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Un siècle avant le Christ, trois cent mille Germains, chassés des rives de la Baltique par le débordement de la mer, se ruèrent sur le mondé romain. Incendiant les cités, exterminant les légions, semant partout la ruine et l'épouvante, les
Teutons passèrent comme un torrent à travers la Gaule dévastée.
Sous les murs d'Orange, investie de tous côtés par les hordes germaniques, l'armée romaine des consuls Scaurus et Euryale se défend en désespérée. Le Théâtre, mieux protégé, semble-t-il, par la masse géante de ses murs, est devenu la dernière citadelle des Dieux Lares et de l'autel où brüle le Feu sacré. Confiante dans les présages de Vesta, qui promettent la délivrance de la ville, la grandeprêtresse Floria groupe autour d'elle les enfants, les femmes et les vierges du culte vénéré. Leurs prières implorent le ciel, tandis que le Veilleur décrit les phases du combat suprême, de plus en plus meurtrier pour les Romains, et rappelle avec terreur la férocité des assaïllants.
Floria espère que les Barbares, adorateurs du Feu, le respecteront sur l'autel de Vesta. Livie, exaltant la valeur d'Euryale, son époux, partage la confiance de la prêtresse et ne veut prévoir que la victoire des légions romaines jusqu’au moment où le Veilleur annonce la chute du consul, dont Scaurus rapporte le corps ensanglanté. Blessé, débordé de toutes parts, le chef survivant conseille aux femmes de s'enfuir, tandis qu'avec une poignée de héros, il va se faire tuer au seuil de la poterne voisine, pour donner aux Gallo-Romaines le temps de gagner la campagne et de se soustraire au trépas.
Livie, altérée de vengeance, cherche à connaître le nom du meurtrier d'Euryale; dans la confusion de l'assaut, nul ne l'a remarqué ; sur le corps du consul, elle jure de le découvrir elle-même et de le frapper de sa propre main.
Floria, cependant, arrête la panique des femmes et les groupe autour
de l'autel de Vesta. Triomphant de la vaine résistance de Scaurus, les Barbares
d'Hildibrath envahissent le Théâtre et se jettent sur les Vestales, le glaive au poing, à travers les clameurs du massacre et les lueurs de l'incendie.
Survient alors Marcomir, leur chef redouté ; il ne les arrête un instant que pour confirmer l’ordre meurtrier d'Hildibrath et se ruer, à leur tête, contre l'autel de Vesta.
Mais Floria a fait un geste vers le foyer sacré, d'où jaillissent soudain de hautes flammes. Les Barbares reculent devant cette manifestation du dieu du Feu, qu'ils adorent sous le nom de Thor... Marcomir, subjugué par la fière beauté de Floria, l'interroge avec douceur et chasse ses guerriers de l'asile, interdit à leurs fureurs jusqu’à ce qu'il ait fixé le sort des femmes épargnées.
La vierge et le héros germain se contemplent en silence.
La nuit descend sur le Théâtre, où dorment les enfants, les femmes et les Vestales de Floria ; seule, Livie se lamente, exaspérée de vengeance et de deuil.
Floria, qui voudrait l'exhorter à plus de résignation, attribue à Vesta la clémence des Barbares : la veuve d'Euryale y reconnait l'intervention de Vénus, dont le caprice inspira à Marcomir une passion soudaine pour la vierge, troublée elle-même à son insu.
L'arrivée de Scaurus remet en question le salut des Romaines : le blessé, revenu à lui sous un monceau de morts, s'est glissé dans le Théâtre, pour y rallier les femmes et les guider, par un sentier sûr, vers les légions hbératrices, descendues des Alpes. Floria refuse d'organiser cette fuite aventureuse : elle croit à la parole de Marcomir ; ses compagnes l'approuvent, ainsi que Livie, retenue à Orange par les devoirs funèbres qu'elle doit rendre à son époux.
Mais Scaurus, reconnu et suivi par les sentinelles germaines, se livre à Hildibrath, qui s’apprète à l'égorger hors du temple. Floria, épouvantée, appelle Marcomir ; il accourt, accorde à la prêtresse la grâce de Scaurus, malgré les imprécations du captif qui redoute, sous tant de docilité, quelque projet ténébreux.
