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Autorité

Le père est donc le chef de la famille ; c'est lui qui détient l'autorité; il commande et décide.

La mère doit obéissance au père, mais conserve l'autorité sur ses enfants et sur les esclaves qu'elle tient de son mari.

La première femme a ordinairement plus ou moins d'autorité sur les autres femmes ; elle leur commande aussi surtout pour les travaux, ménage et autres. C'est une autorité purement morale, s'il s'agit de femmes libres. La première femme ne commande pas sur tous les enfants.

Le fils aîné ne jouit pas d'une situation privilégiée; il est traité comme ses frères et n'a pas d'autorité sur eux. Tout au plus est-il l'objet d'une certaine distinction morale de la part de ses frères, qui l'appellent leur grand : « mukulu » ou « tutu ».

Le père consulte son père ou ses ancêtres et leur conseil a le plus grand poids sur sa conduite et sa décision. C'est ce qui fait la force des parentés oii le chef, l'ancêtre, est en réalité obéi par tous ses enfants, dans tous les cas oii la solidarité de la parenté est engagée.

L'oncle maternel, premier héritier (1), jouit dans la

(i) Le premier héritier est l'oncle, puis les frères du défunt ; après eux, et c'est le cas ordinaire, c'est le neveu, fils de la sœur, qui succède de droit à son

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famille d'une situation privilégiée, mais seulement dans certains cas, en cas de mort du père, par exemple, et à l'égard des enfants, de leur mère, des femmes de son frère, et de leurs biens. L'oncle maternel est le seul oncle que la langue connaisse, c'est l'oncle par excellence, « manseba ». On appelle tous les oncles maternels manseba; toutefois, l'aîné a une certaine prééminence honorifique. C'est le représentant authentique du sang de la mère.

Les autres oncles, frères du père, par exemple, s'appellent père^ « tata ». Ils n'ont pas d'importance spéciale. Quant aux sœurs de la mère, elles portent le nom de mères, « balolo ». Elles n'ont pas l'importance de leurs frères.

Le père n'a pas l'importance de la mère, sous le rapport de la descendance, parce que autant l'on est sûr que le fruit né de la mère lui appartient en propre, autant l'on peut douter que son mari soit le vrai père du nouveau-né.

La coutume ne prévoit pas de cause de déchéance du pouvoir paternel, à ce que je sache.

Cependant, si le père était accusé de maléfices, qu'adviendrait-il ?

L'accusation de maléfices est toujours suivie de la mort immédiate ou du poison d'épreuve dont la conséquence est presque toujours le bûcher, rarement la

oncle et non le fils au père. Pourquoi ? Voici ce que m'a raconté un Marungu : Kyomba, le premier homme connu, était devenu vieux. Ses fils résolurent de se débarrasser de sa personne. Ils creusèrent un trou profond au fond duquel ils piquèrent des lances à fleur du sol ; des herbes et du sable cachaient le piège. Ils invitèrent Kyomba à boire de la bière. Quant il fut ivre, ils l'emmenèrent vers le piège, où il tomba et se blessa à mort. Il eut encore la force de faire appeler les fils de sa sœur qui le retirèrent avec précaution du piège. En récompense il leur dit : « Je ne veux pas que mes fils me succèdent. Je vous donne toute mon autorité. » Depuis ce jour, la succession se fait par la ligne collatérale maternelle.

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déclaration d'innocence. Dans l'un et l'autre cas, la question de déchéance ne peut être posée.

Lorsque, par suite d'une circonstance quelconque, folie, par exemple, le père est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions de chef de famille, une solution est prise, en fait. Les gens de la famille ou du village, sans que cela résulte cependant d'une déclaration solennelle quelconque, le déposent. Si le fou est dangereux, on le chasse ou on le lie à un bois fourchu ; s'il est doux, on le laisse, on le soigne ou on s'en amuse, suivant les circonstances. Le fou trouve toujours à la maison sa nourriture ordinaire.

Ces caé de folie ne sont pas rares, surtout depuis que la maladie du sommeil exerce ses ravages. Fréquemment, à un certain degré du mal, la victime devient folle. Et les scènes dont je viens de parler aboutissent à ce fait que le père de famille n'exerce plus son autorité. Et puisqu'on parle de fous, je dirai que le fou est livré à lui-même; chacun se met en garde contre lui, pour ce qui le regarde personnellement. Le fou est exposé aux coups ; je n'ai pas vu de cas de mort ni de blessure très grave.

