Cérémonies du mariage
Cependant le jour des noces est fixé. La fiancée s'y est préparée. La veille elle a revêtu ses « bivwalanwa », bracelets de perles bleues spéciales, qu'elle met aux bras et aux jambes, afin de se promener une dernière fois comme jeune fille avant de passer sous l'autorité de son mari. Le jour des noces, la mère a paré sa fille; deux petites tresses pendent de chaque côté de la tête, une ligne de tresses minuscules va du front à l'arrière de l'occiput. Le reste de la chevelure est couvert d'une sorte d'empois, appelé «nkanda» . (Ce nkanda est fait avec de l'écorce fraîche de l'arbuste « musye » ; en séjournant dans l'eau, l'écorce laisse dégager une matière gluante, visqueuse, qui se précipite. On décante l'eau et au résidu l'on mêle de la poudre de bois calciné et des feuilles de l'arbre « mukumbe », pour en former une pâte; c'est le nkanda). Par intervalles, sur cette pâte noire, on saupoudre du « luloba », sorte de vermillon fait avec la graine de roucou, réduite en poudre. Voilà la parure de. la tête. 11 n'y a donc ni pendants d'oreilles, ni pendants de nez.
Le corps est couvert d'une bonne frottée d'huile. Autour des reins, la maman lui passe une étoffe à franges. Cette étoffe appelée « katandabulwa », consiste en trois bandes de 1 mètre sur 15 centimètres environ
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et cousues ensemble. La bande du milieu est couverte de « luloba » rouge, tandis que les deux autres sont couleur marron.
Dès que la fille est parée, les connaissances arrivent. Le fiancé lui-même ne tarde pas.
Revêtu de ses plus beaux atours, pagne neuf, le corps bien frotté d'huile, comme aux grandes fêtes, les cheveux tressés à neuf et largement badigeonnés d'ocre rouge, notre jeune homme s'en va, en compagnie de plusieurs parents et amis « saisir sa femme », comme l'on dit ici. 11 n'a pas été plutôt aperçu que la fiancée pousse de hauts cris, pleure, se lamente et témoigne de son immense douleur. Elle se cache dans le coin le plus obscur de la hutte, pour ne pas voir son futur, ni en être vue. Le jeune homme, lui, pénètre crânement dans la demeure, oii se sont déjà réunis le père, la mère, les tantes et cousines et annonce qu'il vient prendre sa femme.
Aussitôt le silence se fait, la fiancée essuie ses larmes factices et se résigne à entendre les conseils de ses parents.
« Ma fille, lui dit le père, voici ton futur mari, il vient te chercher et t' emmener; vis toujours en paix avec lui, ne lui dis pas trop d'injures, ne te bats pas avec lui; quand il ira en voyage, n'oublie pas sa pipe et son tabac, ni les deux baguettes à feu. Quand au retour de la chasse, il aura déposé son gibier, prépare-le d'une manière succulente et surtout garde-toi de le manger en cachette. »
— Oui, oui, fais cela, dit à son tour la maman. Avant tout, prépare bien sa bouillie, veille à ce que la farine ne soit pas moisie et à ce qu'il y ait toujours de l'eau quand il voudra boire; que ton mari n'entende jamais
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sortir de la bouche de ses invités des reproches touchant la nourriture. Qu'il y ait toujours un peu de mwita (viande ou poisson) dans la sauce. Cultive ses champs avec soin; que tu mérites en toutes choses les louanges de ton mari. »
Et les conseils de la mère se précisent, s'accumulent. Dès qu'elle a cessé de parler, sa fille se livre de nouveau à sa douleur. Alors, tout le monde se lève et la fiancée sort de sa demeure, poussée par ses parents ; elle s'appuie encore une fois à sa chaumière, pousse des soupirs lamentables. A ce moment, la mère la prend sur ses épaules et crie : « Que celui qui désire ma fille vienne la prendre sur mes épaules », Vaine bravade, qui cède devant quelques perles du fiancé. Celui-ci s'approche, empoigne par les épaules sa fiancée et la pousse dans la direction de son village, pendant que tout à l'entour la foule pousse des « youyou » joyeux.
La caravane se met en marche. En tête, le fiancé précédé de ses parents et amis. Derrière lui, les jeunes gens chargés de poules et si possible de chèvres; les premiers sont appelés : « bakikokambuzi » (traîneurs de chèvres), les seconds « bakibabanzolo » (les gardiens de poules).
