‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 105 sur 152 · I.A SAIXÏ LAURKNT (iOnoMt V-yu). ol · texte numérisé non relu

I.A SAIXÏ LAURKNT (iOnoMt V-yu). ol

échappé au désastre. Sans attendre les ordres du roi, ils se hâtèrent « de fournir et d'assurer les villes que l'ennemi, en cette soudaine terreur, eût pu surprendre. Bourdillon resta à La Fère avec les débris de 3 compagnies de gendarmerie et de 8 enseignes d'infanterie; le comte de Sancerre conduisit à Guise 2 compagnies de gendarmerie et 2 enseignes; les garnisons de Ham, du Catelet, de Péronne, Corbie, Montdidier, Coucy et Chauny furent renforcées ; puis les deux princes se rendirent à Laon avec 5 ou 600 chevaux pour y rassembler les forces du roi'. » •

La patrie était en danger. Henri II n'avait, au camp de Compiègne, que sa maison et ses gardes à opposer à l'armée victorieuse, si elle avait marché sur Paris. Heureusement Philippe II n'avait ni l'audace ni le génie de son père; il vint de Cambrai au camp de Saint-Quentin pour recueillir les trophées de la journée de Saint-Laurent % et, malgré le duc de Savoie, malgré Ferdinand de Gonzague, il voulut prendre Saint-Quentin avant de pousser plus loin. Mais Co-

1 « Deux jours après son arrivée à Laon, M. de Nevcrs fit une revue générale tant de la gendarmerie, cavalerie et reîtres que des gens de pied français et allemands qui s'étaient sauvés et retirés là. II ne trouva que 12 à 1.500 chevaux français, 2 à 300 reîtres, 4 enseignes françaises et 3 à 4.000 lansquenets, ralliés et rassemblés par le capitaine Sterne, lieutenant du Rhingravc. » (Rabutin.)

2 D'après une relation espagnole, le roi d'Espagne dit au duc de Savoie qui s'agenouillait devant lui : — « Ce serait à moi, mon cousin, de « baiser vos mains victorieuses, après cette journée qui a coûté si peu •■ de sang à l'Espagne! » Plus tard, en l'honneur de Saint-Laurent, il voulut que son palais d(> l'Escurial ont la forme d'un gril.

ligny défendit la place pendant 17 jours encore, et cette résistance inattendue sauva la France*.

Après avoir rappelé le duc de Guise et l'armée d'Italie, Henri II adressa aux États Généraux et à la nation un appel qui fut entendu ; « tous soldats, gentilshommes ou autres, ayant suivi les armes ou pouvant les suivre, rejoignirent à Laon M. de Nevers * ».

Comme après Poitiers, comme après Pavie, les villes s'imposèrent de gros sacrifices pour solder les troupes levées en Suisse et en Allemagne*.

' « Du 2 au 21 août, les ennemis ne firent autre chose que de se retrancher, tant pour la sûreté de leur artillerie que pour approclier et gagner notre fossé; du 21 au 28, ils tirèrent en batterie, en changeant chaque jour leurs pièces de lieu. Le 22, nous eûmes connaissance qu'ils commençaient à percer la terre du fossé, et bientôt après, ils assirent des mantelets, pardessous lesquels ils passèrent ledit fossé pour venir de notre côté, sans que pussions leur faire de mal, car nous n'avions pas de flancs qui eussent connaissance d'eux ni du fossé, et toutes les pierres qu'on leur lançait ne les pouvaient endommager à cause de leurs mantelets. Ils commencèrent à battre en brèche depuis le moulin de la porte Saint-Jean jusqu'à la tour à l'eau.

« Le 27, à 2 heures après midi, les cheminements ennemis s'avançaient, en plusieurs endroits, jusqu'à une longueur de pique du parapet, qui n'avait que 5 ou G pieds d'épaisseur ; le guet du clocher nous annonça que tout le camp se mettait en armes, et, comme nous nous préparions à l'assaut, 3 mines éclatèrent sous le rempart. Il y avait, le 28, H brèches et, pour les défendre, moins de 800 hommes de guerre, tant bons que mauvais, gens de pied ou de cheval. Les gens de la ville avaient été départis aux autres endroits qui auraient pu être assaillis par échelles. » (Discours de Coligny.)

2 Le service de 40 jours pour la noblesse fut prolongé à 3 mois dans l'intérieur, et il fut déclaré que si l'ennemi avait pris l'offensive, on serait tenu de servir et de combattre jusqu'à ce qu'on l'eût chassé du territoire.

'' « Outre que notre armée, écrivait, le 21 août, le cardinal de Lor-

(iUEURK DR SIÈGRS (^optonilnr i;i57). 319

Le 28 août/, après plusieurs assauts furieux, les cinci brè^ches de Saint-Quentin furent enlevées par l'infanterie espagnole, et Coligny fut pris dans le bastion le plus exposé'.

G 0 E W l\ K 0 K 8 1 H (i E S ( ^cptcmbiv 1 :VM ).

Malgré ce nouveau succès, Philippe II refusa de marcher sur Paris, « craignant, disait-il, s'il l'eût pris,

raino, président du conseil, se rassemble de jour en jour, de sorte que la perte ne paraîtra tantôt plus, le Roy a fait venir 12.000 Suisses et 10.000 lansquenets, sans compter ceux que nous avons déj<à en Italie. Il attend d'Allemagne 2.000 chevaux pistoliers; il a déjcà plus de 18.000 hommes d'armes avec les crues et compagnies nouvelles de sa gendarmerie, et un bon nombre d'arquebusiers à cheval. De sorte qu'avant peu Sa Majesté aura non seulement des forces égales à celles de son ennemi mais plus grosses pour lai résister fortement, si Dieu plaît, el pour le combattre, s'il veut en venir là. Mais l'ennemi se trouve devant Saint-Quentin plus empêché qu'il ne pensait; car il y fait chaque jour grande perte de ses gens, tant à cause de la nécessité des vivres, que des coups d'artillerie dont il est salué à toute heure par ceux de la ville. Ces gens ont le meilleur cœur qu'il est possible, ayant avec eux grand nombre de capitaines et gentilshommes les plus vaillants de la chrétienté. Nous avons l'espérance de les aller secourir, h quoi nous ne perdons heure ni temps.

