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Situation géographique

Le pays des Baluba que nous étudions, est limité au nord par la Lukuga; à l'est par la Nyemba et la Lukumbi ; au sud et à l'ouest par le Luvwa des cartes et le Lualaba.

Les principales familles qui se partagent ce pays sont ou Baluba-hemba proprement dits ou Bahemba purs.

Les Baluba-hemba sont les famJlles Ngoy, Luba, Kitentu, Mwika, Basonga. Les ba Ngoy habitent entre la Luisi et la Lukusu.

Les ba Luba ou gens de Luba sont venus d'au delà du Lualaba avec leur chef qui occupe un petit territoire entre la petite Nyemba et la Kibumba.

Les ba Kitentu occupent les deux rives de la Lukulu, près du Lualaba.

Les ba Mwika habitent les îles du Lualaba en amont de Kiambi.

Les Basonga ou gens de Mbuli et Kasyala habitent le sud de la Lukuga et la rive droite du Lualaba.

Les Bahemba tout court sont les familles Kyombo, Mwenge, Mulenda, Kiliba, Kinsunkulu.

Les ba Kyombo sont établis depuis la Luisi jusqu'à la Lukulu.

Les ba Mwenge près du mont Kaomba.

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Les ba Mulenda entre la Lukusuwi et la Lukulu, sur la Kimbi.

Les ba Kinsunkulu aux sources de la Lubilé.

Les ba Kiliba sur la même rivière, en aval.

Les ba Kasanga au nord de Kiliba et sud de la Lukuga.

Tous ces chefs sont de droit indépendants.

Il reste encore un certain nombre de petits chefs indépendants, tels que Mbuyu, au sud de la Lukulu, et Moliro sur la Lusindoï, mais ce sont des quantités négligeables.

P. Colle.

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Peuplades voisines.

Au nord les Bahombo; plus vers Testées Baholoholo, les Bakalanga et les Batumbwe, deux peuples apparentés à nos Baluba.

A l'est, les Batabwa et Babwire.

A l'ouest, les Baluba proprement dits, dont nos Baluba-hemba ont la langue et les coutumes.

P Les Bahombo. Au nord donc, se trouvent les Bahombo, qui occupent le pays situé au nord de la Lukuga, spécialement les Luvukuta et Luwango, affluents de la Lwimbi. Ils semblent être frères des Baluba-hemba. Ils en ont presque tous les usages. Leur langue diffère, mais l'étude pourrait sans doute montrer bien des analogies. Les huttes des deux peuplades se ressemblent assez bien ainsi que les usages. Les coiffures sont différentes : les Bahombo ont les cheveux liés par derrière en chignon, ou ils portent la tresse longue; la tête est couverte d'un bout d'étoffe en raphia assez raide. Le vêtement aussi diffère : le pagne, retenu à la ceinture par une corde, est de raphia ; il mesure d'habitude une aune de large sur trois ou quatre en longueur et est garni de floches en dessous. C'est principalement chez les Bahombo, qu'autrefois nos Baluba s'approvisionnaient en esclaves. Leur pipe est spéciale : une tige de bambou de 60 centimètres environ de long et 5 à 6 centimètres de diamètre, fermée par deux nœuds; à l'intérieur de ces nœuds à l'un bout un trou où l'on place le

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la

tabac, un autre trou à l'autre bout, en deçà du nœud supérieur où l'indigène tire sa bouffée : une pipe fourneau-tuyau, quoi !

2° Les Baholoholo^ ceux qui sont ou nord de Mpala, sont d'aspect physique moins forts que les Baluba (Voir monographie ix : Les Baholoholo).

3^ Les Batabwa. Ce sont les gens de l'Itawa, au sud-ouest du Tanganika (lieu d'origine). Ils ont conservé leur nom après l'émigration. La race est plus petite que celle de nos Baluba; moins élancée, moins bien découplée; je dirais presque qu'ils ont, par contraste, un aspect ratatiné.

