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Village

La population d'Uruwa n'est pas, comme on serait porté à le croire, groupée tant bien que mal, sans ordre, sans règle, sous l'autorité incontestée d'un chef autocratique. Loin que tout soit laissé au caprice de celui que la coutume a établi à la tête des habitants d'un village, tout, au contraire, y est rigoureusement déterminé. (Voir planche en annexe.)

La population d'un village de Baluba-hemba se compose : 1° du chef et de sa famille; 2odes anciens, bakulu; 3° des babanzi, clients des anciens, qui ont mérité sur le champ de bataille leur titre de citoyen; 4° du menu peuple, adultes ou jeunes gens; 5° des esclaves.

1^ Le chef et sa famille sont établis au bout de la rue principale. 11 y a là une série de cases disposées en carré, quelquefois en rond, les portes tournées vers le centre de cette place. C'est la cour du chef. Bien souvent cet endroit est clôturé et couvert d'un frais ombrage. Chacune des femmes du chef a sa case à elle; le maître lui-même loge dans toutes ; il n'a, la plupart du temps, pas de case personnelle. C'est à cet endroit que sont reçus les étrangers, et c'est vers cet endroit que mène la grande rue qui traverse le village d'un bout à l'autre.

2° Les anciens ou bakulu, forment, pour ainsi dire, la caste noble. C'est parmi eux que se trouvent les

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trois conseillers intimes du village : Twite lya munkunko, ce qu'on traduit : le dignitaire du coin, le défenseur des abords ; Mulunda, c'est-à-dire l'ami ; Senga, c'est-à-dire l'interprète.

Ces trois grands personnages habitent avec leur famille et leurs clients à côté de la cour du chef, du côté opposé au village. Ils forment la garde de corps de leur maître. La position même de leurs cases en est l'expression. Ils sont toujours à portée du chef pour le défendre et pour l'assister.

Outre leur fonction générale que je viens de faire connaître, ils ont quelques attributions particulières.

a) Le « twite lya munkunko » a pour office spécial de veiller avec soin à ce que tout le monde s'acquitte envers le chef des redevances indiquées par la coutume. A lui aussi de présider aux cultures que les esclaves doivent au chef.

b) Le « senga » est le conseiller secret du chef. C'est lui qui doit transmettre au chef du village les paroles de ceux qui désirent lui parler. A lui aussi la fonction de prendre la part qui revient à son maître dans le butin de guerre. Enfin il doit veiller à ce que chacun lui rende les honneurs qui lui sont dus.

c) Le « mulunda » est l'homme de paix. Il a pour mission spéciale de calmer la colère du chef à l'égard de ses épouses quand il lui arrive de leur administrer une correction trop peu affectueuse. Il a l'autorisation d'enfermer les victimes dans sa propre demeure jusqu'à ce que le maître soit un peu apaisé. Seul de tous, il a le pouvoir de regarder le chef manger.

Ces trois personnages remplacent d'office le chef absent ou empêché.

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Sous ces « hauts fonctionnaires », viennent trois séries de dignitaires inférieurs, groupés deux par deux :

a) Le « twite » et le « kihanzula ». Ils ont pour mission de recevoir et d'héberger les envoyés des chefs étrangers, quand le chef du village ne leur offre pas luimême l'hospitalité.

b) Le « kalala » et le « kimenkinda », chargés de régler les discordes, d'apaiser les disputes qui surgissent au village ou parmi les vassaux ou sous-chefs ; chargés aussi de diriger les combattants à la guerre. Kalala est... le général en chef. Kimenkinda est son lieutenant, son suppléant.

c) Le « kinamasinda » mot qu'on pourrait traduire par fureteur des sentiers , et le « tompa » c'est-à-dire l'essayeur. A eux revient l'office de tenir le village à l'abri d'une surprise. C'est dans ce but qu'ils établissent leur quartier à l'extrémité des habitations, coté opposé à la cour; ils sont, par conséquent, à l'entrée du village. En temps de guerre, ils se tiennent sans cesse sur le qui-vive, comme deux vigilantes sentinelles, aux abords du village. En campagne, ils marchent en éclaireurs. En face de l'ennemi, ils s'élancent témérairement en avant, jettent la première lance et donnent ainsi le signal du combat.

3» Les trois grands dignitaires et les six officiers inférieurs forment un ensemble que les Baluba-hemba désignent sous le nom de « bamikola bakulu », les grands suivants, ou « bakulu », les grands, les anciens.

