AU CHATEAU
Roderick atteignit la rive nord sans encombres. Il amarra sa chaloupe au même vicux quai rongé et verdi par l’eau, où il l'avait détachée moins d’une heure auparavant. Il remonta à la ville par le chemin qu’il avait suivi précédemment. Aucun changement ne s'y était produit. Tout était dans le calme le plus profond. Tout le monde dormait encore. S'il désirait le secret, il devait être satisfait, car il était évident que personne n’avait été témoin de son étrange démarche. Lorsqu'il eut dépassé la porte de la haute-ville, il ralentit sensiblement le pas. Ce n’était pas l'effet de l’hésitation, mais bien dela délibération. Il s'arrêta un instant en face des casernes. Les lumières étaient éteintes dans le quartier des officiers et aucun son ne se faisait entendre dans la salle du mess. Cette circonstance parut ie détourner d’y entrer etil continua de se diriger en droite ligne vers le château St-Louis. Après avoir passé la garde, grâce au mot d'ordre, il frappa bruyamment à la porte principale. é
Un officier de service qui dormait tout habillé sur un canapé dans le vestibule fut aussitôt sur pied et saisissant sa lanterne sourde placée derrière la porte, il ouvrit. Il n’eut pas plus tôt dirigé la lumière sur la figure de son visiteur, qu’il s’écria:
— Allons, Hardinge, qu'est-ce qui, diantre, peut bien vous amener ici à cette heure indue ? Entrez ! Il fait diablement froid.
— J'ai besoin de voir Son Excellence.
— Pas à présent, assurément ? Il n'était pas dispos hicr soir, et il s’est retiré de bonne heure. Je ne crois pas qu’il soit bien aise de se faire ainsi réveiller avant le lever du jour.
— J'en suis bien fâché, mais il faut que je le voie.
— Quelque petite escapade, sans doute, ct vous voulez que le vieux gouverneur vous en tire avant que la ville en ait vent, dit l'officier de garde qui était maintenant réveillé complètement ct disposé à la jovialité.
— ent
— C’est une affaire beaucoup plus sérieuse que cela, Simpson, je | guis bien fâché de le dire. Vous savez que je ne me présenterais pas ici à pareille heure sans le motif le plus urgent. Il faut absolument
que je voie le gouverneur, et tout de suite.
Aucun signe d’impatience n'avait accompagné cette réplique, mais il parlait d’un ton si décidé, que l'officier, qui connaissait bien son ami, comprit que £a demande ne pouvait être rejetée. En conséquenre, il s’occupa aussitôt de faire éveiller le gouverneur. Avec plus de promptitude que l’un et l’autre des jeunes gens l’avaient prévu, ce dignitaire se leva, s’habilla et se rendit” dans une anti-
chambre où i fit appeler Hardinge.
Après quelques mots d’excuse, celui-ci découvrit à Son Ex- # cellence le su- E
jet de sa visite. 4
Il dit com- b ment, tandis que tout le monde, en ville, s’occupait de l’invasion de la colonie du côté 4
- de l’ouest, par l’armée continentale sous le commandement üe Montgomery, on avait presque complètement perdu de vue l’autre colonne d’invasion qui s’avançait du côté de l’est, sous la conduite d’Arnold. Pour sa part, il déclara qu’il considérait cette dernière la plus dangereuse des deux. Elle était composée detroupes d'élite, avait été organisée sous les yeux de Washington lui-même et placée sous le commundement d’un bouillant général.
Outre ses autres qualités, Arnold avait l'avantage incalculable de 1 connaître personnellement la ville, grâce à des visites répétées qu'il 7 y avait faites tout récemment dans un but de commerce. La population de Québec paraissait ignorer complètement l'expédition d’Arnold. Elle semblait croise que.sa colonne était ou devrait être 4 noyée quelque part au milieu des cascades du Kennebec, ou du #
n, j 8 pas ment
ique, bien con- Avec aient antioù il eler nge.
quel- 1ots | ceécoun Exle suisite.
comandis t le , en occuinvaa Cocôté E, par y, on inva- Pour reuse nisée m'en-
le de qu’il pulaition être - du
moins qu'elle ne réussirait jamais à se 1endre jusqu’à la frontière, à Sertigan.
