C6HU06) -f- 12C01 2 3 + 12H
mannile
qui représenterait assez bien le phénomène dans son allure la plus ordinaire. Il se produit environ 51,09 de mannite et 45,5 de gomme pour 100 de sucre. Mais quelquefois la proportion de gomme l’emporte sur la mannite. Dans ce cas, d’après M. Pasteur, on pourrait toujours constater dans le liquide la présence d’un ferment plus gros et d’une nature différente; et le même auteur ajoute que peut-être dans ce cas l’augmentation dans la production de la gomme tiendrait à la présence de ce second ferment qui transformerait le sucre seulement en gomme sans formation corrélative de mannite. Mais ce ferment n’a jamais été isolé. Du reste, M. Monoyer a expliqué d’une autre façon la variation de la proportion de gomme (1).
Les vins blancs sont plus sujets que les vins rouges à cette fermentation, appelée graisse des vins ; d’après M. François (2), l’absence de tannin dans les vins blancs serait la cause de cette maladie et l’on pourrait la prévenir par l’adjonction de cette substance. Ce remède est même très-apprécié en Champagne, d’après M. Pasteur (3). Quel est au juste l’action du tannin sur le ferment gummomarinique ? Des cultures de ce ferment
(1) Voy. Thèse pour le doctorat en médecine. Strasbourg, 1862.
(2) Sur la cause de la graisse des vins in Ann. Ghim. et Phys., 1829- 1831, t. XL1V, p. 212.
(3) Etudes sur le vin, p. 61.
a l’état de pureté traitées par cet agent, tel est le seul moyen de le savoir.
Nous avons réuni ensemble les fermentations lactique, butyrique etvisqueuse, parce qu’elles se manifestenttoutes trois dans les mêmes liquides, vins, bière, eaux sucrées, etc., et qu’elles ont pour effet la transformation du glucose. Nous devons dire un mot ici de quelques autres organismes inférieurs, peut-être des Bactériens, observés aussi dans les mêmes liquides, mais qui n’ont pas été aussi bien étudiés. Non-seulement on ne les connaît pas systématiquement, mais on ne sait pas au juste quelle est leur action chimique sur les éléments du milieu qui les nourrit. Je ne fais que les énumérer.
1° Ferment de la bière ou du vin tourné (Pasteur, Etudes Sur la bière , 1876, p. 5, figuré pl, I, n° 1) : « Ce sont des bâtonnets ou filaments simples ou articulés et formant chaîne, de longueurs variables, d’un diamètre voisin d’un {a : un fort grossissement les montre décomposés en série de bâtonnets plus courts, à peine naissants, non encore mobiles sur leurs articulations qui ne sont qu’indiquées. »
2° Micrococcus d’une bière d’une acidité particulière, distincte de celle de la bière piquée, à odeur acétique : « Ce sont des grains ressemblant à de petits points sphériques réunis par deux ou par quatre en carré. •> (Pasteur, Etudes sur la bière , p. 6, fig. pl. I, n° 7,), etc.
§ 2. Rôle des Bactéries dans la putréfaction et la nitrification.
Tandis que dans les fermentations que nous venons de passer rapidement en revue, nous avons toujours pu
étudier, au moins sommairement, Faction chimique des divers organismes, nous allons nous trouver maintenant en présence de phénomènes bien plus complexes. Nous aurons à considérer un grand nombre de ces végétaux à l’œuvre sans qu’il soit possible d’assigner à chacun son rôle et de dire quelle est sa fonction. On n’a même pas encore vu l’agent de la fermentation nitrique, et ce n’est que par analogie qu’on a rapproché cette nitrification des fermentations vraies.
Ce n’est pas seulement à cause de l’obscurité qui règne encore sur un grand nombre de particularités de ces deux phénomènes, que nous les avons réunis dans une môme étude; au point de vue de la circulation à la surface de notre globe des éléments essentiels à la constitution des organismes, ils jouent un rôle analogue quoique inverse l’un de l’autre.
Considérons, par exemple, l’azote dans les végétaux et les plantes. Cet élément, dont l’air atmosphérique est le réservoir, n’entre pas en combinaison directement comme le fait, par exemple, l’oxygène avec les autres éléments qui doivent constituer avec lui les principes immédiats des tissus. Les propriétés chimiques de l’azote peuvent se caractériser en deux mots : grande résistance à entrer en combinaison quand il est libre, et grande facilité au contraire à passer d une combinaison à une autre, une fois qu’on a réussi à l’associer à d’autres éléments.
Aussi la circulation de Y azote à l'état de combinaison , à la surface du globe est-elle une question intéressante de physique générale, de même que la circulation de l’acide carbonique et la circulation de l’eau et la circulation de l’air.
Cherchons à esquisser la marche de cette circulation (1).
D'où vient l’ammoniaque que l’on trouve dans la mer, dans les nuées qui nous arrivent de l’équateur, dans les poussières de l’air? L’unique source connue est la fermentation des matières organiques à l’abri de l’oxygène de l'air. C’est à cette sorte de fermentation que nous devons la formation de la tourbe et les immenses amas de combustibles minéraux qui se sont formés presque à toutes les périodes géologiques. On voit cette sorte de fermentation se développer lorsqu’on abandonne un liquide organique en présence de l’air, mais seulement dans la partie inférieure du liquide, Loxygène qui se dissout à mesure à la surface étant arrêté dans la zone superficielle où se développe une fermentation d’allure bien différente. Cette dernière est essentiellement oxydante : les matières s’y brûlent presque complètement, formant surtout de l’eau et de l'acide carbonique ; à la partie inférieure, au contraire, il se produit une réduction si énergique que l’hydrogène se dégage : les sulfates métalliques y sont transformés en sulfures et même on y auraitrencontré parfois des cristaux de sou fre. (Voir l’histoire des Beggiatna, p. 28, 29 et 74.)
Nous voyons donc d’où vient l’ammoniaque qui, distribué sur le sol par les vents et la pluie, est pour lui un engrais puissant. Or, les végétaux n’absorbent pas l’azote sous forme d’ammoniaque, mais sous forme d’acide azotique. Comment se fait cette transformation de l’ammoniaque en acide azotique? les observations de
(1) Nous renvoyons pour ce point particulier, aux mémoires et traités »i de Chimie agricole.
Erdmann, Meusel (i) et T. Pliipson (2) montrent que dans Je phénomène de la putréfaction réductrice, l’acide azotique, loin d’être produit, est au contraire ramené à l’état d’acide azoteux; d’un autre côté, MM. Th. Schlœsing et A. Müntz (3) concluent de leurs expériences que dans les putréfactions essentiellement oxydantes produites parles Penicillum glaucum , Asperqillus niger , Mucor Mucedo , etc., il n’y a aucune formation d’acide nitrique.
Mais, d’après ces auteurs, la nitritication serait un phénomène spécial qui aurait pour siège tout sol suffisamment ouvert à la circulation de l’air et dont l’agent serait un micro-organisme. Ce dernier n’a pas encore été aperçu, il est vrai, et on conçoit qu’il soit difficile à rechercher et à observer, à cause de sa station particulière.
Mais l’action du chloroforme sur la nitrification tend à prouver que l’agent en est bien un ferment figuré (4)* En effet, le chloroforme, cet anesthésique, suspend la nitrification et paraît même tuer le ferment.
Laissantdonc de côté ce phénomène encore peu connu, on peut distinguer dans les agents de la putréfaction ou plus généralement fermentation, deux groupes de microorganismes : les uns oxydants, les autres réducteurs.
Les premiers s’observent à la surface des liquides én putréfaction ; on peut y distinguer un grand nombre de
(1) Putréfaction produite par les Bactéries en présence des nitrates. Journ. Chim. Pharm., 1875, t. XXII, p, 431). — Berichte der deulschen chimische Gessellschoft, t. VIII, p. 1214.
(2) Réduction des nitrates par les infusoires in Chemical New, XXIV, p. 49t.
(3) Recherches sur la nitrification par les ferments organisés in Comp. Rend. Acad. Sc., 1877, n» 22 ; 1878, 8 avril, t. 86, n° 14, p. 892.
(4) Müntz, op. cit.
formes : iiacterium Termo , Monas Crepusculum , Spin llum , ete.; nous en avons parlé précédemment. On doit en rapprocher aussi le Mycoderma aceti qui, comme eux, végète à la surface du liquide et un grand nombre d’organismes dont nous n’avons pas à parler ici.