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Chacun d'eux possède une clientèle, qu'il est chargé de se procurer par des cadeaux ou par son savoir-faire. S'il est habile chasseur, débrouillard, généreux, il n'aura pas de peine à remplir son cadre.

Les suivants des « bamikola bakulu » s'appellent « babanzi » (pluriel de mubanzi). Jadis, pour devenir mubanzi, il fallait avoir tué au moins un homme à la guerre.

Cet exploit donnait droit à revêtir sa chevelure d'un toupet formé de plumes de « nduba » oiseau au plumage couleur rouge-sang. Aujourd'hui, ce coup mortel n'est plus de rigueur.

Les « babanzi » construisent leur case devant celle du dignitaire (de l'ancien) qu'ils suivent. C'est le clan proprement dit. Chacun d'eux porte un titre honorifique.

Ces titres vont par deux par deux. Chaque mubanzi a un confrère en grade, qui loge vis-à-vis de sa case et a le droit de le remplacer en cas d'absence. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple : « Lwa kilaï » est confrère de « mwina-mwaba ». Ces titres n'incluent pas de fonctions bien sérieuses, ce sont des titres de parade. Et cependant nos noirs y tiennent énormément. Leur ambition et leur vanité y trouvent leur compte.

Voici quelques titulaires groupés sous le nom de leur patron, de leur « mukola mukulu » :

a) Babanzi, clan du twite.

Kihanza, Il remplace d'office le « twite » absent ou empêché. Dans ce cas, il occupe la place où se tient ordinairement le patron.

Mweho. Ce titre revient de droit à un parent du chef, du côté paternel. 11 partage avec le grand dignitaire Mulunda le privilège de protéger les femmes du chef,

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' malmenées par leur maître. Il peut même, en l'absence du chef de village, trancher les procès ou palabres avec les gens de l'extérieur.

Bilye. Ce titulaire a le pouvoir de grouper les gens quand le chef désire leur faire une communication publique, pendant le jour. Cependant, celui-ci choisit de préférence la nuit quand il veut publier un ordre ou une défense. Vers 2 ou 3 heures du matin, il sort de sa case, monte sur un tertre ou une élévation, au centre de tous ses gens, et « lance sa voix » comme ils disent, c'està-dire que d'une voix aussi forte que possible, il dit ce qu'il a à communiquer.

Le « Bilye » a aussi le droit d'introduire dans la cour du chef ceux qui veulent faire trancher un différend. A lui encore la garde des cadeaux apportés par les plaideurs. Enfin, à lui d'introduire ceux qui viennent saluer le chef.

Kyahuta.

Kenya, et.

b) Babanzi, clan de Kihanzula.

Kakona, remplace le patron empêché.

Makena, etc.

c) Babanzi, clan de Kalala.

Kimenkinda kinkasa, remplace le patron absent ou empêché.

Nganuna, reçoit la part des cadeaux, dans les procès, destinés à acheter le pombe que le chef boira en écoutant les plaideurs. Kihumhîi,.

Kihondo.

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Mwinc mwaho.

Kalimangunga .

Kenzobele.

Lweba.

Mulivita,

Mfumu wa bahanzi.

Kulimba .

d) Babanzi, clan de Kimenkinda.

Kalala ka nkasa remplace le patron.

Mpuzima, a la même fonction.

Ntalazya (= celui qui fait taire) est chargé de veiller au silence pendant que les plaideurs parlent.

Mfumu wa nkongwa.

Kankongwa.

Lwa Kilaï.

Kamwanya, Mwanamweni.

Lyatôni, a la garde des petits tisserins qui nichent au village, afin que personne ne les déniche avant que les jeunes ne soient assez gras pour être mangés.

Kimpata.

Musomeke.

Malimbwa.

e) Babanzi, clan de Tompa.

Lya ntompa, remplace le patron.

Mfitmu wa mpanda.

Kalala 7itanda, est chargé de chercher de la viande chez les chasseurs pour son patron. Son nom signifie : général de la brousse.

Kimbakanyi, sentinelle chargée d'inspecter les sentiers pendant la guerre; son nom signifie : celui qui marche courbé sur la pointe des pieds.

/) Babanzi, clan de Kinamasinda.

Lya kina, remplace le patron.

Tomone.

Mfumu wa nzolo, ramasse les poules pour le chef du village ; son nom signifie : le chef des poules.

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Lukunka.

Lukolomona.