« Pour le regard de l'Italie, le Roy a écrit à M'' mon frère d'emmener avec lui les princes et quelques seigneurs ou gentilshommes, de prendre la poste, et de venir par mer avec à ou 5 enseignes d'arquebusiers français. Il laisse toul le reste pour la garde, sûreté et défense de notre Saint-Père et des places de son Etat. » {Mémoires-Journaux du duc de Guise.) Tavannes ne tarda pas à ramener ce reste.

i » C'est chose étrange que j'avais alors en main un almanach de Nostradamus qui colait la perte de Saint-Quentin au même jour qu'elle ut prise. » (Boyvin du Villars.)

'^ « Le 28, à 2 heures 1/2, je vis au pied de noire rempart .3 cnsei-

« de ne pouvoir le garder avec une armée chargée « de butin et toute la France contraire ^ ». Il aima mieux s'emparer de Ham (17 septembre), du Catelet, de Noyon et de Chauny, et en faire renforcer les fortifications pour la défense de son pays d'Artois.

Pendant ces 4 sièges, le duc de Nevers avait reconstitué l'armée, et l'avait conduite de Laon à Compiègne, où il prit une forte position retranchée barrant

gncs qui, sans bruit et sans sonner tambour, commencèrent à couler cl à monter file à file à une tour qui avait été fort battue de l'artillerie, près de la 4" brèche, défendue par le sieur de Lagarde avec une partie de la compagnie du Dauphin. Du lieu où j'étais, je leur faisais tout l'ennui que je pouvais avec 3 arquebusiers que j'avais. La brèche fut forcée et je vis de toute part un chacun s'enfuir; de sorte que je demeurai avec 3 ou 4 compagnons seulement (dont un page) enveloppé d'ennemis de tous côtés. Je me rendis à un Espagnol, et je fus conduit à la tente du duc de Savoie par Alonzo de Cazères, mestre de camp des vieilles bandes espagnoles. » {Coligny.) 1 Henri II écrivait, le 29 août, au gouverneur de Péronne : « Monsieur de Humières, j'ai entendu par la lettre que vous m'avez écrite du jour d'hier, le désastre qui est venu à ma ville de Saint- Qnentin ; dont je reçois un ennui et déplaisir tels que vous pouvez bien penser. Mais pour ce que, en telle adversité, il faut que tous mes bons serviteurs et moi semblablement nous nous évertuions à tout ce qui doit se faire pour nous opposer si vivement aux entreprises de mon ennemi que nous le gardions de passer outre, et de porter plus grand dommage à moi et à mon royaume', ainsi que peut-être il se promet et se propose, je fais, pour mon regard, toute la diligence qu'il est possible d'assembler mon armée, que je fais compte d'avoir prête vers le 20 ou 25 du mois de septembre, et qui sera telle et si puissante que j'espère bien, avec l'aide de Dieu, non seulement défendre mon royaume du surplus de l'eflort de l'ennemi, mais aussi le chasser entièrement hors de mes limites, et reconquérir sur lui ce qui a été injustement gagné et usurpé sur moi... »

r.UF':RRI'; im SIKCES (scplmihro l-w7). -i^l

la route de Paris. « Le prince de Condé, colonel de la cavalerie légère, était ordinairement à cheval, et jour et nuit à la suite des ennemis, pour leur rompre les vivres et les travailler d'infinité de fatigues. Le comte

de Sancerre et M. de Bourdillon, gouverneurs de Guise et de La Fère, faisaient des sorties continuelles contre le camp des ennemis, détroussant leurs vivres et char-

1 Fac-similé crim croquis de Walhausen. Ce capitaine indique G formations de coml)at pour la cavalerie, quand elle agit isolément avec un soutien de piquiers :

1" Lnnata (en croissant), les escadrons sont échelonnés sur les deux côtés d'un triangle ouvert dont les piquiers forment le sommet:

522 FRANÇOIS DE GUISi:.

rois, taillant en i^ièces leurs fourrageurs et ramenant chevaux et prisonniers, dont ils apprenaient toujours quelque chose de nouveau ^ »

L'armée d'invasion, composée d'éléments rivaux, était lasse de cette guerre de sièges ^ et d'escarmouches. Les lansquenets murmuraient si haut que, le 17 octobre, Philippe II, inquiet de la gloire que ses lieutenants pouvaient encore acquérir sans lui, leur donna l'ordre de licencier les troupes, et il alla faire, sans eux, à Bruxelles sa première entrée triomphale.

DÉLIVRANCE DE CALAIS (janvior iobS).

La France entière avait les yeux sur le duc de Guise, que le roi, par lettres patentes du 5 octobre,

2" FtiUata (en écliiauier sur 4 lignes); c'est la disposition de la figure 234, page 458;

3» Extensa (en ccliiquicr sur 2 lignes); une seule compagnie de piquiers forme la réserve ;

4° Curvata (en coin) ; triangle fermé, dont un escadron de lances forme le sommet et dont les piquiers occupent la base (fig. 247) ;

o" Acuta (en pointe), longue ligne formée alternativement d'un et de deux escadrons; les piquiers à la queue;

6° Mediata (entrelacée) ; l'infanterie est déployée, et tlanquée à droite et à gauche par la cavalerie. ■>

' Rabutin.

2 <• Pauleville, du comté de Ferrctte, avait entrepris en Bourgogne pour le compte de Philippe II avec 10.000 hommes de pied et 12.000 chevaux. Le sieur de Saulx-Villefrancon mit Dijon en état de défense et obligea Pauleville à changer de dessein. Celui-ci passa par la Comté et assiégea Bourg-en-Bresse, défendu par le sieur de la Guiche. Mais Tavanncs avec le corps qu'il ramenait d'Italie fit lever le siège de Bourg; l'armée de Pauleville se débanda. » (Mémoires de Tavannes.)

DKLIV RANGE DE CALAIS (j.nivicr 1.io8). 523

avait nommé lieutenant-général, représentant sa personne tant au dedans qu'au dehors du royaume*.

Le nouveau dictateur, pour attirer vers la frontière des Pays-Bas l'attention des généraux de Philippe II, passa ostensiblement l'inspection des places de la Somme, et chargea le duc de Nevers de réunir sur la Meuse, au camp de Stenay, 600 lances, 52 enseignes françaises, suisses ou allemandes, avec un parc d'artillerie de siège, comme si l'armée de Champagne avait dû tenter une diversion vers Thionville et Luxembourg.

des préparatifs apparents contre le roi d'Espagne couvraient une mystérieuse entreprise contre la reine d'Angleterre. Depuis longtemps déjà, M. de Sénarpont, « le prudent gouverneur du Boulonais », avait proposé au connétable un coup de main contre Calais, mal gardé pendant l'hiver; ce coup de main, François de Guise voulut le tenter.