J'ai connu un adulte fou, pris sans doute par la folie des grandeurs, vivre seul au milieu de plusieurs dizaines de cabanes minuscules construites par lui dans la forêt : c'était son village. Il se promenait partout, et dévastait régulièrement les champs voisins, sans que personne songeât à le molester.

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J'ai connu une jeune fille folle, d'une folie joyeuse, couverte de plaies reçues des jeunes gens qui la bousculaient pour s'amuser.

Un jeune homme, fou de la maladie du sommeil, a pu voyager à travers les villages, vivant de rapines, sans autre mal que quelques horions.

Une femme, esclave, concubine de petit chef, mère d'un petit enfant, vivait de maraudes dans les champs, et dans les barrages de poissons, depuis plusieurs mois, au su de tous, quand je ramassai son enfant abandonné. Le mari propriétaire la laissa faire; il n'eut pour cela aucun désagrément de la part des personnes lésées. La folle n'avait pas encore reçu de flèches ni de coups de lances.

Une vieille, folle, mais tranquille, resta près de la hutte de son fils, sous un toit de paille, exposée au froid des nuits, peu vêtue, mais régulièrement nourrie par ses deux belles-filles, qui s'en amusaient, sans songer à ses douleurs. Son fils semblait lui être très attaché.

La tutelle est évidemment connue et pratiquée. En cas de mort du père, c'est le frère aîné du défunt qui prend la tutelle des mineurs; en cas de mort de la mère, c'est la sœur de la défunte qui a le premier droit, et qui, si elle est libre, vient souvent remplacer la défunte au foyer. Les enfants restent habituellement près des tuteurs, les filles jusqu'au mariage, les garçons jusqu'à ce qu'ils s'engagent comme clients, soit pour l'un et l'autre vers 12 ans en général.

Quand le père et la mère sont morts, les enfants tombent sous la tutelle du fils aîné de la sœur du père, à moins qu'ils n'aient d'autres frères.

La coutume oblige le tuteur à traiter, en principe, ses neveux comme ses enfants. Mais en fait ces petits mal-

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heureux sont souvent beaucoup moins bien traités. Leur oncle les pressure et, en cas de famine ou de dette insolvable, il ne rougira pas de les vendre, non seulement s'ils sont issus de femme esclave, mais même de parents libres.

J'ai connu bien des abus de pouvoirs des tuteurs. L'histoire suivante est un exemple :

C'était au mois de mars 1907. Je venais d'arriver à Mpala en compagnie de Sa Grandeur Mgr Roelens, et je me trouvais seul dans une chambre, occupé à écrire. Tout à coup je perçois le bruit d'un glissement de pieds devant la porte et, perçant ce léger froissement de la terre battue, une voix qui crie : « Hodi Bwana », Père, me voici ! « Karibu », approche ». C'est ainsi qu'on s'annonce au pays noir.

Un jeune garçon s'avance vers ma table et se plante devant moi sans dire un mot. Les tatouages qui traversent cette physionomie étrange semblent m'indiquer un Mluba, mais le sourire épanoui mélangé aux traits que la souffrance a burinés me conseillent de ne pas croire mes yeux.

— Eh bien, mon ami. que désires-tu?

— Père, je suis venu te saluer, voilà tout!... Tu sais bien qui je suis sans doute.

Cette dernière parole me saisit et tandis que mon regard parcourt en les décomposant tous les traits de cette figure enfantine, je m'efforce de rappeler et d'agencer mes souvenirs d'antan.

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— Mon ami, il me semble t'avoir vu quelque part, mais quant à te connaître, c'est autre chose; je viens à peine d'arriver.

— Père, regarde bien... tu me connais; je suis Kaite, ton élève de Lukulu.

Kaite! Lukulu!... C'est pour moi tout un monde de souvenirs qui s'éveillent et qui revivent et qui, loin de donner une solution au problème, ne fait qu'enlacer et exciter ma curiosité.

— Comment? tu es Kaite, fils de Kalunda ?... Mais je te croyais mort depuis longtemps, depuis au moins six ans.

— Non, père, je ne suis pas mort, mais j'ai été vendu en esclavage, puis racheté par les Pères de Mpala.

Le sourire franc et épanoui venait de se faner sous l'envahissement de quelques rides plus sombres et le ton de voix lui-même semblait présager que ces mots, bien courts pour une description de vie, cachaient un passé de cruelles souffrances.

