‹ Les bastonnais [microforme]Chapitre 63 sur 96 · XIT ÉTAIT-CE VOLONTAIRE OU ACCIDENTEL · texte numérisé non relu

XIT ÉTAIT-CE VOLONTAIRE OU ACCIDENTEL

Batoche remit à Zulma la lettre de Pauline plus tôt qu’il ne s’y attendait. Il avait eu l'intention de se rendre au manoir Sarpy, tout exprès pour cela ; mais il fut agréablement surpris de rencontrer la

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jeune fille dans les environs de Québec, ce même jour. Elle était à cheval, accompagnée d’un domestique. Aussitôt qu'elle aperçut le vieux soldat, elle poussa son cheval vers lui et lui fit le plus chaleureux accueil. Quelques mots de conversation suffirent pour ré. véler à Batoche le motif du voyage de Zulma. Elle avait profité du temps magnifique qu’il faisait pour faire une course à travers le pays et elle avait choisi la direction de Québec afin d'apprendre ce qui se passait entre les deux armées ennemies. Batoche se borna à lui dire quelques mots des amis qu’elle avait en ville et s’excusa de ne pas en dire davantage, en lui remettant la lettre de Pauline. Zulma la saisit avec empressement, brisa le sceau et parcourut d’un coup d’œil les nombreuses pages de la missive.

Elle ne dit mot; mais l’expression de sa physionomie indiquait que ce qu’elle lisait l’amusait beaucoup. Vers la fin de la lettre, toutefois, cette expression se changea en une singulière gravité.

“Je la lirai plus à l’aise, à mon retour, dit-elle à Batoche, en pliant la lettre qu’elle serra dans son corsage, et Pauline peut être assurte de recevoir une longue réponse. Pour le moment, veuillez lui transmettre mes remercîiments et lui dire que ce qu’elle m’écrit m'intéresse beaucoup. Elle est bien bonne de penser ainsi à moi. Dites-lui bien qu'elle est toujours présente à ma mémoire. Je ne cours aucun danger, nrais il n’en est pas de même d'elle. Je puis parcourir le pays à mon bon plaisir, tandis qu’elle est renfermée dans ces murs. Dites-lui que je suis prête à faire tout en mon pouvoir pour elle. Elle aura de moi tout ce dont elle aura besoin et vous serez notre messager, n'est-ce pas, Batoche ?

Le vieillard se déclara tout prêt à servir les deux amies.

‘ Si cela est nécessaire, reprit Zulma, j'irai à Pauline, même à travers les barricades et les murailles. Partout où vous me conduirai, Batoche, je vous suivrai. Dites-lui bien cela; et maintenant, adieu.

—Adieu ? dit Batoche.

—Oui; je vais m'en retourner à la maison. J'ai fait une agréable promenade. Je serais peut-être ailée un peu plus loin, mais à présent que je veus ai rencontré et que j'ai reçu cette précieuse lettre, je suis satisfaite.

—L'après midi n'est pas encore bien avancé, répliqua Batoche, Mademoiselle pourrait tarder un peu. Je crois qu'elle pourrait rendre sa promenade plus agréable encore.

Ces simples mots suffirent pour faire comprendre à Zulma toute la pensée de son vieil ami. Ses joues prirént.une {einte plus rose et ses veux s'animèremt, en dépit à 2: ses efforts pour dissimuler son émotion.

Encore quelqu'un de vos vieux tours de devin, sans doute, dit-

clle en riant. !

Et pourquoi, s’il vous plaît, tarderais-je plus longtemps ? ) Batoche répondit à son ardent regard par un coup d'œil d’intelligence, et en indiquant des yeux un petit bouquet d'arbres à environ | un quart dé mille à droite:

—Je lui ai remis votre lettre, Mademoiselle, dit-il, Il en a été pro- , fondément ému. Il a déclaré qu'il la garderait toute sa vie, comme ‘un'trésor. Peut-être vous a-t-il déjà répondu. | Zulma secoua lentement la tête, mais sans l’interrompre: : —ÏIl est là, Mademoiselle, avec sa compagnie. Peut-être, dans ; quelques jours, recevra-t-il l’ordre de se porter en avant. S'il appre- : | nait que vous êtes venue si près et qu'il ne vous a pas vue, il en Ai) serait profondément peiné. S'il vous savait ici, il monterait aussitôt j 111 à cheval pour venir vous rencontrer. É EL Zulma gardait encore le silence, mais elle ne pouvait cacher d l'émotion que produisaient en elle ces paroles. . | —Mademoiselle, continua Batoche, voulez-vous avancer un peu l Le avec moi, ou bien vais-je aller lui dire que vous êtes ici ? h CE —Je me remets entre vos mains, dit Zulma à voix basse, en se Î LP penchant vers le vieux soldat.