Il fit reconnaître la place par son maréchal de camp, Gaspard de Saulx-Tavannes. « C'était une des plus belles et fortes villes de guerre de l'Europe. Outre qu'elle était naturellement située en lieu inaccessi-

1 « Avec plein pouvoir, autorité, faculté et mandement spécial de aire vivre en bon ordre, justice et police les gens de guerre, tant de cheval que de pied de quelque nation qu'ils soient, sans souffrir qu'ils fassent aucune extorsion, outrage, pillerie et molestation au pauvre peuple, leur faisant bailler vivres et victuailles, en payant selon les prix qu'il aura fixés. Il conduira et exploitera les forces et armées, jointes aux séparées, assiégera villes et châteaux, livrera batailles, journées, rencontres, escarmouches et autres faits, actes ou exploits do guerre, mettra à rançon les prisonniers ou les fera exécuter, elc. »

o2i- FRANÇOIS DE GUISE.

ble, environnée de trois côtés, de rivières, ruisseaux et marécages, et flanquée de la mer du quatrième côté avec un grand et spacieux port', sans être en rien sujette ni commandée, les Anglais lui avaient donné artificiellement une forme à peu près carrée, et l'avaient revêtue de remparts fort larges et massifs. Les 3 faces devers les marais étaient défendues par 3 gros boulevards triangulaires, bien armés, qui flanquaient les courtines; du côté des dunes, s'élevait le château, creux et à fossés secs sans aucun rempart.

La ville au contraire était toute environnée de fossés larges et fort creux, à fond de cuve, toujours remplis d'eau par une petite rivière venant d'Ardres et par les ruisseaux des marais. Mais, (ce qui est encore plus à louer dans une ville de guerre), elle avait une des plus belles places d'armes qu'il est possible, où l'on pouvait mettre 5.000 hommes en bataille *. »

Calais était défendu extérieurement du côté de la mer par le fort de Risbanck, et du côté de la terre par celui de Nieullay. Chaque hiver, le gouverneur anglais, lord Wentworth, comptant sur les marais de mer qui entouraient une partie de l'enceinte, réduisait sa garnison de moitié. Deux cent dix ans d'occupation paisible avaient endormi la prudence des conquérants.

A la fin de décembre les troupes du camp de Stenay s'acheminèrent à marches forcées vers le Boulonais,

' Rabulin.

DliLlVIlANCI': DE CALAIS (j;invRr I.jd8). o2o

et, le 1" janvier 1558, le duc de Guise « ayant tout son appareil prêt suivant sa grande promptitude ' », se présenta devajit le fort de Nieullay. Le village de Sainte-Agathe fut enlevé le premier jour et, dès le lendemain, la tranchée fut ouverte devant les deux forts à la fois.

« M. d'Estrées * se rendit si soigneux et fit de telle assiduité travailler vastadours et canonniers ' que, le 4, au point du jour, son artillerie commença à tonner et à foudroyer d'une part et d'autre. » Nieullay fut abandonné presque aussitôt, et Risbanck se rendit au bout de deux heures. Une fausse attaque contre la

1 « Les enlreprises qu'on t'ait conune celle de Calais avec préméditation et préparatifs, et où l'on arrive à l'improviste avec une armée et de l'artillerie, sont les plus sûres. 11 faut connaître l'effectif de la garnison, la faiblesse des tlancs, terrains, murailles, la quantité de coups de canon nécessaires, apporter des gabions pour faire les approches, avoir reconnu les lieux pour planter l'artillerie à couvert, gagner le temps de faire les tranchées J supputer les moyens de secours et de vivres que peut avoir l'ennemi, et ne laisser feu ou rien à la fortune. » {Mémoires de Tavannes.)

2 En 1557, le marquis d'Estrées, maître et capitaine général de l'artillerie, reçut pour lui et ses successeurs le pouvoir de nommer directement aux offices vacants; ce qui dérobait l'artillerie, sous un rapport très grave, à l'autorité du colonel général de l'infanterie. Deux enseignes de gens de pied étaient spécialement attachées à la garde du quartier général de l'artillerie. Une de ces coinpacjnies colonelles survécut aux réformes de Henri IV ; elle prit plus tard le nom de compagnie des canonniers du grand maître et elle entra, en 1671, dans la composition du régiment royal de l'artillerie.

5 On ne trouve pas trace au XVP siècle de la division des deux services du génie et de l'artillerie; ce ne fut qu'en 1690 que Louvois forma du génie un corps spécial, sous lu direction du commissaire général des fortilications.

Porte-de-mer permit de faire promptement brèche au château.

« 11 avait été pourvu de si longue main aux artifices et choses nécessaires au siège de Calais, qu'on avait amené par mer, pour passer les hommes et les munitions sur les glaces et les marécages, grande quantité de claies youdronnées que l'eau ne pouvait transpercer ni corrompre. Pour couvrir les arquebusiers sur le sable et la grève nue, on avait fabriqué grand nombre de palis, en bois très sec pour qu'ils fussent plus forts et légers, de la hauteur d'un homme et d'un demi-pied d'épaisseur, recouverts au dehors de 3 ou 4 doigts de papiers collés l'un sur l'autre ( chose que l'arquebusade ne peut fausser aisément). Ces palis étaient disposés sur un appui, terminé par une pointe de fer d'un pied et demi, bien acérée, qui permettait de les planter facilement dans la terre quelque dure qu'elle fût. Derrière ces palis, appelés postes, les arquebusiers pouvaient tirer sans danger par une petite lumière ménagée dans le milieu. » '

Le S, à huit heures du soir, le château fut attaqué, à marée basse, par 250 arquebusiers munis de ces palis et soutenus par 500 corselets; le maréchal Strozzi et Antoine de Gramont dirigeaient l'attaque.

c< M. de Guise, ayant passé dans l'eau jusqu'à la ceinture, se présenta avec d'autres troupes au pied de la brèche, que les Français assaillirent de si grandes hardiesse et impétuosité qu'ils chassèrent et rembar-»

1 Rabuliii.

DliLlVRAiNCl:: DH CALAIS (jan\iri- I.jyS). oiî

rèrent les défenseurs du château jusque dans la ville. M. de Guise laissa les arquebusiers et les corselets dans le château, en leur ordonnant de s'y ibrtilier et de s'y maintenir pour le reste de la nuit; il leur donna pour chefs et conducteurs ses frères d'Auinale et d'Elbœuf ; puis, comme la mer s'enflait, il rejoignit l'armée sur l'autre bord afin de leur envoyer des secours aussitôt qu'il ferait jour. »

Lord Wentworth lit des efforts désespérés pour reprendre le château.