Kazanza.

Ilunga lukasu.

îlunga milumbu.

Kikomu.

Kihi.

40 Le menu peuple est groupé dans des quartiers distincts sur les deux ailes du village. Ces quartiers portent le nom de Kisaka (pluriel bisaka).

Là demeurent les jeunes gens qui ont déjà quitté la maison paternelle; les jeunes mariés qui n'ont pas encore obtenu par une action d'éclat sur le champ de bataille le droit d'être nommé Mubanzi, c'est-à-dire tous ceux qui ne peuvent encore faire partie d'un clan de Bamikola bakulu.

Ces jeunes alignent leurs cases, le long et de chaque côté d'une rue au bout de laquelle se trouve, mise en travers, la hutte plus spacieuse de leur chef de quartier. Ce chef porte le titre de Masangune.

Ce dignitaire est choisi par les jeunes. L'élection doit être agréée par le chef du village. Souvent ce dernier choisit le Masangune sans recourir au vote préalable des jeunes. Le Masangune est, le plus souvent, un audacieux, un malin, un débrouillard, assez habile pour procurer à ses suivants de la viande et de la bière.

Les jeunes gens non mariés vivent ensemble par groupes de deux, trois et quatre.

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Jadis il y avait des quartiers réservés aux jeunes filles nubiles. A leur tête se trouvait une femme qui portait, elle aussi, le titre de Masangune. Elle revêtait des habits d'homme et se promenait la lance au poing, pour en imposer à ses suivantes.

Dans les villages importants, il y a ordinairement plusieurs Masangune. Le village de Kyombo, de 500 habitants, en comptait cinq en 1903, chacun ayant ses suivants distincts.

50 Les esclaves sont établis tout autour du village. Ils vivent chacun chez soi, dans la case qu'il a bâtie et qui lui appartient. Ils y vivent bien souvent avec femmes et enfants, sous l'autorité d'un affranchi nommé par le chef. Ces petits groupes se trouvent ordinairement à 50 ou 100 mètres du village; mais bien souvent aussi à une, deux et trois heures de marche.

Je n'ai parlé que des hommes dans tout ce qui précède : ce n'est pas pour exclure les femmes et les enfants. 11 va sans dire que, dans les cases des hommes, logent les épouses ; là aussi habitent les enfants en bas âge. Les filles un peu grandes, pas encore mariées, logent dans une petite cabane derrière la maison maternelle.

Voilà, rapidement esquissée, la constitution d'un village important, d'un Nzya. C'est le plus souvent le village d'un chef de race, d'un mulohwe. Les sous-chefs, à la tête d'un Kibundi ou village moins important, imitent cette organisation, pour autant que le nombre d'hommes dont ils disposent le leur permet.

Nous venons de voir la constitution d'un village de Baluba-hemba. Comment s'y prennent-ils pour le créer?

Pour plus de précision, je suppose qu'un chef de race

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vient d'être gratifié d'un bout de territoire avec obligation d'y créer un village.

Son premier soin sera de se procurer le talisman appelé Kito. Ce remède a la vertu de lui attirer du monde. Il est inutile d'ajouter que le nouveau chef n'ou- 1 bliera pas les petits cadeaux, les sourires et surtout les 1 promesses.

Dès qu'il aura un peu de monde, il choisira ses conseillers intimes, ses bamikola bakulu et ses masangune. Ceux-ci se trouvent sans peine.

Les élus reçoivent, par le fait de leur élévation, l'obli- 1 gation de former leur clan. A leur tour, ils se procurent le Kito, et se mettent aussitôt en campagne pour amener les habitants d'autres villages à venir s'installer chez eux. La clientèle ne tarde pas à venir, surtout si les nouveaux chefs de clan ont la réputation d'être généreux, bons chasseurs et bons batailleurs. Tout nouvel arrivé donne un petit cadeau, une flèche, quelques perles, etc.

Quiconque entre dans la clientèle d'un chef ou d'un ancien devient son protégé. Il aura sa part du butin de guerre ou de chasse, sa portion de bière aux soûleries du soir. S'il doit s'absenter, il confie au patron ses biens et sa famille. En retour, il doit au patron sa part de bière quand il brasse et un tiers du produit de ses chasses. S'il vient à mourir de mort violente, sa famille a droit à deux esclaves, que le patron doit payer. S'il meurt de mort naturelle, la famille ira encore réclamer

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les deux esclaves, mais, dans ce cas, le patron porte la demande chez le chef, qui paiera à sa place une vingtaine de colliers de perles, valeur correspondante à deux esclaves.