Les hommes sont plus barbus que les Baluba; la poitrine est souvent velue. Au moral, inférieurs, si l'on en excepte certaines familles des montagnes; moins braves, même peureux. Leurs croyances ressemblent à celle des Baluba-hemba (religion de l'est) ; leurs grands fétiches sont des pierres ; on trouve peu de fétiches faits de mains d'homme : quand on en rencontre, c'est souvent par couple, un homme et une femme. Coquetterie des femmes : allonger leur poitrine le plus possible.

Cultivateurs, ils travaillent dur; connaissent le drainage, La base de la nourriture végétale est le haricot, puis le maïs. Ils sont très aptes à s'assimiler les procédés de nos cultures; ils cultivent avec succès le blé et la pomme de terre. Habiles pour le travail du fer qui se trouve en quantité sur leur territoire.

Habitués à être razziés autrefois par les Arabes. Après le pays des Bahombo, c'est celui des Batabwa que nos Baluba razziaient le plus volontiers.

Ils vivent par petits villages de 5 à 15 cases, dont les chefs sont pour ainsi dire indépendants.

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La hutte est ronde surmontée d'un toit conique, comme un chapeau, dont les bords dépassent. La propreté de ces intérieurs frappe agréablement le voyageur.

Deux confréries religieuses : le Butwa pour hommes, et le Bulindu pour les femmes.

Langue différente des Baluba. Il ne se comprennent pas. Ce n'est pas un dialecte du Kiluba. Cependant certains mots du vocabulaire se retrouvent dans les deux langues, mais pas un sur dix.

Toutefois les deux langues paraissent avoir une commune origine, mais chacune s'est développée de son côté, sans contact.

Les h des Baluba deviennent des p chez les Batabwa.

Au point de vue de l'influence du blanc, spécialement celle du missionnaire, les Batabwa se laissent plus vite influencer que les Baluba qui sont plus philosophes en ce sens qu'ils discutent davantage. Mais une fois les Baluba convaincus, les convictions sont plus solides chez eux que chez les Batabwa. Nos Batabwa chrétiens savent faire deux et trois jours de marche pour assister à la messe; ils y a là des sources d'énergie morale, qui s'affirment notamment dans les questions sexuelles.

Les Batabwa ont l'oreille très musicale. A Baudouinville, nos missionnaires sont parvenus à réaliser un chœur de chanteurs excellents. Ceux-ci ont, un jour, exécuté sans une fausse note la messe de Schubert à sept voix. Ils viendront peut-être un jour disputer la palme à nos meilleures sociétés de chant !

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4° Les Babwire. C'est, je présume, un groupe d'anciens Batabwa, de ceux qui sont venus dans la contrée avant la grande émigration Batabwa, dont il fut question dans le i^.

Leur hutte cependant, est comme un intermédiaire entre celle des Batabwa et des Baluba. C'est une hutte carrée crépie de terre à l'intérieur et à l'extérieur; elle est surmontée d'un toit indépendant, posé sur la cloison carrée; ce toit est rond — comme celui des Batabwa.

Ils habitent du reste entre les Baluba et les Batabwa, depuis la Lukurnbi.

Les usages sont approximativement les mêmes que ceux des Batabwa, dont ils se rapprochent bien plus que des Baluba ; même constatation pour la langue.

6° Les Bakalanga portent la chevelure relevée sur la tête en forme de bonnet, de fez.

7^ Les Batumbme ont la chevelure pendante en longues tresses.

P. Colle.

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A, 2 {suite,) Météorologie,

L'année se divise en deux saisons : la période de temps sec allant de mi-mai à mi-novembre; la période de pluie qui se divise elle-même en deux : la petite saison de pluie, durant un mois, suivie en générai d'un arrêt de quinze jours à un mois, puis la grande saison de pluie, caractérisée par ses ondées violentes. En général, celles-ci tombent chaque jour pendant 2 ou 3 heures. A Lukulu c'est presque toujours dans l'aprèsdîner, vers 2 ou 3 heures que la pluie tombe. Les orages sont amenés du côté de l'est.

Le maximum de température observée à Lukulu pendant la période de 1900 à 1908 a été 42° centigrades à l'ombre. Le mois de septembre est le plus chaud, le mois de juin le plus froid de l'année. J'ignore le minimum observé.