Le gouverneur croisa sa robe de chambre un peu plus serrée sur sa poitrine, renversa la tête sur le coussin de son fauteuil et laissa {chapper un ou deux pe:its bâillements comprimés, comme s’il se fût un peu étonné que l’on eût interrompu son repos pour lui apporter tous ces renseignements qui lui étaient dores et déjà très familiers. Mais c'était un gentilhomme patient et courtois et il ne pouvait pas croire qu’un officier de milice même abuserait de son bon naturel au point de venir chez lui, à une telle heure, à moins qu’il n’eût à lui faire quelque communication vraiment importante. Il n’interrompit donc pas son visiteur.
Roderick Hurdinge, continuant, dit que la crainte de voir Arnold fondre sur la ville comme un vautour pendant que la plus grande | artie des troupes de la colonie était avec le général Carleton, près de Montréal et dans la péninsule du Richelieu, dans un moment où, conséquemment, la cité était presque sans défense, lui avait fait prendre la résolution de surveiller personnellement son approche. Ce pouvait être de la présomption de sa part, mais il n'avait pas pleine confiance dans les quelques rapports que l’on avait reçus, en ville, de cette expédition, et il avait voulu £e satisfaire en s’informant par lui-même à des sources plus dignes de foi.
Ici Son Excellence sourit légèrement à la confession ingénue de son subalterne, mais quelques instants plus tard, il ouvrit les yeux très grands lorsque l'officier lui rapporta en détail toutes les circonstances que nous avons racontées dans les chapitres précédents.
— Votre Donald est-il un homme en qui l’on peut avoir une par faite confiance ? demanda le lieutenant gouverneur.
— Je réponds de lui comme de moi-même. C’est un vieux serviteur qui a accompagné mon père dans toutes ses canijugnes.
— Il dit qu'Arnold a passé la frontière ?
— Oui, Excellence.
— Et qu’il s’avance actuellement sur Québec ?
— Oui, Excellence.
— Et qu’il est actuellement à
—À soixante milles de la ville.
Le lieutenant-gouverneur arracha son bonnet de velours de dessus sa tête et le lança sur la table.
—Soixante milles, avez-vous dit ?
—Soixante milles, Excellence.
Son Excellence reprit tranquillement son bonnet, le remit sur sa tête, se renversa sur son siège, plaça les coudes sur les bras de
14 LES BASTONN\NAIS
son fauteuil, joignit les mains qu’il agita mécaniquement devant ses lèvres, et, les yeux élevés au plafond, il s’absorba dans un petit calcul.
—Soixante milles. En faisant quinze milles par jour, monsieur Arnold mettra quatre jours à atteindre Lévis. C’est aujourd'hui le7, n'est-ce pas ? Alors, le 11, nous pouvons nous attendre à la visite de ce monsieur.
—Arnold exécutera deux marches forcées de trente milles chacune, Excellence, et arrivera en face de cette ville dans deux jours. C’est aujourd’hui le7; le 9, nous verrons son avant-garde sur les hauteurs de Lévis.
— Oh! oh! Et c’est ainsi que procède ce gaillard de rebelle? Il doit avoir eu tout à coup une fameuse veine, car aux dernières nouvelles que nous avons eues sur son compte, la mutinerie s'était mise parmi ses hommes, et la débandade de sa troupe était imminente.
—C'est qu’ils mouraient de faim.
—Et auraient-ils été ravitaillés, par hasard ?
—Ils l'ont été.
—Par qui ?
— Par notre propre population, à Sertigan et tout le long de la Chaudière,
—Mais leurs chevaux? Il est bien connu qu'ils les ont tous perdus dans les régions inhabitées.
—ÏIls ont été remplacés.
—Pas par nos concitoyens, assurément?
—Oui, Monsieur, par nos propres gens.
—Impossible. Nos pauvres fermiers ont été volés et pillés par ces canailles.
—Pardon, Excellence ; mais ces canaïlles paient généreusement pour tout ce que leur troupe réquisitionne.
—En argent ?
— Non, Monsieur, en papier.
—Leur papier continental ?
—Pas autre chose.
--Des chiffons, de vils chiffons.
— Possible, mais nos fermiers les acceptent tout de même et sans hésitation, repartit le lieutenant en sortant de la poche de son habit le petit paquet qu’il y avait serré. Il le déplia et en retira plusieurs billets qu’il remit au gouverneur.
C’étaient des spécimens du papier-monnaie ainétionis et des reçus signés par Arnold et plusieurs de ses officiers pour des animaux de boucherie et des provisions achetées des fermiers canadiens.
ant etit
ieur le 7,
site
chauTs.
les
? Il aou-
nise nte.
le la
per-
ces
nent
ans hbit urs
çus Lux
tf à à &.