Fig. 248. 1

« Les Anglais vinrent tête baissée rassaillir les nôtres, et il y eut fort âpre et obstiné combat; mais ils trouvèrent si grande et rebelle résistance, que, finalement, ils en furent aussi reculés qu'auparavant. Nonobstant, demeurant opiniâtres à regagner leur châ-

1 PoitUwje. « La ligne tic mire a'clait pas déterminée à l'avance sur le canon; le pointeur cherchait le point le plus élevé du bourrelet, en

teau, -ils amenèrent 2 ou 3 pièces d'artillerie sur l'autre bout du pont, vers la ville, pour enfoncer la porte et en chasser les défenseurs.

« Après avoir tiré, d'une plate-forme qui était au coin de la place d'armes, infinies canonnades, ils donnèrent un nouvel assaut encore plus furieux que le premier. Il y fut bien assailli et encore mieux défendu : près de 300 des plus braves Anglais demeurèrent sur le champ morts ou blessés ; mais les nôtres fermèrent les portes, et tout soudain ils les remparèrent par derrière. »

La garnison capitula le 8 janvier. Calais fut remis au duc de Guise «avec artillerie, poudres, boulets, armes, enseignes, toutes munitions tant de guerre que de vivres, or et argent monnayé ou non, biens, meubles, marchandises et chevaux. »

Les navires d'Angleterre, envoyés de Douvres au secours de la place, virent les croix blanches venteler sur la tour du Risbanck, et s'en retournèrent «pour annoncer la mauvaise aventure'. »

taisant pusscr un til à plomb par le centre de la bouche; après quoi, il plaçait sur la culasse le fronteau de mire. Celait un mantclet en bois blanc, portant à sa partie inférieure une ouverture Jj \ \ ' verticale, par laquelle le pointeur prenait sa visée tout ' en ayant la tête garantie. Vers 1550, on substitua à ce

mantelet un cadran gradué à hausse mobile, et on fixa avec de la cire, dans des trous ménagés sur le bourrelet, un bouton de mire de hauteur variable. » (Favé, Etudes sur l'artillerie, tome III.)

» C'était aussi le passage le plus court entre les Pays-Bas et l'Angleterre :

» Espagnols, Bourguignons,

CAMPAGNK DE li3o8. o29

La surprise l'ut grande en Europe; en France, la joie l'ut immense. En reprenant, après la délaite de Saint-Quentin, le poste avancé de l'invasion anglaise sur le sol français ', en effaçant les derniers souvenirs de la guerre de Cent- Ans, François de Guise avait rendu à sa patrie la confiance en soi et le légitime orgueil qui sauvent les nations menacées par l'étranger.

Ciuines et le comté d'Oye furent repris avant la fin de janvier. Dans le courant de l'hiver, le duc de Nevers délivra la frontière de Champagne des incursions de l'ennemi en s'emparant de S ou 6 châteaux de la vallée de la Semoy, qui étaient autant de repaires à brigandage; le principal, Herbemont, fut réparé et agrandi pour concourir, avec le château de Bouillon, à la défense des Ardennes.

Au printemps, le duc de Guise prépara une campagne offensive contre la basse Flandre et le Luxembourg. Il laissa au maréchal de Termes, gouverneur

Tous meurent de grand'rage, Car leurs doubles canons Sont pris, et leur passage Est rompu au rivage De la mer, celle fois, Pour aller aux Anglois ! »

(Vieille chanson.) ' Rabutiû.

a30 FRANÇOIS DE GUISE.

de Calais, 500 lances, 3 compagnies de clievau-légers écossais, 32 enseignes françaises ou allemandes, et le chargea de s'emparer de Gravelines et de DunkerLj[ue, pendant que lui-même tenterait de conquérir la rive gauche de la Moselle, depuis Metz jusqu'à Trêves, en assiégeant Thionville et Luxembourg.

Luxembourg était gardé par l'armée du comte de Mansléld ; mais Thionville n'avait qu'une garnison de 1.500 Flamands et Espagnols, qui vivaient en mauvaise intelligence.

« Au commencement de mai, M. de Bourdillon, envoyé à Metz afin de reconnaître les moyens et endroits pour assiéger Thionville, fut le premier à l'enclore avec 5. 000 reîtres et 14.000 lansquenets venus de la Hesse et de la Saxe. François de Vieilleville le rejoignit avec les bandes françaises des garnisons de Metz, Verdun, Toul et Danvillers.

« Le iS mai, le duc de Nevers amassa à Stenay le surplus des vieilles enseignes avec l'artillerie, les poudres * et les munitions, pour rejoindre à Pont-à- Mousson le duc de Guise; celui-ci avait amené 400 hommes d'armes, 500 chevau-légers et 1.000 arquebusiers à cheval (Fig. 249^.

* « Le dosage de la poudre, dans les 5 poudreries royales, était réglé à 10 livres et demie de salpêtre, une livre et demie de soufre et une livre de charbon. La matière était passée dans des crilîles de ter d'arclial, qui donnaient trois espèces de poudre : \° la grosse, pour les grandes pièces; 2° la menue, pour les petites (comme faucons, fauconneaux, arquebuses à croc) ; 3° la ptes menue grenée, pour amorcer toutes les susdites pièces et pareillement pour les arquebuses à main. » {Vci\6, Histoire des progrès de l'arlilierie, livre 1, ciiap. vk)

l'iUSK Dl:: TUIONVILLK (juim 15o.S). -'iSI

Les deux princes couchèrent à Metz, d'où il |i;irtirent à minuit, le 1"' juin, pour dresser de concert

avec tous les capitaines le plan d'attaque de Tliionville.

PRISE DE THIONYILLE (juin 4558).