Les brouillards sont rares et légers, sauf dans les vallées et le long des cours d'eau. Les phénomènes de condensation nocturnes sont intenses pendant plusieurs mois de l'année, à tel point qu'il est difficile de voyager dans les endroits couverts de brousse.

Les vents sont plutôt doux et réguliers. Pendant la saison de pluie, il souffle habituellement de l'est, durant l'après-dîner; pendant le temps sec, il vient du sud-est une légère brise qui se lève vers 9 heures et dure jusque vers 2 ou 3 heures. Rarement le vent se fait sentir à la fin du jour. Vers le mois d'août il y a généralement un

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ou deux violents orages. Il est intéressant de voir durant la nuit les zigzags éclatants des éclairs sillonner le ciel d'un bout à l'autre. La voix du tonnerre retentit avec une force extraordinaire et à des intervalles rapprochés.

Le moment le plus froid de la journée est un peu avant le lever du soleil, soit vers 5 heures, surtout au mois de juin et juillet.

Etant donné l'abondance des marais dans les vallées, où la population est obligée de s'établir pour avoir de l'eau, on peut dire que le pays est relativement insalubre. De juillet 1899 à janvier 1906, huit missionnaires sur onze sont morts, tous âgés de moins de 32 ans. La fièvre était extrêmement fréquente parmi nous ; la quinine et le sel de magnésie faisaient partie de notre menu quotidien. La mortalité parmi nos noirs est assez forte. Peut-être l'insalubrité du climat en est-elle la cause prédominante.

Le soleil et les vents pénètrent librement dans l'intérieur des terres, la végétation n'étant ni très dense, ni très élevée.

P. Colle.

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Géologie.

Le sous-sol de TUruwa est composé d'une roche granitique. Elle émerge de-ci de-là , au-dessus de terre et forme plusieurs montagnes séparées les unes des autres, montagnes dont quelques-unes comme le Jobwa, le Kaomba, etc., semblent former les premiers contreforts des Mugila. La crête en est hérissée de blocs de quartz blancs, plus ou moins riches en mica blanc ou noir, disséminé dans la roche sans ordre, comme les feuillets de petits livres minuscules. Fréquemment, surtout dans le lit des rivières, cette roche est de couleur rose, oii le feldspath domine, et oii se trouvent emprisonnés de jolis cristaux allongés, noirs, à éclat métallique.

Partout dans le quartz se trouvent de légères taches vertes. Dans le lit de la Musinoï, sous-affluent de la Luvwa, derrière Kiambi, on rencontre une excellente pierre meulière, grise, formant de belles dalles, épaisses de dix à quinze centimères; c'est une vraie chaussée en escaliers, couverte d'eau seulement à la saison des pluies. Le long de la Luvwa, sur les deux rives au sud de Kiambi, on rencontre de nombreuses sources salines et des marais salants produits sans doute par la dépression du sol par suite de la dissolution du sel gemme.

Par là également le sous-sol se compose d'un galet où des cailloux gros comme des œufs de canne se

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trouvent réunis par un ciment sans consistance, tandis qu'à Test, on rencontre un galet semblable réuni par un ciment gris, dur, ou même un ciment d'hématite brune. L'hématite brune se trouve d'ailleurs partout; mais elle contient si peu de fer que nos noirs l'ont délaissée, depuis que des relations plus pacifiques leur permettent de trouver du fer ailleurs. On trouve l'hématite surtout sous forme de roche brune, teintée de jaune et de noir, et divisée par une infinité de cavités qui lui donnent par endroits l'aspect de gigantesques éponges. Elle se trouve encore sous forme de petites boules de la grosseur d'un œuf de pigeon, au centre desquelles est un petit noyau plus foncé. C'est le plus riche en fer; il sert encore aujourd'hui aux fondeurs. Au nord et à l'est, l'on voit surgir des roches grises de schiste légèrement micacé, contenant de jolis grenats couleur rubis, quelque peu transparents, de la grosseur d'un petit pois chiche. 11 y a notamment un joli rocher de ce genre près de l'ancienne mission Saint-Lambert.

