I.ONJUMEL, après avoir réflcclii
Sans vouloir donner ii les... crimes plus d'impor-
tance qu'ils n'en ont, je te dois pourtant la vérité. Tu t'es mis dans un mauvais cas.
LA BRIGE, IVril an ciel.
le me suis mis!!!... — Alors, c'est grave?... sérieusement?
D'autant plus grave, cher ami, que je cherche vainement dans toute cette histoire d'une limpidité de cristal, le je-ne-sais-quoi, ce petit rien du tout d'eau bourbeuse où l'astuce d'un bon avocat trouve toujours à pécher un argument de défense.
(Mouvement de La Biige.)
LONJUMEL, avec éclat.
On n'innocente pas un homme qui n'a rien fait!... ou alors c'est très difficile.
LA BRIGE
Bref?
LONJUMEL
Laisse-moi réfléchir. Je cherche.
Un temps.
Puis :
LONJUMEL
Tu es assuré ?
LA BRIGE
Certainement.
LONJLMEL
Pour beaucoup?
LA BRIGE
Pour une forte somme.
Ah. — Dis-moi.; lu parlais du bon Dieu, tout à l'heure. Est-ce que tu le connais?
LA BRIGE, étonné.
Oui et non. Je le connais pour avoir entendu parler de lui en termes plutôt élogieux; mais notre intimité ne va pas jusqu'à jouer au billard ensemble.
LONJUMEL
C'est reixrcUable.
LA liRIGR
Tions !
LONJUMEL
Oui.
LA BRIGR
Pourquoi?
LONJUMEL
Parce qu'il y a tout à atlcndro de la rn''((uenUiliun des personnes haut plac(''es... Le bon Dieu, en somme, c'est la foudre...
LA BRIGE
Eh bien?
LONJUMKL
La foudre, c'est l'incendie...
LA BRIGE
Et puis?
LOMUMEL
L'incendie, c'est l'indemnité; et l'indemnité, c'est...
LA BRIGE
C'est?
LONJCMEL
Dame!... C'est l'achat d'une seconde maison, cette
fois à l'alignement des autres, et dont le toit, en bon état, ne menace plus les purotins ni les marchands de pommes de terre.
Long silence. Les deux hommes se regardent fixement.
LONJUMEL
Pourquoi me regardes-tu?
LA BRIGE
Pour rien. — Pourquoi ris-tu?
LONJDMEL
Je ne ris pas.
Nouveau silence. Enfin :
LA BRIGE, hocliant la tète.
Sais-tu que tu en as de bonnes et que tu me donnes là un beau conseil?
LONJUMEL
Penses-tu que je te l'aurais donné, si je te croyais homme à le suivre?
LA BRIGE
Tu es un bon garçon ; je t'aime de tout mon cœur.
IDut de même, il est drôle de penser que des honnêtes gens comme nous puissent en venir, même par [ilaisanterie, à accepter l'idée de s'habiller en brigands [.uur obtenir leur juste dû, et à solliciter du crime ce ijuc le bien fondé de leur cause a inutilement imploré de rimbécillité des choses et de la mauvaise grâce des hommes.
(jonjumel lui tend l;i main.
Mais La Brigo, qui n'a pas rtuuuci; à l'espoir de fumer — enfin ! — une cigarette, vient de dépister une allumette dernière, oubliée sur un coin de meuble. Il s'en empare en hâte. Avec mille précautions, il la frotte au drap de sa culotte, à la semelle de sa bottine, aux lames du parquet, aux montants do la porte. Vains espoirs I... efforts supcrlUis.
Alors, souriant et résigné :
LA BRIGE
Et puis, vas donc mettre le feu, avec des allumettes [)areilles !
U'ii. — Paris. — Imp. Heinmerlc et C'"
KX VKNTE A LA MKME LIBRAHilK