« Cette place (la mieux pourtraicte qu'on ait vue) a la forme d'un pentagone ou plutôt d'une escarcelle. Du côté de la Moselle, uue courtine de 3 à 400 pas est

'■ « L'arquebusier a en bandoulière un journiment porlc-chargcs, terminé par un crochet à ressort ; l'arquebuse, de 4 pieds de lonj;, tirant une balle d'une once, est munie d'une tige de 1er presque aussi longue que le bois, dans laquelle glisse l'anneau que l'on fixe à ce crochet. » (Walhauscn.)

terminée à chaque bout par une plate-forme massive ; mais cette plate-forme ne sort pas assez en dehors et n'a guère d'autre flanquement qu'une tour ronde assez basse nommée la Tour des Puces. Cette tour est si mal percée et la plate-forme supérieure, sans contremines, est si inégalement appropriée, que les deux ouvrages se donnent mutuellement bien peu de secours et d'avantage. Aux trois autres encoignures, les plateformes, fort bien terrassées, ne sont pas vues du dehors; tout ce côté de l'enceinte est enclos par les marais et les petits ruisseaux qui les abreuvent. La ville est intérieurement remparée et terrassée aussi parfaitement qu'on peut le souhaiter ; elle n'est commandée aux environs par aucune montagne ni colline d'où l'on puisse la battre *. »

La Tour des Puces fut désignée comme point d'attaque, et l'armée de siège répartie en deux corps :

La bataille, sous le commandement direct du duc de Guise, campa sur la rive gauche de la Moselle, vers Florange ;

Nevers passa la rivière avec Vavant-garde pour aller loger autour du château de la Grange-aux-Poissons. La cavalerie légère du duc de Nemours campa un peu plus avant, sur le chemin de Luxembourg, audessous du mont d'Escherang, et le vieux M. de Jametz, avec quelques compagnies de gendarmerie et les rcitres, sur le chemin de Metz.

' Rabutin, livre XI.

PRISE DE THIONVILLE (juin Vm). 533

Dans la nuit du 3 juin lo comte do Horn voulut faire entrer dans Thionville trois vieilles enseignes espagnoles; mais il trouva les avenues bien gardées, les guets renforcés, et il dut s'en retourner à Luxembourg avec sa courte honte.

Jean d'Estrées, ses commissaires et ses canonniers, s'exposèrent si grandement pour construire leurs batteries sous le feu de la place, que, le 5 juin, 35 grosses pièces commencèrent à tirer.

On ouvrit en même temps la tranchée sur les deux rives de la Moselle pour cheminer vers la Tour des Puces ; mais, au bout de huit jours, on n'était encore qu'cà 200 pas de la ville, car on ne travaillait que la nuit et les nuits étaient courtes.

Montluc, colonel des bandes françaises ', dirigeait les travaux de l'avant-garde. « Je faisais, racontet-il, de 20 en 20 pas un arrière-coin, tantôt à main gauche tantôt à main droite, et si large que 12 ou 15 soldats y pouvaient demeurer avec arquebuses et hallebardes. De cette façon, si les ennemis m'avaient gagné la tète de la tranchée et qu'ils eussent sauté dedans, ceux des arrière-coins les auraient combattus, car ils étaient plus maîtres de la tranchée que ceux qui étaient au long d'icello. Plus près de la place, je

1 Pendant la caplivitd de François d'Andelot que-IIenri II avait fait emprisonner pour quelque fâcheuse réponse sur la religion. — « Le roi hait les Huguenots plus pour son Etat que pour la religion ; il craint que les étrangers ne s'aident de ses sujets contre lui, comme il s'est aidé contre l'Empereur des princes luthériens d'Allemagne. (Tavannes.)

53i FRANÇOIS DE GUISE,

tis toujours les arrière-coins de main droite un peu longs, afin qu'il y pût entrer une demi-compagnie. Les capitaines qui prenaient la garde avaient charge, si les Espagnols faisaient une sortie et ^donnaient en la tête de la tranchée, de se jeter par la campagne et de courir les prendre en flanc. De même, si l'ennemi attaquait les arrière-coins, ceux de la tête de la tranchée devaient sortir et lui donner par le flanc. Les arrière-coins * étaient comme des forts pour rembarrer l'ennemi. »

Toutes les sorties de la garnison furent repoussées, et, le 16, les tranchées du corps de bataille atteignirent la contrescarpe de la courtine, en même temps que celles de l'avant-garde s'arrêtaient au bord de la Moselle; les eaux étaient basses et la rivière n'avait que 70 pas de largeur en face de la Tour des Puces.

Pour protéger l'établissement des batteries de brèche, « on amena dans les tranchées 5 ou 600 arquebusiers, les plus sûrs et les plus justes qu'on pût élire; lesquels, étant couchés sur le ventre, et ayant fait avec des gazons* de petites lumières pour prendre leur mire, tiraient à couvert si justement et épaissement que pas un homme des assiégés n'osa se présenter ni seulement se découvrir sur le haut de la tour ou de la plate-forme sans faire le saut. Vers 9 heures

1 Ce sont les places cVarmes de Vauban.

2 Bonnettes de gazon.

PRISE DR THIONVIM.K (juin VooH). 535

du soir, ces arquebusiers, (riino furie et Iiardiesse incroyables, passèrent la Moselle avec de l'eau jusqu'aux aisselles et gagnèrent le pied de la tour, tout près d'une palissade qui fermait le bout de la contrescarpe. Ils arrachèrent les palis, épais d'un pied, longs de quatre, et les dressèrent devant eux pour se garantir des arquebusades de ceux de la ville.

« Nonobstant ces an^uebusades, ils se fortifièrent et se couvrirent incontinent d'une petite tranchée ; puis, poussant plus outre, ils occupèrent le rnveiin qui joignait la tour, et s'y logèrent si près des ennemis qu'ils pouvaient, de main à main, tirer coup de pierre et de pique.

« Cinquante mineurs et pionniers passèrent h leur suite la rivière pour ensaper et dérocher les fondements de la tour ; mais leurs pics et marteaux étant impuissants contre la maçonnerie, on amena jusque dans le fossé deux canons qui, en trois ou quatre volées, ouvrirent un passage.

« Les ducs de Guise et de Nevers firent autant bon marché de leurs personnes que le moindre des soldats, et se présentèrent les premiers, le morion en tête et la grande targe d'acier au bras, pour montrer le chemin à leurs gens. Toute cette nuit se passa en un furieux combat, éclairé de divers feux tant d'artillerie ou arquebuserie que d'autres artificiels, comme trombes à feux, grenades et plusieurs fricassées qui s'appareillent à un assaut'. ».