Les seconds se rencontrent au contraire dans l’intérieur des liquides ou corps fermentescibles ; ils sont analogues aux ferments butyrique, lactique et peut-être aux autres agents des maladies des vins et de la bière précédemment énumérés.
En résumé, les petits êtres dont nous venons de nous occuper ont un rôle considérable : ils font retourner la matière organique morte à l’atmosphère et à l’eau.
« En dehors d’eux, la matière organique, même exposée à l’air, ne se détruit pas ou ne se transforme qu’avec une lenteur extrême par suite d’une combustion lente produite par l'oxygène. Avec eux, au contraire, sa destruction prend une marche rapide et devient complète. Si donc l’équilibre se maintient entre la nature vivante et la nature morte, si l’air a toujours la même composition, si les eaux sont toujours également fertilisantes, c’est grâce aux agents infimes de la fermentation et de la putréfaction. » (Duclaux, /. c .)
Mais le rôle des Bactéries ne se borne pas là: « Elles envahissent aussi l’organisme vivant, dit M. Duclaux (1), et apportent dans leur attaque ce double caractère d’infinie petitesse dans les moyens apparents, et d’énergie destructive puissante dans les résultats. De là, des maladies dont la médecine, il n’y a pas encore bien longtemps, ne connaissait pas la cause et qu’elle commence seulement à rapporter à leur véritable origine. Pour qui
(1) Duclaux. Dict. encyc. des sc. méd. Art. Fermentation.
est au courant des premiers pas qu’elle a faits dans cette voie nouvelle de recherches, de la fécondité de ses aperçus, de la richesse de ses premiers résultats, il n’est pas douteux qu’elle n’arrive bientôt à démontrer la nature parasitaire des maladies épidémiques les plus graves. »
§ 3. Rôle des Bactéries dans les maladies contagieuses et les affections virulentes .
Nous allons d’abord passer en revue les différentes affections où la présence des Bactéries a été signalée, qu’elles aient été données comme cause de la maladie, ou qu’elles soient considérées comme un simple épiphénomène.
Septicémie. Après les hypothèses de Borsieri et de Gaspard (1) sur la nature du sang septique, M. Sédillot (2) démontra par des expériences très-concluantes que la puissance infectieuse était due à des éléments figurés.
Les premières expériences de M. Davaine (3) l’amenèrent aux conclusions suivantes : « Les effets des substances putréfiées ne vont pas au delà de l’animal chez lequel on injecte ces substances. L’agent toxique des matières putrides ne se régénère pas. La putréfaction agit sur l’économie animale comme un poison. »
Cette première opinion devait avoir pour elle l’autoriie de M. Ch. Kobin (4). Déjà, en 1864, MM. Leplat et
(I) Journal de Phys, de Magendie, 1822.
(21 De la pyohémie, 1849.
(3) Comptes-rendus de l’Ac. des sc., 1864, t. 57, p. 230 et 386.
(4) Comptes-rendus de la Soc. de Biol., 1868. — Leçons sur les humeurs, 1874, 2e édit., p. 553.
Jaillart (1), après une série d’inoculations faites avec le sang septique, étaient arrivés à des déductions analogues à celles de M. Ch. Robin. C’est à la même époque que MM. Billroth (2), Weber (3) ayant injecté les gaz de la putréfaction, émettaient l’opinion que l’agent septique était de nature moléculaire. M. Bergmann (4) de Dorpat, admettait comme agent contagieux une substance azotée, non organisée, résistant à l’alcool, à l’éther, à une température de 100° et traversant les filtres. Cette théorie était identique à celle de M. Panum (5). C’est encore à M. Pasteur (6) que revient l’honneur d’avoir le premier affirmé la nature parasitaire de la septicémie; cette communication fut suivie des expériences confirmatives de MM. Coze et Feltz (7); de plus, ces expérimentateurs prouvèrent que les Bactéries du sang putréfié ne possèdent pas la propriété de traverser les épithéliums, et que « l’élément infectieux gagne en passant dans des organismes semblables. » En 1868, M. Davaine (8) revenant sur sa première opinion, admit la présence des Bactéries dans le sang des animaux qui mouraient de septicémie. De même, MM. Hallier, d’iéna et Béchamp, de Montpellier, croient à la pré-
(1) Comptes-rendus de l’Ac. des sc., lor août 1864, t. 59, p. 250.
(2) Archiv. für klin. chirur#., t. VI, p 103.
(3) Deutsche Klinik.. 1864-1865.
(4) Das putride Gifte und die putride Intoxication, 1868. Dorpat.
(5; Virchow’s Archiv., 1862.
(6) Comptes-rendus de l’Ac. des sc., 1860-64-65.
(7) Réunion des Soc. sav., 1863. Voy. Recherches clin, et expér. sur les maladies infectieuses, 1872. Paris, p. 59.
(8) Comptes-rendus de l’Ac. des sc.. 23 janvier 1869.
sence d'un micro-organisme, Micrococcus pour M. Hallier, Microzyma pour M. Béchamp.
MM. Goze et, Feltz(l), dans leur travail, ont démontré la présence constante des Bactéries dans le sang des animaux morts de septicémie. Cette corrélation les a poussés à admettre que a il y a' un rapport direct entre les accidents infectieux et les petits organismes étrangers qui viennent jouer dans le sang le rôle de ferments, et se reproduire. » De nouvelles recherches confirmatives des premières ont été communiquées à l’Académie des sciences par les mêmes auteurs (2). A l’encontre de ces conclusions sur la nature bactéridienne de la maladie, nous voyons apparaître en Angleterre (3), puis à Berlin (4), des expériences qui les infirment. M.Zuelzer, frappé de l’analogie qui existe entre la septicémie et l’intoxication par l’atropine (dilatation pupillaire, paralysie intestinale, accélération des battements cardiaques), a recherché par la méthode de M. Stas, la présence d’un alcaloïde, qu’il est parvenu à découvrir, en collaboration avec M. Sonnenschein. Des Bactéries cultivées artificiellement et introduites en quantité considérable dans la bouche, sous la peau, dans les vaisseaux de différents animaux, ne lui ont jamais paru provoquer d’accidents septiques. Mais la scène changeait dès qu’on ajoutait dans les matières injectées 2 à 5 centigr.
(1) Recherches clin, et expér. sur les maladies infectieuses. Paris, 187 “2.
(2) Comptes-rendus de l’Ac. des sc. du 30 nov. 1874.
(3) Lewis et Cunningham cités in Journal d’anat. et de phys. Mai. 1873, p. 327.
(4) Zuelzer. Ueber putride intoxication, 47e réunion des Naturalistes Médecins allemandsàBreslau. Berlin, kiinisch. Wochen., 1874, n° 49,
de sulfate neutre d’atropine. La période d’incubation durait toujours de 9 à 12 jours. La même année, i\L Riemschneider (1) déduisait de ses observations la même conséquence, et confirmait ainsi la similitude de l’atropine et de la sepsine. La doctrine bactéridienne de la septicémie venait pourtant de recevoir un nouvel appui par les expériences de M. Vulpian (2) ; ayant injecté à un lapin 2 gouttes du sang d’un homme mort de gangrène pulmonaire, l’animal mourut au bout de 20 heures. On trouva dans ses vaisseaux de nombreuses Bactéries. Le liquide extrait de ceux-ci. injecté à d’autres lapins, amena la mort en 24 heures, et on observa dans leur sang Ips mêmes parasites.
Pour M. H. Henrot(3). les Bactéries pénètrent par la muqueuse pulmonaire et n’agissent qu’au contact d’un sang rendu phlogogène par le pus. Il y a donc nécessité de deux causes productrices. A l’appui de son opinion, l’auteur cite l’expérience suivante : on injecte dans la jugulaire de deux lapins un mélange d’eau distillée et de pus, afin de rendre le sang seulement phlogogène ; à deux autres, injections de corail pulvérisé en suspension dans de l’eau. Un des premiers lapins et un des seconds, placés dans un air pur, résistent parfaitement ; les deux autres sont soumis aux émanations de pièces anatomiques putréfiées. Celui qui a reçu l’injection de pus meurt après trois jours; le second vivait encore au bout d’un mois.
