‹ Les barons de FelsheimChapitre 10 sur 14 · Tome IF. D · texte numérisé non relu

Tome IF. D

Cependant quand il eut charbonné ses quatre murailles , qu'il eut lu et relu ses madrigaux , il s'ennuya de ses illustres romains : on s'ennuie de tout , quelquefois même de sa maîtresse. Depuis plusieurs années, il n'avait d'autre occupation que de bâiller en regardant sa porte , et de maudire les lois qui la tenaient fermée.

Elle s'entr'ouvrit un matin , non à la liberté , mais à un jeune homme beau , aimable et instruit , qui demandait, comme par grâce, la permission de venir quelquefois désennuyer le vieux reclus. L'offre fut reçue avec transport : il n'est pas de demi-jouissance pour les malheureux.

Tous les jours Charles et Fridberg passaient quatre heures ensemble ; ils parlaient de leurs disgrâces , et sur-tout de leurs espérances. Charles écoutait complaisamment des projets de réforme qui n'étaient ni raison-

jiables ni raisonnes ; Fridberg souriait aux peintures naïves des amours de Charles et des charmes de Baltide. Bientôt, malgré la disproportion d'âge, ils se lièrent d'une amitié intime ; rien comme l'infortune ne rapproche les hommes. Le jeune page trouva roccasion de s'attacher Fridberg par la reconnaissance. L'histoire romaine tombait tous les jours de la muraille sur le carreau ; Charles la fît passer en superbe coulée sur papier de Hollande. Il en dessina les tableaux avec cette grâce qu'il savait mettre à tout , et l'auteur charmé ne douta plus que son ouvrage ne fît un jour l'admiration de la postérité , et il en aima davantage l'aimable jeune homme qui le sauvait de l'oubH.

Charles n'était pas tout- à -fait à plaindre. Sa correspondance, les soins de Brandt , la conversation souvent piquante de Fridberg, la faciUté de

leur parler sans cesse de sa douce amie , tout s'accordait à rendre sa situation aussi tolérable que peut Télre celle d'un prisonnier dont le cœur ardent franchit à chaque instant lesgrilles et les murs qui l'environnent. Baltide, à beaucoup près, n'était pas aussi heureuse; la pauvre enfant n'avait personne à qui confier ses peines t elle ne voyait Brandt qu'à la dérobée, et elle craignait de lui parler , de peur de le rendre suspect.

Cependant il y avait un grand mois que la terrasse lui était interdite , que le silence et les privations étaient son" unique partage. Le& lettres de Charles ne la soutenaient plus , elles la brûlaient. A la faveur des dissipations , une fille sage s'étourdit dans le monde sur ce que son état a de pénible; mais à Spandaw, de quoi s'occuper , si ce n'était de Charles ?

et comment penser sans cesse à lui , «ans penser eu mcme temps aux

ift05'ens de le revoir ? La crainte de ses parens, le joug des bienséances, l'arrêtèrent quelques jours. L'amour parla plus haut que tout cela : on lui cède à tout âge , on ne lui résiste pas à quinze ans. Baltide ne pouvait conférer avec Brandt : elle lui écrivit. Son plan n^avait pas le sens commun , mais elle le trouvait admirable : au reste, le voilà tel qu'elle l'avait conçu.

La terrasse n'était élevée au-dessus de la cour que de sept à huit pieds : un jeune homme leste franchit cela aisément. La grille de la croisée était enchâssée dans un dormant de chêne à-peu près pourri 5 on pouvait faire une entaille en avant d'un des barreaux, le dégager, le démonter, et une pièce adroitement rapportée , devait remettre tout dans son premier état, et tromper les yeux les plus exercés 5 d'ailleurs on était sûr du concierge , et il avait le droit ex4

clusif de visiter les sertures et les grilles. ç>

La chambre de Baltide donnait sur la cour ; une croisée qui s'ouvrait sans bruit, était peu élevée, et au-dessous on avait construit une loge en treillage, dont l'usage avait souvent varié, mais qui renfermait alors de tendres tourterelles que nourrissait Ballide, et dont les caresses langoureuses lui peignaient le bonheur suprême, et lui donnaient sans cesse à penser.

Ce treillage , asile des amours , favoriserait son amant. Charles y monterait , la fenêtre s'ouvrirait , on se parlerait bien bas , Baltide avancerait sa main, Charles la saisirait peut-être; il la presserait , la baiserait , la baiserait encore. S'il baisait celle de Baltide, Baltide aussi pourrait baiser la sienne , et l'innocence présiderait à cette scène de délices.