Les plaines sont en majeure partie constituées par un sable argileux mêlé de mica, très pauvre en humus, et incapable de nourrir une végétation intense.

Dans les bas-fonds marécageux l'on trouve une argile grise plus ou moins pure de sable, et teintée par endroits en rouge, par l'oxyde de fer, sauf dans les couches profondes, où l'on trouve souvent une argile onctueuse, voire même du kaolin.

Nulle part, je n'ai rencontré la pierre à chaux, malgré de nombreuses recherches.

P. Colle.

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Aspect dît pays.

Le pays des Baluba-hemba situé à Fouest des monts , Mitumba, descend par une série d'ondulations jusqu'au [ Lualaba. De-ci de-là émergent des collines et des I montagnes plus élevées couvertes de forêts jusque sur les sommets. Voici les plus connues :

Kahya-Mwenya, à l'est, donne naissance à la Nyemba, la Luisi et son aîfuent la Lubilé.

Kaomba situé sur la rive droite de la Lukusuwi et de la Lukulu.

j Kivwele longe la petite Nyemba sur la rive droite.

Mugila sur la rive droite de la Lukumbi est en somme un premier contre-fort des hauts plateaux Mitumba; i comme ceux-ci il a une végétation assez maigre.

Qombe à l'embouchure de la Nyemba.

Lobelwa et Kalambwa au nord-est de Lubilé.

Toutes ces élévations du sol ne sont qu'un amas de roches de quartz amorphe recouvertes d'une légère couche d'humus. Elles dominent les collines et les plaines environnantes de 50, 100 ou 150 mètres à peine.

P. Colle.

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A, 2 {suite.) Fertilité du sol.

L'Uruwa , peut-on dire , est en général un pays j pauvre, de nature sablo-limoneuse. Sous la couche ! supérieure de sable et de limon, qui par endroits f est mince, par endroits plus épais (50 centimètres), on ' trouve une couche imperméable de kaolin; c'est la plus belle argile du Congo peut-être. On la rencontre d'habitude dans les bas-fonds et dans les vallées. Sur les collines, quand on gratte la couche sablo-limoneuse, on se heurte à la roche de feldspath, décrite plus haut.

Ce qui fait que la terre, peu riche en humus, favorise la culture des plantes amies du sol léger, tels le manioc, le maïs, le (nkunde) haricot indigène, la patate douce. Par contre, le haricot des Batabwa ne se développe guère, ni le blé, ni la pomme de terre. 1 Le palmier élaës qui étend ses racines sur une grande ' distance 20 mètres du tronc — est dans son élément.

De même le bananier, qui atteint cinq ou six mètres de ! hauteur, avec un tronc de base de 50 centimètres de i diamètre; il est vrai qu'après deux ou trois ans il dégénère, le sol étant pauvre.

Parmi les arbres de la forêt, deux dominent, le kabamba et le mutondo. Le premier est un bois qui se rabote difficilement tandis que le second convient pour l'ébénisterie. Ce sont là les rois de la forêt.

L'arbre le plus utile est le kibarebare ; on le trouve

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partout ; c'est un bois superbe, d'un aspect magnifique et qui sert à la construction des barques.

Le muhafu, qui donne de l'huile, de l'encens, des fruits et qu'on peut appeler l'olivier de l'Uruwa, pullule dans le nord, à partir de la Nyemba. 11 est parfois de proportions gigantesques.

Tels sont les géants de la forêt qui arrachent au sol ingrat les aliments de leur vie.

L'aspect forestier n'est pas celui de la grande forêt. C'est le bois de chez nous, mais moins développé que le bois de la Cambre de Bruxelles.

Pour donner une idée de la fertilité relative du sol, il convient de noter que le manioc, par exemple, qui ailleurs mûrit en 2 ou 3 ans, atteint ici son plein développement en une année. La chaleur y est sans doute pour quelque chose.

