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LES ORIGINES

1. Définition. — Les érudits du xviii* siècle appelaient gothique rarchitecture de la période comprise entre le V* siècle et la Renaissance ; vers 1826 de Gervilie et de Caumont proposèrent de réserver l'épithète de romanes aux églises élevées depuis la fin de l'époque carolingienne jusqu'à l'apparition de la croisée d'ogives ; cette appellation a prévalu sur celles de byzantine, lombarde, saxonne que l'on a reconnu être complètement inexactes.

2 . Caractères généraux. — L'église romane présente en effet des caractères bien déterminés : c'est une basilique à trois nefs dans laquelle les colonnes sont remplacées par des piliers qui supportent, quelquefois une charpente, mais le plus souvent des voûtes qui s'appuient sur des colonnes engagées. Les voûtes romanes sont : la voûte en berceau, en plein cintre {fig. i) ou en arc brisé; la voûte d'arête sur plan carré, formée de la pénétration de deux berceaux

INTRODUCTION

(fig 2) ; la coupole sur trompes et sur pendentifs. Entre les différentes travées sont souvent des arcs doubleaux qui

gj

Es

Fig. I

font équilibre à la poussée ; à l'extérieur, des contreforts

appuyés aux murs, presque

toujours très épais, remplissent le même office.

Au delà du transept le chœur, plus élevé en général que le reste de l'église, s'étend souvent au-dessus d'une crypte ; les bas-côtés se prolongent jusqu'à la hauteur de l'abside ou même contournent le chœur par un déambulatoire flanqué d'absidioles.

Les voûtes sont surmontées d'un comble qui supporte un

Fig. 2.

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toit, à double rampant pour la grande nef, en appentis pour les bas-côtés moins élevés. Une sculpture barbare d'un caractère stylisé orne les chapitaux des colonnes engagées et les parois des façades. L'entrée de l'église est formée d'un narthex ou d'un porche flanqué de deux tours carrées entre lesquelles se termine le pignon de la grande nef ; un clocher s'élève souvent à la croisée du transept ; enfin le blocage employé pour les basiliques fait place à un appareil qui devient de plus en plus régulier à mesure qu'on approche du xn* siècle.

3. Ecoles régionales. — Ce n'est là d'ailleurs que l'aspect général des églises romanes ; en réalité elles présentent des caractères beaucoup plus variés que les basiliques, et elles sont un témoignage de premier ordre sur le caractère local que prirent au Moyen Age la culture et l'art. Des écoles régionales d'architecture correspondaient aux diverses provinces comme les dialecles d'une môme langue ; chacune d'elles avait ses traditions et ses procédés bien définis qu'elle tenait presque toujours d'une école monastique. Mais il est arrivé que les pèlerinages et les établissements au loin de colonies monastiques ont apporté dans certains pays des types d'architecture qui leur étaient étrangers ; les frontières des différentes écoles sont souvent difficiles à déterminer et forment un véritable entrecroisement. Des procédés lombards ont été apportés en Normandie ; des églises auvergnates ont été construites en Espagne; les cisterciens ont importé dans tous les

INTrxODUCTION

pays d'Europe des types d'églises particuliers à leur ordre.

4. Théories sur les origines romanes. — On a proposé deux explications de l'origine de cette architecture. Pour les romanistes elle est le développement logique de la construction romaine ; elle devrait aux Romains ses voûtes et son appareil, entremêlé à l'origine de chaînages de briques ; le fond de son ornementation est la feuille d'acanthe déformée des chapiteaux corinthiens. Elle se rattache à l'architecture romaine par l'intermédiaire des églises carolingiennes, que nous connaissons à vrai dire très mal, mais dans lesquelles on a employé les piliers pour supporter les charpentes. D'un autre côté les orientalistes ont réussi par leurs exagérations à discréditer leurs théories ; ils ont voulu rattacher à l'art byzantin une architecture qui s'en distingue par la plupart de ses caractères et avant tout par l'emploi constant de la construction en appareil.

Est-ce à dire que l'art roman soit véritablement autochtone et qu'il doive tout aux traditions romaines ? Les études de M. de Vogdé sur la Syrie centrale, de M. Gayet sur l'Egypte, de M. Strzygowski sur l'Asie Mineure ont montré que l'Orient connaissait dès le iv® siècle le type de la basilique voûtée, avec piliers entourés de colonnes engagées et narthex flanqué de deux tours carrées de façade (i). Les ruines de ces monuments ont quelquefois un aspect qui ressemble étrangement à celui de nos églises romanes et, comme elles, ils sont construits en appareil.

(i) Voy. notre ouvrage sur les Basiliques chrétiennes.

Or, nous savons par des témoignages historiques que pendant toute la première partie du Moyen Age les pays d'Occident ont été pénétrés par des influences venues d'Orient et apportées par ces marchands syriens qui venaient s'établir dans les villes de la Gaule mérovingienne ; les étoffes, les ivoires, les pièces d'orfèvrerie qu'ils vendaient aux Occidentaux ne pouvaient nianquer d'exercer une action sur les artistes barbares. Ravenne, Trêves, Aix-la-Chapelle paraissent avoir été les principaux centres de cette propagande orientale qui s'exerçait sur l'iconographie, sur la miniature carolingienne, sur l'architecture. Les Orientaux qui ont introduit en Occident le type de la construction à plan central (St-Vital de Ravenne, chapelle palatine d'Aix, Germigny les Près) ont bien pu importer aussi le plan de la basilique voûtée. En un mot les découvertes archéologiques faites en Orient ont posé le problème jusqu'ici insoluble de la ressemblance entre les églises orientales du v" et les églises romanes du xi" siècle. Dire que les Occidentaux ont pu arriver sans influence extérieure aux mêmes solutions que les Orientaux me parait une défaite. Les intermédiaires entre le point de départ et le point d'arrivée n'existent plus, il est A^ai, mais cet inconvénient gêne aussi bien la théorie romaniste que celle de ses adversaires. Sans doute les églises romanes présentent un grand nombre de caractères inconnus à l'architecture orientale ; l'architecture en bois d'origine barbare a dû fournir le motif de la tour lanterne ; il n'en est pas moins

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vrai qu'à ses origines l'architecture romane paraît être orientale, et que les Occidentaux ont seulement transformé librement et suivant leur génie des éléments qu'ils n'avaient pas créés. /

Bibliographie. (Voir la bibliographie générale à la fi'n du volume). L'exposé de la théorie orientahste se trouve dans le cours de Courajod recueilU par Lcmonnier et A. Mickel, Paris 1899. t. I. Voy. aussi Marignan. Un historien de l'art français ; Louis Courajod- Paris 1899. Cette théorie a été reprise et renouvelée par Strzygowski. Kleinasien, Leipzig 1903.

Théorie romaniste : Bratails. L'archéologie du Moyen Age et ses méthodes.

Influences orientales en Occident : Strzygowski Der dom zu Aachen, Berlin 1903. — L. Bréhicr. Les colonies d'Orientaux en Occident (Byzantinische Zeitschrift igoS). Les origines des Crucifix dans l'art. Paris. Bloud. 1903.

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