— Père, écoute. Te rappelles-tu que quand je quittai l'école de Lukulu, mon père Kalunda venait de mourir et que tu lui avais donné le grand remède qui fait vivre là-bas, bien loin dans le beau pays oii il n'y a plus ni sorcier ni lion?... (11 parlait du ciel). Ma mère, tu le sais, était morte peu de temps auparavant.

— Oui, mon ami, maintenant que tu le dis, je me rappelle ces tristes événements ; mais raconte-moi ton histoire.

— Ma mère se nommait Yumba. Après sa mort, nous restions quatre de notre père : mon grand frère Mumba, deux petites sœurs Kiluba et Lumbwa et moi. Nous avions bien pleuré lorsque notre mère fut enterrée. Notre père aussi fut très triste; il devint malade et mourut. Il n'avait

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pas plutôt été enterré que les fils de sa sœur Kahutu et Simbi vinrent nous prendre et nous emmener. Moi je fus conduit par Kahutu ; Simbi prit mon frère Mumba. Mes deux petites sœurs avaient été autrefois déjà placées chez Kahutu par mon père lui-même, afin que sa femme en prît soin. Kahutu habitait au village de Kalemba, sur la rivière Luisi. C'est là que nous arrivâmes après trois jours de marche. Père, Kabemba, tu sais, c'est comme le beau pays dont les pères de Mpala m'ont parlé et dont le père de tous les hommes était « nyampara » (le paradis terrestre).

Kahutu m'aimait beaucoup et me chérissait comme son propre enfant; c'était Kaite qui portait les flèches de son cousin, c'était Kaite qui allait prendre le « mwita » qui devait assaisonner l'ugali du soir. Mes deux petites sœurs ne partageaient pas la tendresse de notre nouveau père; elles n'apparaissaient dans la case de Kahutu que comme deux poussins, partout gênant, partout tracassés. Etant trop jeunes et trop faibles pour manier même la plus légère pioche, elles ne pouvaient être employées qu'à chercher l'eau et piller le mil. Kahutu ne souffrit donc qu'avec peine la présence de Kiluba et de Lumbwe. Un jour Kahutu se fâcha contre elles et leur dit : « Allez-vous-en de ma maison, retournez à Lukulu, je suis fatigué de vous nourrir... » Kiluba et Lumbwe se mirent à pleurer n'osant se mettre en route à travers la forêt et moi aussi je pleurai à la pensée que mes deux sœurs allaient se perdre dans la

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brousse comme deux grains de maïs dans le pori. Rien n'y fit, Père, le shitani avait pris Tesprit de Kahutu et nos pleurs et nos supplications ne parvinrent pas à adoucir le cœur de ce sauvage. Kiluba et Lumbwe furent chassées.

— Ah! je comprends désormais le but de votre visite, Kaite; sachant que je rentrais de Lukulu, tu viens sans doute chercher des renseignements sur tes sœurs?

— Non, Père, Kiluba et Lumbwe n'ont jamais revu Lukulu. J'ai su depuis que des étrangers s'étaient emparés d'elles et les avaient vendues comme esclaves.

Père, Kahutu lui-même les a vendues pour s'enrichir et vivre sans travailler. N'osant les livrer lui-même par crainte des parents de ma mère, il a agi comme un serpent qui se glisse sournoisement dans l'herbe pour mieux surprendre et dévorer sa proie. Un groupe d'esclavagistes se tenaient cachés dans un épais fourré aux environs de notre village de Kabemba. Kahutu alla les y trouver et leur laissa moyennant trois chèvres la liberté de s'emparer de Kiluba et de Lumbwe. Kahutu, Père, c'était mon cousin, mais... c'était un sauvage.