Telles étaient les idées que Ton confiait à Brandt. Le bonhomme n'en-

tendait rien à tous ces rafinemens , mais son gros bon sens jugeait assez sainement des choses. Il sentait les dangers que Charles aurait à courir pour parvenir jusqu'à mademoiselle Baltide; il pouvait être vu du factionnaire de la tourelle, recevoir un coup de fusil, se blesser lui-même en sortant ou en rentrant, être surpris par le commandant; et courir tant de hasards pour dire qu'on aime, pour s'entendre dire qu'on est aimé , lui semblait le comble de la démence.

Il se promit bien de ne pas se prêter à de semblables folies -, mais il était un peu bavard : il eut l'indiscrétion de parler à Charles des fantaisies de Raltide , et celui-ci prit feu dès la première ouverture. Il ne voyait rien que de facile dans le plan de sa jeune amie ^ il levait toutes les difficultés , il détruisait toutes les objections ; il priait , il suppliait , il conjurait , et Brandt ne savait pas

résister à cela. Le bonhomme, à demivaincu, ne savait plus que répondre.

Charles proposa de s'en rapporter à monsieur Fridberg , et Brandt accepta l'arbitrage. Le vieux Baron fut facile à persuader; il aimait Charles de tout son coeur, et son intérêt personnel entra pour quelque chose dans sa décision. Les vignettes de son histoire romaine n'étaient pas terminées, et il pouvait être dangereux d'indisposer son peintre : voilà les hommes.

Monsieur Fridberg décida que Charles pouvait. converser avec sa future. Dans la journée, l'aimable espiègle eut un ciseau et un maillet, et le soir même tout était disposé pour l'excursion nocturne.

On n'était convenu ni de la nuit qu'on choisirait , ni du signal que donnerait Baltide. Il faisait ce sgirlà un clair de lune effrayant. Cependant il y avait trente jours , trente jours éternels que Charles n'avait

parlé

parlé à sa maîtresse, et il ne voyait que la possibilité de s'en rapprocher.

Elle n'était pas prévenue; mais on jetérait de petits cailloux à sa croisée; elle entendrait, et ouvrirait. Pourquoi remettre au lendemain , quand on peut jouir à l'instant même, et comment résister à la tentation ? L'impatience l'emporta sur la prudence et la raison.

Charles déplace son barreau, il se glisse, il fait un effort, et le voilà sur la terrasse, en petite veste et eu pantalon blanc. La couleur n'était pas favorable pour le temps qu'il faisait; mais quand la tête est montée, on ne calcule rien. Il est aperçu de la tourelle; le factionnaire fait un mouvement. Charles, qui a l'oreille et l'œil au guet, voit qu'il est découyert, il s'arrête : le soldat et lui s'observent mutuellement. La sentinelle ne conçoit pas que monsieur Blumenthal se promène en veste à Tome IF. E

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l'hetire qu'il est; Charles ne conçoit pas davantage l'inaction de la sentinelle : il s'enhardit, il avance, il met les tilleuls entre l'observateur et lui.

Il approche du mur, il s'assied sur le bord, se suspend à un bras , et se laisse couler dans la cour. Le saut n'était pas périlleux, mais il y avait assez d'élévation pour qu'on ne put remonter sans secours. Charles en fit la remarque quand il fut en bas : il était bien temps ! Voilà les amoureux. Que faire cependant ? il faut aller en avant, quand on ne peut reculer. Il y avait peut-être quelqu'échelle , et Baltide seule pouvait la lui indiquer. Charles^ ramasse un tuileau ; il croit le jeter doucement , il le lance avec force ; le trouble du moment lui dérange la main; le. malheureux tuileau frappe dans les vitres de la chambre voisine, et les brise : c'étaient celles de monsieur Blumenlhal.

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L'ofRcier, son épouse, Baltide, Suzanne , se réveillent en sursaut , et sautent de leurs lits. Charles, effrayé de la rumeur qui passe de chambre en chambre, se jette dans la loge, et se tapit avec les tourterelles. Il avait à peine refermé la porte , qu'il entend ouvrir toutes les croisées. Le commandant avait trouvé le tuileau au ba»

de la sienne, et regardait d'où le coup pouvait être parti : il s'épuisait en conjectures, pendant que Baltide, qui soupçonnait la vérité, tremblait comme la feuille.