« Rabuliii.

S36 FRANÇOIS DE GUISR.

Au matin, malgré la valeur des assiégés, les enseignes françaises étaient plantées sur le sommet de la Tour des Puces.

La garnison résista cinq jours encore; canonnades

Fi;?. 2oO. I

et arquebusades continuèrent à pleuvoir si drues dans

1 <■ D'après le traité d'artillerie de Senfftenberg, il y avait 7 modèles différents de mortiers; le calibre variait de 7 fi 18 pouces de diamètre ; la longueur d'âme était de 3 ou 4 calibres ; tous avaient des tourillons et une cbambre pour recevoir la charge. L'affût était construit de manière que le mortier lançât presque verticalement un boulet à explosion, c'est-à-dire une bombe remplie de poudre et traversée par une fusée de fer, fixée au projectile par une vis.— « Veux-tu qu'un tel boulet en éclatant communique l'incendie : surmonte la fusée de fer d'un gros et long tuyau de bois, percé de petits trous et rempli de matières incendiaires. Tu peux encore recouvrir le boulet de chanvre et de filasse, et le ]ilongcr dans un bain de poix, mélangée avec de la poudre ; alors le boulet sera tout entier en feu et causera un double dommage par l'incendie qu'il allumera et par les éclats qu'il projettera. » (Favé.)

PRISR DE TIIIONVILLE (juin 1o58). 537

les tranchées^ que le maréchal Pierre Strozzi\ « le florentin brave et fidèle », fut tué à côté du duc de Guise. Des mineurs anglais ouvrirent une large grotte au pied de la plateforme voisine de la tour conquise, et, au moment où le feu allait être mis aux mines, un trompette monta sur le rempart pour demander à capituler (21 juin).

Le gouverneur, M. de Caderobbe, obtint « que ses capitaines et gens de cheval sortiraient avec toutes leurs armes, ses soldats à pied avec leurs épées et dagues, et que les uns et les autres emporteraient tout ce qu'ils avaient d'habillement et d'argent, sans être fouillés et sans recevoir aucun déplaisir; il en sortit près de 1.500, la plupart blessés. »

Cette conquête d'une des villes de l'Europe « les plus fortes de naturel et d'artifice donnait un appui et un secours à Metz, bornait sûrement la frontière de la Moselle, et ouvrait les Pays-Bas aux Français » 2.

Le duc de Guise, poussant sa victoire, s'empara d'Arlon Me 2 j uillet ; et il s'apprêtait à assiéger Luxembourg,

1 « Slrozzi a battu quolquefois ses ennemis et souvent il a été battu par eux. Mais quel est le grand capitaine auquel des malbeursde guerre n'arrivent? Il ne serait pas sans cela un grand capitaine; pas plus qu'un pilote ou marinier ne peut être bon et expert s'il n'a jamais vu tourmente ni tempête. » (Brantôme.)

2 Tavannes.

"' « Au camp d'Arlon commença le premier mutinernent entre les Français et les Allemands. Le 3 juillet, vers les 4 heures du matin, ils étaient prêts ;\ se choquer et h se couper la gorge, quand Messieurs de

o38 FRANÇOIS DK GUISE.

lorsqu'à la nouvelle d'une bataille perdue par l'armée du Nord, Henri II le rappela subitement à Saint- Germain, où était la Cour.

Gravelines (13 juillet 4558).

Après s'être emparé de Bergues et de Dunkerque, le maréchal de Termes avait voulu prendre Gravelines. Il campait dans les dunes entre la mer et l'Aa, lorsque le comte d'Egmont, passant cette rivière avec une armée* bien supérieure à la- sienne, vint s'établir sur la rive opposée pour le couper de Calais.

Le maréchal, comprenant le danger de sa position, leva le siège à la hâte et tenta d'opérer sa retraite à l'insu de l'ennemi.

Son avant-garde venait de franchir l'Aa, et se rangeait en bataille pour protéger le passage du reste de l'armée, lorsque 1 .500 chevau-légers flamands et i .200 reîtres s'avancèrent pour charger la cavalerie française. Le premier choc fut repoussé, et déjà les nôtres criaient :

— « Victoire ! »

lorsqu'un gros hôt de gendarmerie, conduit par le

Guise et de Nevers avertis se jetèrent entre eux et les séparèrent. Je ne puis m'empêcher de dire (n'étant toutefois transporté d'affection naturelle pour la nation allemande) que, l<i oîi elle se sent la plus forte, elle est la plus présomptueuse et la plus hautaine de toutes, et qu'il est impossible de converser avec les Allemands et de les hanter sans querelles. » (Rabutin.)

> 16.000 hommes de pied et 4.000 chevaux, dont 1.200 reîtres.

GRAVELINRS (!;J.iiiillcH5;)8). .=539

comte d'Eormont on personne, les charirea do nouveau, les renversa et les mit à van do route.

« Cependant nos gens do pied français ou allemands se serrèrent en bataillons carrés, et quand la cavalerie ennemie se présenta pour les rompre, ceux des bandes françaises soutinrent le choc et combattirent aussi longtemps qu'ils purent remuer, jusqu'à ce que les armes et la vie leur défaillirent; mais les Allemands, sans faire résistance, haussèrent leurs piques et jetèrent leurs épées.

« M. de Termes, blessé à mort, fut pris avec les seigneurs de Sénarpont, d'Annebault, de Villebon, de Morvilliers, de Chaunes, et beaucoup d'autres gentilshommes et vaillants soldats *. »

Il ne fallait plus songer à conquérir le Luxembourg, car Egmont victorieux marchait vers la Somme, pendant que des forces considérables s'assemblaient sur la Sambre, aux environs de Maubeuge.

Le duc de Guise envoya aussitôt à toutes les troupes françaises un ordre de concentration sur Pierrepont % [point stratégique également rapproché de la Champagne et de la Picardie), et il pressa l'arrivée des

1 Rabutin.

2 . L'armée de Champagne se dirigea vers !a Picardie à raisonnaliles journées , en passant par Sedan et Mézières, sans longuement camper ni s'arrêter. Le 28 juillet, noire camp se vint dresser à Pierrepont, lieu naturellement assez fort et facile h fortifier, environné de campagnes découvertes de longue étendue, oîi l'on peut ranger et ordonner une armée en bataille. » (Rabutin.)

renforts amenés d'Allemagne par Guillaume de Saxe et Jacob d'Au^sboiirg-.