La captivité de mes deux sœurs ne m'était pas encore connue quand Kahutu me dit un jour : « Kaite, je vais en voyage, viens avec moi. » Voyager, parcourir la forêt, visiter des pays inconnus, quel Mluba resterait insensible à un tel plaisir. J'en rêvais la nuit... n'aurais-je donc pas du « mwita » pour faire glisser l'ugali? et puis, que de choses je pourrais à mon retour raconter à mes camarades. Jamais antilope ne gambadait plus joyeuse à travers le pori que ne le fit Kaite sur les pas de son nouveau père. Nous marchâmes longtemps, très longtemps ; huit fois nous vîmes le soleil gravir les montagnes de rutumbwe, mais huit fois aussi il fallut me

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rouler dans ma natte plus près des fauves que de la danse et du pombe. Kahutu évita, à mon grand regret, de séjourner dans les villages et à chaque question que je lui posai il me répondit par un grognement sourd d'oii me revenait uniquement : « N'y allons pas, mon enfant, les gens y sont sauvages; ils te tueraient et te mangeraient... » A vrai dire, la perspective d'être mangé me fit frissonner et me blottit le plus près possible de Kahutu. Mais tout en renouvelant un regard peureux autour de moi, j'écoutais le tambour qui entraînait la danse et je regrettais ma portion de pombe.

Nous arrivâmes enfin chez Kataki dans l'Utumbwe. Ne connaissant pas les chemins et n'ayant aucun camarade pour me divertir, je partageai mon temps entre le sommeil et le repas. Cependant Kahutu et Kataki, retirés au fond de la case, parlèrent longtemps et à voix basse ; je ne pouvais deviner ce dont il s'agissait. Je me persuadais que Kahutu cherchait un travail rémunérateur, car depuis longtemps il convoitait quelque belle étoffe pour les jours de fête au village de Kalemba... jusqu'au moment où je vis des hommes du chef sortir et rapporter des houes, des étoffes et des perles. Alors seulement. Père, j'ai compris; Kahutu m'avait vendu. J'étais devenu esclave, moi,le fils de parents libres, un descendant de la famille du grand chef d'Urua. Je ne reverrais donc plus jamais le pays de mon père, je ne rentrerais plus à Lukulu. Vous dire ma douleur. Père, serait impossible ;

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je me mis à sangloter, et je pleurai tellement que je n'eus bientôt plus de larmes.

— Tu t'es donc enfui, Kaite... tu as échappé à Kataki?

— Non, Père, fuir était impossible; je ne connaissais pas le pays de la montagne et puis... un terrible Mtumbwe, un vrai shitani (démon) nous surveillait sans relâche, nous menaçant de nous assommer.

Le soleil ne s'était pas levé vingt fois que Kataki, craignant d'être accusé d'acheter des esclaves, m'amenait vers un autre village et m'y vendit à Kipoka. On m'y appela Bukomo.

J'appris alors qu'à quelques lieues de distance, à Mpala il y avait des Pères comme ceux de Lukulu- Sacré-Cœur, et qu'entre eux et nous, au village de Kipungwe ils avaient établi une école dirigée par des instituteurs-catéchistes. C'était un rayon d'espoir. Ne m'avait-on pas dit que les Pères de Mpala étaient les frères de ceux que j'ai vus en Urua ? Arriver chez eux, c'était donc la liberté; ils ne laisseraient pas aux mains des esclavagistes Kaite, leur ancien élève, le fils du grand chef. J'étais décidé à m'enfuir.

Moins de deux lunes après mon arrivée chez Kipoka, je profitai de l'obscurité pour quitter le village et me réfugier chez l'instituteur-catéchiste de Kipungwe. Malgré mon arrivée subite et tardive, le catéchiste m'accueillit avec d'autant plus de bienveillance que, disait-il, j'étais un esclave fugitif et un ancien élève des Pères de Lukulu. Le lendemain avant le soleil, nous arrivâmes à la mission de Mpala. Les larmes me sautèrent des yeux quand je vis le «grand» père venir à ma rencontre... Oui, c'était bien le frère de ceux qui étaient à Lukulu, et qui avaient soigné mon père et ma mère. Je le reconnus à son bel habit blanc, à son rosaire...

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Mais voudrait-il bien me recevoir et payer ma rançon dans le cas oii le barbare Kipoka viendrait me réclamer? On les disait bons et charitables pour les nègres, mais pourraient-ils employer leurs étoffes et leurs perles pour racheter un Mluba? Père, mon cœur est coupé : l'espoir me faisait sourire tandis que la défiance me faisait suivre tous les gestes et mouvements de ce blanc à longue barbe. Il me fit manger, m'habilla et me plaça parmi les enfants rachetés de l'esclavage.

Comme je l'avais craint, Kipoka s'était mis à ma poursuite et vint quelques jours plus tard réclamer son bien. Je ne l'avais pas plutôt aperçu que je me mis à trembler de tous mes membres... je courus me cacher au fond de la barza : le Père allait me livrer à mon maître...