Il est bien à croire que les inférieurs espèrent ne pas rester à ce rang le reste de leurs jours, qu'ils aspirent eux aussi à devenir patron, chef de clan.

Quel est le mode d'avancement?

Un jeune homme, sujet d'un masangune, a mérité ses droits à entrer dans le clan desbabanzi.Il aura tout d'abord à payer un dîner d'adieu à tous les compagnons de son quartier et à son masangune. 11 fait alors ses adieux. Le dernier mot des compagnons est : « Nous te suivrons. » Alors il se rend chez son « ancien », où il trouve une case qu'il a préalablement construite. Il y transporte ses pénates. Dès qu'il aura tué une bête, il offrira le dîner d'entrée à son nouveau patron et à ses nouveaux compagnons de clan. Les jours suivants, il cherchera à se procurer une nouvelle bête (chèvre ou mouton), qu'il apprêtera et offrira de même. Et c'est tout. Le premier repas se dit : « Mulambu wa kuyuka nzibo », c'est-àdire cadeau pour reconnaître la case; le deuxième : « Mulambu wa kukanda », c'est-à-dire cadeau pour être monté (au nouveau titre).

Mais notre mubanzi ne se contente pas de ce titre ; il désire lui aussi devenir « mukola mukulu » (ancien suivant), peut-être sera-t-il invité à monter jusque-là. Dans ce cas, il paie trois grands colliers de perles (mitunda) et un « mulambu wa kukanda », cadeau d'élévation. Pour le reste, il fera ce qu'il a fait en quittant son masangune.

Quand un « ancien » meurt ou disparaît, son successeur légitime, s'il est en état de le remplacer, reçoit le

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titre et vient prendre sa place. Si, pour un motif ou l'autre, le successeur légitime ne se présente pas, le chef désigne un successeur de son choix. Le nouvel élu paiera au successeur évincé, si d'aventure il se présente, vingt grands colliers de perles (valeur de deux esclaves). Et alors le successeur évincé vient à la case du défunt avec une poule blanche; il remet la poule au chef et jette dans la case quelques grains de maïs. Par cette cérémonie, il signifie qu'il abandonne tous ses droits en faveur du nouvel élu. Le chef envoie la poule à ce dernier.

D'habitude l'élu du chef n'est autre que l'officier qui suit le défunt par rang de dignité. Le Kinamasinda ij succède au Kalala, comme celui-ci succède à Twite. Tompa prend la place de Kimenkinda, qui succède luimême à Kihanzula. Si le chef ne faisait pas son choix selon l'ordre que je viens de dire, le successeur évincé se croirait méprisé et ne pardonnerait jamais l'injure.

Les maisons ne sont pas orientées d'une manière systématique; les Balumba-hemba ne s'inquiètent pas de l'orientation. Ce qui les intéresse, c'est le plan général du village et le rapport des cases avec l'ensemble.

Ils disposent leur village de manière à être, pour ainsi dire, toujours sur pied de guerre. Le Tompa et le Kinamasinda habitent avec leurs clans au bout opposé à la cour du chef. Les flancs sont gardés par les Bisaka (quartiers des jeunes, qui sont placés toujours aux avantpostes, parce qu'ils doivent encore mériter leurs titres).

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Derrière, du côté opposé à Fennemi probable, est la cour du chef et de ses conseillers.

La symétrie d'un village bien construit est remarquable.

Depuis que les chefs ne peuvent plus mener au loin leurs guerriers pour faire des razzias de femmes, d'esclaves, de bêtes et de biens, ils ont une peine infinie à payer leurs gens, surtout la rançon des morts. Aussi de nombreux titres sont-ils sans titulaires, les maisons des titulaires défunts demeurent vides, les villages prennent très souvent un aspect délabré. Voilà peut-être la vraie cause qui fait que des villages jadis si prospères, si bien entretenus, ont aujourd'hui l'aspect de villages ruinés.

P. Colle.

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B. — Vie Matérielle.

e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations. 47. Outils et ustensiles,

1. La houe avec laquelle on creuse et on remue la terre ; en fer avec manche en bois.

Le fer mesure 15 à 20 centimètres, le manche 50 à 60. Pour Femmancher, on chauffe à rouge la pointe supérieure du fer et on l'enfonce dans le gros bout du manche.

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