‹ Les basfonds de la societéChapitre 25 sur 37 · LE GARÇON · texte numérisé non relu

LE GARÇON

Voilà !

BOIREAU

Conte-moi ton conte.

FORGET

Deux minutes, j’suis à toi. {Après avoir parlé à V oreille du garçon.) Tu y es ?

BOIREAU

Va.

Tu sais ben Pauline?

BOIREAU

Ta femme ?

FORGET

Ma femme, ma femme...

BOIREAU

Qui t’en sert. Eh ben ! aile est pas morte ?

FORGET

Pas encore; mais c’est pas tout ça, v’ià la chose... Tu n’es pas sans savoir que j’ai d’elle un enfant ?

l’église française

BOIREAU

Connu ! eune demoiselle.

Oui.

Après î

BOIREAU

FORGET

Eh ben 1 sa mère veut absolument qu’on la baptise.

BOIREAU

Tiens, tiens, tiens!

FORGET

Et, tel que tu m’vois, j’suis en train d’sercher un prêtre ; aile en veut, aile en a besoin, y en faut, aile en rêve.

BOIREAU

Et toi?

FORGET

Tant qu’à moi, j’m’encontrefiche ; tu conçois, j’ai jamais été baptisé, ni confirmé, ni rien, vu qu’ma mère n’aimait pas les prêtres. J’ai dit oui, à cause, tu sais, avec les femmes, quand même qu’on voudrait pas, faut jamais dire non, et toujours avoir l’air de céder.

BOIREAU

Et on cède aussi, faisons pas nos malins.

FORGET

Fin finalement, faut pas moins que j’me préoccupe de la faire baptiser, c’t’enfant. Ça m’serait core assez indifférent... on en meurt pas ; mais tous ces calotins à qui j’vas m'adresser vont tous m’d’mander si c’est qu’nous sommes mariés, si c’est qu'nous l’sommes pas ; ça, vois-tu, ça m’écœure ; quoi leur y répondre, quoi, dis-le?

J’en sais rien ; mais disant qu’tu l’es, tu mens pas.

l’église française

as

FORGET

Oui, mais avec une aut’; elle aussi... enfin, si faut que j’te l’dise...

BOIREAU

Dis toujours, accouche, conte ton conte, va ton train, aie pas peur.

FORGET

Eh ben ! non... j’ose pas .. v’ià l’fait.

BOIREAU

T’es bête.

FORGET

J’ai toujours été comme ça.

BOIREAU

Faut en prend’ ton parti ; c’est fini, t’en as pourta vie. FORGET.

Si ben qu’j’ose pas rentrer à la maison.

As-tu peur qu’a t’batte ?

FORGET

C’est pas ça, mais la crainte qu’a m’agonise et m'rabâche toujours la même chose : qu’si jamais nous venions à la perd’, c’te p'tite, a s’en aille tout droit en enfer, et ci, et ça, des bêtises 1

BOIREAU

Et c’est ça qui t’contrarie ?

FORGET

Pas tant qu’ça m’contrarie... ça m’embête, et voilà 1 BOIREAU.

Sais-tu c’qui faut faire ?

FORGET

Non, quoi qu’c’est ?

BOIREAU

T’as qu’eune chose.

l’église française

FORGET

Laquelle ?

BOIRE AU

Tu prends ton enfant, ta moutarde, ta momesse, par la main..

FORGET

Après ?

BOIREAU

Tu la mènes à l’église.

FORGET

C’est précisément d’ça qu’j’ai peur? j’crains d’y aller. BOIREAU.

Laisse-moi t’achever. Tu la mènes à l’église, pas la celle que tu connais, eune aut’e.

FORGET

Laquelle que c’est ?

BOIREAU

La française.

FORGET

Pourquoi française ?

BOIREAU

C’est là que j’t’attendais. Tu n’en as jamais entendu parler.

FORGET

C’est -y pas un peu comme les protestants ?