Le Barbare, en effet, demeuré seul avec la prêtresse qu’il n’a pu revoir avec indifférence, justifie les craintes de Scaurus : il a sauvé les Romaines et la vierge, donné, pour lui plaire, la vie et la liberté à son prisonnier ; mais il attend la récompense que mérite son amour : ce sera le gage suprème du salut des femmes et des enfants.
Floria s’alarme, s'indigne en vain contre Marcomir. Résolu, il annonce les
suites fatales de l'orgie des vainqueurs, l’égorgement des survivantes et de la
vestale elle-même. Si elle se donne à lui, c’est, pour la ville entière, la délivrance immédiate.
Dans sa détresse, Floria invoque son vœu sacré et la générosité du Germain ; les clameurs des Barbares grandissent, glaçant son cœur, où s’éveillent des sentiments confus. Marcomir lui reproche un égoïsme qui va livrer ses sœurs aux
flammes et au massacre. L'indignation de la vierge épuise ses dernières résistan-
ces ; la clameur de mort emplit la cité... Floria, éperdue de terreur, cède enfin et consent à racheter la vie de ses compagnes.….
Marcomir rappelle Hildibrath, lui donne ses ordres, exécutés aussitôt ; la ville retombe dans le silence ; au point du jour, les envahisseurs la quitteront, sans l'avoir livrée aux flammes.
Alors, sous le ciel rasséréné, l'entretien du héros et de la vestale révèle à celle-c1 la délicatesse magnanime de Marcomir : dépouillé de sa rudesse originelle, conquis par le charme ineffable de Floria, il ne veut plus se réclamer auprès d’elle du serment qu'elle a prononcé.
Et c'est d'elle seule qu'il l'obtient, lorsque le trouble de Floria, sa reconnaissance, l'amour enfin, triomphant des derniers scrupules de la vierge, l'abandon-
nent, confiante, aux bras de son vainqueur.
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Au point du jour, les Barbares quittent Orange, emportant le butin, mais respectant les demeures et les habitants, qui n’osent croire encore à leur délivrance. Scaurus la leur confirme et fait organiser les sacrifices aux dieux libérateurs, parmi les réjouissances populaires, les danses et les jeux, ordonnés selon les rythmes latins, terminés par une pittoresque « farandole ».
La foule s'incline alors devant Floria : mais ignorant qu'elle lui doit son salut, à la nouvelle que la grande prêtresse abandonne le culte austère de Vesta pour suivre Marcomir, son époux, dans le camp barbare, elle proteste et s'indigne. Scaurus lui apprend le sacrifice de la vierge et toute la ville se prosterne, dans un élan de gratitude unanime, aux genoux de la libératrice.
Marcomir vient donner à Floria le signal du départ et la confier à son escorte ; mais, d'abord, il rend à Scaurus la dignité suprème. Toutes les Vestales veulent suivre Floria qui ne consent à emmener, parmi les hasards de l'invasion, que la malheureuse Livie. Celle-ci, occupée des solennelles funérailles de son époux songe toujours en secret à retrouver, au milieu des Barbares, le meurtrier d'Euryale et à l'immoler de sa propre main.
Alors, durant le defilé du cortège funèbre, Floria apprend que le vainqueur
d'Euryale n'est autre que Marcomir; elle connaît le dessein tragique de Livie et
l'éloignera de son époux. Son angoisse, son refus brusque d'emmener l'infortunée après qu'elle venait de consentir à la prendre, un mouvement instinctif de la jeune femme pour s'interposer entre le Barbare et la veuve d'Euryale, armée du javelot qu’elle a retiré de son corps ensanglanté, font pressentir à celle-ci que Marcomir pourrait être le meurtrier qu'elle cherche. Elle s'en assure par un stratagème, — en accusant le vainqueur inconnu d'avoir frappé le consul par trahison, dans le dos.
— « Tu mens !... c'était au cœur ! » s’écrie le Barbare indigné, dans un aveu décisif. —- « Au cœur donc ! » riposte Livie, en le frappant à son tour.
Et la mort de Marcomir venge à la fois le trépas d'Euryale et l’outrage de
Cypris à Vesta.
de
-SAENS
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