‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 23 sur 61 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Lundi 9 mai , 1 1 heures du soir.

Le cimetière des Innocens.

La lune brille de temps en temps au travers des

nuages.

Plusieurs compagnies de gardesbourgeoises sont rangées dans r intérieur du cimetière , le mousquet sur l'épaule *.

Delnrue , concierge du cimetière, est debout de.ant la porte. Perrin , fadeur de la Halle aux draps . traverse la place , et s'approche de lui : PERRIN .

Bonsoir, voisin.

DELARrE.

Bonsoir, maître Perrin.

PERRIN

Comment va la pituite ?

• Pour comprendre ce que font là ces compasuics bourgeoises . voyez ce que le maréchal de Biron dit au ?.oi à la fiu de la seconde scène , page v5o.

a34 LES BARRICADES.

DELARUE

Pas mal.

PERRIN

Ainsi , vous allez venir faire un tour avec moi?

DELARUE

Kon pas , s'il vous plait : je suis de faction.

PERRIK.

En ce cas . bonne nuit , voisin.

DELARUE

OÙ allez-vous donc , père Perrin ?

PERRIN

Remplir ma bourse.

DELARUE

Ouais ! et comment ?

PERRIN

Comment ? Vous comprenez bien que tout ce qui sent îa huguenoterie de loin ou de près, s'en va déloger d'ici à demain . et il y a de bons coups à faire sur leurs meubles.

DELARUE

Peste ! il a raison le père Perrin.

PERRI>'.

Il faut se dépêcher , parce quHls sont peutêtre déjà en marché avec ces coquins de juifs de la place Haubert , et puis , si dema n on pille , nous n'en aurons rien . nous autres : au lieu que nous pouvons profiter de cette nuit pour transporter le meilleur dans nos maisons.

DELARrE.

Il a raison , père Perrin. Attendez , je vais éveiller mon petit Thomas pour garder la porte.

PERRI>"

Écoutez donc , compère : vous savez bien ce conseiller aux aides , qui demeure au coin de la rue du Chaume ?

DELARUE

Oui , monsieur Saint-Gilles.

PERRI>".

Il a de fameux rideaux de damas rouge . n'est-il pas vrai? et des matelas et des édredons à l'avenant : eh bien! je gage avoir tout cela pour douze pistoles au plus.

DELARrE.

En vérité ? Quel chien de métier d'être huguenot !

PERRI>'.

Ça leur vient bien.

DELARUE

Cest vrai. tète-Dieu! pourquoi sont-Os si entêtés ? — Vous savez bien ces deux petites Foucault , nos voisines , dont le père a été jeté à l'eau il y a deux ans ?

PERRI>'.

Oui ; eh bien ?

DELARUE

Quand elles ont vu entrer monsieur de Guise . elle sont devenues jaunes comme citron. Pauvres enfans ! elles se croyaient déjà mortes.

PERRI>'.

Où sont-elles allées ?

DELARUE

Ecoutez . n'en dites rien , père Perrin : je les ai cachées dans mon grenier.

PERRIN

Comment ! là-haut ? Prenez garde , voisin ,

vous vous ferez de mauvaises affaires. Heureusement que votre femme est en couche , car on le saurait déjà à Saint-Gervais.

DELARCE. ^'*^

Parbleu ! si ma femme pouvait "tnaf^fiff croyez-vous que j'y aurais seulement pensé ?

Enlrj Comte l'échefin.

COMTE

Allons , Delarue , voici venir la dernière compagnie : ouvre la grande porte. Dépêche^ toi.

PERRiN , à Delarue.

Adieu, camarade j je n'ai pas le temps de vous attendre.

DELARL'E , ouvrant la porte.

Allez toujours , je vous rejoins au coin de la

rue aux Fers.

La compagnie commence à entrer dans te cimetière. Riolle , le capitaine, s'arrête h causer avec Comte, l'échevin.

UN DES BOURGEOIS , faisant un faux pas sur une tombe.

Mille diables ! on se casse les jambes contre ces taupinières.

TK CAPORAL.

Quelle infamie de nous faire fouler aux pieds les os de nos vieux parens !

Page 1