Mieux qu’les protestants, mieux qu’les juifs, mieux qu’les catholiques, mieux qu’tout ! Eune nouvelle religion, vois-tu, c’est-à-dire que c’est la seule, l’unique, la vraie, la seule au monde dans deux ans ! Tout c’qu’on y débite, un enfant l’eomprendrait, vu d’abord qu’c’esten français, pisqu’c’est,

l’église française

c’te religion-là, la religion du peuple, eune religion, pour te finir, eune religion qu’on y fait tout c’qu'on veut; on rend compte de c’qu’on fait à personne.

FORCET.

Et on y baptise ?

BOIREAU

Si on y baptise ?

FO RG ET.

Oui.

BOIREAU

Tout ce qu’on y présente.

FORGET

Et tu crois qu’moi, y m’nant ma p’tite...

BOIREAU

T’auras pas seulement l’temps d’te r’toumer, a sera baptisée. — Eh ben! vieux, voyons, franchement, çat’chauffet-y?

FORGET

Si ça m’chauffe? mais mieux qu’ça, ça m’botte ! Tu m’apportes le bonheur, la tranquillité, brigand ! Tu m’sauves la vie, t’es mon ange, mon Dieu, mon sauveur ! Achève ! comment c’qu’on s’y prend, dis, que j’y aille ?

BOIREAU

Tu commences par aller trouver son chef, l’abbé Châtel.

FORGET

Quoi qu’il est î

BOIREAU

Le chef, j’te dis.

FORGET

Et le Pape, quoi qui devient ?

BOIREAU

Le Pape ?

l’église française

FORGET

Oui.

Il en est plus question, on l’envoie s’asseoir; ils le reconnaissent plus... C’est, vois-tu, l’abbé Châtel... tout uniment... le prince...

FORGET

Qué prince ?

BOIREAU

Le prince primat des Gaules.

FORGET

Excusez !

BOIREAU

Une fois qu’tu l’auras trouvé, j’te dirai où, tu y dis : M’sieu Châtel, j’ai eune enfant que je serais assez flatté qu’on la baptise. — Y répond : C’est bon, mon garçon. — Vous convenez du jour ; t’a pus à t’en occuper.

FORGET

J’y vas demain.

BOIREAU

Avant dix heures : c’est là qu’ordinairement y dit sa messe. Tu commences par t’adresser au portier ; tu y contes ce qu’tu viens faire, que t’as à parler à l’abbé Châtel ; y t’indique où ça qu’il est, où qu’est son église, et tu pars de là.

FORGET

Et bon enfant, qu’il est?

S’il est bon enfant ?

Oui.

FORGET

l’église française

BOIREAU

Ah çà ! tu ris, pas vrai... S’il est bon enfant 1 mais j’veux pas qu’tu y aies parlé cinq minutes, que vous soyez les deux doigts de la main. Tu l’aimeras comme ton père. Mais moi qui t’parle, aujourd’hui pour demain, l’importe à quelle heure, y viendrait à avoir besoin d’moi, soit d’ma culotte, soit d’ma ch’mise, ou autrement, j’y dirais : vous gênez pas, pigez ; tout ce qu’j’ai au monde et sur la terre, voire même ce qu’j’ai sus l’corps, tout, c’est à vous ; prenez, ça m’fera plaisir. — Tu conçois, d’après ça, qu’s 'il était pas bon enfant, j’y dirais pas tout ça.

FORGET

Eh ben , merci !

BOIREAU

De ces gens, vois-tu, l’abbé Chàtel... qu’on aime. . avant d’ies avoir vus.

FORGET

Où ça qui resse ?

Rue Basse-Saint-Denis, tout cont’ la Porte...

FORGET

J’vois ça d’ici.

BOIREAU

Eune grande cour... Te rappelles-tu m’sieu Martin?

FORGET

C’est pas un homme qui s’ battait avec des animaux?

BOIREAU

Précisément. Dans la cour, qu’il était, avec tousses lions.

FORGET

J’y suis.

68 l’église française

BOIREAU

A ta santé, vieux !

FORGET

A la tienne.

BOIREAU

Vas-y demain, manque pas !

Demain, sans faute, j’te promets.

BOIREAU

Eh ben, n’a revoir, ma vieille; faut que j’te quitte. Ben des choses chez toi.

FORGET

Chez toi aussi, merci.

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