P. Colle.

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Hydrographie,

Le pays des Baluba-hemba est sillonné de nombreuses rivières et cours d'eau,

A l'ouest et au sud le fleuve Congo, que les indigènes appellent Lualaba ou Lugalaba depuis sa sortie du Mwero et non Luvwa comme l'indiquent les cartes actuelles.

Au nord, la Lukuga, déversoir des eaux du Tanganika.

A l'est, la Nyemba qui prend sa source dans les monts Mugila au pic Kahya-Mwenya, se dirige parallèlement à ceux-ci, vers le N.-N.-O. pour se jeter dans la Lukuga.

L'intérieur du pays est arrosé par trois ou quatre rivières d'un débit assez volumineux : la Luisi, avec son afîuent de droite, la Lubilé ; la Lukulu que viennent renforcer plusieurs affluents relativement importants, la Kimbi et la Lukusuwi à droite, la Lunanga et surtout la Luwiboso à gauche; enfin la Lusindoï, et la Lukumbi.

J'ai dit que les indigènes appellent du nom de Lualaba le fleuve Congo en aval de Mwero. En effet, jamais je ne l'ai entendu désigner sous l'appellation de Luvwa. Ce nom de Luvwa désigne un petit bout de fleuve compris entre la rive droite et l'île située devant Ankoro. Et soit dit en passant, Ankoro désigne exactement la pointe sud de cette île, ha nkolo, ce qui signifie « à la pointe de l'île ». La rivière que les cartographes ont convenu d'appeler Lualaba, est connue partout chez les Balubahemba sous le nom de Kamelondo. Voici peut-être la raison de cette confusion : le Kamelondo roule des eaux

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sombres, chargées de détritus végétaux; le Lualaba indigène roule des eaux plus claires. Non loin du confluent se trouve une île longue d'une quinzaine de kilomètres. Les eaux sortant du Kamelondo passent à gauche, celles du Lualaba passent à droite. Quand elles ont dépassé Tîle, ces eaux continuent à couler pour ainsi dire côte à côte, sans se mêler. Ce n'est que bien loin en aval, tout près de Mbuli que le mélange s'est opéré. Ce qui fait qu'entre Ankoro et Mbuli, la gauche du fleuve a des eaux noirâtres, la droite des eaux plus claires. De là vient que les indigènes disent du même fleuve, le Lualaba, ou le Kamelondo, selon qu'ils veulent spécifier la partie de gauche ou la partie de droite, de là encore cette expression familière aux gens de la rive droite qui passent sur la rive gauche : « Je vais au Kamelondo », et vise-versa. Dans ces conditions, il est très compréhensible que les voyageurs, peu familiarisés avec la langue du pays, se soient trompés sur le vrai nom du fleuve.

De tous ces fleuves et rivières, seul le Lualaba est navigable pour les steamers jusqu'aux chutes situées un peu en amont de Kiambi. Au-dessus de ce point, le fleuve est sillonné de nombreuses barques, malgré les rapides, que les indigènes franchissent avec une dextérité remarquable.

La Lukuga offre le même spectacle.

Sur la Luisi et la Lukulu, on peut naviguer avec de très légères embarcations, à l'époque des hautes eaux, jusqu'assez loin de l'embouchure.

Quant aux autres rivières, on n'y voit guère que quelques pirogues de-ci de-là pour permettre aux habitants de passer sur la rive opposée quand les passages à gué ne sont plus praticables. Ces pirogues

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appartiennent habituellement à Tun ou l'autre personnage important du village, qui se fait passeur d'eau pour percevoir un droit, consistant en une flèche ou une petite quantité de vivres.

Les rivières du pays des Baluba-hemba prennent toutes leur source dans les monts Mugila; elles s'écoulent en torrents impétueux vers le Lualaba ou la Lukuga. A la fin de la saison des pluies, leurs eaux sont tellement abondantes que le courant acquiert une violence extrême, et que par endroits elles débordent sur les rives jusqu'à une grande distance de leur lit. La Lukulu, par exemple, qui en temps ordinaire mesure 60 à 80 mètres de largeur devant la mission de Lukulu Sacré-Cœur, y atteint quelquefois une étendue d'un kilomètre et plus. On comprend que dans ces conditions le parcours des simples pirogues n'est pas toujours facile.

