SCENE VI
CHARLES, d part.
Pourvu que mon oncle n'arrive pas, c'est le moment décisif! [Haut,] Ma séance chimique est terminée, Madame. HERMINIK, dislraite.
Vous avez donc grande foi dans vos opérations ?
CHAULES.
Certainement, vous verrez bientôt des cures merveilleuses; que de personnes me devront la fin de leurs douleurs !
HERMINIE
Vous les enterrerez.
CHAULES.
Je les ferai renaître: le comte de Saint-Germain ne fait que les conserver avec son eau, je les ferai renaître avec mon élixir.
HEUMINIE.
C'est donc sérieusement que vous vous figurez qu'on peut rajeunir?
CHARLES
Très-sérieusement, Madame; on l'a cru de toute antiquité: voyez le Phénix.
HERMINIE, souriant.
Et vous vous croyez?.,.
CHARLES
Le Phénix?-non, Madame ; mais sans lui ressembler et sans vouloir être réduit en cendres, j^ai éprouvé déjà les effets de mon élixir.
HERMINIE, le regardant.
On ne s'en aperçoit pas. ^jir
CHARLES
Pas encore sur mes traits, cependant une ardeur nouvelle est en moi, les forces de mon être sont redoublées, je sens une sève généreuse comme l'arbre glacé par l'hiver près de refleurir au souffle du printemps.
HERMINIE, plus attentive.
De la poésie!
CHARLES
De la jeunesse !
HERMINIE
Quelle folie!
CHARLES
Non, Madame, ce n'est pas de la folie, et le grand-œuvre s'accomplira si vous daignez me secourir.
HERMINIE
La tête est partie!
iO LES BAISERS.
CHARLES
Je suis persuadé qu'une légère faveur de vous activerait la vertu de mon élixir.
HKRMINIE.
Une faveur?.. Quelle faveur, s'il vOfus plaît?
CHAULES.
Ne riez pas, Madame, d'après la prescription du fameux Taliamed, il faut que le baiser d'une jolie femme consolide cette seconde jeunesse.
HERMmiE.
Votre Taliamed est un impertinent!
CHARLES
J'ai bien essayé de me régénérer en dérobant ça et là quelques baisers, mais les baisers pris n'ont pas la même valeur que les baisers donnés... En vain, tout à l'heure, j'ai osé m'attaquer à Jeannette, et même à vous...
HERMINIE
Quoi... c'était... j'allais vous en parler. Savez-vous bien, monsieur Rémy, que cela passe toute mesure, votre folie devient dangereuse; c'était vous! à qui se fier!... quel abus!... Je serai obligée de quitter votre maison. {Elle va s'asseoir près de la toilette.)
CHARLES, la suivant et se plaçant derrière elle. Ah ! Madame ! n'en faites rien, laissez-vous plutôt attendrir. Tenez, depuis que mes lèvres ont effleuré vos blanches épaules, je ne suis plus le même; ou je me trompe fort ou mon rajeunissement a commencé. Regardez-moi ! (Il ôte sa perruque et ses lunettes qui tiennent ensemble et les dépose près de la toilette^ sans quHerminie s'en aperçoive.)
HSRMINIE, le regardant avec étonnement.
En efïet, vos traits n'ont plus dérides, votre teint s'est coloré, vos yeux brillent...
CHARLES, s'approchant et changeant de voix. N'est-il pas vrai. Madame?
HERMiNiE, debout et s'appuyant contre la toilette. Votre voix elle-même prend un accent...
CHARLES
Vous voyez bien, Madame, que le fameux Taliamed a raison.
HERMIISIE.
J'éprouve un étonnement... les mêmes traits avec le caractère de la jeunesse, que faut-il croire ? y a-t-il du prodigieux en ceci?
CHARLES
Je subis l'influence de votre beauté!... L'aile de la jeunesse