufflait avec plus de violence dans son instrument, puis il ramassait un peu de terre qu'il se mettait dans la bouche et Tavalait. Chacun s'agenouillait en entendant les sons de la flûte, et, pleins de terreur, ceux qui avaient commis un crime priaient le dieu de leur pardonner leur faute, de ne pas permettre qu'elle fût découverte, et leur zèle, leur trouble, les trahissaient. En même temps, les soldats demandaient force et valeur pour combattre victorieusement l'ennemi et faire de nombreux prisonniers. A une heure donnée, tout le peuple répétait l'action d'avaler de la terre et implorait la protection des dieux.
Les sons du flageolet se faisaient entendre chaque jour, jusqu'à l'heure où commençait enfin la fête. La veille, les nobles portaient à l'idole un nouvel habillement, dont les prêtres la revêtaient aussitôt; l'ancien, placé dans un cofiret, était conservé comme une relique. Outre ce vêtement neuf, on parait le dieu d'insignes d'or, d'argent et de plumes, et l'on soulevait les draperies qui fermaient d'ordinaire l'entrée du temple, afin que tous les fidèles pussent voir et adorer le dieu.
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Le jour de la fêle, non seulement les esclaves recouvraient momentanément leur liberté; mais, dans la crainte de déplaire au dieu, leurs maîtres s'abstenaient de les maltraiter, même en parole. Le soleil levé, le peuple s'assemblait sur l'assise inférieure du temple. Plusieurs prêtres, peints en noir, vêtus de la même façon que l'idole, la portaient sur une litière. Les jeunes gens des deux sexes lui entouraient le cou d'une longue corde garnie de grains de maïs grillés, puis enfilés et formant une guirlande. Cette guirlande, symbole de la sécheresse, si redoutée des Mexicains, se nommait Toxcatl, nom qui devint celui du mois durant lequel la fête se célébrait.
Portant de ces chapelets à la main et autour du cou, les jeunes gens et les nobles marchaient en procession autour du temple, dont le pavé était semé de fleurs et d'herbes odoriférantes. On replaçait alors la statue sur l'autel, puis on lui offrait de l'or, des joyaux, des fleurs, des plumes, des animaux et des comestibles préparés par les femmes ou les jeunes filles qui, par suite de vœux, remplissaient, ce jour-là, l'office de servantes du dieu. Les jeunes filles, guidées par un prêtre vêtu d'une façon bizarre, portaient les vivres que les jeunes gens distribuaient. Enfin, on procédait au sacrifice de la victime qui représentait le dieu Tezcatlipoca, victime choisie parmi les prisonniers les plus jeunes et les plus remarquables par leurs qualités physiques. Désigné pour mourir une année à l'avance, ce jeune homme, à dater de ce jour, portait les mêmes vêtements que l'idole. 11 parcourait la ville à son gré, mais toujours escorté de gardes, et on l'adorait comme l'image de la divinité suprême. Vingt jours avant la fête, on mariait ce malheureux à quatre jeunes filles et, durant les cinq derniers jours, on lui procurait tous les plaisirs possibles.
Le matin de la fête, on le conduisait au temple en grande pompe, et, un instant avant d'y arriver, il adressait ses adieux à
ses femmes. Il accompagnait Fidole dans la procession que nous venons de décrire ; puis, l'heure du sacrifice venue, on retendait devant Taulel, où le grand prêtre, avec des façons respectueuses, lui ouvrait la poitrine et lui arrachait le cœur. Son cadavre n'était pas jeté du haut des degrés comme celui des autres victimes, mais porté jusqu'au temple et décapité. Le crâne se plaçait dans le Tzompatli, où se conservaient tous ceux des malheureux qui l'avaient précédé. Ses bras et ses cuisses, cuits et condimentés, figuraient sur la table des nobles.
