Soins donnés à l'enfant
Sitôt que l'enfant est né, on lui frotte le nombril avec de la cendre d'un foyer où un jeune homme s'est chauffé ou a préparé sa nourriture. C'est, disent les Baluba, pour que l'enfant reste bien portant.
La cendre de notre orphelinat de garçons a servi à maint bébé. On lui met aussi sur la tête une sorte d'emplâtre (voir n^ 66).
L'enfant n'a pas plutôt vu le jour, peut-on dire, que la mère lui donne le sein.
L'allaitement dure fort longtemps, trois ans, parfois plus. 11 arrive qu'on voit des enfants jouer et courir avec leurs pareils, puis, brusquement, se détacher du groupe et venir auprès de leur mère pour têter. Ils ont depuis longtemps des dents et des paroles qu'ils s'allaitent encore.
La mère, assise par terre ou sur un tabouret, continue d'éplucher son manioc ou de fumer la pipe, pendant que son nourrisson, debout devant elle, attire des deux mains vers ses lèvres le sein maternel.
La Muluba, qui ne connaît pas l'usage du lait de bête pour les hommes (cela lui répugne trop), n'a pas de lait de vache ou de chien pour son bébé; mais, de bonne heure, dès la première quinzaine, elle lui préparera, en marge du repas des grands, une « pap » de bouillie
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claire de manioc, on dirait une soupe d'orge perlée. Elle se sert d'un bout de feuille comme d'une cuiller et en gave son nourrisson. Ceci se fait d'habitude deux fois le jour.
Pour la lui donner, cette soupe, la maman couche le bébé le dos, lui met la nourriture en bouche et puis frotte sur sur le ventre : cela le force à avaler.
La maman est persuadée que si le bébé ne mangeait pas de nourriture solide et devait se contenter du «liquide maternel », il mourrait de faim. Elle ignore la vertu nutritive du lait.
La nourriture de l'enfant est donc mixte. Quand aux têtées proprement dites, le gourmand en a quand il le désire, jour et nuit; il n'y a pas de règle.
L'enfant est comblé de caresses par la mère, moins par le père. Rarement on voit un papa dorloter son bébé; cela pourtant arrive. Ces caresses sont les mêmes sous toutes les latitudes.
Le petit ne quitte guère sa mère; la nuit, il couche à côté d'elle; le jour, elle l'amène aux plantations ou ailleurs, partout où ses occupations l'appellent. Elle le porte si elle peut. Sinon, elle le dépose à terre, sur une feuille à côté d'elle, à l'abri d'un arbuste, si le soleil est trop ardent. Il arrivera que par un brûlant soleil, elle lui fabriquera un petit éventail en feuilles de palmier tressées. Mais ceci c'est déjà du raffinement, qui ne se rencontre pas toujours.
J'ai souvent été ému des imprudences graves qu'inconsciemment sans doute, par pure ignorance, ces mères noires commettent à l'égard de leurs petits. C'est ainsi que sans la moindre précaution, la nuit, elles sortent dans le froid avec leur progéniture nue et cela
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quand la hutte qu'elles abandonnent est une vraie fournaise. Aussi la maladie de poitrine guette-t-elle les nouveaux-nés à chaque instant.
Il n'y a aucune différence appréciable dans la manière d'agir des parents à l'égard d'une fille ou d'un garçon.
L'infanticide doit être rare. Je n'en ai jamais entendu parler du côté oriental du fleuve (Luvwa) Lualaba. 11 n'en est malheureusement pas de même chez les Baluba de l'autre rive oii, m'a-t-on assuré, certaines tribus des bords du Kamelondo jettent les enfants nés perclus ou dont les dents du dessus paraissent les premières, dans un gouffre d'eau bouillante appelé Kulu (nom de l'esprit qui l'habite), près du lac Kisale.
Nos Baluba-hemba ne paraissent pas prendre de mesures spéciales à l'égard des malheureux déformés : j'ai connu des petits paralysés, des bossus et des sourds-muets, âgés de trois et quatre ans; on semble les traiter comme les enfants ordinaires. Je n'ai jamais entendu qu'on les tuait. On m'a soutenu, au contraire, qu'on n'en faisait rien.
