‹ Les AztèquesChapitre 35 sur 49 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

cinquième jour de la semaine qu'une pareille affluence se produisait, et vingt ou vingt-cinq mille marchands approvisionnaient les marchés ordinaires. La quantité et la variété des denrées qui se vendaient ou se troquaient à Mexico étaient si considérables que les historiens, après d'interminables énumérations, déclarent renoncer à les nommer toutes. Au résumé, apparaissaient dans ces halles non seulement les productions de l'empire, mais celles des États voisins, soit qu'elles eussent pour objet les nécessités premières de la vie ou ses commodités, soit qu'elles fussent destinées à flatter le goût, la curiosité ou la vanité des acheteurs. On voyait là nombre d'animaux vivants ou morts, tous les comestibles en usage, tous les métaux exploités, toutes les espèces de pierres fines. Les plantes, gommes, résines, terres minérales, onguents, huiles, emplâtres dont faisait usage la médecine aztèque, avaient leur emplacement, ainsi que les tissus d'agave, de coton, de palmiers, de plumes ou de poils d'animaux. On vendait là des esclaves, puis des barques pleines de fumier humain, employé pour la préparation des peaux d'animaux ; en un mot, tout ce qui pouvait se troquer ou s'acheter se donnait rendez-vous en ce lieu, cai% dans l'intérieur de la ville, il n'existait d'autres boutiques que celles où l'on s'approvisionnait de comestibles. C'était au grand marché de Mexico que les joailliers de Cholula, les argentiers d'Àzcapotzalco, les peintres de Texcoco, les cordonniers de Ténayuean, les chasseurs de Xilolépec, les pêcheurs de Cuitlahuac, les jardiniers des Terres chaudes et les horticulteurs de Xochimilco apportaient leurs produits renommés.

Les transactions ne se réduisaient pas à de simples échanges, comme ceux que les Indiens font souvent de nos jours; on achetait et l'on vendait réellement. Il y avait, dans l'empire, quatre sortes de monnaie courante, mais aucune frappée. La première consistait en grains de cacao, différents de ceux qui

servaient à préparer le chocolat, et ces grains passaient de main en main, comme la monnaie de billon parmi nous. On comptait ce cacao par mesure de huit mille grains, et, pour les marchandises de haut prix, par sacs de vingt-quatre mille. Il y a trentecinq ans, le cacao était encore une monnaie courante à Mexico et à Téhuantépec, et j'ai vu des pains de savon, des œufs et même des chandelles, remplir le même ofOce dans plusieui's villes de la province de Veracruz.

La deuxième espèce de monnaie consistait en petits carrés d'étoffe de coton ; elle servait aux menus achats du ménage. La troisième se composait de pépites d'or renfermées dans des tuyaux de plumes de canards, tuyaux dont la transparence permettait de voir le précieux métal et d'estimer sa valeur. La quatrième, mentionnée par Gortez, qui a négligé de la décrire, était en étain et se rapprochait de nos pièces monnayées. Au nombre des monnaies aztèques, on a, jusque dans ces derniers temps, rangé des morceaux de cuivre ayant la forme d'un T, dont plusieurs spécimens sont conservés dans le musée de Mexico. D'après Orozco et M. J. Sanchez, ces prétendues monnaies sont des instruments agricoles.

Les marchandises se vendaient au nombre ou à la mesure. Bien que les balances fussent connues de plusieurs peuples d'Amérique, les Aztèques n'en faisaient pas usage. Ils les dédaignaient, parait-il, à cause de la facilité avec laquelle on pouvait altérer les poids.

Pour empêcher les fraudes et les désordres, des commissaires parcouraient sans cesse les halles, observant tout ce qui s'y passait. Un tribunal, composé de deux juges, siégeait en permanence dans une maison voisine, tranchait les difiTérends et punissait sur l'heure les délits.

Chaque denrée payait un droit au roi, lequel, en échange, ga-

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