BANQUE DE NANCY
de l’autre maison (119.000.000 fr. contre 306.000 .000 fr.).
La faible étendue de sa clientèle, son manque de guichets, ne lui permettent guère de faire d'émissions particulières.Mais la force de sa publicité,plus grande que celle du Comptoir de Nancy (r),lui facilite le placement des valeurs locales quand ses concurrents veulent bien lui céder des titres. Elle prend surtout part aux souscriptions ouvertes à la Société Centrale des banques de province et dans certains grands établissements de crédit.
Malgré ses progrès, elle ne joue donc encore qu'un rôle restreint dans les affaires de banque lorraines. Elle n’a pas complètement perdu le caractère d'agence de bourse qu'elle avait eu exclusivement dans les deux premières
années de son existence.
(1) Elle rédige le Bulletin de l'Impartial de PEst qui tire à 40 000 exemplaires,tandis que la banque Lévy-Bettinger rédige celui de l’£toile de l'Est qui tire à 18.000 exemplaires.
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Nous venons de voir l’œuvre passée des banques lorraines. L'augmentation rapide de leur capital et de leur chiffre d’affaires, la force de leur publicité, le montant de leurs émissions, tout dénote leur grande et progressive activité. Sans vouloir enlever aux hommes la part légitime de succès qui leur revient, il convient de reconnaître qu'ils ont été aidés singulièrement par le milieu. L’essor économique de la région est la cause fondamentale de l'existence même et du développement des banques lorraines. L'absence de bourse à Nancy leur a permis de dominer le marché financier, d'acquérir et de conserver une hégémonie dont elles sont jalouses, et que leurs confrères n'ont pas dans d’autres grands centres industriels,
On peut se demantler si cette situation privilégiée subsistera et si cette marche en avant continuera avec la même rapidité.
Les grandes sociétés métallurgiques, imitant les Compagnies de chemins de fer et les charbonnages, commencent à se passer de l'intermédiaire des banques pour placer
leurs emprunts (1). Elles trouvent facilement preneur
(1) Les aciéries de Longwy, en 1910, ont placé directement un emprunt de 6 millions d'obligations. Les trois quarts étaient réservés J, —9
parmi leurs actionnaires et obligataires, et sur les bourses de Paris et de Bruxelles où leurs titres jouissent d'une faveur exceptionnelle (1). Même des entreprises de moindre importance (2) suivent cet exemple. Elles réussissent, car les capitalistes de la région, peu enclins d’abord à s’intéresser aux industries locales, ont fait leur éducation. Le succès de leurs premiers placements les a rendus confiants. Les nombreux éléments d’information que les banques ont répandus, leur ont permis de connaître et d'étudier les différentes affaires. Aujourd'hui, celles qui prospèrent n'ont pas besoin de leur être recommandées. Îls vont d'eux-mêmes leur porter des fonds. Sans doute, cette pratique de l'émission directe est réservée aux maisons qui ont un crédit de premier ordre ; et, en admettant qu'elle ne puisse pas se renouveler fréquemment pour une même société, les banques lorraines ne perdraient pas beaucoup de ce chef. Mais une question plus large se pose : continueront-elles leurs progrès.
Leur avenir est lié à celui du bassin de Briey. On fonde, en général, dés grandes espérances sur celui-ci. Certains auteurs prévoient une extraction annuelle de 20.000.000
de tonnes, lorsque tous les puits en fonçage seront en aux actionnaires et obligataires. L'admission à la cote de Paris et de Bruxelles a été obtenue. Le rapport du conseil d'administration du 23 août 1910, conslale le succès complet de cette émission. — V. Rapport, p. 8.
(1) Les actions des aciéries de l'Est sont capitalisées à 3, 50 0/0, alors que leurs obligations rapportent 40/0 nets d'impôts.
(2) En 1909, la commandite Gailly frères et Cie ; en 1910, la brasserie de Champigneulles.
CONCLUSION Tor
pleine exploitation. L'emploi de cette énorme masse de matière première n’est pas sans inquiéter les industriels de L'Est (1). Deux solutions peuvent être envisagées : l'exportation du minerai, l'augmentation de la production métallurgique française.