(1) Dissert, inuug. Dorpat, 1874. Centralblatt t'ür (Ihirurg., n° 39, 18740 (“2) Sur la septicémie. Gazette méd., 1873.
(3) Théorie et traitement do certaines formes d’infection purulente et septicémie. Reims, 1874.
M. Gavafy (1) admet la présence de Bactéries dans les liquides septiques, mais ne les regarde pas comme cause efficiente des thromboses consécutives aux inoculations. D’après MM. Moritz Traube et Gschleiden(2), les organismes vivants, auxquels on injecte du sang tenant en suspension une grande quantité de Bactéries de la putréfaction, n’en ressentent aucun dommage durable. Au bout de 24 heures, le sang artériel provenant d’un lapin à qui on injecte 1 centimètre cube et demi de liquide contenant des Bactéries, peut être conservé (en le préservant des germes extérieurs), pendant plusieurs mois, sans présenter de traces de putréfaction : donc les Bactéries sont mortes dans l’organisme vivant. Cependant, au delà d’une certaine mesure, le sang vivant devient impuissant à résister. Ces résultats paraissent difficiles à concilier avec ceux que M. Feltz(3) a exposés à la suite de nouvelles recherches sur le principe toxique du sang putréfié ; l'air comprimé passant à travers un liquide septique n’influe ni sur la qualité toxique, ni sur les infiniment petits, il y a simplement diminution dans les mouvements des vibrioniens; dans le vide le pouvoir toxique s’amoindrit; les Coccobactéries, les Bactéries s’immobilisent; les Vibrions, les Spirilles perdent leur agilité, mais les infiniment petits ne meurent pas. MM. W. Moxon et J. -F. Goodhart (4) ont reconnu laprésence des Bactéries dans le sang et les tissus inflammatoires des septicémiques. Pour M. Virchow (5) aussi, l’élément actifest uneBactérie qui, injectée avec ou
(1) Saint-George’s Hospital Reports, VII, 1872-7-4, p. 17.
(2) Berlin, klin. Wochen., 1874, 14 septembre.
(3) Comptes-rendus de l’Ac. des Sc., 1er mars 1875.
(4) Guy’s Hospital Reports, 1875, 3e série, vol. X, p. 229.
(5) Archiv. i'ür pathologisehe Anatomie. Année 1867, Bd. 70, p. 546.
sans liquide putride, amène la mort par intoxication septique.
M. Livon (1;, comme M, Zuelzer, n’a observé aucun symptôme d’infection putride à la suite d'injections de ces micro- organismes dans le sang.
En présence d’une telle divergence d’opinions appuyées chacune sur des autorités scientifiques, nous ne nous croyons pas en droit d’adopter une conclusion définitive. Cependant les observations de MM. Coze et Feltz, ainsi que celles qui les confirment, nous portent à considérer la présence constante des Bactéries dans le sang putréfié comme une grande probabilité en faveur de la genèse parasitaire de la septicémie.
Il est une variété de septicémie qui présente avec celle dont nous venons de parler les liens les plus étroits, c’est la septicémie puerpérale. Aussi toutes les recherches précédentes avec leurs conséquences lui sont applicables et nous expliquent sa nature. Cette manière de voir nous semble justifiée par les travaux de M. Orth,de Bonn (2), d’après lequel la lymphe et le sang présentent des Micrococcus en nombre considérable. M. Klebs (3) a constaté la présence des mêmes parasites clans l’infection putride consécutive aux blessures de guerre. Comme les auteurs précédents, M. Birsch-Hirschfeld (4) reconnaît dans les liquides de la septicémie la présence de Micrococcus et n’admet pas d’autre parasite.
Charbon. — Une maladie dans laquelle l’influence des
(O Société de Biol., 28 juillet 1877.
(2) Recherches sur la fièvre puerpérale in Archiv fur path. Anat. unA Phys., 1873.
(3) Sur l’Anat. path. des blessures par armes de guerre, 1872.
(4) Recherches sur la pyohémie in Archiv der Heilkunde, 1873.
Magnin 10
organismes inférieurs a été surtout recherchée est l’affection charbonneuse.
Nous examinerons successivement les résultats fournis par la pathologie expérimentale et par la clinique, et nous terminerons par une appréciation générale sur la nature du charbon.
Quoique ce processus ait été connu et étudié depuis la plus haute antiquité, qu’il ait été décrit par Ghabert (1782), Gilbert (1795), Fromage de Feugré, Gohier,, Yerheyen, Heusinger, Fuchs, Brauell, Pollender, Raimbert, Bourgeois, on n’en connut pas pendant longtemps la nature parasitaire. Notons cependant que Fuchs, Brauell, Pollender, Delafond avaient remarqué des corpuscules dans le sang des animaux charbonneux. Le professeur Delafond fit, il y a une vingtaine d'années, sur les bâtonnets du sang de rate, des recherches (1) qu’il communiqua à la Société centrale de médecine vétérinaire (séance du 10 mai 1860). M. Davaine, qui avait observé dès 1850, avec Rayer, du sang charbonneux, avait remarqué la présence des bâtonnets, mais sans en tirer aucune conséquence. Après le travail de M. Pasteur en 1861, il reprit ses recherches (2), et les résultats qu’il obtint furent communiqués à l’Académie des sciences le 27 juillet et le 10 août 1863, puis le 22 août 1864. Ses expériences établissaient que le sang des animaux malades contenait des éléments figurés, et qu’injecté à un animal sain il le tuait en reproduisant les mêmes symptômes. Il restait un pas à faire, c’était de prouver qu’aux Bactéries seules était dévolu le pouvoir infectieux, même dans les cas en-
(1) Kec. de Méd. vét., année 1860, p. 726.
(2) Journal des vét. du Midi, 1863, pp. -404 et 476
démiques. Malgré les travaux de M. Signol (1864) corroborant ses découvertes, M. Davaine n’en devait pas moins trouver des contradicteurs. MM. Leplat et J aillard (1) firent connaître le résultat de leurs expériences, d’après lesquelles les Bactéries ne seraient pas la cause du sang de rate. En 1869, MM. Bouley et Sanson, et en 1870, M. Baillet étudient la nature de la maladie connue sous le nom de mai de montagne.
M. Klebs (2), en Suisse, ayant fait avec M. Tiegel,de l’Institut pathologique de Berne, des inoculations négatives avec du sang charbonneux filtré, démontrait ainsi que le charbon était bien dû aux particules solides, mais il ne pouvait, comme il le fit, affirmer que les Bactéries seules étaient douées du pouvoir virulent, car il enlevait en même temps tous les autres éléments solides (fibrine, globules), et pouvait ainsi éliminer les granulations d’un virus charbonneux autre que les Bactéries. Du reste, M. Klebs ne croit pas que la Bactérie amène la mort par asphyxie. Cette manière de voir est encore soutenue par M. Becklinghausen et Waldeyer, d’après lesquels la mort surviendrait par embolie; pour Burdon-Sanderson, au contraire, il n’y en a pas.
Les observations recueillies jusqu’alors et les expériences démontraient que le sang charbonneux transmettait le charbon. M. Davaine avait dit que la Bactérie était la condition sine quel non du développement des maladies charbonneuses, mais il avait contre lui les expériences de MM. Leplat et Jaillard. En outre, comme il injectait en même temps d’autres corpuscules figurés, il
(1) C. R. Ac. des Sc., 1864, t. L1X, p. 250 ; 1865, t. LXI, p. 298, 236.
(2) Voy.Rec. de Méd. vét., 15 nov. 1877.