En général, les rives sont couvertes d'une luxuriante végétation d'arbres au feuillage épais; les pandanus et les palmiers rotang se mêlent aux mimosas dont les branches sont garnies de nids de tesserins. De-ci de-là cette belle végétation fait place à des roseaux pleins appelés malenge et à des roseaux creux appelés matete. Sur une grande partie de son parcours, entre Kiambi et les portes d'Enfer, le Lualaba est bordé d'herbes aquatiques flottantes, et de bosquets d'ambach. En amont de Kiambi, il prend un aspect beaucoup plus riant : d'innombrables îlots couverts à profusion de palmiers élaïs, dans lesquels se dressent de-ci de-là des

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groupes de paillottes, donnent à ce coin d'Afrique le caractère d'un Eden. Les eaux des rivières , en temps ordinaire si limpides, prennent, à la saison des pluies, une couleur terreuse.

Bien des sources distillent une eau blanche, assez semblable à de Peau de chaux. Cela tient peut-être à une désagrégation du feldspath qui a formé un dépôt d'argile blanche ou grise, sur laquelle l'eau séjourne. Cette eau est légèrement purgative : ce qui la fait rechercher des noirs.

P. Colle.

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A, 2 {suite,) Flore,

Le Buluba-hemba est couvert de forêts, mais non pas de forêts vierges aux arbres gigantesques que le soleil perce avec peine. Ici les arbres sont assez espacés, et atteignent rarement plus de 20 mètres d'élévation. Au fond des ravins l'on trouve de-ci de-là d'épais fourrés ombrageant des sources fraîches et limpides.

Les arbres à fruits sont peu répandus. Le plus remarquable d'entre eux est sans contredit le muhafu. Son fruit ressemble à l'olive, par le goût et la forme; il donne une huile verte que les indigènes emploient surtout pour la toilette. Le suc résineux qui s'écoule du tronc est un encens parfumé; nous n'en brûlons pas d'autre dans nos chapelles; mêlé à l'alcool, il fait un bon vernis. Les noyaux des fruits servent au jeu de « peta », dont les indigènes raffolent. Le bois est excellent pour la construction de portes et de fenêtres, mais il se laisse difficilement raboter.

Un arbre fort utile et aussi fort répandu est le palmier à huile ou élaïs. L'élaïs est cultivé jusque dans les villages; chacun tient à avoir un ou plusieurs de ces palmiers. Les feuilles sont utilisées pour la confection d'engins de pêche, et le fruit pour fabriquer une huile de cuisine et de toilette.

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Faune.

Mon confrère, le Rév. P. Vandermeiren, veut bien me remettre ses notes sur la faune du pays des Balubahemba. Les voici avec le classement donné par les indigènes :

I. — Les Baluba-hemba rangent les oiseaux en deux genres : les diurnes, ou « tôni twa lyuba » et les nocturnes, ou « tôni twa bufuku ».

A, — Le genre des oiseaux diurnes se subdivise en plusieurs espèces :

1° Twa bwamba ou palmipèdes.

2^ Tuzonzoboke a) twa lui : échassiers de rivière. » b) twa ntanda : » de terre.

30 Bitekungi : rapaces diurnes.

40 Twa mu mpako : qui vivent dans le creux des arbres.

50 Twa mu lito : » dans les bois épais.

60 Twa mu ntanda : » dans la brousse.

70 Twa nzya : » au village.

Palmipèdes : Nsekwe : canard sauvage ; kakwali bamba; kaomba; kalongo sidi; nyunzya : échassier palmé; lufufu; lukyo; kampiti ou kayoyo : petit canard sauvage; hoani : grue couronnée; musenge wa kanlibu : grand échassier palmé; nkua : grand oiseau qui a la réputation de crier comme le lion et d'échapper avec adresse au chasseur; nkwizga; nkoo : pic bœufs; kinyinga nkomwe : sarcelle qui a l'habitude de vivre

Baluha, Congo, A, 2.

avec un seul compagnon; kikalala; lihenye; kilondo; kisabasa ; mulobi.