Monsieur Blumenthal , las de conjecturer, se remit au lit : Baltide, qui ne vit personne dans la cour ni sur la terrasse , se rassura , et se rendormit. Suzanne , qui croyait aux revenans, passa le reste de la nuit en prières. Charles cherchait quelques moyens de rentrer dans sa prison : il n'en trouvait pas , il se désolait, non pour lui 5 mais Baltide se-

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rait convaincue d'être d'intelligence, et il était affreux de compromettre Baltide.

Il fatiguait son imagination de toutes les manières possibles, et n'était pas plus avancé. Il se rappela enfin d'avoir entrevu une grille qui fermait les degrés par où l'on montait à la terrasse : cette grille était traversée et soutenue par d'autres barres de fer peu éloignées les unes des autres. Il n'y avait qu'un parti 4 prendre, c'était de franchir cette barrière, et il n'y avait pas de temps à perdre : deux heures encore, et le jour allait poindre. Charles sort bien doucement de la loge hospitalière, il s'avance vers les degrés, il monte, il s'élance après la grille : déjà il en touche le faîte 5 il écoute, un silence profond règne par-tout j il se croit certain de regagner sa chambre , et de ne laisser nulle trace de son excursion.

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Mais le mur dans lequel était scellé la grille, avait considérablement vieilli. Du côté de la terrasse, il était chargé de terre sur toute la hauteur, et l'humidité l'avait miné de toutes parts. L'élan que prend Charles, pour sauter de la cour dans le jardin, donne une secousse violente 'y le plâtre décomposé se détache, la grille surchargée vacille; Charles , soutenu sur un pied , le corps et les bras en avant, sent toutà-coup la grille manquer sous lui ; elte penche, elle l'écrase, elle l'entraîne, elle tombe avec un fracas épouvantable : il est trop heureux de n'être pas écrasé.

L'alarme se répand de nouveau au gouvernement. Suzaime, qui ne s'est pas recouchée, est la première à sa croisée : elle voit un grand fantôme blanc qui semble sortir de dessous terre, et qui s'envole pardessus les tilleuls. C'était le malheu-

reux page qui se dégageait des ruinas du vieux mur , et qui , clopin dopant, rentrait dans sa prison, sans prendre garde aux qui vive multipliés du factionnaire de la tourelle, qui ne savait que penser de tout ce tintamarre. Le barreau est remis à sa place; Charles se jette dans son lit, moulu, brisé, mais sans blessure, et désespéré du triste succès de son entreprise.

Cependant Suzanne assurait à monsieur et à madame Blumenthal qu'elle avait vu le diable, et très-distincte* ment. Sur la description qu'elle ett iltj Baltide devina quel était le charmant diablotin qui effrayait les bonnes âmes. Son père , qui ne croyait pas aux diableries , ne douta point que ses prisonniers n'eussent conçu un projet de rébellion , d'évasion , et qu'ils n'eus* sent procédé à l'exécution.

Il s'habille à la hâte, il fait battre la générale y il éveille Brandt et ks

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porte- clefs 5 on entre chez tous les pensionnaires du roi de Prusse, les chiens dogues en avant , les baïonnettes ensuite, et le commandant en troisième. Les pauvres détenus ne savent à quoi attribuer un réveil aussi brusque. Les uns s'imaginent qu^on Tient les expédier incognito y et ils jettent des cris perçans j d'autres se croient rendus à la liberté, et ils poussent des cris de joie. Tout le monde crie, personne ne s'entend : le commandant lui-même ne sait plus ce qu'il fait, ce qu'il veut.

Pour cette fois, il crut ne devoir s'en rapporter qu'à lui de l'état de ses fortifications : il examina de ses propres yeux ses verroux et ses portes j il agita de ses nobles mains les barreaux des fenêtres ; tout était dao^ l'ordre , et ce qui s'était pasçé paraissait inconcevable. On avait relevé la sentinelle du donjon, et sa déposition s'accordait avec celle de Suzanne, à

cela près pourtant, que le prétendu fantôme ne s'était pas envolé pardessus les arbres , mais courait pardessous, comme s'il avait eu le diable au corps.

Il ne restait à visiter que la chambre de Charles, et l'infatigable commandant continue son inspection. A peine a-t-il touché le barreau du milieu , qu'il s'échappe, qu'il tombe, qu'il éeorche une jambe encore malade d'un reste de goutte. La douleur qu'il ressent ajoute à l'humiliation d'être joué par un enfant. La colère soulève , arrache la couverture sous laquelle Je tendre page fait semblant de ronfler : on le trouve habillé, et dans un désordre parlant. Le plâtre incrusté dans le dos de sa veste , les manches et ses culottes tachées de rouille, une contusion au front, tout le trahit, et on ne peut plus douter que Charles ne soit le diable qui a fait toute la nuit son sabbat.