était difficile de prouver qu’ils n'étaient pour rien dans la production du charbon; enfin, cette théorie ne pouvait expliquer certaines endémies (pâturages de l’Auvergne). On pouvait bien dire, comme Burdon-Sanderson, que l’élément virulent peut exister sousdeux formes, une fugitive (Bactéridie), une permanente, inconnue; il s’agissait de le démontrer; c’est ce que fit M. Koch (1). Ayant pris des Bactéries, il les cultiva dans 1 urine, l’humeur aqueuse de l’œil du cheval et remarqua qu’elles subissaient un certain allongement, puis présentaient des points de condensation brillants qui devenaient libres; injectés dans le sang des moutons, des lapins, ces corpuscules produisaient la mort avec les symptômes du charbon, et le sang des animaux présentait de nombreuses Bactéries. L’apparition des spores dans le liquide bactéridien cultivé se fait en vingt-quatre heures à 35°, en trois jours à 18° ; au-dessus de 45° et au-dessous de 12°, elle n’est plus possible. Une fois produites, ces spores résistent à la putréfaction, à la dessiccation, aux alternatives d’humidité et de sécheresse pendant plusieurs années. Au contraire, la forme adulte du Bucillus anthracis meurt sous l’influence de la putréfaction, des oscillations de température. Il n’a pas paru se développer chez le chien, le chat, les animaux à sang-froid et les oiseaux. L’immunité dont jouissent ces derniers vient d’être l’objet d’une étude de MM. Pasteur, Joubert et Ghamberlan (2); croyant qu’elle pouvait être attribuée à leur température incompatible avec la vie des Bactéries, ils ont refroidi un Gallinacé et ont pu constater qu’il avait perdu cette immunité. De plus, en plaçant l’ani-
(1) Beitræge zur Biologie rier Pflanzen, II Bd. Breslau, 187(5.
(2) C. rendus de l’Ac. des sc., 9 juillet 1878.
mal infecté dans une étuve à 30°, ils ont vu la température revenir rapidement à la normale et la maladie charbonneuse rétrocéder.
Les travaux de Koch ajoutent donc un élément de plus aux probabilités en faveur de la théorie parasitaire ; ils nous montrentl’existence d’un organisme qu'on pourrait invoquer comme la cause des épizooties spontanées.
Tous ces résultats, M. F. Gohn (de Breslau) les a obtenus en répétant les expériences de son compatriote.
En France, M. Toussaint commençait, le 21 mars 1875, sur des lapins, une série d’inoculations heureuses avec le sang provenant de la rate et d’une tumeur abdominale d’un mouton mort du sang de rate. Ces débris avaient été envoyés à M. Chauveau par M. Joly, vétérinaire à Gien. Ayant conservé du sang à l’air, M. Toussaint remarqua, comme l’avait dit M. Davaine, comme l’observait M. Koch, que la putréfaction tue la Bactérie; enfermée en vase clos, elle succombe dès que manque l’oxygène, ce qui arrive d’autant plus rapidement que la température est plus élevée.
C’est à propos de la présentation de ces résultats à l’Académie des sciences (1), que M. Colin vint émettre l’opinion que le charbon n’est pas dû à la Bactérie, mais à un virus spécial; si le sang filtré n'agit pas, c’est que le filtre retient en meme temps les Bactéries et le virus.
M. Pasteur, dans sa lettre du 18 août 1877, répond qu’un virus serait impuissant à résister aux nombreuses cultures subies par le liquide de ses expériences, et que la bactérie seule subsistant, il était bien logique de lui attribuer le pouvoir infectieux que possède le liquide de la dernière culture.
(1) Séance du 13 août 1877»
M. Paul Bert (1) avait cru d’abord, comme M. Colin, à l’existence d’un agent virulent autre que la Bactérie. En effet, après avoir traité du sang charbonneux par l’air comprimé et l’alcool qui tuent les Bactéries, il avait pu transmettre le charbon. Mais revenant sur cette première idée, il se rangeait à l'avis de MM. Pasteur et Joubert, le 30 juillet de la même année, reconnaissant que la persistance de la virulence est due aux spores (corpuscules germes) qui résistent à toutes les causes de destruction.
Tout récemment, enfin, M. Toussaint (21, étudiant le le mécanisme suivant lequel les Bactéries amènent la mort chez le lapin, le cheval, le mouton, conclut qu’il y a asphyxie de cause mécanique : embolie des capillaires pulmonaires.
L’action phlogogène du vibrionien est parfois telle, qu’outre l’embolie il y a rupture des capillaires et même, des lésions plus graves.
« La matière phlogogène est plus active, suivant ies sujets d’où proviennent les Bactéries. Les animaux que j’ai étudiés peuvent se ranger dans l’ordre suivant ; lapin, cobaye, mouton, âne, cheval, chien. »
Quant au porc, il est complètement réfractaire.
En dernier lieu, M. Toussaint (3) a présenté, par l’entremise de M. Bouley, une note sur une maladie à forme charbonneuse causée par un Vibrion aérobie. Cette affection était déjà reconnue comme contagieuse, mais
(t) Séance Acad, des sc. 21 mai 1877.
('2) Acad, des sc., 1er et 15 avril 1878.
(3) Compt. Rendus Acad, sc., 9 juillet 1878.
on ignorait la nature de l’agent de contagion. M. Toussaint a trouvé qu’elle était causée par un vibrion différant, par certains caractères, de la Bactéridie ; il a cultivé ce microbe et l’a vu se reproduire sous le microscope dans un appareil imaginé par M. Banvier. La maladie s’est transmise entre lapins d’un même clapier, sans inoculation.
En prenant les excréments réduits en poudre d’un animal infecté et eu les semant sur les aliments destinés à un animal bien portant, ce dernier a contracté la maladie par les voies digestives.
Pustule maligne sans Bactéridie. — A côté des faits si nombreux de charbon dans lesquels la présence de la Bactéridie a été constatée, il convient de citer ceux où l’on n’a pu la découvrir. Des observateurs autorisés, tels que MM. Toussaint, Maunoury et Salmon qui les ont signalés, les ont donnés comme signe d’un pronostic favorable. On en a observé récemment un exemple très-net, dont voici le résumé (1) :
Le 15 juin 1876, entrait aTHotel-Dieu de Lyon, service de M. Fochier, le nommé Donin Louis, tanneur, âgé de 40 ans. Dans la matinée du 13 juin, il avait remarqué trois grosses mouches s'acharnant sur les peaux qu’il travaillait ; une d’elles le piqua au visage. Ce même jour, la joue enfla; dans la nuit du 13 au 14 il s’y forma une grosse vésicule entourée d’une aréole, d’autres plus petites ; la peau étant devenue prurigineuse, Donin écorche la vésicule centrale. A son entrée, l’état général est satisfaisant; sur la joue du côté gauche on voit une
(1) Cbavanis. Présentation d’un cas de pustule maligne. Lyon méd., 31 déc. l87o.
aréole de petites vésicules entourant une escharre n’ayant pas 1 centimètre de diamètre. La périphérie est envahie par un œdème dur, tremblotant, s’étendant en bas jusqu’à l’appendice xiphoïde. Les paupières et les lèvres œdématiées s’écartent difficilement. Pour vérifier le diagnostic, M. Toussaint a inoculé à un premier lapin les débris de la pustule, à un deuxième du sang, à un troisième de la sérosité. Le résultat de ces trois inoculations a été complètement négatif. L’examen microscopique fait par MM. Gharpy et Colrat n’avait décelé la présence d’aucun vibrionien. Le 16 juillet le malade est sorti guéri. Ajoutons que l’interne du service, s’étant piqué avec la seringue employée pour faire des injections d’acide phénique au 2 0/0, n’a éprouvé aucun accident.
M. Darreau (1), vétérinaire à Gourtalain, attribue à la mauvaise alimentation, cette variété de charbon, sans Bactéridies, lorsqu’elle survient chez un animal ; il en a signalé une épidémie dans une ferme où le fourrage était de mauvaise qualité ; le charbon serait alors dû, suivant lui, à un appauvrissement du sang. M . Decroix (2) vétérinaire de l’armée a examiné au microscope le sangdo la jugulaire et les tumeurs charbonneuses des chevaux soumis à son observation; il n’y a jamais trouvé de Bactéridies. Les chevaux ont guéri.
Ces résultats expérimentaux et cliniques ont permis à M. Bouley (3) d’établir l’unité de la maladie charbonneuse, contrairement à l’opinion de M. le professeur Bouillaud, qui renouvelait l’hypothèse de la multiplicité des affections charbonneuses.
(1) Rec. de Méd. vél., 30 août 1867.
(“2) Lettre au Rec. de Méd. vét., to août 1877, p. 821.
(3) Rec. de Méd. vét., 18 mai 1877.