LA DERNIÈRE REVUE DE HENRI II (S août ioSS).

Quand l'armée fut au complet, Henri II vint en passer la revue.

« Le dimanche, 8 août, deux heures avant le jour, les maréchaux de camp Tavannes et Bourdillon se rendirent sur le plateau de Pierrepont, pour assigner aux troupes leurs emplacements k mesure qu'elles arrivaient de leurs quartiers. Il leur fallut plus de huit heures pour ranger l'armée en un croissant, d'une lieue et demie d'étendue : ï avant -garde et ï arrièregarde formaient les cornes, et la bataille le centre.

« A l'aile gauche, la cavalerie légère était placée sur le chemin de Laon, dans l'ordre suivant : 2 compagnies d'arquebusiers à cheval, 5 compagnies de chevaii-légers, les 4 cornettes de reîtres du duc de Lunebourg et 5 compagnies de cavaleiie légère '. Toutes

Ml y a une distinction importante à faire entre les chevau-l(?gers armés de la lance, et la cavalerie légère proprement dite, ou les cuirasses. « Les cuirasses {Corazzen oder Kuhrissierer), écrit Walhausen en 1GI6, sont une invention qui remonte à 50 ou 60 ans. Les lanciers commençant, à cette époque, à faire défaut en France et dans les Pays-Bas, on fut forcé d'adopter les cuirasses pour en tenir lieu. Pendant les longues guerres d'autrefois, la lance était l'arme de la noblesse ; mais ces guerres ont rendu de plus en plus rares les nobles et bons chevaliers, preux et exercés au maniement de la lance, ainsi que leurs grands chevaux bien dressés. Beaucoup de gentilshommes ont dû abandonner la lance, faute de savoir s'en servir ou de

LA DERNIÈRE RKVUH DE HENRI II (8 aoiîl 1Ji58). 5H

ces compagnies étaient de 100 chevaux, à l'exception de celle du comte d'Eu qui en avait 200 ; le duc de Nemours, général de toute la cavalerie légère, se tenait devant elle avec SO hommes d'armes.

« Au premier front de la bataille étaient rangées, de gauche à droite, 8 compagnies de gendarmerie, 4 cornettes de reîtres et 5 autres compagnies de gendarmerie ; la dernière était celle du duc de Guise, lieutenant général pour le roi et commandant en la bataille ; sa cornette était entourée des 100 reîtres de sa garde et de 100 arquebusiers à cheval.

« Au-dessous, le duc Guillaume de Saxe, avec 11 cornettes de reitres, 2 régiments de lansquenets formés en bataillons carrés, et 200 hommes d'armes rangés en haie.

« Un régiment allemand et 6 enseignes de Suisses gardaient l'artillerie, attelée, traînée la bouche en avant et prête à jouer; elle se composait de 40 canons, de 12 coule vrines bâtardes et une moyenne, entourées de 16 enseignes de vastadours et pionniers. Tout au devant des pièces, il y avait 4 compagnies d'enfants perdus.

« A la droite de l'artillerie, étaient rangés en bataille 8 enseignes d'infanterie française et un régiment al-

monlcr les cliovaux qu'elle comporte; ceux-là ont conservé une partie de l'armure de leurs ancêtres, ont adopté le pistolet et, faute de coursiers agiles et légers, ils ont employé de gros chevaux, lourds au trot et au galop. C'est pour qu'on ne s'apen;ût pas de leur infériorité qu'ils ont fait croire à une invention nouvelle en s'appclant « les cuirasses. » (Livre II, chapitre ii.)

o42 FRANÇOIS DE GUISE.

lemand flanqué de 4 cornettes de reitres hessois. Au delà, s'étendaient de front 3 compagnies de 100 hommes

d'armes et 2 régiments allemands de 10 enseignes chacun.

« L'aile droite ou arrière- garde, tirant vers Marie, était commandée par le duc de Nevers; elle se composait de 350 hommes d'armes ( S compa gnies), séparés en deux haies par 4 cornettes de j reîtres.

'" « Le roi arriva à une heure de l'après-midi, et prit un singulier plaisir à voir assemblés tant d'hommes, prêts à sacrifier leur vie pour son service et pour sa querelle. Mais ce qui lui donna le plus d'admiration , ce fut d'entendre tonner l'artillerie, de voir décharger les arquebusiers et les reitres tirer des pistolades, car on eût dit que le

LA l)i:r.mi:iik uevl;i-: dp: iii:niu ii (s .loùi i558j. 5i3

ciel et la terre s'éclataient en inlinis tonnerres.

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« Après cette revue générale, les compagnies retournèrent en leurs quartiers (Fig. 2S1 et 2b2) ; chaque soldat se trouvait bien las et travaillé d'avoir demeuré en bataille depuis six heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, chargé d'armes, mal repu et surtout altéré par la grande chaleur qu'il fit en ce jour et par la poussière qui fut remuée. Ce sont les exercices ordinaires que pauvres soldats sont coutumiers d'avoir '. »

Trois jours après, le duc de Guise conduisit la belle armée * de Pierrepont aux environs d'Amiens, pour tenir en respect les forces considérables que le duc de Savoie avait réunies sur l'Authie, près de Doullens.

Un engagement solennel paraissait imminent entre les deux nations ennemies : les généraux en chef, habitués à la victoire, avaient l'un et l'autre confiance dans leur fortune, et, plus encore que leurs soldats,

» Kabulin.

2 3.050 cavaliers t'raiiçaib (1.U50 hommes d'armes, 1.100 chevaulégcrs, 300 arquebusiers), 2.500 reîtres cl 21.300 hommes d'infanterie (2.400 Français, 1.800 Suisses, 15.900 Allemands). « 10 nouvelles enseignes suisses rejoignirent l'armée devant Amiens : M. de Jours y vint avec 8 ou 10 enseignes de la légion de Champagne, cl semblablcment y arrivèrent 12 vieilles enseignes revenant de Fcrrarc, que l'on nommait le Tercio d'Italie, sous la charge du colonel La Môle. Les compagnies de M. de Termes, défaites à Gravelines, y vinrent avec la maison du Roi, ses gardes, et un grand nombre de gentilshommes pour leur plaisir. D'autre part, on disait que Philippe II avait été renforcé par un grand nombre de régiments allemands » (Habutin.)

