‹ Les Baluba (Congo Belge). Avec une préface de Cyr. van OverberghChapitre 95 sur 98 · C. — Vie Familiale · texte numérisé non relu

C. — Vie Familiale

e) Mort 97. — Le mort avant son enterrement.

Quand un malade a rendu le dernier soupir, les parents lui jettent sur les yeux un épais bandeau ; son regard serait pour eux une source de malheurs ; car, à travers ses yeux éteints par la mort, il continue à tout voir. Puis le cadavre est lavé, rasé, oint d'huile et, selon qu'il a été plus ou moins riche, on le revêt de perles, de bracelets, d'étoffes. Ces objets lui permettent de subvenir aux premières nécessités de l'âme dans l'autre monde.

La famille et les amis, avertis en toute hâte du fatal dénouement, s'empressent de déposer auprès du défunt quelques perles ou un bout d'étoffe et se réunissent pour pleurer. Chez certaines peuplades voisines, ces pleurs s'exhalent en un chant plaintif, doux et cadencé; chez nos Baluba, au contraire, ce sont des cris, des hurlements, une cacophonie sauvage qui exprime d'autant mieux la douleur, qu'elle est plus bruyante et plus tapageuse. A les entendre, ils sont tristes à en mourir. « Malheur, malheur à moi, j'ai perdu mon chéri, ma joie. Celui dont les paroles me réjouissaient, dont la vue me consolait n'est plus. Malheur à moi ! que vais-je devenir? Oh! vous, génies cruels qui me l'avez ravi, vous me faites mourir? Et vous, génies tutélaires de mon chéri, et vous, mes protecteurs, rendez-le moi, car je meurs, je suis déjà mort... »; et cela continue sur ce ton pendant

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des heures entières, pendant que les larmes coulent le long des joues.

Mais pleurer ainsi sans relâche serait vraiment trop pénible ; ils vont donc, de temps à autre, aspirer quelques bouffées à la pipe commune, et se dérider un peu auprès des voisins, afin de se livrer ensuite à un nouvel accès de douleur et de pouvoir verser un nouveau torrent de larmes. Pour témoigner mieux encore l'immensité de leur affliction, ils se ceignent le front et les reins de fibres de bananiers, tout comme les malades rongés par la fièvre.

Le défunt a-t-il fait partie d'une confrérie, tous les membres des environs s'assemblent devant la cabane et se livrent à des danses tapageuses, moyennant une légère récompense.

Dès qu'un chefdi rendu l'âme, tout le monde, grands et petits, doivent se lamenter à mi-voix; les membres de toutes les confréries viennent devant la case mortuaire exécuter des danses; les femmes frappent violemment Tune contre l'autre leur hache et leur houe. Ce vacarme assourdissant dure une journée. La famille fait alors une distribution de perles à tous les danseurs et le tapage cesse. Pendant ce temps, on s'est procuré un jeune esclave; d'un coup de massue on lui brise la nuque et on l'étend près du cadavre, pendant deux jours. C'est le boy du chef. Les femmes de celui-ci, accroupies près du corps, ne cessent de se lamenter. Quelques jours se passent ainsi sans autres incidents; après quoi, les membres raidis sont plies de force et le corps est déposé dans son cercueil d'osier. Dans la case, on dresse à l'aide de branches et de roseaux, deux étagères superposées; celle de dessus reçoit le cercueil, celle de dessous un grand pot de terre. Le cadavre se décom-

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pose; un liquide infect mêlé de vers s'en échappe et tombe dans le récipient; on le laisse là pendant plusieurs semaines. Quand le corps est à point, c'està-dire quand les ongles peuvent se détacher sans peine, le « Nsungi », successeur intérimaire du défunt, soulève le couvercle du cercueil, arrache tous les ongles du corps et la ceinture en cuir d'hippopotame, insigne de la grandeur, coupe le médius de la main droite et un gros orteil, et dépose le tout dans un fruit évidé, lequel est mis dans un petit panier à couvercle conique. Le fardeau est confié aux neveux du défunt; ils s'en vont le suspendre dans la hutte des ancêtres. Un des neveux en a la garde spéciale et est responsable de tout sous peine de mort ou de bannissement. A ce moment on immole un esclave; sa mort annonce l'événement. Dans la cabane des ancêtres, l'on enterre alors les restes du chef précédent, qui ont été conservés comme seront conservés ceux du défunt actuel.

P. Colle.

Baluha. Congo, C, e. 97.

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e) Mort

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