En effet, nous voyons partout la même Bactéridie produire les mêmes désordres. Dans les cas fort rares et généralement heureux où le charbon n’a pas paru d’origine bactéridienne, on peut dire avecM. Pasteur (1): lorsque le parasite n’a pas été aperçu c’est qu'on n’a probablement pas employé d’assez forts grossissements. Du reste l’action phlogogène de la Bactéridie mise en lumière par les expériences de M. Toussaint est encore nécessaire pour expliquer la production des tumeurs charbonneuses. M. Davaine invoquant l’immobilité du Bacillus anthracis admet que toute tumeur résulte d’une inoculation locale. On a fait observer que les agents virulents de la variole et de la rouseole, tout en étant immobiles, produisent néanmoins des manifestations locales ; en second lieu le charbon du cheval s’accompagne souvent de tumeurs internes dont la genèse ne relève pas évidemment d’une cause extérieure ; enfin on a montré à M. Bouley (2) des chevaux de la Plata chez qui les manifestations locales n’étaient apparues qu’après les symptômes généraux ; cette opinion était déjà défendue par Ghabert. Cependant, malgré toutes les preuves fournies tour à tour par la pathologie expérimentale et par la clinique, il reste encore un desideratum : il faudrait constater la présence des spores du Bacillus anthracis dans les terrains à épizootie charbonneuse et découvrir ses moyens de transport.
Avant d’abandonner cette question nous croyons devoir examiner l’efficacité des traitements antiseptiques. L’acide phénique étudié par Koch a été employé avec suc-
(1) Al. des sc. ; séance du 16 et 17 juillet 1877.
(2) Rec. de- Méd. vét., 15 juillet 1877.
cès (1) ; l’acide borique (2) qui atteint la Bactéridie en la privant d’oxvgène a été utilisé par M. Decroix, vétérinaire de l’armée. Cette tentative fondée sur le pouvoir anoxémique de l’acide borique, avait été inspirée par la découverte de M. Dumas. La teinture d’iode employée comme l’acide phénique en injections sous-cutanées a donné lieu à de graves accidents. A côté de ces procédés généraux basés sur l'idée d’une infection de tout l’organisme, se placent les procédés locaux destinés à détruire la Bactéridie à son point d’entrée ; ce sont : la potasse (Bourgeois d’Etampes), le sublimé (médecins delaBeauce), la pâte de Canquoin, le fer rouge. Ces deux catégories de moyens employés tantôt isolément, tantôt simultanément, montrent que la préoccupation des cliniciens a toujours eu pour but ladestruction d’un organisme infectieux.
Variole. — Les partisans de la nature parasitaire du contagium de la variole peuvent se diviser en deux groupes : 1° ceux qui, avec MM. Coze et Feltz attribuent la virulence à des Bactéries; 2° ceux qui avec MM. Luginbiihl, Weigertla mettent sur le compte des Micrococcus. MM. Coze et Feltz (3) ont découvert en effet des Bactéries dans le sang des varioleux; de plus ce sang injecté dans les veines d’un lapin lui donne une maladie mortelle que ces observateurs rapportent à la variole; mais M. Chauveau a montré que l’affection à laquelle succombaient les sujets de l'expérience, n’était pas et ne pou-
•1) Lyon médic., 31 déc. 1876.
("2) Rec. de Méd. vét., 15 août 1877. p. 821.
( Loc. cit.
va it pas être la variole. Du reste, autre objection, on ne trouve pas de Bactéries chez tous les varioleux. Quoi qu’il en soit, MM. Coze et Feltz et M. Baudouin (t) affirment qu’il y a dans le sang variolique de nombreux bâtonnets dont l’aspect rappelle le Baoterium Bacillus , et le Bacterium Termo de Millier. Ces éléments ne ressemblent en rien à ceux qu’on retrouve dans les autres infections et, inoculés, posséderaient le pouvoir de repro duire la variole.
Quant aux Micrococcus de la variole , ils ont été étudiés par MM. Luginbühl, Weigert, Hallier, Cohn; de ces micro organismes possèdent les caractères de toutes les Bactéries sphériques et se trouvent dans les boutons varioleux, le réseau de Malpighi, le foie, la rate, le, s reins, les ganglions lymphatiques. On ne peut insister que sur le fait de la concomitance de la variole et de la présence des Micrococcus, puisque l’expérimentation ne peut donner de résultat pour cette affection dont l’évolution complète ne se fait que chez l’homme. On retrouve dans la lymphe vaccinale des Micrococcus analogues, à tous les points de vue, à ceux de la variole; Cohn les considère tous les deux, non pas comme des espèces distinctes, mais comme deux races de la même espèce, le Micro » coccus vaccinæ.
Scarlatine. ~ MM. Coze et Feltz ont trouvé dans le sang des scarlatineux, vivants ou morts depuis peu, des bâtonnets ainsi que des points mobiles; ce sang injecté dans le tissu cellulaire des lapins a quelquefois amené
(I) Thèse de Strasbourg, 1870. Etat du sang dans la variole.
la mort. Le sang des animaux soumis à l’expérimentation présente les mêmes Bactéries que le sang humain scarlatineux; elles ont seulement un peu plus d’ampliation et d’allongement; quant aux points mobiles ils paraissent correspondre aux Micrococcus de la scarlatine décrits par Hallier.
Rougeole. — L’examen du sang morbilleux a montré aux mêmes expérimentateurs des Bactéries d’une finesse extrême et d’une grande mobilité. L’inoculation de ce sang n’a pas pu produire la mort chez les lapins ; cependant ces animaux ont été malades pendant deux ou trois jours et ont présenté dans leur sang des bâtonnets trèsminces et très-mobiles. Dans la période d’invasion le mucus nasal contient déjà de petits éléments bactériformes.
Diphthérie. Tous les travaux entrepris depuis Tigri (1) par Trendelenburg (2), Œrtel, (3), Letzerich (4), Tommasi, Hueter, au point de vue parasitaire ont attribué la diphthérie à la présence d’un Micrococcus. Un cependant fait exception; c’est Ecberth, de Zurich, qui dans un travail publié en 1872, regarde les Bactéries, comme l’agent de la contagion diphtéritique.
D’après de nouvelles recherches, parues en 1873, le pus de la pyohémie, de la péritonite, purulente, inoculé, produit la diphthérie par ce fait seul qu’il contient des Bactéries.
(I) Ac. de Méd., 1867.
(*2) Archiv fürklinish. Chirurg., 1869.
(3) Virchow’s Archiv, 1869.
(4) Centralblatt d. Med. Wissensch., 1868.
M. Laboulbène avait bien déjà signalé dans les affections pseudo- membraneuses des Bacterium accompagnés de vibrioniens et de Micrococcus. Des recherches eri collaboration avec M. Ch. Robin avaient abouti au même résultat, mais ces savants n’admettent pas une relation de cause à effet entre les micro-organismes observés et la diphthérie. PourM. Duchamp, d’après les expériences citées dans sa thèse inaugurale (1875), il y a dans les fausses membranes, des Bactéries, des Vibrions et des granulations.
Pris isolément ces micro-organismes paraissent posséder une action très-nocive, mais leur inoculation ne reproduit pas la diphthérie; la démonstration de la liaison entre le Micrococcus et la diphthérie n’est donc pas encore établie par ces dernières expériences.
Fièvre typhoïde. — M. Tigri (1) trouva le premier des Bactéries dans le sang d’un homme mort de fièvre typhoïde. Ces organismes furent également trouvés par MM. Signol (2) (1863), Mégnin (1866) dans le sang des chevaux atteints d'une affection appelée, par les vétérinaires, Fièvre typhoïde. Ce sang inoculé à des lapins amena la mort et les mêmes altérations dans le sang. MM. Coze et Feltz (1 866) ayant injecté à des lapins du sang typhique ont produit des accidents qu'ils donnent comme analogues et comme accompagnés des mêmes localisations pathologiques sur les glandes de Peyer. Le sang d’un lapin injecté permet comme dans la variole et la scarlatine de pratiquer sur un second sujet une inoculation positive.
(1) C. rend. de l’Ac. des sc., 12 oct. 1864.
(2) C. rend, de l’Ac. des sc., 10 août 1863.
L’espèce de Bactérie qu’on trouve dans ce cas, rappelle le Bacterium Catenula , mais ses dimensions en longueur et en largeur seraient moindres.