1} | @ Batoche lui lança un dernier regard, qui parut le décider. T1 par- n | D TPE tit aussitôt dans la direction du camp et dix minutes ne s’etaient . É FT dt pas écoulées, que Cary Singleton accourait en toute hâte à la ren- r | contre de lu jeune fille. I] lui persuada de demeurer quelques heures s | en compagnie des officiers ses camarades et c’est en son honneur l qu'il exécuta les exercices équestres que nous avons décrits dans le h | chapitre précédent. C’est ainsi que tous deux, suus s’y uttenure, | avaient été aperçus par Pauline et Harding. S XIII à LE PALAIS DE.L'INTENDANT. vé | Le 5 décembre, toute l’armée américaine s’avança sur Québec. Jo Montgomery, urrivé de Montréal avec son armée victorieuse, re- à joignit Arnold à la Pointe-aux-Trembles et prit le commandement nt de l'expédition. Enflammé par le succès qui avait mis tout le Ca- | nada à ses pieds, dans une campagne de trois mois à peine, le jeune qi | héros s’avançait contre le dernier rempart de la puissance britan- + | nique, déterminé à l'emporter ou à mourir. Ses troupes partageaient ñ son enthousiasme. Le découragement de la ‘quinzaine’ précédente ef b'était évanoui et avait fuit place à une ardeur à l'épreuve des Ve

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rigneurs de la saison et des difficultés manifestes de la tâche gigantesque qui se dressait devant l’armée américaine, Elle savait que les yeux de ses concitoyens étaient fixés eur elle, Le Congrès, à Philadelphie, s'était arrêté dans son œuvre de législation pour écoutcrles nouvelles du Canada, Washington était presque oublié, dans l'anxiété .où l’on était à l'égard de Montgomery. La Nouvelle- Angleterre attendait des merveilles du courage d’Arnold, Au loin, dans le Maryland et la Virginie, les mères, les femmes et les jeunes filles, sur les plantations, n'avaient de pensées que pour le messager qui galopait le long des sentiers, apportant des lettres du Nord, où ceux qu'elles aimaient servaient sous le valeureux Morgan. On sentait alors, généralement, comme on le comprend bien aujourd'hui, à la lumière.de l’histoire, que du sort de Québec, dépendait en grande partie, celui de la révolution continentale. Si cette forteresse tombait en leur pouvoir, les Américains seraient débarrassés de tout ennemi au nord, Les Canadiens-français'et les Indiens, anis de la France, seraient encouragés à embrasser la cause de l'indépendance, tandis que l'effet moral en Europe, où l’immortel succès de Wolfe était encore frais à la mémoire, hâterait sans doute le bienfait de l’incervention,

Montgomery, qui était incontestablement un homme supérieur, n’était étranger à aucune de ces considérations ; aussi, en opérant son mouvement de la Pointe-aux-Trembles sur la ville assiégée, avait-il emporté avec lui tout le poids de cette énorme responsabilité. Jusqu’à quel point fut-il à la hauteur de sa tâche? ces humbles pages le diront brièvement pour la centième fois, et l'écrivain est heureux d’avoir l’occasion de le dire.

Montgomery établit son quartier-général à la maison Holland, et Arnold occupa la maison Lang'ois, près du pont Scott. Autour de ces deux points évolua la fortune de l’armée continentale durant ce mémorable mois de décembre, qui précéda l’attaque de Québec.

C’est à ce dernier endroit, que dans la matinée qui suivit son arrivée, Morgan qui avait, comme nous l'avons dit, précédé de cinq jours, le gros de l’armée et pris possession des principales routes conduisant à la ville assiégée, reçut d’Arnold l’ordre de s'établir dans le faubourg Saint-Roch, près du palais de l’Intendant.

Cet édifice historique était peut-être, à cette époque, le plus magnifique monument de la province. Sa construction qui remontait à 1684 avait été ordonnée par le roi de France sous l’administration de l'intendant de Meulles. Il avait été incendié en 1712, pendant qu'il était occupé par l’intendant Begon ; mais, sur des ordres venus de Versailles, il avait été reconstruit. Durant les onze dernières ann'es

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