PAIX DI-: CATKAU-GAMBRliSlS (3 avril lo59). o4o

ils étaient impatients de se mesurer en bataille publique *.

Mais le vieux connétable prisonnier ne voulut pas que cette bataille tut donnée sans lui; il dissuada Henri II d'engager une partie décisive, dont sa couronne serait peut-être l'enjeu, et il proposa la paix. C'était le désir du roi d'Espagne ; à la gloire que ses lieutenants avaient acquise, sans lui, à Saint-Quentin et à Gravelines, Philippe II préférait un triomphe diplomatique, qui lut son œuvre personnelle.

PAIX DE CATEAU-CAMBRÉSIS (3 avril 1359).

Plusieurs échecs sur mer et le mauvais succès d'une descente en Bretagne % que les paysans avaient repoussée par la levée en masse, avaient dégoûté les Anglais de l'alliance de Philippe IL Elisabeth, leur

' t Les deux armées se fermèrent et se remparèrent de tranchées, flanquées et armées d'artillerie, comme si elles se fussent l'une et l'autre attendues à soutenir un siège dans leur camp. Dans la soirée du 4 septembre. M"" de Nemours, général sur toute la cavalerie légère, alla donner une strette et camisadc aux ennemis. Ce prince de gentil esprit, prompt et vaillant, ayant fait égorger les sentinelles endormies ou étonnées, entra bien avant dans le camp de l'avant-garde du duc de Savoie, donna l'alarnic à toute Tarmée, coupa les cordes des tentes, et pénétra jusqu'à l'artillerie, qui lui resta abandonnée pendant plus d'une heure. Quand il vit que les grosses troupes commençaient à se remuer, et qu'il s'exposait à ce qu'on lui coupât la retraite, il se relira de bonne heure sans aucune perte. Le baron de Bucil alla brûler une partie des faubourgs d'Arras en se disant Bourguignon. » (Uabutiii.)

* ■< Le 29 janvier, 120 vaisseaux ilamands en anglais débarquèrent n. 3S

o46 FRANÇOIS DE GUISE.

nouvelle reine, consentit à la paix, qui fut conclue, le 3 avril 1559, à Cateau-Cambrésis, « au grand malheur du roi et du royaume » ' .

D'un trait de plume, Henri II, pour marier deux filles de France * et pour tirer de prison son vieux connétable, rendit d98 villes ou châteaux, « oubliant le sang répandu par tant de Français pour les gagner. »

Il gardait Calais, mais il rendait Dunkerque; il gardait Metz, Toul, Verdun et Saluées, il recouvrait Ham, le Catelet et Saint-Quentin, mais il rendait

devant le Conquet, 7.000 hommes, qui saccagèrent le village. M. de Kermison, après avoir amassé, en 12 heures, 6,000 gentilshommes ou paysans, tant de cheval que de pied, rencontra -4 enseignes flamandes, qui s'étaient jetées dans la campagne pour butiner; il en massacra ou en prit 5 ou 600. Ces 7.000 hommes, qui étaient l'avant-garde d'une armée qu'on formait à l'ile de Wigtli pour conquérir Brest, remontèrent dans leurs navires en apprenant que les communes de Léon et de Gornouailles se levaient en masse, au nombre de 30.000 hommes, pour reprendre le Conquet. Les premiers vaisseaux furent rejoints en mer par un renfort de 30 voiles; mais les communes côtoyèrent cette flotte jusqu'à Roscoff, et empêchèrent un nouveau débarquement. M. d'Etampes, lieutenant du Roi au duché de Bretagne, réunit près de 8.000 chevaux, iS.OOO hommes de pied, et munit de bonnes garnisons les places de Brest et de Saint-Màlo. La flotte anglo-tlamande s'évanouit comme elle était venue, ayant fait seulement montre. » (Rabutin.)

1 Montluc.

2 La fille de Henri II, Elisabeth de France, épousa le roi d'Espagne, et Marguerite de Valois, sœur de Henri II, le duc de Savoie. <■ Celui-ci recouvra, en une heure, dit Brantôme, tous les biens et terres perdus depuis 30 ans. Il reçut force argent et bonne pension tant d'un côté que de l'autre, et même (chose inouïe !), deux compagnies de 100 hommes d'armes, l'une du roi de France, appointée et payée, dont 31. de Montravel était le lieutenant, et l'autre du roi d'Espagne, entretenue de mêmcj l'une pour servir l'Espagne, l'autre pour servir la France. »

l'AlX l)K CATKAU-CA.MIÎRÉSIS (3 ;ivril 1539). 5i7

Thionville, il rendait la Savoie, la Bresse, le Montferrat. Sienne, la Corse et le Piémont, moins Pignerol et Savigliano. C'était l'abandon de l'Italie et la fin des guerres mémorables que la France entretenait, depuis 65 ans, au delà des monts '.

« Las ! dit Du Villars, nous quittions en un seul jour ce que nous pleurerons en plusieurs années. Quel fatal et particulier malheur que celui des Français, de savoir fort généreusement combattre et conquérir, sans pouvoir rien garder; de désirer toujours nouvelletés et remuement des armes, pour incontinent s'en fatiguer et y renoncer; d'être enfin les descendants de ces Gaulois, que César appelait beneficiorum et injiiriarum immemores ! »

« Les flambeaux de cette paix fatala furent les torches funèbres de Henri II » ^ ; il fut tué par imprudence dans un tournoi, le 10 juillet lo59, et sa mort, en brisant la main ferme qui maintenait les ambitions rivales des grands seigneurs français \ ouvrit, pour

' '> Le Irailé de Gateau-Gambrésis marqua le terme des ambitions et des guerres conquérantes des rois de France au delà des Alpes; poli* tique peu judicieuse qui, depuis quatre règnes, avait compromis et usé les forces de la France dans des expéditions aventureuses, en dehors de sa situation géographique et de ses intérêts naturels et perma' nents. » (Guizot, Histoire de France, chap. xxxi.)

2 Tavannes.

■"' ' Henri II donna imprudemment commencement aux divisions de la France par l'accroissement immodéré des deux maisons de Guise et de Montmorency, qu'il fil si grandes, au contraire des maximes que

oi8 FRANÇOIS DE GUISE.

39 ans, l'ère sanglante des querelles religieuses et de la guerre civile.

doivent observer les souverains, de n'élever ni exalter si extraordinaircment leurs sujets, que les malheurs de la France leur sont attribuc^s. » Tavanncs.)

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