Morve et Farcin. — La notion universelle du pouvoir contagieux dévolu au liquide provenant d’un animal morveux, avait fait supposer a priori l’existence d’un élément de contagion spécial. La première indication fut donnée par Christot et Kiener (1868). Ces expérimentateurs venaient de découvrir dans les productions morveuses et les glandes vasculaires sanguines des animaux atteints de la morve, des Bactéries de 2 sortes : 1° des bâtonnets animés tantôt d’un mouvement de vibration sur place, et tantôt d’un mouvement de translation rectiligne ou curviligne ; 2° des granulations sphériques de diamètre variable, homogènes, animées d’un mouvement giratoire rapide et d’un mouvement de translation suivant des courbes variées; ces derniers sont certainement des Micrococcus. M. Chauveau, dans une expérience destinée à démontrer que les éléments figurés sont seuls actifs, prend 10 gr. de pus de l’abcès pulmonaire d’un cheval atteint de movre aigue; les éléments virulents sont si nombreux, que l’eau devient opalescente. Ce pus, lavé 4 ou 5 fois dans 500 gr. d’eau distillée, est recueilli, séché, puis inoculé, et l’animal soumis à l’inoculation, périt de la morve. Un autre, au contraire, auquel on injecte le liquide filtré, ne présente rien d’anormal. Les éléments figurés sont donc seuls actifs. Mais dans la morve comme dans le charbon, la contagion n’est pas toujours démontrée ; il est des cas où la spontanéité paraît incon-
testable: cas de M. Boulay d’Avesnes (1), 3 cas cités dans le Recueil de médecine vétérinaire du 15 juin 1877.
Enfin, cette opinion vient d’être récemment soutenue par M. Delamotte, d’accord en cela avec MM. Tabourin (2), Bonnaud et Chénier (3). On pourrait peut-être voir dans ces cas l’action d’un corpuscule germe jouant à l’égard de la Bactérie morveuse le même rôle que le corpuscule germe du charbon à l’égard du Bacillus anthracis. C’est une hypothèse qu’aucune recherche n’a jusqu’ici confirmée. Comme preuve de l’analogie fonctionnelle qui pourrait exister entre les Bactéries de la morve et du charbon, nous rappellerons que M. Bédoin ayant mélangé du borax en poudre (2 grammes) avec du sang de cheval morveux a vu, au bout de sept heures, les Bactéries complètement immobiles. Ces résultats sont conformes à ceux que M. Üecroix, vétérinaire de i’armée, a obtenu en traitant par l’acide borique des chevaux atteints du charbon.
Endocardite ulcéreuse. — Dans cette affection, il est bien démontré aujourd'hui que les parois cardiaques et surtout les valvules se trouvent couvertes de masses parasitaires. Les uns pensent que la maladie est due à l’introduction de ces parasites dans l’intimité des tissus; d’autres, au contraire, comme Hiller, refusent aux Bactéries tonte relation causale avec les lésions de l’endocardite ulcéreuse. Gerber et Birsch-flirschfeld viennent de produire une observation qui est une réfutation com
(1) Rec. de Méd. vét., 15 avril 1878, p. 349.
O Rec. de Méd. vét., 15oct. 1877, p. 1031.
(3) Rec. de Méd. vét., nos du 15 janvier, 30 mars, 15 juin, 30 juin, 15 juillet, 30 juillet 1877 .
plète des idées émises par Hiller; en effet, à l’autopsie, ils ont trouvé des foyers hémorrhagiques disséminés dans divers organes et qui contenaient pour la plupart des corpuscules particuliers appartenant à la classe des Bactéries (1).
Typhus à rechutes. — En 1868, Otto Obermeier décou vrit dans le sang des malades atteints de fehris recurrens des Bactériens appelés par Gohn, Spirochæte Obermeieri (voy. p. 77); ces organismes no s’y rencontrent que pendant la période fébrile; entre les accès, ils disparaissent, mais souvent on les constate de nouveau quelques heures avant le nouvel accès. On ne les trouve plus dès que la convalescence survient. Heidenreich, Weigert, Birsch-Hirschfeld, Gohn, ont confirmé ces observations (2).
Fièvre intermittente. — Dans toutes les analyses d’air faites au milieu des terrains à fièvre, on a trouvé de nombreux organismes inférieurs; je renvoie à un travail antérieur pour plus de renseignements (3), et je me borne à signaler les observations de M. L. Griffmi, qui a trouvé dans la rosée des lieux à fièvre des Vibrio Bacillus, Lineola , Bacterium Ter/no, Catenula , des Bactéridies, etc. (4).
(I) (Jeber einen Fait von Endocarditis ulcerosa und das Vorkommen von Bakterien in dieser Krankheit. in Arch. der Heilk., 4877, t. XVII,
C“2) Gohn. Beilræge. . . 1876. Bd. 2. — Heidenreich. Ueber die Schraubenb icterie der Rüchfa ilstyphus in Petersb. rned. Wochensch., 1876.
(3) Ant. Magnin. Rech géol., bot. et stat. sur l’impaludisme dans ]es Bombes, et le miasme paludéen. Paris, 4876.
(4) Arch. trien. del labar di botan. crittog. di Pavia. Milan, 1876.
§ 4. Du rôle des Bactéries dans les lésions chirurgicales.
Existence des liactéries dans les liquides sécrétés par les lésions chirurgicales . Depuis le jour où la thérapeutique est entrée dans une voie véritablement scientifique, l’étude des liquides sécrétés au niveau des tissus divisés a pris une grande place dans les observations et les recherches des chirurgiens. Petit à petit, la discussion des méthodes opératoires est descendue au second plan, si bien qu'aujourd’hui, soit dans la presse, soit dans les sociétés, on s’inquiète fort peu en réalité des procédés ou de la forme des lambeaux, mais on se passionne pour toutes les questions qui de loin ou de près touchent à la physiologie pathologique des solutions de continuité. Il y a trente ans, c'est à la chimie qu’on demandait l’explication des phénomènes complexes qui favorisent ou entravent la cicatrisation des plaies, aujourd'hui c’est surtout au microscope, ou plutôt c’est à cette partie de la chimie qui est le plus particulièrement redevable au microscope des progrès qu’elle a accomplis, c’est-à-dire à la science des ferments, à la chimie zymotique. Montrer par quels travaux s’est accusée cette tendance, à quelles constatations ils ont abouti, quels progrès ont été réalisés, tel est le but que nous nous proposons dans ce paragraphe.
Des Bactéries dans les liquides exposés à l'air. — 11 suffit pour se rendre compte de l’importance des Bactéries au point de vue chirurgical, de prendre une goutte de pus au contact d’une plaie et de la porter sous le microscope, dans la majorité des cas on y constatera la présence de
Magnin 1 1
Bactéries. Et véritablement, si l’on se reporte à ce que nous avons dit plus haut, il n’y a rien là qui doive étonner, puisque nous connaissons la facilité avec laquelle ces végétaux se développent dans tous les liquides de l’organisme, et la résistance qu'ils offrent aux agents qui ne sont pas de puissants modificateurs. Cependant tous les pus ne sont pas également propices au développement de ces parasites; il est facile de remarquer que ces derniers sont plus abondants dans les pus de mauvaise nature, dans ceux qui sentent mauvais et commencent à exhaler l’odeur de l’acide butyrique; on a également plus de chance d’en rencontrer dans le pus qui a séjourné longtemps au contact des plaies anfractueuses, mais tout en constatant ces différences, il nous faut bien avouer qu’elles n’ont rien d absolument fixe, et surtout qu'elles ne sont pas en rapport constant avec les conditions qui président à la genèse de la putridité.
Il est certain d’ailleurs que le milieu dans lequel est tenu le malade, la qualité de l’air dans lequel est baignée la plaie, sont des conditions dont il faut tenir compte. Et c’est là une conséquence de ce que nous avons exposé relativement à l’existence des germes dans l’air; par exemple lorsqu’on soumet à la macération dans de l’eau distillée, des poussières recueillies dans un hôpital d’une part, et d’autre part des poussières provenant d’un milieu tout différent, prises à la campagne par exemple, les premières donnent fieu bien plus rapidement à la production de Micrncoccus, etc., en bien plus grand nombre (L. Juliien). Or, il est évident que ce résultat est exactement applicable au sujet qui nous occupe, puisqu’en définitive le pus des plaies exposées à l’air peut être assimilé dans une certaine mesure à des infusions de pous-
sières.
Quant aux éléments qu’on y rencontre ils sont également variables; le plus souvent les Cocco-bactéries se présentent sous forme de chaînettes (Strepto-bactéries); ils ne sont que rarement animés de mouvement.
