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LE RACOLEUR

On sait que, dans ces derniers temps,

S'est établie en Allemagne

Une ligue de militants

Pour faire une active campagne

Contre les crimes inédits Que la France, l'âme légère, Laisse commettre à des bandits Dans la légion étrangère.

Un gros bonnet du comité, Dont la bourse égale la panse, A même, ô générosité !

Promis cent marks de récompense

A qui mettrait en son pouvoir Un de ces agents légendaires Qu'un bon ligueur partout croit voir, Racolant des léuionnaires.

Or, à Bade, le mois dernier, Teint fleuri, visage fadasse.

S'arrêtait la fleur du panier Des riches immigrés d'Alsace.

A riiùtel, pendant le repas, 11 remarqua i)rcs de sa table Quelques soldats, — oui, des soldats l Oh ! quel exemple lamentable ! —

Qui, tout haut, causaient en français ! Du français ! mais c'était un crime I Notre Allemand, dans un accès De colère bien légitime

Qui lui coupa net l'appétit,

— On mange peu quand on s'emporte

Se leva de table et sortit

Pour les attendre sur la porte ;

Car, si franc qu'il fût du collier, Il n'osait, de peur d'un scandale Dont se fut froissé l'hôtelier, Les apostropher dans la salle.

Comme il déclarait carrément Aux coupables qu'un militaire Doit toujours parler allemand.

Du moins en public, ou se taire,

Et que ceux-ci, des Strasbourgeois, Gais lurons prompts à la parade, En bon français, d'un air narquois.

Répondaient à son algarade,

Le brave hôte, entendant de loin Le son de la langue proscrite, S'imagina — sur pareil point L'iraa<;ination va vite —

Que ce gros bonhomme ventru, Malgré sa tudesque apparence, Devait être — qui donc l'eût cru ? — Un racoleur venu de France.

Sans rien dire de ses soupçons, Tout près de la porte il se glisse En chargeant un de ses garçons D'aller lui chercher la police.

Bientôt accourent trois agents Auxquels il explique les choses ; Ces messieurs, trop intelligents Pour ne pas voir le pot aux roses.

S'emparent du dit racoleur.

— Il proteste. — « Pas de riposte ! »

Et voilà que, fou de fureur,

Ils vous le conduisent au poste.

Là, le malheureux, de nouveau, A pleins poumons crie à la fable, S'indigne, beugle comme un veau La police est inexorable .

Eh bien 1 qu'on aille à son hôtel Et qu'on apporte sa valise !

Lui, racoleur ! Il est un tel.

Il a des papiers, qu'on les lise!

Le commissaire voulut bien Accéder à cette requête, Et la valise, eu moins de rien, Fut sur la table, toute prèle.

Silencieux mais goguenard, 11 se mit alors à sourire, Et, l'ouvrant sans [)lus de retard, Sorlit les papiers pour les lii*e.

Mais à peine eut-il commencé, D'un air important, sa lecture Devant son ca[)lir courroucé, Qu'il fut tout en déconlilure.

Penaud, jusqu'au sol s'incliuant,

De [)lates excuses proiligue,

Il l'éhu'git inconliiifut :

— C'était un nicnihro Ac la Li^uo !

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