2° Echassiers à pattes non palmées :

a) De la rivière. — Kinsonka; kiîolaba; kinkutumba; nzolo lihenye; nhina kabwa; kamba; kitendatenda ou Iwiba : petit oiseau qui naît tout gris, passe avec Tâge au rouge et au noir; lunkangankanga; kavungu mutwi : oiseau qui ouvre ses ailes en nageant; les petits poissons, disent les noirs, s'y attachent, et l'oiseau les attrape à ce moment; lumpu; kankulubindi ; mobe; lunkele nkele; munhowba : oiseau noir et blanc dont le cri imite le bruit lointain du tambour.

b) De terre. ~ Katumba; kazolo wa ntanda : poule sauvage, vit surtout de sauterelles; tuba : idem.

3^ Rapaces diurnes.

Nzwiba ou mukebo ou mbalanga; kizanza makanga; kikolwe; kumbya; lubemba; kanhunhanhenze ; kahungu wa nseso; kabemba; likubi; lulamuna byula; kakokokwe; kibà luvula : qui fait trembler ses ailes.

4^ Oiseaux qui nichent dans les creux des arbres : Lukwekwe ; mpala hala : bycanistes leucapigius ;

mukanga; kibangula : pic (oiseau grimpeur) ; luihanga;

kyobobo; mukekye; kinkalanhongwe.

I Oiseaux qui vivent dans les fourrés :

Nduba : faisan huppé à couleur métallique;

Kiloba : » » (grande espèce);

Kalubaluba : » » (petite espèce);

Nkobonkobo ; mulongwe ou kamutende : petit oiseau qui a| une queue démesurément longue ; kanyonga ; kasukwa : espèce de perroquet; kisalozi : ressemble à la perdrix; nkulinkuli; membe : chauve souri, le fer de lance ; nsanga noni ; kinsonkwensonkwe.

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6^ Oiseaux qui vivent dans la brousse,

a) Kiseti : pigeon ramier; nkuti : sorte de ramier, qui dit en roucoulant : kukukutyavunga (il a un cercle autour du cou); kahele : tourterelle; kakulu kankuti : tout petit ramier; kamukutya (ailes rougeatres); kinyinga (ailes vertes).

b) Nkunda ou nkulimba : pigeon domestique.

c) Passereaux : sihumpe : huppe commune ; talaliba : ouvre ses ailes en sifflant ; mukuku : siffle presque une gamme entière matin et soir : ku ku ku ku...

Lunkwi ou lungondo : petit oiseau qui vit en bande ; muhuluhulu; kasokwa nkali : oiseau de pluie; katobotobo (idem); kinkwenka; nsonkwe; mulama; mulima : oreillard; kafuku lima : chauve-souris ordinaire; kibomowe; kyonyi ngulungu ; nkinswi : perruche verte ; kikwekusu ; katumba ka nzme : francolinus nahani; kizima : étourneau noir qui n'a pas de nid; kasozyo : petit oiseau mouche à long bec noir et pointu; katende : surnommé moineau de brousse; mungwa : ressemble au kizima, est plus noir encore; musala mpazi ou munsosonso (qui disperse les fourmis); kaseba : oiseau à miel; kankundulu ; kamimbi : hirondelle noire ; kalungwalungwa : hirondelle rouge; kabyo : engoulevent; mbokimboki : chante son nom : do re do re; kisohesohe; lunsingensinge; kamutombo iebwelebwe : veuve; kayabe jingi : demeure dans des trous près de l'eau; kamanzenze; kanlya bumonya ; kampondo ngazi ; kyenda : yeux jaunes, poitrine blanche, pattes rouges, gros bec noir ; lingole :

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corbeau; kakubala nkubala; ntumba mubisiki; lutonge ; kakibulu; kasenge muhuluhulu; kinsokwensokwe; kinsompolyo.

Kakikwelu ; Kilea : se pose sur les cornes des bêtes ; kinsompe ; kibongote : barbatula rubrigularis.

Gallinacées : nkanga : pintade; nkwali : perdrix.

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