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Le commandant le fait enlever j on le porte dans une chambre au troisième étage , qui ne reçoit le jour que par un entonnoir j on lui attache à la jambe un anneau de fer tenant à une longue chaîne, dont Fautre bout est scellé dans une énorme pierre : le commandant fatigué se retire enfin.

Brandt interdit, affligé et silencieux, suit le commandant, et reçoit l'ordre d'amener le lendemain le prisonnier dans la salle du conseil , pour , en présence de rétat-major, être interrogé sur ses moyens d'évasion. Charles, resté seul, pleura amèrement. Plus de possibilité de voir Baltide, plus de papier pour lui écrire : c'est de ce moment que commençait sa détention.

Jl faisait à peine jour, qu'il entendit crier ses verroux. On entre : c'était le bon hussard qui venait prendre Charles pour le conduire au commandant, qui voulait lui parler à l'instant

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même. Brandt sanglotait en détachant la chaîne, et il ne se permettait pas le moindre reproche : son jeune ami était trop malheureux pour qu'il ne craignît pas d'ajouter à sa douleur.

Charles descend, il se présente d'un air timide devant monsieur Blumenlhal.

Il s'attendait à subir un interrogatoire rigoureux, et il avait préparé des réponses qui devaient éloigner le soupçon de Baltide : un homme qu'il n'a pas le temps d'envisager, se précipite dans ses bras j c'est monsieur d'Herleim,

Frédéric avait révoqué l'ordre qui retenait l'aimable jeune homme à Spandaw. L'adjudant, qui savait dis^ tinguer les écarts de la jeunesse des vices du cœur, n'avait pas cessé d'aimer Charles, et malgré son âge, il s'était fait un plaisir de lui apporter cette heureuse nouvelle.

Il lui donna une de ces leçons qui persuadent souvent, et qui n'ofiensent

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jamais; il lui dit de prendre de Brandt l'argent qui lui appartenait. Charles et le vieux hussard se tinrent longtemps embrassés, et se dirent quelques mots à l'oreille : on se doute bien de qui ils parlaient.

La démarche de monsieur d'Herleim prouva au commandant que le page n'était pas mal à la cour; il se tut sur les événemens de la nuit, il le quitta même avec des démonstrations d'affabilité et d'estime, et le Baroa suivit le respectable adjudant. Ils traversèrent cette cour où , quelques heures auparavant, ce tendre cœur avait été le jouet d'illusions que le retour à la liberté dissipait au moii>8 pour long-temps. Charles soupira en regardant cette chambre où reposait tout ce qui lui était cher. La trop sensible Baltide ne dormait pas ; elle faisait mieux, elle pensait à son amant j elle était loin de croire* qu'on le lui enlevait ; elle eût couru à la fenêtre j

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ils eussent pu se voir pour la dernière fois; leurs yeux se fussent parlé encore : ils n'eurent pas celte consolation.

Monsieur d'Herleim fit monter Charles dans sa voilure, le descendit au palais, et le conduisit chez le roi. (c Monsieur, lui dit Frédéric, je vous )) ai traité sévèrement pour n'avoir » plus à vous punir. J'oublie le passé ; )) souvenez- vous -en pour vous en » corriger. Demain vous partez avec » moi pour Tarmée : allez faire vos » dispositions ».

Elles n'étaient ni longues ni embarrassantes. Il n'avait que deux lettres à écrire. La première, à sa mère, était touchante, respectueuse, propre à lui rendre ses bonnes grâces. La seconde, à Brandt, exprimait les inquiétudes, la tendresse, et était toute en recommandations. Il indiquait l'endroit où il cachait les lettres de Baltidej on pouvait les trouver :

il était urgent de les retirer ; et comme c'était tout ce qui lui restait d'elle, il pressait le hussard d'en faire un paquet, et de le lui envoyer aussitôt : il n'y avait pas de temps à perdre. Il se recommandait au souvenir de monsieur Fridberg; il suppliait Baltide de lui rester fidelle , et de lui écrire quelquefois. Il finissait par quelques lignes pour Baltide elle-même. c( D'après l'opinion que )) vos parens doivent avoir de moi, )) il faut des prodiges pour vous raé- )) riter. Je vais à l'armée; c'est là )) qu'on en peut faire, et j'en ferai, » n'en doutez pas ».

Cette dernière lettre ne fut pas confiée à la poste ; on ne pouvait prendre trop de précautions. Hantz fut chargé de la porter, et le soir même il revint avec le paquet si désiré. Brandt et Baltide y avaient joint chacun un billet.