Après le sacrifice, les séminaristes et les prêtres se livraient à la danse jusqu'au coucher du soleil, et les jeunes filles portaient à l'idole des fmits ornés de crânes et du pain de maïs pétri avec du miel. Ce pain et ces fruits, placés devant l'autel, servaient de prix aux jeunes gens qui sortaient victorieux d'une course entreprise sur les escaliers du temple. Du reste, ce n'était pas là leur seule récompense, on les parait de riches vêtements, et ils étaient acclamés par les prêtres et par le peuple. La fête se terminait par la mise en liberté des séminaristes des deux sexes en âge de se marier. Ceux qui restaient au séminaire accablaient alors leurs anciens compagnons de railleries outrageantes et les criblaient de flèches de jonc, leur reprochant d'abandonner le service des dieux pour les plaisirs du mariage. Les prêtres permettaient ces excès comme un soulagement à l'effervescence naturelle à la jeunesse.
Dans le cours du même mois, on célébrait la première fête de Huitzilipochtli, dont les prêtres fabriquaient d'abord une statue de la taille d'un homme. Ils figuraient les os par du bois d'acacia, et simulaient les chairs à l'aide d'une pâte composée des semences dont ils faisaient usage dans leur cuisine, semences broyées et mêlées de sang. Aussitôt achevée, la statue était revêtue d'habits en étoffe de colon ou de fil d'agave, et couverte d'un manteau de
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plumes. On lui posait sur la tète un parasol de papier orné de plumes, surmonté d'un couteau de silex ensanglanté, et on lui plaçait une plaque d'or sur la poitrine. Tous les vêtements de l'image étaient semés de dessins représentant des os et diverses parties du corps humain, soit pour rendre hommage au pouvoir du dieu dans les batailles, soit pour rappeler la terrible vengeance tirée par lui de ceux qui avaient conspiré contre l'honneur et la vie de sa mère.
La statue, posée ensuite sur une litière soutenue par quatre serpents en bois, était portée, de l'endroit où elle avait été fabriquée jusqu'à l'autel, par les quatre officiers les plus renommés de l'armée. Des jeunes gens, formant un cercle à l'aide de flèches que les uns tenaient par la pointe et les autres par la baguette, précédaient la litière, chargés d'une sorte de pancarte sur laquelle étaient représentées les actions glorieuses du dieu, actions que l'on célébrait en même temps par des hymnes.
Le jour de la fête, on décapitait le matin nombre de perdrix, dont on jetait les corps au pied de l'autel. Le premier qui sacrifiait un de ces oiseaux était le roi, bientôt imité par les prêtres et le peuple. Tout ce gibier garnissait ensuite la table royale et celle des prêtres. Les fidèles, armés d'encensoirs en terre, brûlaient des parfums en l'honneur du dieu, et recueillaient les braises dans un foyer nommé Tlexictli.
Après cette cérémonie, qui valait à la fête le nom d' « Encensement de Huitzilipochtli ;), les jeunes filles et les prêtres dansaient. Les premières se peignaient le visage, ornaient leurs bras de plumes, se couronnaient de chapelets de maïs et portaient à la main des bambous surmontés de banderoles en coton ou en papier. Les prêtres, le visage noirci, le front couvert de rondelles de papyrus, les lèvres enduites de miel, étaient armés d'un sceptre terminé par un globe de plumes surmonté d'une fleur. Sur le
bord du foyer où brûlait le feu sacré, deux hommes, chaînés d'une cage en sapin, dansaient, tandis que les prêtres s'appuyaient sur leurs sceptres, cérémonies qui avaient toutes une signification. Dans un lieu séparé, les courtisans et les officiers se livraient également à la danse; mais les musiciens, au lieu d'occuper le centre du bal, se postaient de façon qu'on entendit le son des instruments sans voir ceux qui en jouaient.