Lorsque deux jumeaux naissent, c'est une joie extraordinaire et des cérémonies spéciales :
Le premier soin du père est de se rendre à l'endroit du village oii l'on jette les cendres, au Kyala. Il s'y frotte le haut du corps avec de la poussière de cendres et y exécute une danse en l'honneur des esprits Kyungu et Kahya.
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Lorsque les deux petits sont lavés et pomponnés, Faccoucheuse les met sur un van, côte à côte; les femmes de la famille se forment en cortège avec le père et processionnent dans le village.
Le cortège s'avance en exécutant des chants et des danses de circonstance, précédé de l'heureux père. Il se rend au Kyala. Arrivé là, tous se frottent de cendres et exécutent en commun une nouvelle danse. Après quoi, ils vont, toujours conduits par le père des jumeaux, devant la case des principaux personnages. Le père se met à danser pendant que le groupe bat la cadence avec les mains. Partout oii le cortège s'arrête, l'habitant doit venir voir et admirer les nouveaux-nés, complimenter celui qui les a engendrés et, surtout s'il se respecte un tant soit peu, déposer sur le van des poupons un léger cadeau de perles, d'étoffe, etc.
Dès que la mère le pourra, elle ira aussi danser sur le Kyala et, désormais, elle renouvellera sa danse à chaque nouvelle lune. Les jumeaux feront de même aussitôt qu'ils en seront capables.
Donner le jour à des jumeaux, c'est un honneur pour les parents, qui en sont fiers. On parle partout de l'événement. C'est une célébrité locale fort appréciée.
Quand l'un des jumeaux meurt, l'autre portera durant toute sa vie, au moins aux jours de cérémonies, une poupée de bois, emblème du petit disparu. Cette poupée se portera en bandouillère. A lui aussi reviendra le soin, dès qu'il le pourra, de la cabane mortuaire. La mère le remplacera en attendant.
Les jumeaux ne sont pas fort rares : j'ai connu dix cas au moins, en six ans, au village de Kyombo.
Pour le nom à donner à l'enfant, l'usage est fixé et on ne s'en écarte guère. L'honneur en revient au père,
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si l'enfant doit porter le nom d'un parent défunt de la branche paternelle; à la mère, si ce nom doit être choisi dans sa famille à elle.
La croyance veut que le fétiche, patron des grands parents, soit aussi celui des petits enfants. Voilà pourquoi ceux-ci doivent en porter le nom. Sinon, les mânes du grand-père et de la grand'mère en seraient irritées.
Quant aux autres enfants, ils reçoivent le nom d'un fétiche quelconque ou, plus souvent, celui d'un ancêtre ou d'un parent décédé.
Les jumeaux reçoivent invariablement les noms de Kyungu et de Kahya, Kyungu est attribué à celui qui a vu le premier le jour. Ces noms sont ceux de deux anciens rois devenus fous, peut-être étaient-ils jumeaux. Tous les jumeaux leur sont consacrés. Les voisins complimentent le père, en lui donnant l'épithète de fou ; et celui-ci s'en montre heureux et fier.
On sait donc d'avance les noms que porteront les enfants; s'ils sont jumeaux, il n'y a pas de doute; pour les autres, si la mère n'éprouve rien d'anormal pendant sa grossesse, le nom sera celui d'un grand parent ou d'un autre membre de la famille décédé. Mais bien souvent elle éprouve quelque chose d'anormal. Elle voit dans des rêves l'image d'un défunt de la famille ou même d'une connaissance, ou bien elle voit son feu s'éteindre plusieurs fois sans cause, son pot à eau se renverser de lui-même, ses légumes rester durs malgré
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une cuisson en règle ou encore elle éprouve des douleurs inattendues, des cauchemars pénibles, que sais-je? Evidemment, les génies ou les morts la sollicitent. Vite elle va consulter le sorcier , petit ou grand. Celui-ci interroge ses augures et répond : « Tes douleurs proviennent de l'enfant que tu portes dans ton sein et qui est tourmenté par l'esprit qui veut être honoré dans et par l'enfant. Cet esprit est un tel ». Aussitôt la mère rentre chez elle, élève un petit mausolée à proximité de sa case à l'esprit indiqué et l'entretient avec soin. A la naissance, le nom de cet esprit est donné à l'enfant. La mère entretiendra le mausolée jusqu'à ce que l'enfant, ayant grandi, pourra l'entretenir lui-même. Et pendant toute sa vie, l'enfant honorera l'esprit dont il porte le nom.