« Battez-vous comme votre père,

yy écrivait Brandt , prouvez ixux en- » nernis que vous êtes de bonne race, » et rossez - moi ces marauds - là.

» Partez, mon petit ami, et n'ou- » bliez jamais l'honneur ni votre » maîtresse. Je lui parlerai de v©us >3 tous les jours 5 et si vous vous 53 faites tuer, ce qui n'est pas im- » possible, nous vous pleurerons en- » semble.

)) Ne vous exposez pas inconsi- » dérément , écrivait Baltide : con- » servez- vous pour votre amie. Sa » vie est attachée à la vôtre. Amour )^ éternel )).

Dans le billet de Baltide était un petit cœur de cristal : c'était ce qu'elle pouvait donner de plus précieux; elle l'avait porté. Charles le porta à son tour, et ne le quitta plus.

Il y avait à peine une heure que Hantz était de retour , loisque Brandt parut inopinément. Il n'avait pu se décider à laisser partir son Baron sans

DE felsheim:. 63 lui dire au moins un dernier adieu.

S'il eût été permis aux pages d^ivoir quelqu'un à leur suite , avec quel empressement il eût quitté sa place , avec quel plaisir il eût revu les camps et les batailles ! Il resta à Spandaw avec moins de regret, en pensant qu'ij y serait utile d'une autre manière.

Charles, Brandt et le barbier, passèrent la nuit ensemble. Au point du jour le page monta à cheval, et se rangea auprès du roi, qui se mit à la tête de son régiment des gardes. Le hussard et le Baron se serrèrent encore la main j on partit, et le brave homme suivit son jeune ami, des yeux, aussi long- temps ^qu'il put le distinguer.

Deux mots sur la situation politique de l'Europe. L'Empereur Charles Vr n'était plus. Si la mort du roi de Pologne, Auguste II, avait causé des troubles, celle du dernier prince de la maison d'Autriche devait amener de grandes révolutions. Les état*

de cette maison semblaient devoir être déchirés.

Marie-Thérèse , fille aînée de Charles VI, réclamait l'héritage de son père.

L'électeur de Bavière, le nouveau roi de Pologne, celui d'Espagne, établissaient leurs prétentions sur des testamens , ou sur les droits de leurs femmes, qui descendaient des branches aînées.

Louis XV aurait pu y prétendre à d'aussi justes titres que personne , puisqu'il descendait en droite ligne de la branche aînée masculine d'Autriche, par la femme de Louis XIII et par celle de Louis XIV.

Frédéric, comme nous Pavons déjà dit, prétendait à quatre duchés en Silésie. Il avait prévu dès long-temps la confusion générale , et avait tout préparé pour en profiter.

Il commença par faire proposer à Marie-Thérèse de lui céder la basse Silésie. Il ofirait, en échange, son crédit , de l'argent , et ses armes. Il lui

garantissait

garantissait le reste de ses états, et promettait la couronne impériale à son époux. Des ministres habiles prévirent que si la reine de Hongrie refusait de telles offres, l'Allemagne serait embrasée. Cette princesse était sans trésor , et presque sans armée : quelques faibles corps étaient dispersés dans ses vastes états.

Cependant elle ne put soutenir ridée de démembrer son patrimoine :

elle était impuissante et intrépide. Le roi de Prusse, voyant qu'en effet cette puissance n'était qu'un grand nom, et que l'intérêt de différens princes lui donnerait infailliblement des alliés , se mit en marche pour attaquer la Silésie.

On avait voulu mettre sur ses drapeaux , pro Deo et patriâ. Il raya pro, Deo y en disant que Dieu ne se mêlait pas des querelles des hommes , et qu'il s'agissait d'une province, et non de religion. Il eût pu aussi rayer pro jyatriâ ^ un roi absolu n'a point de patrie, «t Tome IF. F

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quand il fait la guerre , c'est pour son comple particulier.

On portait , devant son régiment des gardes, l'aigle romaine en relief^ au haut d'une pique dorée. Cette ïîouyeauté lui imposait la nécessité d'être invincible. Enlin il harangua son armée, pour ressembler en tout aux anciens Romains ; mais il eut conquis toute FAlIemagne, qu'il eut été aussi loin de la puissance de César ^ qu'un gouverneur d'Anjou ou du Maine l'était de celle de Louis XIV.

Nous rapporterons maintenant les^ èvénemens de cette guerre, auxquels Charles eut quelque part , et nous renvoyons le lecteur, qui veut en connaître les détails^, à l'histoire de Frédéric.

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