Une année avant la fête, en même temps que la victime destinée à Tezcatlipoca, on choisissait celle qui devait être offerte à Huitzilipochtli. Cette nouvelle victime était désignée sous le nom à'Ixtéocalé (savant seigneur du ciel). Les deux captifs se promenaient ensemble; toutefois, on n'adorait pas le représentant de Huitzilipochtli. Le jour du sacrifice, la victime était vêtue d'un habit de papier peint et on la couronnait d'une sorte de mitre fabriquée de plumes d'aigle. Sur l'épaule, on lui plaçait un filet et un sac, et, avec cette charge, elle prenait part aux danses. La coutume permettait à ce malheureux de fixer luimême l'heure de son supplice. Aussi, une fois résolu à mourir, il se présentait aux sacrificateurs qui, au lieu de l'étendre sur l'autel, lui arrachaient le cœur en le soutenant sur leurs bras. Leur tâche accomplie, ils reprenaient leurs danses jusqu'à la nuit, ne s'interrompant que pour encenser l'idole. C'est dans cette fête que les prêtres pratiquaient une incision sur le ventre, la poitrine et les poignets des enfants nés une année auparavant; cette opération les consacrait au dieu protecteur de la nation, et c'est elle qui a dû faire croire que la circoncision se pratiquait chez les Aztèques. Cependant, Torquémada affirme qu'elle faisait partie des coutumes totonaques.
Chaque dieu avait donc ses fêtes, toujours terminées par des sacrifices humains, et le temps devait à peine suffire aux Aztèques pour accomplir les devoirs réclamés par leur i^ligion. Selon toute
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probabilité, en dehors des fêtes de Tlaloc, de Quétzacoall, de Tezcatlipoca et de Huitzilipochtli, chacun n'était tenu de manifester son zèle que pour le dieu protecteur de sa caste ou de son métier. Mais nous croyons en avoir dit assez sur ce sujet; il devient fastidieux, écœurant de décrire sans cesse des cérémonies sanglantes, à peu près identiques et sans enseignement; aussi n'ironsnous pas plus loin. C'est dans les rites observés pour les naissances, les mariages et les enterrements, que nous étudierons de nouveau les superstitions du peuple étrange dont nous écrivons l'histoire.
BiBL. ETHM. — Les Azièques,
Election des rois. ^ CouroniieiDent. — Conseillers royaux. — Ambassadeurs. Courriers. — La noblesse. — Le peuple. — Impôts et tributs.
Le jour où les Aztèques placèrent à leur tête Acamapictli, en lui conférant le pouvoir, les honneurs et les prérogatives de la royauté, ils semblent avoir établi du même coup que dorénavant les rois seraient toujoui^ élus. Aussi, quelque temps après, on nomma quatre électeurs chargés, à l'heure voulue, de résumer les votes de la nation. Ces électeurs, choisis parmi les principaux nobles et appartenant même à la race royale, étaient en outre des hommes d'une sagesse renommée. Leur mandat cessait après l'élection, et ils ne pouvaient être réélus qu'avec l'assentiment général de la noblesse. Si un des électeurs mourait avant le roi, on le remplaçait aussitôt. A dater du règne d'Itzacoatl, les rois d'Alcolhuacan et de Tacuba firent partie des électeurs; mais leur titre parait avoir été purement honorifique, car aucun fait ne démontre qu'ils aient jamais pris une part directe à l'élection.
Afin de ne pas donner aux électeurs un pouvoir trop absolu ou pour éviter autant que possible les luttes de partis, on rendit la couronne héréditaire dans la famille d'Acamapictli. Par la suite, il fut décidé qu'au roi mort succéderait non un de ses fils, mais un de ses frères. A défaut de frère, on devait élire un neveu ou un cousin du défunt, en laissant aux électeurs le soin de choisir le plus digne. Il est à remarquer qu'au Mexique la primogéniture, à ce point de vue, ne conférait aucune prérogative ;
ÉLECTIOiN DES ROIS. 131
ainsi, à la mort de Moteuczoma I, son cousin Âxayacatl, qu'il avait lui-même recommandé, fut élu de préférence à ses frères aines, Tizoc et Ahuitzotl.