On compte beaucoup sur les débouchés des marchés belge, luxembourgeois et allemand, qui importent déjà des quantités plus grandes chaque année. On parle même du marché anglais si le canal de la Chiers à l'Escaut est creusé. Mais de nouveaux gisements (2) pourraient y faire concurrence à celui de Briey. Si cette éventualité ne se réalise pas, comme un certain nombre de grandes aciéries belges, allemandes et luxembourgeoises ont des par- Licipations assez importantes dans des concessions encore inexploitées, le jour où les travaux de premier élablissement seront terminés, elles suffiront peut-être elles-mêmes à leurs propres besoins. En tout cas, il est à craindre que leurs achats supplémentaires n'arrivent pas à absorber les stocks de minerai disponibles sur le carreau des mines. |
Il faudrait, pour les utiliser, augmenter Ia production nationale de la fonte et de l'acier. La consommation de ces mélaux n'est guère susceptible de s'accroître en France. D'ailleurs des maisons étrangères viennent établir des usines dans l'Ouest et menaçent de prendre une place im-
(1) Discours de M. Cavallier. — Cf. Bulletin de la Chambre de
commerce de Nancy, septembre-octobre 1909.
(2) L'Ouenza, le bassin normand.
portante parmi les plus grands producteurs (1). IL serait donc nécessaire d'exporter. Mais sur les marchés extérieurs, notre métallurgie est dans un état d'infériorité certaine vis-à-vis de ses concurrents allemands qui possè-, dent à la fois la houille et le fer. Ce sont eux qui règlent le prix de revient de nos usines, que le manque de charbon rend tributaires du syndicat des cokes de Westphalie, Cette situation ne peut se modifier, à moins que les échanges de concessions avec les industriels de la Ruhr ne se développent, ou qu'un consortium des mines de fer n’essaye vis-à-vis des maîtres de forges rhénans, la politique que pratique le syndicat d'Essen à l'égard de la sidérurgie française.
Devant ces incertitudes, on peut se demander si la méthode suivie dans la mise en valeur du bassin de Briey a été la meilleure. Au lieu de multiplier le nombre des sociétés, il eût peut-être été préférable, dans les limites de la loi, de constituer quelques puissants sièges d'extraction, Le capital de premier établissement plus faible, aurait été moins difficile à rémunérer, et la surproduction ne serait pas à craindre. Les nombreux puits qui sont forés, vont nécessiter, pour leur achèvement, des centaines de millions. L’effort financier ne répondra peut-être pas entiè-
rement aux espoirs actuels.
(4) M. Thyssen, a constitué le 30 mai 1910, la Société des hauts fourneaux de Caen après avoir, il y a 6 ans, acheté les concessions de Batilly el de Jouaville, et aurait l'intention d'élever dix hauts fourneaux à Caen pour exploiter le minerai de la concession normande de Dielette, — Voir l'/nformalion du 30 juillet 1910.
En tous cas, il donnera pendant quelques années encore un vaste champ d'activité aux banques lorraines. Cellesci, d’ailleurs, trouveront aussi des éléments d'action nouveaux dans la création des usines électriques (1), dans les vallées de la région. Mais quand elles auront lancé ces affaires, quand elles rayonneront sur tous les départements, qui forment le prolongement direct du bassin de Longwy-Briey, les banques lorraines, tout en conservant leur caractère particulier, seront naturellement amenées, pour utiliser les appuis financiers qu'elles rencontrent de plus en plus nombreux auprès des capitalistes étrangers à la contrée (2), à chercher des opérations plus fréquentes en dehors de l'Est, et à essayer, comme leurs confrères du Nord, de Lyon et de Marseille, d'acquérir une place sur le marché de Paris.
(1) La Compagnie générale d'électricité vient de décider la création d’une filiale autonome à Nancy pour remplacer la succursale actuelle et étendre son champ d’action en Lorraine.
(2) L'émission des nouvelles actions de la banque Renauld a été
couverte en grande partie par des souscripteurs étrangers à la région, — Voir Circulaire Renauld du 30 juillet 1910.
Vu:
Le Président de la thèse, P. CAUWÈS.
Vu Le Doyen, P. CAUWÈES
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, L. LIARD.