C’est au bout de seize à vingt-quatre heures que l’on peut surprendre l’apparition des Bactéries à la surface des plaies; on sait, en effet, que dans les premières heures qui suivent la division des tissus, le seul exsudât qui se fasse jour n’est pas du pus, mais une sérosité d’un jaune rosé; dans ce liquide inflammatoire, au sem duquel se trouvent toujours une assez grande quantité de globules sanguins, les parasites n’apparaissent pas immédiatement; mais, ainsi que je l’ai dit, au bout d'un ou deux jours se montrent les Microeoccos, les Bactéries en chaînette des variétés petite ou moyenne; il semble donc, comme le fait remarquer avec raison G. Nepveu, auquel nous devons un beau travail sur le rôle des organismes inférieurs dans les lésions chirurgicales (1), que cette première sécrétion des plaies soit tout à fait propice au développement des Bactéries (Coccos et strepto-coccos) et peut être pourrait-on tirer de ce fait un argument à l’appui de leur formation et de leur existence dans le sang. — Plus tard avec la suppuration franche se multiplient encore les organismes inférieurs ; toutefois il est à noter qu’ils restent toujours peu abondants à la surface des plaies de bonne nature. Vient-on à. recueillir ce pus et à le conserver à l’air libre pendant quelque temps, on peut suivre le développement croissant des germes. Une remarque qui a bien son importance et qui est due à M. le Dr 1VJ ollière (de Lyon), c’est que les phénomènes de la putridité sont de beaucoup hâtés par la présence
(1) Gaz. médicale de Paris, 187a.
du sang dans le liquide purulent. Une certaine quantité de pus provenant d’un abcès profond vidé par l’aspiration et sans mélange avec le sang, fut exposée à l'air pendant 15 jours, sans qu’au bout de ce temps aucune mauvaise odeur se fût développée.
Des Bactéries dans les collections purulentes, non exposées à l'air. — En 1875, dans sa séance du 26 février, le Dr Albert Bergeron communiqua à l’Académie des sciences, le résultat d’observations nombreuses, faites dans le service du professeur Gosselin, pour rechercher si le pus des abcès contenait des Bactéries. Voici les conclusions de son mémoire :
« Ie. Les vibrions se rencontrent dans le pus des abcès, sans que l’organisme en soit toujours profondément affecté, et sans que l’on puisse invoquer le contact de l’air extérieur; 2Ü on ne saurait admettre non plus que dans ces cas, les vibrions puissent pénétrer dans le foyer de l’abcès par le système lymphatique ou le système circulatoire sanguin, tous deux absolument intacts; le pus des abcès chauds, chez l'adulte, renferme souvent des vibrions; s’il en renferme chez l’enfant, le fait n’a pas été observé; 3° le pus des abcès froids chez l’adulte comme chez l’enfant n’en contient jamais ; 4° les vibrions peuvent être considérés comme indiquant un état inflammatoire sérieux et une certaine tendance à la décomposition des humeurs qui les renferme, sans exercer cependant le plus souvent une action toxique sur l’organisme; 5° l’auteur est loin de rejeter l’intervenlion possible des vibrions sur la pathogénie de l’infection purulente, et se fonde précisément sur leur absence dans le pus des abcès chauas chez ies entants pour
expliquer comment dans la plupart des cas, ceux-ci se trouvent si heureusement à l’abri de la septicémie ».
Les conclusions du mémoire de M. Bergeron furent l’objet des plus vives discussions. Selon la théorie en vigueur, en effet, il ne devrait jamais y avoir de développementde parasites sans que les germes n’en eussent été apportés par l’air; si donc l’on admettait l’exactitude de ces observations, c’en était fait de l’explication donnée par M. Pasteur. Ajoutons d’ailleurs que maintes fois, au lit du malade, le microscope avait fourni des données absolument opposées. Quelque temps avant notamment, M. Bouloumié avait formellement établi, à la suite de longues recherches, que le pus provenant d'une collection quelconque non en communication directe ou indirecte avec une plaie, ne renfermait jamais d’éléments organisés, mobiles on immobiles, pouvant être considérés comme des microzoaires ou de«> microphytes, autres que des points mobiles très-réfringents, souvent accolés deux à deux.
Nous n’oserions dire que les longues discussions dont ces communications sont devenues le point de départ, aient porté la lumière sur les graves problèmes qu’elles avaient la prétention de résoudre. Qu’il nous suffise d’avoir indiqué ces différentes manières de voir.
Des effets des Bactéries. — Il serait téméraire de vouloir porter dès aujourd’hui un verdict définitif sur le plus ou moins de nocuité des Bactéries. Au début des études qui en ont amené la constatation dans beaucoup de liquides pathologiques, on crut avoir enfin trouvé l’explication des phénomènes si obscurs qui retardent ou compliquent le travail de la réparation des plaies.
Mais que penser aujourd’hui du rôle si redoutable qu on avait tout d’abord attribué au microbe, quand on s’assure que son développement n’est point entravé par les moyens dont la clinique a le plus à se louer ? Ce sont là de difficiles problèmes, sur lesquels l'avenir fera sans doute la lumière, mais dont, je le repète, malgré la masse de travaux qu'ils suscitent chaque jour, il ne nous est pas possible de formuler pleinement aujourd'hui la solution; essayons pourtant d’exposer ce que l’expérimentation nous a appris jusqu’à présent.
A la surface d’une plaie granuleuse, n’offrant à l’absorption aucun orifice vasculaire ou lymphatique, il est permis de croire que le microbe ne constitue qu’un danger très-aléatoire. Qu'il se multiplie dans une mesure plus ou moins considérable, il absorbera une plus ou moins grande quantité d’oxygène, et donnera peutêtre naissance par suite de décomposition chimique à un virus, à la surface de la plaie, laquelle du reste, n’en parviendra pas moins à la cicatrisation. Mais qu’une solution de continuité vienne à dissocier l'épaisse couche des bourgeons charnus, que par les mouvements spontanés du malade, par ceux qu’on lui imprime pendant les pansements, les pressions, les manipulations auxquelles il était naguère d usage de les soumettre, une déchirure soit produite, l’agent infectieux pourra pénétrer tant dans le courant sanguin que dans les lymphatiques et la porte sera ainsi ouverte aux complications soit locales, soit générales.
Gomme complication locale, nous devons citer surtout l'abcès de voisinage. Si l’on discute encore sur la présence des Bactéries dans le pus des abcès spontanés, développés au sein des tissus, tous les obser-
vateurs sont d’accord en ce qui concerne les collections purulentes secondaires. M. Bouloumié nous a appris que dans le pus provenant d’abcès développés dans les parties voisines d’une plaie, quelles que fussent son étendue et sa profondeur, on pouvait constater, au moment même où il était extrait, toutesles formes et variétés de micro -organismes trouvées dans le pus de la plaie, ou quelques-unes seulement, suivant que l’abcès s’était développé dans les parties en continuité ou en contiguité de tissus avec la plaie. Il n’y a donc pas de doute qii’il ne s’agisse dans ce cas de l’absorption de ces éléments, ou tout au moins de leur cheminement dans les canaux, soit veineux, soit lymphatiques. L’influence phlogogène des micro-organismes jetés ainsi au milieu des tissus sains, même de ceux qui s’enflamment le plus difficilement, est facile à démontrer. Voici sur ce point une série d’expériences inédites que nous a communiquées notre ami, le Dr Louis Jullien.
Expérience I. — Ayant recueilli de la poussière dans les salles de la clinique chirurgicale à Lyon, je la mis dans un flacon avec de l’eau distillée. Au bout de quelques jours j’avais ainsi donné lieu au développement de micro-organismes trèsnombreux, parmi lesquels dominaient des bactéries.
Le 20 mai 1873, j'aspire avec une seringue Pravaz, quelques gouttes de ce liquide et après avoir ponctionné le globe oculaire droit d’un lapin, j’en injecte quatre gouttes. Immédiatement après l’iris est bombé en avant, prend une teinte louche, la pupille se dilate irrégulièrement.
A la suite de cette injection, une inflammation épouvantable se déclare.
Le 2o, je note une conjonctivite intense, un peu de dépoli de la cornée dont l’épithélium a disparu en certains points. A. la face postérieure de la cornée, nuage blanchâtre occupant
toute la partie inférieure de l’ouverture pupillaire, plus opaque en certains points, paraissant être un hypopyon; iris toujours bombé en avant, tomenteux, d’un rouge violacé, pupille rétrécie.