On ne procédait à l'élection du nouveau roi qu'après avoir célébré les funérailles de son prédécesseur. L'élection terminée, on en communiquait le résultat aux grands feudataires et aux rois d'Alcolhuacan et de Tacuba, chargés de la ratifier. Les deux rois, accompagnés de toute la noblesse et après avoir choisi un jour d*heureux augure, conduisaient le nouveau souverain au temple. Les feudataires ouvraient la marche du cortège, revêtus des insignes de leur dignité, suivis des nobles de la cour parés des marques distinctives dçs emplois qu'ils remplissaient. Venaient ensuite les deux rois alliés et, derrière eux, le nouvel élu, sans autre vêtement qu'une ceinture exigée par la décence. Il montait au temple appuyé sur l'épaule des deux seigneurs les plus importants de la cour, et un des grands prêtres, escorté de tous les dignitaires religieux, venait le recevoir. Le nouveau roi commençait par adorer Huitzilipochtli en touchant le sol de la main et en la portant ensuite à ses lèvres. Le grand prêtre l'enduisait alors d'une sorte de teinture noire et l'aspergeait quatre fois d'une eau sacrée à l'aide de branches de cèdre, de saule et de tiges de maïs. On le couvrait aussitôt d'un manteau sur lequel étaient peints des crânes et des os humains, on lui posait sur la tête deux voiles, un noir et un vert, ornés des mêmes funèbres emblèmes. Enfin, on le chaussait de riches sandales, puis on lui suspendait au cou une petite calebasse pleine de semences destinées à le protéger contre certaines maladies, contre les maléfices et les tromperies; on plaçait alors entre ses mains un encensoir et un sac plein de résine de copal afin qu'il encensât les dieux.
Durant toutes ces cérémonies, le roi restait accroupi. Le grand
prêtre, prenant place sur un siège, prononçait un discours dans lequel, après avoir félicité le nouvel élu, il énumérait les devoirs qu'il aurait à remplir envers les sujets qui lui confiaient le pouvoir. Il lui recommandait le zèle pour la religion, la justice, l'assistance des pauvres et la défense de la patrie. Venaient ensuite les harangues des rois alliés, puis celles des nobles, auxquelles le roi répondait par des paroles de reconnaissance et par la promesse de se dévouer au bonheur de TÉtat.
Après ces discours officiels, le roi accompagné de son cortège, regagnait les degrés inférieurs du temple, où l'attendait le reste de la noblesse qui, après avoir juré obéissance au nouvel élu, lui offrait des vêtements et des bijoux. Il pénétrait ensuite dans une salle particulière. Là, il devait rester seul durant quatre jours, se contenter d'un unique repas par vingt-quatre heures, se baigner journellement et se piquer les oreilles afin de présenter, en même temps que des parfums, des gouttes de son sang à Huitzilipochtli. Enfin, il demandait aux dieux de lui donner les lumières dont il avait besoin pour gouverner sagement le royaume. Le cinquième jour, les nobles venaient le chercher pour le conduire au palais. Là, il confirmait les feudataires dans leurs charges, et les divertissements populaires : bals, banquets et illuminations, commençaient.
Par suite d'une coutume que Moteuczoma érigea en loi, le nouveau roi, avant de se voir couronner, devait entreprendre une guerre et conquérir les victimes destinées aux dieux dans cette importante cérémonie. Or, soit qu'ils eussent à châtier des rebelles, soit qu'ils cherchassent querelle à leurs voisins, les occasions de combattre ne manquaient jamais aux Aztèques.
Les historiens sont muets sur le cérémonial usité pour le couronnement ; on ne sait qu'une chose, c'est qu'il appartenait au roi des Alcolhuas de poser la couronne sur le front de l'élu.