Viennent ensuite deux parentes de la mariée, chargées l'une du panier où est le trésor de la nouvelle mariée, je veux dire ses perles, bracelets et menus bibelots; l'autre, d'un panier contenant le premier repas des époux, repas que la maman y a déposé et
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qu'elle continuera d'ailleurs à préparer, si possible, aussi longtemps que sa fille ne sera pas devenue mère. Enfin, viennent la fiancée, assise à califourchon sur les épaules d'une femme, et puis toute sa famille.
Cependant, la foule des curieux a obstrué le sentier. Le fiancé leur crie de lui livrer passage. Inutile, il doit, au préalable, leur jeter quelques perles, à peu près comme chez nous, en certaines églises, on jette des dragées aux enfants au retour d'un baptême. Plus loin, c'est un arbre qui barre le chemin, c'est un fossé à franchir, c'est un obstacle quelconque à vaincre : chaque fois, les parents de la fiancée réclament une poignée de perles sous menace de ramener leur fardeau chez eux. Bref, l'époux doit payer un peu partout sur son parcours.
Celui-ci, en approchant de son village, s'est esquivé dans la brousse et par un détour est arrivé à sa case, dans laquelle il est allé se cacher.
La fiancée arrive au seuil de la demeure nuptiale. Là, elle se trouve en face de sa belle-mère, qui lui barre, couchée sur le ventre, l'entrée de la maison. A l'entendre, elle est furieuse. La jeune épouse lui fait cadeau de vingt perles et la belle-mère apaisée se retire sur le côté. A ce moment, elle lui dit tous ses noms et ses titres et nomme les fétiches protecteurs de la demeure et du village. (Si l'époux avait déjà une femme avant de marier celle-ci, c'est sa première femme qui remplacerait la belle-mère.)
Mais il s'agit pour la fiancée de retrouver son fiancé. Les amis de celui-ci viennent au secours de la pauvrette, qui doit ignorer le lieu de sa retraite. Les amis frappent de leur canne ou de leur lance les parois de la cabane, en criant à tue-tête : « Sors, sors, ta femme est là ». II fait entendre sa voix. Aussitôt la jeune fille l'appelle et
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rinvite à venir recevoir un cadeau. Elle lui donne une vingtaine de perles. A ce moment, parents et amis viennent le féliciter sur l'heureux choix qu'il a fait et sur les qualités de son épouse.
La belle-mère de la fille entre à ce moment dans la case et se met à cuire un brouet pour sa bru toute seule. Quand celle-ci en a goûté, elle est condamnée à entendre encore tout un sermon de sa belle-mère. « Si tu cuis pour des hommes, tu n'emploieras jamais que les pots destinés à la nourriture des hommes et de même si tu cuis pour les femmes. » Puis elle lui spécifie l'usage de chacun des pots et des autres ustensiles de ménage. Bref, elle la met au courant. La cérémonie du mariage est finie.
Suit un repas et, si moyen, une beuverie en règle, où tous les invités viennent prendre une part aussi large que possible. La journée et la nuit se passent à chanter et à danser. Le lendemain, chacun s'en retourne chez soi, emportant un repas préparé.
Nous avons vu ci-dessus que les hommes libres peuvent épouser des esclaves.
Le R. P. Vandermeiren veut bien me faire part de ses connaissances sur ce chapitre spécial.
Un homme, dit-il, qui a marié une esclave peut l'avoir acquise de trois manières : soit avec de l'argent, soit par héritage, soit comme paiement à la suite d'une palabre.
Quiconque achète une esclave comme bien propre
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peut la vendre ou la garder. La plupart du temps, cependant, il l'achète dans le but d'en faire sa femme, une femme esclave lui étant plus sûre compagne que celle venant du « buko » (on appelle buko le groupe des beaux-parents), cette dernière pouvant se séparer de lui et retourner chez ses parents.
Voici comment se fait le mariage d'un homme libre avec une esclave acquise par achat : L'homme désireux d'avoir une femme esclave, fait accord avec le propriétaire de cette esclave et l'acquiert sur le champ. Il l'emmène à son logis. Le seul fait de l'acheter ne constitue pas, aux yeux du public, un lien matrimonial. Il faut le consentement mutuel. Chemin faisant, quelquefois après l'avoir employée comme « res sua », il lui dit : « Kokivuluka ui muhika, nswa nkutwelele ». (Ne songe plus que tu es esclave, je te marierai.)
D'ordinaire, elle consent à la proposition. Cependant elle peut refuser ; dans ce cas, elle est gardée comme pur bien, comme une chose.
Si elle a consenti à la proposition, au jour où il veut la marier il l'introduit chez sa mère à lui (ou sa sœur à défaut de mère). Celle-ci prépare à sa belle-fille une bouillie et une poule. Puis, le repas fini, elle l'introduit dans la maison du mari.