4 juin. L’iris est toujours très-bombé en avant au point de toucher la cornée, le cristallin est également repoussé en avant.
Le 5. A l’aide d’une ponction aspiratrice, je retire du corps vitré une sorte membrane ayant la forme d’un filament blanchâtre ; l'examinant an microscope, je reconnais la présence de globules de pus, des cryptococcos et des bactéries.
Le 10. L’inflammation oculaire est calmée, mais il reste une cataracte.
Exp. IL — La même que la précédente. La seringue une fois retirée du corps vitré où quatre gouttes furent injectées, il se forme un chémosis provenant sans doute de ce qu’un peu du liquide s’est extravasé dans la couche sous-conjonctivale. Opération faite le 25 mai.
Le 29. Vive inflammation oculaire, conjonctive d’un rouge uniforme, cornée louche, d’une teinte gris-perle, iris trèsrouge, tuméfié. L’animal parait souffrir beaucoup quand on l’examine.
Le 30. Toujours beaucoup d’inflammation, l’oreille est trèschaude, la fièvre est intense.
4 juin. On constate une cataracte capsulaire, blanche, laiteuse, éclatante.
Le 5. Aspiration au moyen de la seringue de Pravaz. Une membrane blanche parait et est portée sous le microscope. On y constate des globules de pus en très-grand nombre, une trèsgrande quantité de petits corps jaunâtres très-réfringents, ressemblant à des cryptococcos, enfin un petit nombre de bactéries.
Le 10. L’inflammation est toujours considérable; il y a atrésie pupillaire. Iris très-rouge, tomenteux, pupille trèspetite, laissant voir un cristallin blanc éclatant.
Exp. III. — Pour contrôler les expériences précédentes, je
fais une injection d'eau distillée dans l’œil d’un lapin. L’injection a bien pénétré. Comme dans le cas précédent un chémosis s’est produit .
10 juin. Il n’est pas possible de distinguer l’œil dans lequel a été pratiquée l’injection. Aucune réaction d'aucune sorte, ni locale, ni générale.
La propriété phlogogène des micro-organismes étant bien démontrée, nous comprenons à merveille la pathogénie des abcès de voisinage, et nous concevons aussi la formation consécutive de nouveaux abcès à la suite des premiers; c’est là une des manifestations dérivant du processus local par lesquelles va s’affirmer l’infection purulente.
En fait de complication générale, il nous faut signaler la pénétration du microbe dans le sang et la possibilité, grâce à ce liquide, de voir transporter l’agent infectieux dans tous les organes où il ira former soit des foyers de ramollissement et de suppuration, auxquels on a donné le nom d’abcès métastatiques, soit par un mécanisme un peu différent, de véritables embolies.
Un fait bien curieux a été publié, il y a quelque temps, à l’appui de cette manière devoir; cette observation est due à Hjalmar Helberg (de Christiania). Chez une femme dont la muqueuse utérine avait été trouvée couverte en grande abondance de micro -germes, les tissus de l’œil présentaient une série de lésions que l’examen microscopique permit de rattacher à la présence des parasites. Dans les cellules de la cornée, dans les vaisseaux de la choroïde et de la rétine se voyaient de véritables bouchons contenant des Bactéries identiques aux micro-organismes trouvés dans les parties
génitales. L’auteur admet que l’inflammation oculaire avait été produite par des embolies septiques.
Je n’insisterai pas davantage sur le processus embolique, qui est étudié dans un autre chapitre de ce travail.
Pour me résumer, je dirai que, en ce qui concerne l’influence des Bactéries sur les plaies elles-mêmes, nous ne savons rien encore de positif, puisque, ainsi que je l'ai dit, on trouve ces parasites à la surface des solutions de continuité qui marchent le plus rapidement et le plus sûrement à la guérison. Mieux renseignés relativement à la généralisation du processus, et à l'infection de l’organisme par les produits formés à la surface de la plaie nous ne pouvons nous dissimuler que beaucoup de nos données frisent encore de bien près l’hypothèse et qu’il serait imprudent de les accepter encore comme invariablement assises. Selon toute probabilité nous trouverons la clé de ces obscurités quand nous saurons mieux distinguer les diverses sortes de microphytes. En effet, tandis que Billroth n’admet que deux types fondamentaux invariables, le Coccos et la Bactérie, Weigert a émis récemment des vues tout opposées très-analogues à celles que nous avons exposées à propos des Bactéries des fermentations, des Bactéries chromogènes, qui d'après MM. Pasteur et Colin constituent autant d espèces physiologiques qu'il y a de fermentations et de colorations différentes, Selon M. Weigert, il y aurait une infinité de sortes de Bactéries qui résulteraient de ce que chaque Micrococcus prend des propriétés vitales spéciales suivant le milieu où il se trouve, et par conséquent donne naissance par
suite des décompositions qu'il opère en accaparant l’oxygène, à des produits chimiques divers agissant comme virus morbides.
Influence des notions précédentes sur ta thérapeutique . — Nous venons de faire voir que pour beaucoup d’auteurs les germes sont l’origine de la plupart des complications des plaies ; il était donc naturel que l’on cherchât à prévenir leur développement. Pour arriver à ce résultat les cliniciens ont usé de moyens soit physiques, soit chimiques.
Se basant sur les idées de M. Pasteur relativement à la possibilité du filtrage et de l’épuration de l’air au moyen de l’ouate, M. Alphonse Guérin s’avisa de recouvrir les plaies d’une quantité considérable de coton, et réalisa, le fait ne saurait être contesté, un immense progrès dans la thérapeutique des grands traumatismes. Mais tandis que le chirurgien attribuait ses succès à l’absence des germes et s’efforcait d’en faire remonter tout le mérite jusqu’à M. Pasteur, les micrographes n’eurent pas de peine à constater que loin d’en être exempt le pus des plaies tenues sous bandage fourmillait de micro -organismes : c’était donc à de tout autres condilions que devait être rapporté le très-réel progrès réalisé par M. Guérin. La température constante, l’immobilité absolue, la compression continue et par conséquent l’absence de toute déchirure, le défaut absolu de bouches absorbantes à la. surface de la plaie sont vraisemblablement les circonstances heureuses auxquelles ont été dues tant de guérisons depuis
Parmi les agents chimiques auxquels on a recours, il faut citer en première ligne l’acide phénique préconisé
particulièrement par Lister. Pas plus que pour M. Guérin on ne peut contester que le fait de n’opérer que sous un nuage formé par la pulvérisation d’une solution phéniquée, et de n'appliquer sur la plaie que des matières dès longtemps soumises à l’action de l’acide phénique, n’ait augmenté dans une proportion considérable le nombre des guérisons après les grandes opérations chirurgicales ; mais cette fois encore l’interprétation faisait fausse route en cherchant dans l’éloignement de tout microbe le secret de ces belles statistiques, car dans la grande majorité des cas, Virchow ne put constater de différence appréciable entre le pus des plaies traitées selon les méthodes anciennes et celui des plaies soumises à celle de Lister. Et cependant l’infection purulente disparaît, les complications de toutes sortes diminuent singulièrement de fréquence, et la réunion par première intention est tentée et souvent obtenue maintenant pour des plaies très-étendues, alors qu’autrefois il fallait désespérer de la voir se produire même dans les cas en apparence les plus favorables ! Réjouissons-nous d’avoir à enregistrer de tels résultats, et si nuageuses que soient encore les théories actuelles sur les Bactéries, reconnaissons que les travaux de MM. Pasteur et F. Gohn ont au moins eu le mérite d’inspirer les grandes réformes dont s'enorgueillit aujourd’hui, et à si juste titre, la chirurgie opératoire.
Beaucoup d’autres substances ont été encore préconisées pour mettre obstacle au développement des germes; bornons-nous à citer le permanganate de potasse, les hyposulfites, l’eau, chlorée, la teinture d’eucalyptus, dont l’action est plus que douteuse. Notons pourtant encore la glycérine, qui, très-avide d’eau, a la propriété d’enchaî-
ner les mouvements des Bactéries en déterminant à leurs dépens une exosmose considérable.
Pour ce qui a trait à l’origine des micro-organismes, nous n’y reviendrons pas ici. Le lecteur saura se reporter à celui de nos chapitres où cette question a déjà été traitée.