J'ai dit que les génies ou les morts sollicitent la mère, afin qu'elle donne leur nom à son enfant. Qu'est-ce à dire?
Les génies cherchent à être honorés par les hommes. Le meilleur moyen pour eux est d'en faire des clients, des protégés. Ils obtiennent ce résultat en imposant leur nom. Des fois, ils agissent directement; d'autres fois, c'est par l'intermédiaire des morts connus des parents du nouveau-né. Quand ils se servent des morts, ceux-ci reçoivent les honneurs en même temps que le génie. C'est ainsi que, en honorant les défunts qui ont porté le nom de Nkulu, qui sont par conséquent les protégés du génie Nkulu, on honore ce génie lui-même.
De plus, il y a dans les protégés quelque chose du génie ou du défunt protecteur. Est-ce un être spirituel ou une simple relation morale? Je crois qu'il y a plus qu'uneKrelation morale, on dirait plutôt une émanation vaporeuse, une sorte de présence éthérée. Et, en effet,
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très souvent Ton entend un père, une mère, saluer leur enfant du mot de « tata », mon père, « lolo », ma mère. C'est qu'à leurs yeux, il y a évidemment dans leur enfant quelque chose d'un des grands- parents. Et ce quelque Jchose n'est pas l'âme , puisque celle-ci est près du cadavre non encore réduit en poussière, ou au royaume des morts, ou même dans la cabane mortuaire. De plus, l'on n'invoque pas le mort dans la personne du protégé. Ce quelque chose n'est pas non plus une simple relation morale, comme celle du portrait de la personne représentée; ni même le lien de parenté, puisque ce mot « tata » s'adresse à tel enfant à l'exclusion des autres. C'est donc bien une sorte de présence spirituelle indécise (je dirais presque une présence vaporeuse, puisque nos noirs n'ont pas l'idée d'un pur esprit), une émanation du défunt.
11 n'y a pas de noms féminins et masculins, tout nom se donne indifféremment aux garçons et filles. Tout au plus trois ou quatre noms se donnent plus souvent à ces dernières, sans pourtant exclure les hommes. Tels sont Kabila, Masangu et Mande.
Les noms à donner par nos Baluba à la naissance de leurs enfants ne sont pas plus nombreux que les fétiches. Voici une série fort incomplète :
Nkulu, Mwilamhwe^ ^goy, Kahya et Kyungu (jumeaux), Mwamba ou bien Kongolo, Kibwe, Kibawa, Mumba, Munfungwa, Mbuyumanga, Kibwelelwe, Kamona, Lubwiji, Mumba, Mizibu, Kahole, Yumba, Banza, Kakuli, Mande,
Baîuba. Congo, C, ^î, 68.
Kabila^ Kisimba, Seya, Nsimba, Kasongo, Kabwangozi, Kahatwa, Kazali, Ilunga^ Kaliba, Kikungwe, Tatansi, Kahanda, Mande, Masangu, Kabezya.
Le nombre restreint de noms de génies attribués aux humains fait que beaucoup d'indigènes portent le même nom.
Quelques-uns prédominent, de même qu'en nos pays les noms : Pierre, Paul, François, Marie, etc. Ainsi en est-il de : Ngoy, Mwamba, Nkulu, Kabila, c'est-à-dire, en somme, des principaux et plus puissants génies.
P. Colle.
BALUBA
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