Aux yeux des gens, elle continue cependant à passer pour esclave. Mais personne n'oserait lui donner ce qualificatif devant le mari; celui-ci le prendrait pour un affront personnel. Les enfants issus de ce mariage sont libres. Et même chez les Baluba de l'ouest, où la succession des chefs se fait de père en fils, ces enfants peuvent briguer la chefferie. Ici, où la coutume donne le droit de succession aux enfants de la sœur du roi, les enfants issus du vrai mariage d'un père libre et d'une
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mère esclave ne peuvent pas succéder. Ils sont cependant libres aux yeux de tous.
Le jour où son mari aura acquis une femme de « buko », cette femme esclave passera la seconde, deviendra « mwina buluo » (sœur plus jeune dans le mariage). Ce n'est pas que la dernière venue soit regardée comme plus proprement sa femme, c'est plutôt une simple règle de préséance.
Cette femme reste non seulement sa femme, mais sa vraie première femme. Il ne la quittera plus, sauf pour incompatibilité d'humeur. Il peut alors user de son droit de propriété, la vendre ou la remettre à ses premiers maîtres.
Ainsi, me direz-vous, quoi qu'on fasse, cette femme reste et restera toujours esclave.
Ecoutez plutôt.
Le fait de devenir femme d'un homme libre ne rend pas l'esclave libre. Non. Elle est toujours esclave. Elle ne peut se libérer elle-même que par la fuite chez ses propres parents. Voici comment :
Nkulu, garçon libre, a dans le temps jadis perdu sa sœur, qui est tombée dans l'esclavage. Après des années, il apprend que sa sœur, qu'il croyait perdue à tout jamais, est mariée à un homme du village de Kyombo. Il va de suite chez le mari et maître de sa sœur et lui dit : « J'avais perdu ma sœur, je la retrouve aujourd'hui», ce qui se traduit par le seul mot «Nakikila»; il lui donne soit une flèche, soit quelqu'autre petit objet.
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Par le fait même, le mari et maître n'a plus le droit de vendre ou de marier celle-ci à un autre. Le frère seul a le droit de la reprendre dès qu'il aura la somme requise.
Si cette femme esclave vient à savoir où demeure son frère non esclave et parvient à s'échapper et à se réfugier chez lui, elle devient libre par le fait même. Le frère n'aura pas à payer pour sa sœur, parce qu'il n'a pas « kukikila ». Le maître ou le mari aura le droit de redemander au premier propriétaire la somme qu'il a donnée pour cette esclave, pourvu qu'il la demande dans les deux mois. S'il l'a demande après les deux mois, il n'a plus le droit. Si la sœur s'enfuyait après que son frère serait venu la voir au village de sa captivité, il est supposé l'avoir poussée à la fuite et doit payer.
Arrive-t-il qu'une femme libre s'unisse à un esclave?
Je n'ai pas rencontré de cas, mais je ne vois pas que les coutumes s'y opposent.
Cas de mariage de deux esclaves. Ce mariage est-il libre et, par conséquent, véritable ? Voici :
D'après le jugement des nègres, il paraît y avoir mariage entre deux esclaves d'un maître, quoiqu'il puisse y avoir des circonstances qui rendent le mariage nul.
Un maître a plusieurs esclaves de l'un et de l'autre sexe. Il peut donc toujours craindre, s'il ne les unit entre eux, qu'un jour ou l'autre l'esclave du sexe masculin ne lui amène des difficultés. En effet, si l'esclave a commis l'adultère avec une autre femme, tous les ennuis qui en viennent retombent sur le maître. Voilà pourquoi il tâchera de procurer à cet esclave une de ses femmes-esclaves et au besoin il lui en achètera
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une ou même il s'accordera avec un parent, possesseur d'une femme esclave, afin que ces deux esclaves puissent se marier.
En donnant cette femme, il dit à l'homme esclave : « Demande si elle te veut pour époux ». D'ordinaire, les deux consentent. Cependant, dans ce cas, il faut bien observer les circonstances pour savoir si le consentement est réel ; la crainte peut tirer un consentement apparent. A partir de ce jour, ces deux esclaves sont considérés comme mariés aux yeux de tous.
Ils tâcheront d'avoir des enfants. Ces enfants, aux yeux des gens, restent les enfants des parents, mais esclaves du propriétaire. Si parmi ces enfants il y a une fille, il est plus que probable que le propriétaire la prendra dans son harem, dans le but de la marier quand elle aura l'âge de puberté.
Près de la mission il y avait un village formé de descendants d'esclaves du chef Kyombo. Or chaque première fille issue de ces mariages revenait de droit au chef.
P. Colle.
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