... Oui, me dis-je, en sanglotant, voilà qu'on vient me prendre!... Père! Père! m'écriai-je sans m'apercevoir qu'ainsi je me faisais découvrir. Père, ne me laisse pas entre les mains de ce chef ; il me frappera, il me vendra au loin... Personne ne répondit à mes supplications, mais je revis bientôt Kipoka traverser la cour... l'air joyeux et souriant : les pères lui avaient donné des étoffes et des perles... J'étais libre... le Père avait eu pitié de moi; on me l'avait dit, il aimait beaucoup les Baluba.

— Tu vois donc Kaite,repris-je, que le Dieu des blancs est bon, puisqu'il a envoyé des prêtres pour te délivrer...

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— Oui, Père, le Dieu que vous adorez est bon ; bien souvent j'avais prié et supplié Kabezya Npungu, le grand protecteur de TUrua, de me rendre la liberté et de me laisser rentrer à Lukulu, mais toujours Kabezya demeura sourd...; je restais esclave, moi le fils de Kalunda.

— Et qu'as-tu fait pour rendre au bon Dieu des chrétiens le grand bienfait qu'il t'a accordé?

— Je me suis fait chrétien; je veux aimer le Dieu des Pères et demeurer avec eux... Ils m'ont racheté... ne suis-je donc pas leur enfant?... Ecoute, Père, je n'ai pas tout dit.

Quelques jours plus tard c'était dimanche. Je reçus un habit blanc, et j'allai avec mes compagnons à la messe. Comme tu sais. Père, les garçons sont placés d'un côté, les filles de l'autre. On me mit au premier rang, afin que moi aussi j'essaie de chanter. Mais je ne savais encore rien, je sortais de chez les sauvages. Après la messe, nous nous mîmes tous à jouer dans la cour, un jeu que les Pères avaient apporté de Ulaya (Europe). Je me tenais près de la porte d'entrée lorsque je vis pénétrer deux jeunes filles de chez les sœurs : toutes deux revêtues d'un bel habit blanc. Leur vue me fit frissonner... N'était-ce pas des femmes de chez Kipoka? Pour maîtriser mon effroi et détourner leur attention, je me jetai parmi mes camarades ; mais tout en jouant, je les regardai du coin de l'œil, tâchant de bien me tenir. Elles s'arrêtent en face de moi et me regardent sans mot dire, puis tout à coup elles se mettent à sangloter. Un rire universel de mes camarades répond à ces pleurs...; je ris aussi pour masquer ma frayeur. Elles s'approchent davantage... « Frère Kaite! Frère Kaite... c'est toi? » Surpris d'entendre mon nom (car ici, j'avais conservé le nom de Bukomo), je les inspecte mieux...

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ce sont mes deux sœurs Kiluba et Lumbwe. O Père, que j'étais content! Je courus avertir le Père Supérieur, et nous pûmes parler ensemble. Nous ne faisons cependant que nous regarder : il y avait si longtemps qu'on s'était rencontré, là-bas à Kabemba. Mes sœurs, je vous l'ai dit. Père, avaient été vendues à des étrangers. Ceux-ci étaient allés les présenter aux missionnaires de Luisi St-Lambert, qui les ont rachetées et envoyées chez les sœurs de Mpala.

Depuis nous sommes tous chrétiens, moi je m'appelle Yusuîu (Joseph), Kiluba a reçu au baptême le nom de Margarita, Lumbwe, celui d'Irma. Voilà, Père, j'ai dit ! ! Ce soir quand mes sœurs viendront au salut je leur dirai de venir te voir.

— Et qu'est devenu ton frère Mumba?

— Père, nous ne savons pas. Il a été donné en cadeau à un chef; il est donc esclave. C'est tout ce que je puis vous en dire.

Le soir, comme Kaite l'avait dit, je reçus la visite des deux sœurs. Leur mine prospère, leur allure proprette disaient assez leur bonheur. L'aînée, Margarita, venait de se marier à un chrétien du village de la mission; Irma était encore chez les sœurs. Cependant, au bracelet qui pendait à son bras, je vis qu'elle ne tarderait pas à imiter son aînée et qu'elle irait à son tour fonder une famille chrétienne. En les congédiant, je ne pus m'empêcher de donner libre cours aux sentiments de reconnaissance qui s'échappaient de mon âme, vers le Dieu des pauvres et des humbles. P. Colle.

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C — Vie Familiale.

d) Famille.

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